Vignettes irlandaises

Rédigé le 19 février 2018 par | Bill Bonner, Deep State, Richesse Imprimer

Le tableau économique mondial est, nous dit-on, excellent mais des détails dénotent ; et pourquoi tant de progrès technologique pour si peu de progrès économique ?

* Nous sommes entré dans l’office du tourisme de Youghal, dans le comté de Cork. Deux jeunes hommes y étaient. Cheveux frisés. Un air un peu bizarre – trop soignés et bien habillés pour la ville.

« Comment aller à la maison de Sir Walter Raleigh ? » avons-nous demandé.

« Je ne sais pas, je vais regarder ça pour vous ».

Quelque chose n’allait pas. Ils n’avaient pas le bon accent. Et comment pouvaient-ils ignorer où se trouvait la célèbre demeure ? C’est la seule attraction touristique de cette petite ville déprimée. Lorsque nous leur avons posé la question, ils nous ont donné le fin mot de l’histoire :

« Nous sommes italiens. Nous faisons partie d’un programme d’échange pour apprendre l’anglais. Nous ne connaissons rien à la région ».

* Nous avons traversé Portlaw à pied, dans le comté voisin de Waterford. La ville était quasi-déserte mais un homme s’est dirigé vers nous. Echevelé. Débraillé.

« Bonjour », avons-nous dit.

« Eeeeeh… je parle à personne, moi », a-t-il grogné.

* Il y avait des serveuses derrière le comptoir du seul café de la ville hier matin, mais aucun client. Nous avons pris place pour déguster le « petit » Irish breakfast – café, pain, saucisses, jambon, tomates, oeufs et boudin noir. Tout en mangeant, nous écoutions la conversation.

Première serveuse : « je vais l’ignorer, tout simplement ».

Deuxième serveuse : « elle ne sait pas de quoi elle parle, de toute façon ».

Troisième serveuse : « elle n’est pas du coin… comment pourrait-elle savoir ? Elle ne connaît rien à la région ».

Quatrième serveuse : « mais oui… elle vient de Kilmeaden ».

Kilmeaden se trouve à sept kilomètres d’ici.

Les détails du tableau économique montrent qu’il doit être factice

Pendant ce temps… dans le monde de l’argent…

Comme vous vous en rappelez sans doute, les chiffres moyens – et les statistiques gouvernementales – ont créé un tableau factice de la véritable situation des Etats-Unis.

Selon la Fed, la Maison Blanche et la presse, nous en sommes aux débuts d’une période de croissance vigoureuse et synchronisée partout dans le monde.

Plus le tableau est vaste, plus il a de chances d’être frauduleux. Vous pouvez vous tenir sur un podium et raconter toutes les craques que vous voulez sur les tendances et les théories macroéconomiques. Mais n’essayez pas de faire pareil chez vous.

Les gens ne vivent pas dans « le monde ». Ils ne travaillent pas dans « l’économie mondiale ». Ils vivent à Boston… à Lille… ou à Kilmeaden. Et ils prennent les emplois qui sont disponibles sur place.

Même s’il était vrai que le paysage macroéconomique est positif (ce dont nous doutons fortement), ce n’est certainement pas le cas du paysage microéconomique.

Le conte de deux pays

Aux Etats-Unis, certaines régions s’en sont très bien tirées – stimulées par la « financiarisation » de l’économie et le gonflement des prix des actifs qui dure depuis 30 ans. Le nombre de multi-millionnaires, par exemple, a grimpé en flèche. CNBC :

« Le nombre de ménages américains valant 25 millions de dollars ou plus a grimpé de 73% depuis 2008, à comparer avec une croissance de 54% pour les ménages millionnaires. Il y a désormais aux Etats-Unis 145 000 ménages valant 25 millions de dollars ou plus, par rapport à 142 000 en 2014 ».

Le citoyen moyen, en revanche, n’a pas gagné un sou de plus. Les derniers chiffres montrent qu’un Américain de plus de 25 ans gagne en moyenne 2,5 cents de moins par heure qu’en 1999 (en dollars constants de 1982).

Puisque la croissance réelle (ajustée à l’inflation) des revenus est négative, et puisque seules quelques personnes deviennent beaucoup plus riches, il doit y avoir beaucoup de gens qui deviennent beaucoup plus pauvres.

Tel était notre raisonnement lorsque notre directeur de recherches, Joe Withrow, a décidé de jeter un oeil sur l’ensemble des Etats-Unis. Il en a conclu que 73% des comtés américains sont en régression économique.

