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La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 15 mars 2007
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*** Ecrans de fumée noire…
Les pompiers débarquent sur les marchés, mais ont bien du mal à éteindre l’incendie…
*** Inquiétudes, élections et démocratie
Il n’y a pas qu’en France, qu’on fait campagne…
*** Alphas, betas, fripouilles et chenapans (1)
Faux espoirs, croyances et déceptions…
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Bonjour,
*** ECRANS DE FUMEE NOIRE…
** Une épaisse colonne de fumée noire se dégage du secteur du crédit à risque aux Etats-Unis. Les pompiers de Wall Street (les experts des grandes firmes de courtage new-yorkaises, les porte-parole préférés des think tank économiques de Washington), se succèdent sur les chaînes économiques pour tenter de rassurer les épargnants, incrédules devant la soudaine révélation de tant de risques systémiques potentiels.
Le message est le suivant : certes, l’incendie surprend par sa violence (il ne surprend qu’eux, mais certainement pas ceux qui nous subissent depuis quatre ans !)… mais il resterait circonscrit au seul périmètre investi par les vilains petits canards des prêts subprime. Cela alors que des quartiers entiers de métropoles du Nevada, de Georgie, de Floride ou de Californie se couvrent de panneaux "A vendre", menaçant de banqueroute de nombreux promoteurs, agents immobiliers et autres coordinateurs de travaux.
Ils ont beau jeu de prétendre qu’une fois les bâtiments les plus proches de l’épicentre détruits, les flammes n’auront plus rien pour s’alimenter : le rayonnement thermique embrase déjà les façades des grandes banques commerciales américaines ayant pignon sur rue à Wall Street, et il va falloir mobiliser toutes les lances à incendie pour refroidir au plus vite tous les bâtiments du quartier.
Une stratégie qui pourrait s’avérer efficace, à moins que les flammes ne se propagent — comme nous le soupçonnons depuis belle lurette — par les caves et les conduites de gaz… c’est-à-dire par le biais des émissions obligataires pourries (junk bonds et non grade securities) émises par les New Century et autres Accredited Lenders, Fremont ou Novastar Financial.
Des emprunts rémunérateurs mais volatils qui sont à leur tour restructurés, couverts par des CDS et autres ABX, puis revendus à des hedge funds — qui les proposent à leur tour à toutes les catégories d’investisseurs cherchant des rendements élevés. Les hedge funds sont eux-mêmes financés par les principaux établissements de crédit US, qui ont dopé leurs résultats avec le lucratif marché des dérivés de crédit, qui multiplient les opportunités de faire de l’argent avec du vent… à l’infini.
Ils prétendent avoir gagné sur tous les tableaux sans s’être exposé au risque, et leur calcul est peut-être le bon : ils limiteront peut-être la casse sur le papier… mais si c’est tout le système qui s’est exposé délibérément — par avidité et inconséquence — à régler une lourde ardoise obligataire (junk bonds en désintégration) et immobilière (chute des prix inéluctable, compte tenu de la multiplication impressionnante des faillites personnels), alors le fameux risque évacué par la grande porte s’engouffrera par les vasistas ou les parkings.
Cela prendra peut être un peu plus de temps qu’un krach à la LTCM en bonne et due forme, mais les effets macroéconomiques indirects seront tout aussi dévastateurs. La récession, jugée probable à 33% par Alan Greenspan au cas où la bulle du crédit hypothécaire n’exploserait pas, pourrait devenir quasiment inévitable : les économistes parient déjà à plus de 50% sur une réduction du loyer de l’argent à 5% par la Fed d’ici le début du mois de juillet.
Mais si Ben Bernanke — qui rejetait jusqu’ici le scénario d’une récession — agissait de la sorte, ne serait-ce pas le plus terrible aveu d’une lourde erreur de diagnostic, et la preuve irréfutable que l’économie américaine se trouve confrontée à l’imminence d’un atterrissage brutal (ce qui démentirait une bonne fois pour toute la ridicule fable de Goldilocks) ?
