Jeu de rôles

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Lundi 27 mars 2006
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*** Incrédulité et incompréhension
Françoise Garteiser a du mal à s’y retrouver dans les marchés actuels…

*** Crise technologique
Notre confrère new-yorkais accède au monde merveilleux des télécommunications modernes…

*** Jeu de rôles
A choisir, préféreriez-vous vous glisser dans la peau de Ben Bernanke ou celle d’Alan Greenspan ?

*** On ne peut pas revenir en arrière (2)
L’or est la seule matière première liée à l’inconscient collectif humain depuis des milliers d’années…

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Savoir avant tout le monde ce que vont faire les marchés, impossible ?
PAS SI VOUS DISPOSEZ DE CES TROIS INDICATEURS !

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Bonjour,

*** INCREDULITE ET INCOMPREHENSION

** Il faut bien l’avouer : votre correspondante ne comprend pas les marchés.

Nous les regardons avec un mélange d’incrédulité et d’incertitude, en nous demandant ce qui les pousse à réagir de manière aussi farfelue. Et il y a des jours où ce sentiment prend une telle acuité que nous en arrivons à envisager de nous reconvertir dans une activité plus rationnelle — comme la voyance extra-lucide, par exemple, ou l’exorcisme.

Ca a été le cas en voyant les comptes-rendus des séances de vendredi. Hausse générale suite à "des chiffres de l’immobilier rassurants", apprenait-on ça et là. Rassurants comment, ces chiffres ? Eh bien, les ventes de logements neufs ont enregistré au mois de février une baisse spectaculaire de 10,5% — la plus forte en neuf ans. Effectivement, nous voilà bien rassurés : la bulle immobilière, dernier soutien de l’économie américaine — et mondiale — continue de se dégonfler.

"Mais non", nous direz-vous, sagace lecteur. "Ils sont rassurants parce que cela signifie que la hausse des taux pourrait ne pas avoir lieu." Ah oui ? La semaine dernière, Ben Bernanke a déclaré que la courbe des rendements inversée ne constituait pas un signe annonciateur de crise, ce qui laissait supposer qu’une hausse des taux était bel et bien au programme. Et les ventes de logements anciens ont grimpé. Evidemment, les marchés ont souffert.

Nous allons de ce pas acheter boule de cristal, jeu de tarot et fioles d’eau bénite.

** Enfin, en attendant, les marchés semblent à l’aise dans ces absurdités à faire pâlir Lewis Carroll de jalousie. Le CAC 40 a donc pu finalement terminer la semaine au-dessus des 5 200 points, à 5 218,71, soit une hausse de 0,46%. Les perspectives de fusion Alcatel/Lucent ont permis d’alimenter la machine — pendant que sur les autres places européennes, on grimpait de même : +0,77%, pas moins, pour le Footsie à Londres, et +0,44% pour le Dax francfortois.

De l’autre côté de l’Atlantique, même combat : hausse générale — symbolique pour le Dow Jones, qui a grignoté 0,09% à 11 279,97, mais plus conséquente pour le Nasdaq et ses +0,55%, qui l’ont mené à 2 312,82 points. Le S&P, de son côté, a atteint les 1 302,95 points avec un gain de 0,10%.

Tout cela a bien entendu influencé le dollar — qui, voyant s’éloigner (aussi artificiellement et temporairement que cela puisse être) les perspectives de hausse des taux, a terminé la semaine en baisse, à 1,2034 pour un euro.

Les taux eux-mêmes se sont détendus ; le rendement du bon du Trésor US à 10 ans s’est détendu de cinq points de base, à 4,67%… pendant que l’or retrouvait la faveur des investisseurs en grimpant de 7 $ au second fixing de Londres, ce qui mettait l’once à 556,7 $ vendredi soir.

** L’or noir, pendant ce temps, n’a pas voulu rester à la traîne ; à New York, le baril de WTI est remonté à 64,26 $ à cause d’un renouveau des tensions au Nigeria.

Nous lisons d’ailleurs quelques petits chiffres intéressants à ce sujet dans La Tribune de vendredi : "les problèmes géopolitiques dans le monde depuis 2000 pourraient avoir réduit l’offre de pétrole de près de 8 millions de barils par jour (mbj), selon des calculs présentés hier par le Centre for Global Energy Studies (CGES)".

