L’interventionnisme nous sauvera-t-il de l’éclatement de la bulle obligataire ?

Rédigé le 14 février 2018 par | Epargne Imprimer

bulle obligataireLe retour de la politique monétaire des « liquidités faciles » sera indispensable pour tenter de contrer la bulle obligataire.

Nous avons vu que la rémunération de l’épargne sans risque est au plus bas. Par ailleurs, la température pourrait bientôt finir par remonter sur les taux. Mais plutôt que de voir vos économies enfin correctement rémunérées, cela pourrait bien poser de gros problèmes au système financier mondial.

Banques : activités de détail et activités de marché

La distinction pour les banques entre activités de détail et activités de marché au niveau européen, rejetée par la Commission au mois d’octobre, est-elle « un paramètre primordial d’une régulation financière qui maîtrise les risques systémiques et réduit la probabilité d’une autre crise financière », comme le prétend l’ONG européenne Finance Watch ?

Contrairement à cette idée reçue, la crise de 2008 semble indiquer le contraire. En effet, « les deux banques d’investissement dont la déroute symbolise la crise financière, Bear Stearns et Lehman Brothers, n’étaient affiliées à aucune institution de dépôt. Au contraire, si Bear Stearns ou Lehman Brothers avait eu une source importante de dépôts assurés, elles auraient probablement survécu à leurs problèmes de liquidité de court terme. En outre, les grandes banques qui combinent des activités d’investissement et des activités commerciales ont traversé la crise en meilleure santé que les autres », relève le blogueur et gérant de portefeuille québécois Le Minarchiste.

La racine du problème : l’interventionnisme étatique

Comme bien souvent, la racine du problème est l’interventionnisme étatique. Sans réglementation imposant aux gérants de fonds de ne pas détenir plus de 10% de liquidités, le prix des actifs sur les marchés obligataires ne seraient pas aussi distordus, comme l’explique le gérant de fonds actions américain Guillaume Nicoulaud. Sans l’aléa moral entretenu par les Etats au travers des sauvetages bancaires à répétition, les établissements financiers seraient forcés d’opérer une gestion plus responsable de leurs opérations. Comme dirait Taleb, lorsqu’on ne « joue pas sa peau « , les choses ne peuvent que mal se terminer ! A ce propos, peut-être nos gouvernants devraient-ils regarder du côté de la Suisse et de ses banques à responsabilité illimitée.

Enfin, sans la politique monétaire menée par les banques centrales et le put permanent grâce auquel elles dorlotent les différents opérateurs, ces derniers seraient eux aussi plus prudents. Cette remarque ne se limite pas aux marchés actions. En effet, elle trouve aussi particulièrement à s’appliquer vis-à-vis des Etats, comme le montrent ces deux illustrations issues d’un Flash Economie de Natixis en date du 22 novembre. Ce dernier dévoile l’essor vertigineux de l’encours de dette publique aux mains de la BCE :

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En gros, la BCE finance la mauvaise gestion publique.

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Ce problème ne sera résolu qu’en apportant plus de liberté et de responsabilité aux différents intervenants. Et non en rajoutant une couche supplémentaire de réglementation au système financier. A ce titre, on ne s’étonne pas de devoir le projet de Glass Steagall Act européen au politicien de carrière et ex-commissaire européen aux services financiers, Michel Barnier. Ni de savoir que Finance Watch a été créé « sous l’impulsion de députés européens de tous horizons ». Plutôt que la prise de responsabilité des banques européennes, nous aurons donc droit à une « meilleure régulation ».

Les banques centrales flattent l’hubris des gouvernements et des grandes banques

De nos jours, les banques centrales sont censées être indépendantes du pouvoir politique, a fortiori des banques commerciales. Ce principe est bien entendu un mythe. Par exemple – s’il en est encore besoin –, mi-janvier, Mario Draghi était sommé par le médiateur européen de se mettre en retrait du G30. Ce club international basé à Washington regroupe pléthore de banques privées et de régulateurs censés être sous supervision de la BCE. Mais rassurez-vous, les décisions du président de la BCE restent impartiales et objectives. Elles sont prises dans l’unique intérêt du citoyen européen…

Même Natixis ne prend plus guère de gants pour évoquer la symbiose dans laquelle évoluent gouvernements, grandes banques commerciales et banques centrales :

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L’équipe de Patrick Artus explique en effet que depuis 2014, « il y a bien manipulation de la politique monétaire par la politique budgétaire (fiscal dominance [ou prépondérance budgétaire]) puisque l’arrêt de l’amélioration des finances publiques en 2014 a nécessité que ce soit la politique monétaire qui assure la solvabilité budgétaire ».

Intervention de la Fed et de la BCE : pour que les Etats continuent à dépenser sans compter

Autrement dit, les déficits ont explosé à partir de 2014. A ce moment là, la Fed et la BCE sont alors intervenues pour permettre aux gouvernements de reprendre leur activité « normale ». Comprenez dépenser toujours plus d’argent.

Aujourd’hui, l’heure serait à la normalisation de la politique monétaire. Selon les déclarations de la BCE, voici ce à quoi devraient ressembler ses achats à horizon 2019 :

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Donc à partir de mars 2019, la BCE arrêterait tout achat de titres financiers.

Et voici ce que cela donne au niveau mondial :

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2020 : la disparition de la liquidité ?

On nous annonce donc une quasi-disparition de la « liquidité » pour 2020. Vous y croyez ?

Vu le stock et les flux de dette à venir que l’on trouve en face, cela me semble compliqué. Le site Visual Capitalist a réalisé fin octobre cette infographie des « Nations unies de la Dette ». Ce schéma montre comment se répartissent les 63 000 Mds$ de dette étatique existant à ce jour :

Pourcentage de la dette mondiale

Avec seulement 3,8% du stock mondial, la France ferait presque figure de petit joueur ! C’est sans doute ce qui a amené le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau à déclarer le 22 janvier : « nous avons deux défis : une dette qui croît un peu trop vite, et pas assez de fonds propres pour financer l’innovation ». Interdit de rire.

Quand Natixis ressemble à la Chronique Agora

Même Natixis s’inquiète. A tel point que l’on aurait presque du mal à distinguer un Flash Economie d’une Chronique Agora ! Voyez donc :

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Je ne résiste pas à l’idée de vous livrer la synthèse du Flash Economie du 16 janvier :

« Pourquoi la BCE maintient-elle une politique monétaire expansionniste alors que l’économie de la Zone euro s’améliore ? – Nous ne pouvons pas croire que c’est seulement pour redresser l’inflation ; – c’est peut-être pour essayer de redresser le taux de participation ou la productivité du travail par un stimulus de la demande au plein emploi ; – c’est peut-être pour éviter les risques d’insolvabilité associés à l’explosion de la bulle obligataire. »

Camarade lecteur, je pense qu’il ne devrait pas vous être trop difficile de lever le doute. Petit indice : la phrase clé est en gras.

Après une courte tentative de normalisation, attendez-vous à une explosion des « liquidités » pour contrer l’éclatement de la bulle obligataire.

[NDLR : Votre seule protection contre les « risques d’insolvabilité associés à l’explosion de la bulle obligataire », c’est l’or. Mais pas n’importe lequel : de l’or physique détenu hors du secteur bancaire. Découvrez ici la pièce que nous vous conseillons, notamment pour sa fiscalité très douce.]

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Nicolas Perrin
Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est l’auteur de l’ouvrage de référence « Investir sur le Marché de l’Or : Comprendre pour Agir ». Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, il est conseiller en gestion de patrimoine indépendant en région lyonnaise et à La Réunion.

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