Krach boursier : c’est Donald Trump qui a le plus à perdre…

Rédigé le 15 octobre 2018 par | Dette, Guerre Commerciale, Indices, marches actions, strategies, Inflation, dettes et récession Imprimer

Trump, dépendant des taux bas, perdrait plus que la Fed en cas de krach. Les marchés flairent que la politique monétaire restera accommodante.

Nous avons examiné le passé : 20 000 milliards de dollars ajoutés à la masse monétaire mondiale ces 20 dernières années… 250 000 milliards de dollars de dettes dans le monde… les actions à des sommets record…

Nous avons passé le présent en revue : des ventes/bénéfices avant impôts/revenus qui stagnent… un PIB paresseux… et, la semaine dernière, un krach sur les marchés.

Aujourd’hui, nous nous penchons sur l’avenir.

Des taux bons pour la politique

Nous commençons par le président américain, Donald J. Trump. Selon lui, la chute des marchés est de la faute de la Fed. Cette dernière est devenue « dingo », affirme-t-il.

Il a tout à fait raison. La Fed est devenue dingo il y a bien longtemps. Lorsqu’il était candidat à la Maison Blanche, Trump l’avait clairement vu.

La Fed avait « créé une fausse économie » avec ses taux d’intérêt bas, avait-il accusé. Selon Trump — toujours prêt à chercher la bagarre –, elle l’avait fait pour améliorer l’image d’Obama. Il déclara que cela avait créé « une énorme bulle bien moche ».

Il avait raison sur quasiment toute la ligne.

Sauf que la Fed n’a pas créé la bulle pour améliorer l’image d’Obama. Elle a baissé les taux pour améliorer sa propre image — celle de bienfaitrice de l’économie.

Elle appliquait là l’un des pans de sa politique classique des Trois Erreurs : 1) maintenir les taux trop bas pendant trop longtemps, 2) augmenter les taux pour tenter de compenser les dommages causés par l’Erreur n°1 et 3) réduire les taux, en panique, lorsque les marchés chutent.

Cependant, une fois élu, M. Trump en est venu à apprécier l’Erreur n°1. Si la Fed a pu améliorer l’image d’Obama, a-t-il raisonné, elle pourrait sacrément bien améliorer la mienne.

Aucun président n’apprécie l’Erreur n°2. Elle met en place tous les éléments nécessaires à une correction… et un risque de défaite dans les urnes.

  1. Trump, toutefois, est particulièrement vulnérable. Aujourd’hui, personne n’a plus à perdre d’un krach boursier que le président américain.

Le roi de la dette

Pour commencer, sa propre richesse personnelle dépend des taux d’intérêt bas. Dans la région de New York, par exemple, les appartements ont doublé, en termes réels, ces 20 dernières années.

Les promoteurs comme le « Roi de la Dette » lui-même, Donald J. Trump, utilisent de l’argent emprunté bon marché pour faire jouer l’effet de levier… de sorte que la famille Trump pourrait voir la valeur des immeubles laissés par Fred Trump ou achetés par son fils multipliée par 10 ou plus.

Enlevez cet argent bon marché et soudain, la fortune de Trump vacille.

Oui, cher lecteur, la fortune du Donald… tout comme celles de millions d’autres habitants du clinquant et sordide empire américain… dépend des erreurs n°1 et n°2.

Dès que l’erreur n°2 commence à devenir douloureuse, les paumes deviennent moites, les tempéraments s’échauffent et le bon sens passe par la fenêtre.

Deuxièmement, une fois en poste, M. Trump a utilisé les marchés boursiers comme mesure de son propre succès. Il a annoncé qu’il avait déjà « rendu sa grandeur à l’Amérique », soulignant la hausse des actions pour le prouver.

Si les actions baissent, il paraîtra tout de suite moins génial. Un marché baissier sur Wall Street briserait l’illusion de compétence économique dont dépendent à la fois sa réputation et son influence politique.

Troisièmement, une bonne partie de la politique étrangère de M. Trump est elle aussi basée sur l’escroquerie de la vigueur économique des Etats-Unis.

Le président pensait qu’il gagnait la guerre commerciale contre la Chine, par exemple, parce que les actions chinoises chutaient tandis que les actions US grimpaient.

Alors même que vous lisez ces lignes, l’équipe Trump joue les gros bras partout dans le monde en partant du principe que les Etats-Unis sont une locomotive économique impossible à arrêter.

Les sanctions, pour vous donner un autre exemple, ont été imposées à plusieurs pays — dont l’Iran et le Venezuela, notamment. Mais lorsque les marchés US trébuchent, les sanctions économiques perdent une bonne partie de leur venin.

Tout est de la faute de la Fed !

Il est donc parfaitement prévisible que l’Equipe Trump veuille faire tout son possible pour éviter une baisse des marchés.

Il n’est pas non plus surprenant que, dès que les feuilles ont commencé à s’agiter sur Wall Street, M. Trump ait mis en place le plan anti-ouragan.

Bien entendu, il veut se protéger des vents hurlants d’une tempête financière. Et bien entendu, il a raison d’en accuser la Fed : plus que tout autre, la Fed est responsable en fin de compte. Mais c’est l’Erreur n°1 qui a causé le principal problème — trop de dette –, non l’Erreur n°2.

Nous avons regardé ce qu’il s’est passé le jour même où Trump accusait la Fed.

Le Dow a chuté le matin. Il s’est repris à la mi-journée. Pendant l’après-midi, il ne semblait plus savoir où aller… et enfin, lorsque la cloche de clôture a sonné, il avait perdu plus de 500 points. Le lendemain, le marché a joliment rebondi.

Pas le genre de comportement qu’on attend lors d’une vraie panique. Personne ne s’est empressé de se débarrasser d’actions surévaluées. Pourquoi ?

Nous sommes d’avis — et ce n’est qu’une supposition de notre part — que les investisseurs voient la même chose que nous, à savoir M. le président lui-même.

Il annonce à la cantonade que dès l’instant où les vents prendront de la vitesse et où les tuiles commenceront à s’envoler du toit, il tombera sur la Fed comme un marteau sur un oeuf.

En quelques minutes, la Fed abandonnera sa politique de normalisation… et mettra le cap vers le Japon. C’est-à-dire qu’elle commencera à acheter la dette du Trésor américain — et il y en a beaucoup à acheter. Parce que le déficit — actuellement en bonne voie pour dépasser les 1 000 milliards de dollars lors de la prochaine année fiscale — grimpera en flèche.

Ensuite, avec les prix des actions en baisse… et des déficits à 2 000 milliards de dollars… ce sera une toute nouvelle histoire. Plus idiote… plus dangereuse… et plus destructrice que tout ce que nous avons vu jusqu’alors.

[NDLR : Laquelle — et comment vous protéger des dégâts qui s’ensuivront ? Toutes les réponses sont ici.]

Restez à l’écoute…

 

 

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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