"Cette estimation ‘haute’ analyse la production de brut entre 2000 et 2005, en considérant non seulement les foyers de troubles géopolitiques où l’offre a chuté depuis 2000, mais aussi ceux où elle a stagné ou ne s’est pas développée conformément aux objectifs fixés il y a cinq ans. Le CGES identifie six foyers de troubles géopolitiques : l’Iran, l’Irak, le Koweït, le Nigeria, le Venezuela et la Russie. La production totale de ces pays est actuellement de 7,86 mbj inférieure aux projections émises en 2000, à 22,46 mbj environ, a expliqué Julian Lee, expert du CGES, lors d’une conférence à Londres."

Comme nous le disions samedi, l’Histoire s’écrit autant dans ce qui se fait que dans ce qui manque…

Françoise Garteiser,
Paris

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Des plus-values de 350%… 273,28%… 234,19%… 281,12%… 401,22%… 521,52%… 771,17%…

et 36,34% de gains par an en moyenne depuis 14 ans !

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Les dernières nouvelles de Wall Street…

*** CRISE TECHNOLOGIQUE

** Après plus de cinq ans, j’ai accepté à contre-coeur le fait qu’il était temps "d’arrêter de vivre comme un homme des cavernes", comme l’a dit l’un de mes amis, et d’accepter le monde des nouvelles technologies de la communication. A part le portable sur lequel je suis en train de taper ces lignes, j’ai toujours réussi à éviter de m’équiper de tout appareil pouvant indiquer que je suis responsable ou accessible d’une manière ou d’une autre. Pour une raison ou pour une autre, je mets les téléphones mobiles au même rang que les choses adultes comme les cartes de visite — et ces horribles chemises bleues avec le col et les manchettes blancs. Dire oui à l’ère de la technologie — un monde où je peux être contactable à tout moment à moins d’être sous l’eau — est intimidant.

- Et lorsque je suis entré dans une boutique de téléphones portables sur Broadway la semaine dernière, c’était avec un petit pincement au coeur. Convaincu qu’il avait le meilleur forfait pour moi, le vendeur me demanda quel téléphone j’utilisais actuellement. Il devait mesurer plus d’1m90, et je n’ai pas pu m’empêcher de me sentir légèrement intimidé par sa position de supériorité en matière de connaissances technologiques.

- "Mon téléphone fixe, c’est tout", ai-je répondu poliment.

- "Non, je veux dire… quel téléphone mobile avez-vous en ce moment ? Vous avez dit que vous en vouliez un nouveau, n’est-ce pas ?" Il me regardait d’un air patient derrière son comptoir.

- "C’est vrai… j’en veux un nouveau parce que…" j’ai hésité, "je n’ai pas de téléphone portable."

- Bien entendu, pour faire cette embarrassante confession, j’ai choisi le moment où le reste de la boutique était parfaitement silencieux. Je me sentais comme un lépreux dans une foule ; je sentais que les gens me dévisageaient comme si j’étais un monstre de la nature, indigne de marcher parmi eux. Puis le vendeur me gratifia d’un regard qui signifiait : "ne vous en faites pas, malheureux, vous êtes venu au bon endroit".

** Toute la technologie disponible me rendait un peu nerveux. Cela me fit également me demander si la "vieille" méthode pour envoyer et recevoir des informations était vraiment si épouvantable. S’asseoir et prendre la plume est-il aussi difficile que ça ? Bien sûr, l’information ne sera pas immédiatement transmise à votre collègue, ami, partenaire ou autre, et leurs poches ne vibreront peut-être pas à son arrivée. Une information urgente nécessite un moyen de communication rapide plutôt que la sacoche du facteur… mais "vous avez un message" ne se compare pas vraiment au plaisir d’ouvrir une enveloppe pour y trouver une lettre manuscrite.

- Il semblerait qu’avec toute la technologie dont nous disposons, l’art épistolaire se perd. A quand remonte la dernière fois où vous avez reçu un courrier qui ne soit ni une facture ni de la publicité ? Combien de temps depuis la dernière fois où vous vous êtes assis pour écrire une lettre à votre frère ou votre soeur, vos parents ou votre enfant ? Une lettre manuscrite en dit tellement plus long qu’un e-mail ou un SMS… Sur quel genre de papier est-elle écrite ? De quelle couleur est l’encre ? Sans l’indication de l’heure d’envoi, on se demande aussi ce que la personne faisait tandis qu’il/elle pensait à vous assez fort pour s’asseoir et vous écrire.

