Investissements : pourquoi les gens intelligents se trompent

Rédigé le 20 août 2018 par | Investissement Imprimer

Plus nous sommes intelligents, bien formés et informés, plus nous sommes enclins à un excès de confiance et d’optimisme, dangereux pour nos investissements.

La finance comportementale est née il y a une trentaine d’années à l’initiative de deux chercheurs, Daniel Kahneman et Amos Tversky. Elle consiste à appliquer la psychologie à la finance afin de mieux comprendre le comportement des investisseurs lors de leurs prises de décisions. En 2002, Daniel Kahneman, professeur de psychologie et d’affaires publiques à Princeton, a reçu le prix Nobel d’économie.

Son message central est que la raison humaine, laissée à elle-même, succombe à un certain nombre de sophismes (*) et d’erreurs systématiques. Si nous voulons prendre de meilleures décisions dans nos vies personnelles nous devons être conscient de ces préjugés et chercher des remèdes.

La plupart des erreurs d’investissement que nous commettons sont le fruit de ce que la finance comportementale appelle des « biais psychologiques » ou « biais cognitifs ». Ces erreurs sont fascinantes car elles sont universelles et récurrentes. Surtout, elles affectent également les esprits les plus brillants.

Quels sont les mécanismes mentaux à l’oeuvre dans nos mauvaises décisions ? Comment nos émotions, la peur ou l’excès de confiance, peuvent-elles interférer dans nos jugements ?

L’investisseur est plus irrationnel qu’il le croit

Un biais de pensée est une perception déformée du monde générée par notre cerveau, comme une illusion d’optique pour la vue. C’est une forme de court-circuit mental automatique et inconscient, qui a pour but d’économiser nos ressources cognitives. Mais cela nuit à nos jugements.

Pour comprendre ce mécanisme psychologique, Daniel Kahneman, dans son bestseller de 2011, Thinking, Fast and Slow (traduit en français en 2012 : Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée) explique que notre cerveau fonctionne à deux vitesses.

Bien évidemment, explique Kahneman, c’est le premier système de pensée qui est à l’origine de toutes nos erreurs. Et personne n’échappe à la suprématie de ce système « intuitif », pas même les experts. En effet, d’une part ils sont loin d’être omniscients et d’autre part ils travaillent toujours dans l’urgence et la pression médiatico-politique.

Kahneman n’en conclut pas que nous serions fondamentalement irrationnels mais seulement que notre rationalité est limitée. Selon lui, nos erreurs de jugements proviennent de deux sources, qui sont deux mécanismes de survie :

1° d’une part la tentative de simplifier la prise de décision (c’est le « biais cognitif ») ;

2° et d’autre part un effort pour maintenir élevée notre confiance en nous-même (nous n’aimons pas nous tromper et nous pratiquons spontanément l’auto-complaisance).

Illustrons ces points.

Prisonnier d’une loi de Newton mentale

Le biais d’ancrage ou biais de confirmation est l’un des biais les plus connus car c’est le plus fréquent. C’est une sorte d’outil que l’esprit humain utilise pour classer rapidement des informations. Comme nous sommes bombardés d’informations, notre cerveau tend à privilégier celles qui confirment l’opinion initiale. Cet ancrage mental va bloquer notre raisonnement en nous faisant surestimer la valeur de la première information ou impression reçue, au détriment des informations contraires qui peuvent surgir.

Par exemple, nous avons tendance à conserver nos positions (titres, fonds, immobilier…) en moins-values trop longtemps parce que nous restons attachés au prix de départ comme seul repère alors que les conditions initiales ont drastiquement changé.

C’est une version comportementale de la première loi du mouvement de Newton : tout objet en mouvement tend à conserver son mouvement. Cela peut nous aider à persévérer, même si nous rencontrons des obstacles. Mais cela peut aussi nous aveugler. Nous nous obstinons alors dans une voie alors que tout nous indique qu’il faudrait abandonner.

Le corollaire est que nous avons tendance à ignorer les détails qui contredisent nos propres croyances. Pour contrer ce biais, il faudrait donc toujours chercher l’information qui contredit ce que nous pensons.

Tout ceci explique pourquoi des faits imaginaires ou inventés, voire franchement mensongers, arrivent à se diffuser à grande échelle. Par exemple, les fake news emportent facilement l’adhésion du grand public car elles tendent à confirmer ses propres croyances.

L’aversion aux pertes

Nous avons une plus grande sensibilité aux pertes qu’aux gains. C’est ce qu’on appelle une asymétrie comportementale : les individus évaluent de façon asymétrique leurs perspectives de perte et de gain. La douleur de la perte est beaucoup plus forte que le plaisir associé à un gain.

Ainsi les particuliers qui gèrent leur portefeuille d’actions ont tendance à vendre les actions les plus performantes, au lieu de vendre celles qui affichent des pertes. La raison est que, du point de vue émotionnel, la perte de 100 € donne plus de regret que le gain de 100 € ne procure de plaisir.

Le ressenti de la valeur : les gains causent moins de bonheur que les pertes ne causent de malheur

[NDLR : Laissez-vous guider plutôt que de prendre de mauvaises décisions de trading. Recevez un SMS par jour, suivez les recommandations de notre spécialiste. Enchaînez les gains et limitez vos pertes. Tout est expliqué ici.]