Hank Paulson, dont les thèses sont reprises en chœur par une majorité de gérants et stratèges de Wall Street, affirme que l’économie américaine ne risque rien tant que le marché du travail demeure dynamique, l’inflation contenue (baisse du pétrole oblige), et les salaires — ceux des traders ? — orientés à la hausse.
Mais d’où provient le plein emploi apparent aux Etats-Unis ? D’où viennent les super bonus que se distribuent par milliards de dollar les architectes du grand Monopoly immobilier ? Et qu’en est-il des milliers de milliards de dérivés de crédit, financés par le carry trade, qui vont avec ?
** L’ombre d’un doute a semblé traverser de nouveau les esprits ce mercredi. Le Dow Jones a effectué son premier faux pas sous les 12 000 points à mi-séance… mais nous entendons déjà hurler les sirènes enchanteresses des pompiers favoris de la communauté financière : rien de fâcheux ne saurait se matérialiser sur le plus "solide" et le plus "grand" marché de la planète, et Wall Street tentait crânement de colmater les brèches en fin de séance.
Le secteur immobilier va probablement consolider aux Etats-Unis, soit, mais des perspectives merveilleuses voient le jour dans les pays émergents, il y a encore de superbes affaires à réaliser en Inde ou en Chine… et tant de projets d’OPA dans les cartons des fonds de private equity, dont les firmes cotées à Wall Street devraient être les premières à bénéficier.
** Pékin s’apprêterait en effet (et nous avons été parmi les premiers à vous l’annoncer) à encourager une diversification de ses colossales réserves de change libellées en dollar sous forme de prises de participation dans des entreprises étrangères. Une habile façon de recycler les billets verts en excédent, et qui arrangerait bien les banques d’affaires US, qui se taillent la part du lion dans le secteur du conseil en fusions/acquisitions.
Voilà peut-être de quoi dissiper les lourds nuages qui s’accumulent à l’horizon (à moins qu’il ne s’agisse des noires fumées évoquées en préambule)… mais cela n’a pas empêché la rude secousse boursière qui a ébranlé les places européennes ce mercredi.
Elles ont dévissé de 2,8% en moyenne et semblent entamer une seconde vague de correction impulsive, enfonçant au passage les planchers annuels et même ceux testé lors du trou d’air indiciel du 1er décembre 2006. L’Euro-Stoxx 50 ou l’Eurotop 100 se retrouvent, tout comme le CAC 40, au plus bas depuis 15 semaines.
Paris a plongé de 2,5% et enfoncé le seuil des 5 300 points dans des volumes considérables (dix milliards d’euros échangés), avec la pire séance depuis quatre ans pour les valeurs financières : -3,5% en moyenne. Vous souveniez-vous que la reprise de long terme observée sur les indices boursiers de ce côté-ci de l’Atlantique avait débuté le 13 mars 2003 ?
Il se pourrait que le basculement du CAC 40 sous les 5 300 points ou de l’Eurotop 100 sous les 2 950 points marque à son tour l’émergence d’une tendance baissière. Cependant, il est encore trop tôt pour affirmer qu’elle constituera le symétrique — et la réponse appropriée pour éponger les excès de liquidités — des quatre dernières années d’une formidable expansion boursière.
Avec la glissade du dollar sous les 1,3230/euro et 116,25 yens, le spectre d’une nouvelle vague de liquidation des carry trade ressurgissait mercredi soir sur les marchés. La baisse de rémunération du billet vert a elle-même été provoquée par une nouvelle hausse des T-Bonds dans le cadre d’une "fuite vers la sécurité" — au détriment, vous l’aurez deviné, des fameuses junk bonds que la plupart des investisseurs s’arrachaient encore à la mi-février.
Ce n’est pas décidément pas le moment de se réfugier derrière des écrans de fumée…
Philippe Béchade,
Paris
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** INQUIETUDES, ELECTIONS ET DEMOCRATIE
** "La véritable inquiétude est bien plus profonde que les prix des actions", écrit Anthony Hilton dans l’Evening Standard, à Londres.
* La véritable inquiétude, selon Hilton, est que nous ne savons pas de quoi nous inquiéter.