- Ayant cela présent à l’esprit, pourquoi ne pas prendre quelques moments de votre temps aujourd’hui… juste pour écrire à un ami ou un membre de votre famille ?

[NDLR : Les nouvelles technologies de la communication n'ont pas que du mauvais, n'en déplaise à notre correspondant américain... Elles pourraient par exemple vous permettre de multiplier votre capital de départ par huit, comme nous l'expliquons ici...]

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** JEU DE ROLES

** Qui préféreriez-vous être, cher lecteur ? Alan Greenspan ou Ben Bernanke ? Préféreriez-vous hériter du poste-clé de la plus grande banque centrale au monde au début d’un boom… ou à sa fin ? Préféreriez-vous commencer lorsque les taux sont relativement élevés… ou bien lorsqu’ils sont absolument au plancher ?

* Le journal Los Angeles Times rapporte que "les taux hypothécaires à 30 ans chutent pour la seconde semaine consécutive". Et que voyons-nous là ? "Les taux des fonds monétaires près de leurs sommet de cinq ans", selon l’agence Associated Press.

* Oui, nous informe le Financial Times of London, il est vrai que la bonne vieille courbe des rendements pointe dans la mauvaise direction — vers le bas, plutôt que vers le haut. Mais ne vous en inquiétez pas, cher lecteur. Le nouveau chef de la Fed, Ben Bernanke, nous dit que l’indicateur de récession le plus fiable — une courbe des rendements inversés — est dépassé. Il n’a plus aucune importance dans cette excitante nouvelle économie. Pas besoin de stupide courbe concave dans les taux de prêt américains.

* Mais que se passerait-il si, du côté long de la courbe, ceux qui prêtent à dix ans ou plus — comme les prêteurs hypothécaires — décidaient soudain qu’il leur faut un rendement un peu plus élevé pour compenser le risque d’inflation, au hasard ? Ou le risque de voir baisser le dollar ? La masse de billets verts explose partout dans le monde, plus rapidement que toute autre chose — à part peut-être les automobiles dans les rues de Paris. Mais il en va de même pour les obligations sur ces mêmes dollars. Comme nous l’avons mentionné il y a quelques jours de cela, les dettes et obligations réelles de la Fed dépassent les 51 000 milliards de dollars. Les intérêts à eux seuls représentent trois milliards de dollars par jour.

** On pourrait penser que les prêteurs de long terme s’inquiéteraient un peu du fait que peut-être — peut-être — le dollar américain ne vaudra pas autant en 2036 qu’en 2006.

* Jim Jubak, de MSN Money, a déniché quelques raisons pour lesquelles les taux américains vont inévitablement grimper :

* "Les investisseurs étrangers vont devoir récupérer leur argent pour financer leurs propres retraites. Le Japon est le plus grand détenteur de bons du Trésor US, et, démographiquement, c’est le pays le plus vieux du monde développé. L’Europe n’est pas loin derrière. Les Etats-Unis vieillissent eux aussi, mais à un rythme comparativement bas. Le véritable choc démographique, cependant, a lieu en Chine et en Inde. D’ici 2020, l’âge moyen de l’énorme population chinoise sera plus élevé que celui des Etats-Unis. L’Inde est plus loin derrière, mais d’ici 2050, l’âge moyen de sa population sera de 37,9 ans, ce qui rendra le pays aussi vieux que le sont les USA actuellement. La Chine et l’Inde deviendront vieilles avant de devenir riches. A cause de la démographie mondiale, nous nous trouvons face à un monde en transition entre un surplus de capitaux et une diminution de capitaux — les populations vieillissantes passant des épargnants aux consommateurs d’épargne. Et des capitaux moins abondants signifient une hausse des taux d’intérêt."