Et voici qu’arrivent de nouvelles preuves, utilisant une approche complètement différente. Le site internet scientifique LiveScience rapporte :

« L’an dernier n’a pas été bon en termes de bonheur pour les Etats-Unis – un nombre record d’Etats ont constaté un déclin du bien-être de leurs habitants, selon un nouveau sondage.

Ce sondage, signé Gallup-Sharecare, a déterminé qu’en 2017, le bien-être des habitants a décliné dans 21 Etats par rapport aux niveaux de 2016. C’est le plus grand nombre d’Etats ayant constaté une chute du bien-être sur une année depuis que Gallup-Sharecare a lancé le sondage il y a 10 ans.

A titre de comparaison, durant la Grande récession de 2009, 15 Etats avaient enregistré un déclin du bien-être de leurs habitants par rapport à l’année précédente, a signalé Gallup dans sa déclaration ».

Nous nous sommes souvent demandé comment, au 21ème siècle, une nation capitaliste aussi technologiquement avancée pouvait faire si peu de progrès économiques.

Cela semble presque impossible. Pourtant, les preuves sont là. Qu’est-ce qui a mal tourné ?

Nous ne le savons pas avec certitude. Il semble cependant qu’une combinaison d’argent factice, de taux d’intérêt factices, d’excès d’emprunt et d’excès de gouvernement a quasiment fait caler la machine capitaliste.

Des canailles plutôt que des idiots

Une autre manière d’envisager les choses :

Le progrès et la prospérité dépendent d’accords gagnant-gagnant. Les accords gagnant-gagnant dépendent de plusieurs choses – une monnaie fiable, la sécurité, la liberté et le droit à la propriété.

Enlevez l’un de ces éléments et la machine tombe en panne.

Au début des années 1960 et 1970, une poignée d’universitaires – soutenus par un petit groupe d’initiés et de compères politiques et financiers (c’est-à-dire le Deep State) – ont pris le contrôle de l’économie, du gouvernement et de la Fed.

Ce groupe a réalisé qu’il pouvait avancer ses propres intérêts en imposant des accords gagnant-perdant au pays, financés en grande partie par l’argent factice mis à disposition par la Fed. [NDLR : Détournez cette situation à votre profit ! Découvrez comment vous pouvez profiter des connaissances et des manoeuvres des initiés pour engranger des gains à répétition… en toute simplicité. Cliquez ici pour tout savoir.]

Depuis, ce groupe d’initiés a réussi à embobiner plus de 300 millions de personnes et à étouffer ce qui devrait être l’économie la plus dynamique de l’Histoire.

Nous avons dépeint l’ex-présidente de la Fed Janet Yellen et ses prédécesseurs comme étant idiots, maladroits et incompétents. Mais un lecteur nous a corrigé :

« Le comportement que vous attribuez à Bernanke, Yellen, Powell et autres gouverneurs de la Fed est celui de corniauds maladroits… j’ai une hypothèse alternative : les gouverneurs de la Fed ont un programme comprenant trois objectifs.

L’objectif n°1 est de protéger et augmenter la richesse de leurs maîtres : les grandes banques qui possèdent la Fed. L’objectif n°2 est de convaincre le peuple américain qu’ils ont à coeur de protéger ses intérêts, et qu’ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour maintenir le plein emploi tout en contenant l’inflation au sein d’un environnement très difficile. L’objectif n°3 et de dissimuler l’objectif n°1 aux yeux du public ».

Oui… il a raison. Ce sont des canailles plutôt que des idiots.

De manière remarquable – mais tout à fait prévisible – Mme Yellen est désormais félicitée de toutes parts pour son rôle dans cette mascarade. Et son remplaçant à la tête de la Fed, Jerome Powell, s’est engagé à suivre ses traces.

« Alors que les défis qui nous attendent sont en constante évolution », a-t-il récemment assuré aux investisseurs, « l’approche de la Fed demeurera la même ».

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Vignettes irlandaises”

  1. Euuuh quid des vignettes irlandaises?! Pas un mot?!

  2. Je me demande bien comment se mesure exactement le « bien être » d’une population…pas sur que ca soit beaucoup plus fiable que le PIB. Si ca se trouve le simple fait d’avoir Donald Trump à la présidence peut pousser beaucoup de gens à se déclarer moins heureux, même si la croissance des salaires accélère plus rapidement que l’inflation et que leurs taxes sont réduites pour la première fois depuis de (trop) nombreuses années.

    Sinon concernant le déclin économique des comtés ruraux, c’est peut-être simplement parce que les gens en âge de travailler et d’entreprendre ont tendance à partir dans les villes, ca n’implique donc pas un déclin global de l’économie.

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