* "C’est la première crise financière réellement moderne, la première de l’époque où nous vivons. Ces cinq dernières années, l’argent facile en provenance des Etats-Unis et d’Asie a été prêté et reprêté, en se souciant de moins en moins de savoir s’il serait jamais remboursé, parce que de nouveaux produits financiers — les dérivés de crédit — permettaient à ceux qui prêtaient l’argent de s’isoler des pertes possibles en vendant le risque de défaut de paiement à d’autres".
* "Trois prêts immobiliers sur quatre sont effectués par une personne qui n’est pas employée par une banque ou une société d’épargne", ajoutait Susan Bies, gouverneur de la Fed, en février. Toute cette activité supplémentaire, ces participants en plus, pensait-elle, rendaient le monde du prêt moins risqué. On pensait que le risque, en l’état, était réparti.
* Mais entre qui et qui ? Comment ? En quelle quantité ? Et comment peut-on le contrôler ?
* Nous ne connaissons la réponse à aucune de ces questions, sinon la dernière. Aux trois premières, la réponse appropriée est "nous n’en savons rien", trois fois. A la dernière, la réponse est la suivante : le risque sera contrôlé par la contraction naturelle de l’expansion de crédit. La même "crise de liquidités" que celle qui menace aujourd’hui le secteur subprime menacera un jour tout le secteur des prêts hypothécaire… puis toute l’économie. Ca a toujours été ainsi, et ça le restera. Ce qui monte doit baisser.
* Tout de même, les réponses en "nous n’en savons rien" cachent probablement des problèmes plus grave et des solutions plus coûteuses que ceux auxquels nous sommes habitués. Au temps jadis, si le crédit semblait se développer un peu trop rapidement, on le remettait tout aussi rapidement dans les rangs. La Fed demandait simplement à ses membres de resserrer leur politique monétaire. A l’époque, les banques étaient la seule source de crédit. Lorsqu’elles resserraient, le crédit facile disparaissait. Aujourd’hui, le crédit provient de nombreuses sources différentes — certaines étant relativement méconnues de l’investisseur moyen, tout comme du législateur moyen. Le potentiel de hausse incontrôlée du crédit est bien plus important (c’est ce que nous constatons depuis plusieurs années)… mais il en est de même pour le potentiel de baisse incontrôlée (dont nous venons d’avoir un aperçu). M. Hilton est d’avis qu’on n’en est qu’au début ; votre correspondant pense de même.
** Nous adorons la démocratie. Elle est plus distrayante que toute autre système de gouvernement… et on peut en rire sans finir en prison (du moins était-ce possible aux Etats-Unis avant le Patriot Act).
* Notre ami Michel nous parle d’une campagne électorale qui fait rage :
* "… le premier promet du changement sans perturbations… un autre promet des perturbations sans changement… Umaru Yar’Adua (Parti démocratique du peuple), chef Emeka Odumegwu Ojukwo (Grande alliance progressiste), Orji Uzor Kalu (Parti progressiste du peuple), Chris Okotie (Nouveau parti démocratique) — sans oublier le général Muhammadu Buharih (Parti du peuple) et Alhaji Atiku Abubakar (Action du congrès). Ce dernier candidat est affectueusement surnommé ‘l’avide’, et se montre particulièrement critique des performances du gouvernement, c’est-à-dire : la disparition du réseau ferroviaire, les 28 millions d’enfants qui manquent dans le système scolaire (sur un total de 34 millions d’enfants supposés être scolarisés), la malaria, la lèpre et la tuberculose se répandant à un rythme accéléré, une augmentation spectaculaire des enlèvements, et l’importation de 100% du pétrole nécessaire au pays, malgré le fait que le pays est le troisième producteur de pétrole de la planète !"
* Et quel est ce modèle de démocratie en action ?