* "Les investisseurs étrangers pourraient perdre confiance dans [les intentions des Etats-Unis] de payer [leur] dette. Des nations souveraines croulant sous les dettes ont une option qui n’est pas possible pour un propriétaire surendetté : au lieu de déclarer faillite, elles peuvent simplement faire fonctionner la planche à billets et créer de l’argent ; l’inflation leur sauve ainsi la mise. Mais les investisseurs étrangers ne vont certainement pas rester sans bouger tandis que la valeur des dollars qu’ils détiennent et qu’ils reçoivent en guise d’intérêts est laminée au rythme des planches à billets. Comme l’ont appris des pays comme l’Argentine, une fois que les investisseurs ont décidé que le gouvernement a perdu toute discipline, ils demandent des taux d’intérêt répressifs. Les taux d’intérêts à court terme ont dépassé les 100% en Argentine en 2002, par exemple. Une fois qu’un pays a trahi la confiance des marchés, il lui faut longtemps pour la retrouver. Au Brésil — que l’on félicite a présent pour son sens des responsabilités budgétaires — l’équivalent des taux directeurs de la Fed dépassait les 16% en décembre".

* Pourquoi les taux réels vont-ils grimper ? Nous n’en savons rien. Nous savons seulement que chaque jour qui passe nous amène plus près du jour où ils vont devoir augmenter à nouveau. Comment le savons-nous ?

* Parce que l’histoire ne cesse jamais de broyer. Et elle broie une longue suite de hauts et de bas, de marchés haussiers et baissiers, de guerres et de paix, de vie et de mort. C’est toute une épopée de victoires et de peines, de batailles et de banalités, de soulèvements et de crises, de misères et de mystères… de maladresses, de mésaventures, de malchances. C’est également une interminable série de mouches du coche et de leurs erreurs — mais nous gardons ce thème pour un autre jour.

* C’est l’Histoire que nous voyons au Moyen-Orient et dans l’économie américaine. Le précédent chef de la Fed a essayé d’améliorer le monde en rendant le crédit trop bon marché. Cela a fonctionné du tonnerre pendant longtemps, mais voilà que son successeur entre dans un monde tout différent — un monde où les emprunteurs sont déjà chargés de tant de dette qu’ils ne peuvent en prendre plus. Et ils ne peuvent tolérer une hausse du coût du crédit, parce qu’ils dépendent à présent de prêts au rabais rien que pour rester à flot.

* Et cependant, l’Histoire décrète que le coût du crédit doit grimper aussi bien que baisser. Parfois, les gens regardent devant eux et ne voient rien d’inquiétant — aucune raison de demander plus de 4% sur leur argent. A d’autres moments, ils deviennent nerveux ; ils veulent 10%, 20% ou plus. Et d’autres fois encore, ils préféreraient faire tout autre chose de leur argent.

* Nous savons ce qui se passera lorsque les taux réels grimperont : les gens souhaiteront dépendre moins du crédit "juste à temps"… et plus de l’épargne "juste au cas où".

* Et c’est à ce moment-là que Ben Bernanke souhaitera être Alan Greenspan.

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*** La Chronique Agora présente ***

Suite et fin de l’essai de Justice Litle sur le rôle de l’or dans les années à venir — mais aussi sa place dans l’inconscient collectif de l’humanité…

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ON NE PEUT PAS REVENIR EN ARRIERE — 2ème PARTIE
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Par Justice Litle (*)

Certains traitent l’or comme s’il s’agissait d’une "matière première comme les autres". Ces personnes ont soit une idée derrière la tête, soit une idée fausse de la nature humaine — voire les deux à la fois. Même s’il est vrai que l’or répond à l’offre et à la demande comme toute autre matière première, il est aussi la seule matière première liée à l’inconscient collectif humain depuis des milliers d’années. Comme le déclare Peter Bernstein dans son excellent livre The Power of Gold: The History of an Obsession ["Le pouvoir de l'or : histoire d'une obsession", ndlr.], l’or conduit les hommes à des mesures désespérées depuis la nuit des temps. Il a quelque chose de profondément émouvant.

Certaines choses nous sont simplement inculquées à la naissance. Certaines habitudes meurent difficilement — si elles meurent. L’homme moderne, par exemple, est profondément attaché à sa pelouse. Posséder un morceau de terrain fertile, même s’il est de la taille d’un timbre-poste, c’est quelque chose ; son propriétaire se sent maître de son domaine. Ce sentiment remonte à nos ancêtres, pour qui la possession d’un territoire suffisant pour la chasse et la cueillette était une question de vie ou de mort. L’homme qui avait des terres était riche. L’or éveille le même genre de connexion. Ce n’est pas juste une matière première comme les autres.

