Jusqu’où ira l’idiotie de la Fed ?

Rédigé le 13 février 2018 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

En jouant la « transparence », la Fed élimine le risque des marchés et déchaîne les spéculateurs dont le risque était la seule discipline.

Nous avons acheté une propriété en Irlande… Mais elle ne sera pas habitable avant des mois. D’ici là, nous avons besoin d’un endroit où vivre. Nous avons donc emménagé dans un appartement du domaine voisin, construit au-dessus d’un hangar à bateau, surplombant la rivière Blackwater, dans le comté de Waterford :

Inflation et attente d'inflation Coucher de soleil sur la rivière Blackwater

Pendant ce temps… le meilleur pari, ces derniers jours, était aussi le moins populaire : vendre le VIX à découvert.

Un « mystérieux trader » aurait parié plusieurs millions de dollars que la volatilité allait augmenter. Nous espérons qu’il s’y est tenu ; normalement, ça aurait dû lui rapporter gros.

En l’occurrence, l’indice de la volatilité n’avait pas simplement baissé – il avait carrément disparu.

Ce qui se passera ensuite, Dieu seul le sait. Mais au moins nous savons que l’ours baissier est réveillé… et qu’il rôde. Où et quand frappera-t-il, voilà qui reste à voir.

Des événements prévisibles : plus d’argent pour les zombies

En attendant, nous nous penchons sur des événements plus prévisibles. Nous savons qu’ils sont plus prévisibles parce que même nous, nous les avons vus venir.

Nous faisons allusion à la manière dont les démocrates et les républicains – et le président américain lui-même – se sont entendus pour que l’argent continue de couler… dans leurs poches, mais aussi dans celles de leurs clients et de leurs compères zombies.

Fin de semaine dernière, dans un acte honteux d’imprudence bi-partisane, Pelosi, Schumer, Ryan et Trump se sont réunis pour non seulement financer les demandes du gouvernement mais aussi éliminer tout obstacle supplémentaire aux augmentations de budget – qu’il s’agisse du « séquestre » ou du plafond de la dette.

A présent, ils se préparent à aller à une folle soirée en ville, cheveux au vent dans la décapotable.

A notre connaissance, une seule personne – Rand Paul – a fait l’effort d’essayer de les arrêter. Il a avancé que le GOP, le parti républicain, trahissait ses racines et ses responsabilités – ce qui était clairement le cas.

Evidemment, les dirigeants du GOP et la presse se sont jetés sur le pauvre sénateur en l’accusant de faire « perdre du temps ».

FedQue le bal des zombies commence

A présent, la fête peut commencer. « Laissez les bons temps rouler », comme on dit à la Nouvelle-Orléans.

Comme prédit dans nos « gros titres du futur « , vous pouvez vous attendre à des déficits de 2 000 Mds$ – 10% du PIB US ! D’ici 2027, la dette fédérale américaine devrait approcher les 40 000 Mds$.

La réaction des politiciens est toujours prévisible mais pas celle des marchés

Et ça, c’est la partie la plus facile. Les actions des politiciens sont plus ou moins prévisibles. La réaction des marchés, en revanche, ne l’est pas.

Très probablement, la force implacable des emprunts gouvernementaux rencontrera l’objet immobile du marché obligataire.

Formulé autrement, les autorités américaines ont déjà prévu d’emprunter plus de 1 000 Mds$ au cours de l’année prochaine – même sans récession. Ceci coïncide avec le fait que la Fed se débarrasse de ses obligations au rythme annuel de 600 Mds$.

Voyons voir, bien plus de demande de crédit… pour bien moins d’offre.

Et pas d’option « put Powell » (pour l’instant, les gouverneurs de la Fed restent chez eux et rattrapent leur retard de lecture). Ces rabat-joie ont juré de renoncer à de nouveaux rachats d’obligations…

Personne ne garantit donc le rachat des obligations gouvernementales américaines.

Un crescendo d’idiotie

Il y a de très fortes probabilités que les taux d’intérêt grimperont et que les spéculateurs commenceront à anticiper les actions de la Fed.

L’une des caractéristiques les plus insensées des années Bernanke/Yellen était la doctrine de la « transparence ».

Aucun des deux n’avait d’expérience des entreprises ou des marchés. Ils semblaient n’avoir aucune idée de la manière dont ils fonctionnaient.

L’investissement réel est une proposition gagnant-gagnant. On met son argent dans une vraie entreprise. Elle gagne du vrai argent. Et vous en partagez les vrais profits. [NDLR : Intéressé par une telle proposition ? Voici comment passer à l’action – sans risquer les caprices des marchés, sans être tributaire des sautes d’humeur de nos dirigeants… et en investissant dans des entreprises françaises solides, en pleine croissance et pleines d’avenir. L’un de nos dossiers est toujours en levée de fonds, l’actualité lui ayant été récemment très favorable. Cliquez ici pour tout savoir.]

La spéculation – ou le trading – est différente. C’est gagnant-perdant.

Les traders ne procèdent pas à leurs achats/ventes en fonction d’une estimation de la valeur. Ils regardent plutôt de l’autre côté de la table pour tenter de deviner quelles cartes les autres traders ont en main… et ce qu’ils vont en faire.

Ils cherchent « l’idiot de la tablée » et essaient d’anticiper l’erreur élémentaire qu’il va commettre.

Ces 10 dernières années, l’idiot était facile à identifier – il s’agissait de la Fed.

D’abord, elle a présidé à la « financiarisation » de l’économie… qui a transformé les investisseurs en spéculateurs.

Ensuite, elle a acheté les obligations aux prix les plus hauts de l’histoire.

Enfin, dans un vertigineux crescendo d’idiotie, elle a signalé aux traders exactement ce qu’elle avait l’intention de faire.

La seule discipline des spéculateurs est le risque

Naturellement, les autres acteurs – hedge funds, Wall Street, banque… gros investisseurs – ont exploité cette faille. Ils ont acheté des actions et des obligations – avec du crédit bon marché, fourni par la Fed – sachant qu’ils pourraient les revendre à des prix plus élevés.

Ce qui rend les traders « honnêtes », c’est le risque.

Ils font des paris, sachant pleinement que lesdits paris pourraient mal tourner. Ils restent donc prudents.

Ensuite, s’ils parient mal, les marchés font leur travail… l’argent est perdu… le spéculateur a appris une leçon… et la justice et l’harmonie sont restaurées.

Dans les faits, la Fed a largement réduit le risque. On était donc en mode « Que la fête commence »… passant d’un excès à l’autre, toujours croissant.

Combien de temps faudra-t-il pour que les traders pigent le truc ? Une fois encore, la Fed – toujours aussi sotte – a fait connaître ses intentions.

Parier contre elle – en vendant les actions et les obligations – devrait être du billard

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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