* Le Nigeria…
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*** La Chronique Agora présente ***
Alors que l’industrie des prêts subprime continue de décliner, nous ne pouvons nous empêcher de nous demander à quoi pensaient les prêteurs. Bill Bonner explore le business model du secteur, et découvre que, de temps en temps, il n’est pas nécessaire de réfléchir — il suffit de se présenter au bureau. Continuez votre lecture…
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ALPHAS, BETAS, FRIPOUILLES ET CHENAPANS — 1ère PARTIE
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Par Bill Bonner (*)
La plus grande déception, pour un homme moderne de plus de 50 ans, se produit probablement lorsqu’il regarde dans le miroir.
Nous disons cela non comme un homme qui vient de passer ses vacances en maillot de bain, mais comme quelqu’un qui a passé ces derniers jours à lire la presse financière. Les deux choses sont similaires, dans le sens où chaque fois qu’on regarde, c’est pire.
Un bref résumé du business model du secteur subprime : les prêteurs ont remarqué qu’il y avait un marché parmi les gens qui ne peuvent se permettre d’acheter une maison, et ne se qualifient pas non plus pour le crédit nécessaire pour les acheter. A première vue, prêter de l’argent à ces gens ne semble pas être une activité dans laquelle il serait raisonnable de se lancer. Mais les emprunteurs subprime pourraient faire de jolis poissons, ont raisonné les requins, tant qu’ils peuvent rembourser leurs traites. Les scribouillards ont fait les calculs. Les stratégistes ont fait les prévisions. Même si quelques cas ne parvenaient pas à rembourser, la hausse du marché immobilier ferait grimper la valeur du nantissement. Un nouveau secteur financier est donc né… et rapidement, les brasseurs d’affaires et les entrepreneurs — comme les petits génies des dot.coms qui les ont précédé — se sont retrouvés au volant de Ferraris, à déguster du Château-Pétrus.
Le Orange County Register, en Californie :
"Pour Kal Elsayed, ancien cadre chez New Century Financial, une grande société de prêt basée à Irvine, conduire un cabriolet Ferrari pour se rendre au travail dans une entreprise fournissant des prêts immobiliers à des gens ayant des revenus bas et un mauvais historique de crédit pouvait sembler prétentieux, reconnaît-il aujourd’hui. Mais, dit-il, ce n’était rien comparé aux jets privés qu’avaient les cadres d’autres sociétés".
"’On perdait contact avec la réalité, après un temps, parce que c’est juste comme ça que les gens vivaient’, a déclaré M. Elsayed, 42 ans, et qui a passé neuf ans chez New Century avant de partir pour lancer sa propre société de prêt immobilier en 2005. ‘On a gagné tant d’argent qu’on avait du mal à le croire. Et il n’y avait pas besoin de faire quoi que ce soit. Il suffisait de se montrer au bureau’".
C’est cette dernière ligne qui a attiré notre attention et fait naître notre déception. Cela nous a rappelé comment chaque génération de génies est plus tard démasquée, apparaissant comme des fraudeurs et des idiots. Cela nous a également rappelé combien nous, les êtres humains, sommes faibles d’esprit et simplets ; nous finissons toujours par avaler nos propres couleuvres.
L’Homo Sapiens Economicus moderne croit au capitalisme. Il y croit comme il croyait autrefois à la Sainte-Trinité ou à l’Immaculée Conception — comme un dogme. Il s’empare de la doctrine et de ses excès sans questions ni arrière-pensées. Et il en fait un désastre semblable à celui que ses ancêtres ont fait avec les Croisades.
C’est aussi vrai pour les lumpeninvestisseurs que pour les maîtres de l’univers.
Rappelez-vous des paroles apaisantes d’Henry Paulson :
"Il y a des problèmes de crédit, mais ils sont limités", a déclaré le secrétaire au Trésor US à des journalistes à Tokyo durant une tournée de quatre jours en Asie. Le secteur financier américain est sain, et la plupart des institutions ne ressentiront pas "un gros impact".
Mais un gros impact, c’est exactement ce que ressentent les institutions — après qu’elles aient battu des ailes et pris leur envol. En général, elles s’écrasent lamentablement.
La suite dès demain…
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’inéluctable faillite de l’économie américaine" et L’Empire des Dettes".
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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