L’or représente plus que simplement la richesse des rois. A un niveau plus banal, l’or est simplement de la monnaie — une réserve de ce pour quoi vous avez travaillé dur. De l’argent que vous pouvez mordre, cacher sous votre matelas, stocker dans votre coffre. De la vraie monnaie.

Dans notre monde électronique, l’argent en tant que tel est traité comme un concept abstrait. Les commentateurs et les journalistes mutilent et déforment sa signification à leur guise. Cependant, l’argent est l’un des "concepts abstraits" les plus importants de l’histoire. Il permet d’évaluer le prix de notre travail et la valeur de nos efforts. Il rend l’épargne et les investissements possibles. La monnaie n’est pas de la richesse en elle-même ; pourtant, elle mesure la richesse des nations. Mentionné dans la Bible plus que tout autre sujet, l’argent parle de l’état de l’âme d’un homme.

En fin de compte, l’argent est lié à quelque chose de plus ancien et plus abstrait encore : le concept de confiance. Et dans ce cas-là, comment se fait-il que, lorsqu’on remonte aux origines de la monnaie moderne, on finit par se retrouver dans les bureaux d’un politicien — où, par excellence, la confiance est totalement absente ? Cela n’a aucun sens. C’est un anachronisme du gouvernement du 20ème siècle, un sous-produit de l’oligarchie industrielle et des économies d’échelle à court terme. Les arrangements temporaires qui ont donné naissance à la monnaie fiduciaire ne survivront pas à l’évolution du capitalisme de libre-échange. La survie du bon vieux concept de confiance, par contre, ne fait aucun doute. Voilà pourquoi l’or connaîtra une nouvelle heure de gloire.

Les traders prospères ont un proverbe : "évitez le milieu comme la peste". Cela signifie en gros qu’on peut gagner de l’argent à court terme, et on peut gagner de l’argent à long terme, mais le milieu est souvent totalement brumeux.

A court terme, on a ce que j’appelle des "poches de clarté" — des moments où tout concorde et où l’en peut voir, durant quelques instants, ce qui va probablement arriver ensuite. Trouver ces poches et les exploiter est la base du trading prospère. A long terme, on peut voir les grandes tendances, les "mégatendances", comme les appellent certains, qui finiront par atteindre leur inévitable conclusion. Les seules choses absolument certaines sont la mort et les impôts… mais d’autres choses s’en approchent. Quelques cycles majeurs, profondément enracinés dans la nature humaine, sont aussi prévisibles que la gravité ou que le lever du soleil tous les matins — mais seulement à très long terme.

Lorsque l’on discute du retour de l’or en tant que monnaie, la discussion se concentre clairement sur le long terme — où les tendances que nous voyons actuellement nous mèneront-elles concernant l’or. Les preuves étayant nos conclusions sont sous nos yeux… mais quant au temps que tout cela prendra, nous n’en savons rien.

C’est le moyen terme qui est vraiment difficile à prédire — et pourtant, en tant qu’investisseurs, nous devons nous y plier. Nous ne connaissons pas la durée de certaines tendances, mais nous savons que le long terme modèle le moyen terme tandis que nous allons de l’un à l’autre. Lorsque vous avez une conviction, la patience est votre alliée. Il est plus facile de traverser la vallée lorsqu’on sait que la montagne est au loin.

Meilleures salutations,

Justice Litle
Pour la Chronique Agora

(*) Justice Litle, rédacteur de la lettre Outstanding Investments, possède des connaissances uniques qui lui ont bien servi sur les marchés. Justice a étudié la littérature et la philosophie dans des endroits aussi divers qu’Oxford, en Angleterre, l’université Pulacki (Olomouc, République Tchèque) ou l’université Macquarie (Sydney, Australie). Alors qu’il se destinait à une carrière universitaire, sa vie a pris un tout autre chemin après qu’il ait découvert "The Investment Biker", la chronique de Jim Rogers sur l’investissement macro-économique… et la moto.

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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