L’illusion du contrôle de soi et la dictature de l’intuition

On a coutume de dire que le premier ennemi de tout investisseur n’est autre que lui-même. Plus nous sommes intelligents et bien formés intellectuellement, plus nous sommes enclins à nous croire rationnels, à faire trop confiance à notre propre jugement.

Nous nous attribuons la responsabilité de nos succès et reportons celle de nos échecs sur des causes externes. De même, nous supposons spontanément que les autres sont plus sensibles aux erreurs de raisonnement que nous-même.

« La surperformance des actions par rapport aux obligations et autres classes d’actifs, s’explique par l’excès de confiance et d’optimisme qui caractérise la majorité des investisseurs, habitués à agir sur la base de leur intuition », explique Daniel Kahneman.

Selon lui, les Warren Buffett de notre temps n’ont pas toujours suivi leurs intuitions ou leurs émotions. Ils ont probablement d’abord analysé les marchés d’un point de vue rationnel pour intégrer les bons réflexes. C’est seulement dans un second temps qu’ils ont développé leur intuition, après avoir vécu de multiples expériences.

« Le domaine de la finance n’est pas fait pour les intuitions », dit Kahneman. « Les grands génies financiers étaient surtout mieux informés que les autres et avaient un caractère plus propice à la prise de risque et à la persévérance dans un même investissement ».

(*) Argument, raisonnement qui, partant de prémisses vraies, ou considérées comme telles, et obéissant aux règles de la logique, aboutit à une conclusion inadmissible.

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Damien Theillier
Damien Theillier

Damien Theillier est philosophe, enseignant en terminale et en classes préparatoires, fondateur de l’Institut Coppet et de l’Ecole de la Liberté.

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2 commentaires pour “Investissements : pourquoi les gens intelligents se trompent”

  1. « La surperformance des actions par rapport aux obligations et autres classes d’actifs, s’explique par l’excès de confiance et d’optimisme qui caractérise la majorité des investisseurs, habitués à agir sur la base de leur intuition »

    Le rendement moyen des actions est cohérant avec le earning yield moyen des marchés (par exemple un PER de 20 correspond à un earning yield de 5%), qui est supérieur au rendement des obligations en raison du risque accru, l’excès d’optimisme des investisseurs est de toute façon systématiquement corrigé et abouti souvent à un excès de pessimisme.

  2. Excusez-moi mais la psychologie comportementale c’est de la « masturbation » mentale:

    Le béhaviorisme est né aux Etats-Unis et a dominé les recherches en psychologie durant la première moitié du XXème siècle. C’est J. B. Watson qui incarne le premier ce courant, avec un texte fondateur qu’il publie en 1913 et dans lequel il signifie que d’un point de vue béhavioriste, la psychologie est une branche expérimentale purement objective des sciences naturelles[FAUX]. Il ajoute que le but théorique du béhaviorisme est la prédiction et le contrôle du comportement. La finalité du béhaviorisme est d’orienter, de modifier le comportement des hommes pour qu’ils puissent réorganiser leur existence et surtout l’éducation de leurs enfants. Pour réaliser cet ambitieux projet, les psychologues béhavioristes doivent parvenir à prédire et contrôler les comportements. En d’autres termes, ils doivent établir les lois des comportements.

    Une expérience a été réalisée en 1920 (et dont la moralité est contestée aujourd’hui) par Watson et R. Rayner. Pour montrer que les peurs sont conditionnées, ces béhavioristes ont instauré la peur des rats chez un enfant de 11 mois, prénommé Albert. Albert n’a jamais été un prix Nobel…

    La plupart des exemples décrits font référence à l’apprentissage d’un comportement complexe, c’est-à-dire d’un comportement qui ne peut pas se produire spontanément (c’est par exemple le cas de l’habileté à jouer du piano, à parler, etc…). Pour ce type de comportements, l’apprentissage se fait par façonnement. Cette procédure consiste à renforcer toutes les approximations successives (c’est-à-dire les comportements qui se rapprochent graduellement du but).

    Si le conditionnement peut être efficace pour modifier ou façonner un nouveau comportement, peut-il l’être également pour supprimer un comportement indésirable, tel qu’une conduite antisociale, une mauvaise habitude, etc…? L’extinction d’un comportement inapproprié est effectivement possible. Pour cela, il suffit de stopper tout renforcement positif de la conduite en cause. On parle alors de procédure d’extinction du comportement indésirable. Il peut s’agir, par exemple, de ne porter aucune attention à un enfant qui fait un caprice.

    Or, il arrive que selon les circonstances et la gravité d’une conduite, l’absence seule de renforcement positif ne suffise pas et qu’un renforcement négatif soit nécessaire. C’est par exemple le cas si un enfant frappe un de ses camarades, ou encore, si des enfants très perturbés s’automutilent, etc. Une réprimande peut avoir des répercussions négatives si elle est trop sévère, selon la personne punie.

    La frontière entre les effets positifs et négatifs de la punition est donc assez fragile, ce qui alimente le débat sur les méthodes éducatives: en bref, faut-il, oui ou non, punir les enfants?

    Pour moi dès le départ le Béhaviorisme est une invention anglo-saxonne qui sied aux anglo-saxons. Il suffit de voir leur quotient intellectuel dans la masse aujourd’hui. Cela fait peur.

    La psychologie, à fortiori la psychologie comportementale est tout sauf une science exacte… exactement comme l’économie. Et l^économie ne devait jamais paraître dans la liste des prix, dit Nobel, qui récompensent les sciences exactes.

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