Inflation : Quand vient « l’Ange Exterminateur »

Rédigé le 17 février 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

Au milieu du bruit et de la fureur provoqués par l’actualité de Trump, c’est tout juste si quelqu’un l’a remarqué.

Un spectre hante l’économie.

Il s’agit du spectre de l’inflation…

Bloomberg a publié ce qui suit :

« Aux Etats-Unis, le coût de la vie a enregistré en janvier l’augmentation la plus sensible depuis février 2013, entraînée par la hausse du prix de l’essence et d’autres biens et services qui indiquent une accélération de l’inflation.

D’après les chiffres publiés mercredi par le Labor Department, l’indice des prix à la consommation enregistre une hausse de 0,6%, supérieure aux prévisions, après avoir augmenté de 0,3% en décembre. Comparé au mois équivalent l’année dernière, le coût des biens et services payés par les Américains a augmenté de 2,5%, soit la plus forte hausse depuis mars 2012. »

La banque d’investissement française Natixis fait une remarque similaire :

« Le retour de l’inflation dans la Zone euro, avec la hausse du prix de l’essence, va conduire la Banque centrale européenne à renoncer au QE (…). Nous estimons que la fin du QE ferait augmenter les taux d’intérêt de 110 points de base. [Un point de base correspond à 1/100è de point de pourcentage]. »

Attendez… L’inflation, c’est ce que recherche la Fed depuis un moment. Et les tout derniers chiffres révèlent qu’elle a peut-être atteint l’objectif de 2% qu’elle s’est fixé.

Rappelez-vous, la Fed s’est fixé deux objectifs : le chômage devait chuter au-dessous de 5%, et l’inflation devait passer la barre des 2%. Si l’on atteignait ces deux objectifs, cela prouverait que l’économie était suffisamment en bonne santé pour permettre à la Fed de relever les taux.

Des taux d’inflation en hausse – les prix qui augmentent – indiquent une hausse de la demande des consommateurs. Et une hausse de la demande de main-d’oeuvre, également. Cela suggère qu’il y a davantage de personnes disposant de plus d’argent à dépenser. Comment cela pourrait-il être une mauvaise chose ?

A présent, les objectifs principaux de la Fed étant atteints, nous sommes prêts à revenir aux bons vieux jours, pas vrai ?

Oh, cher lecteur… Si seulement c’était aussi simple que ça !

Le revenu d’un ménage moyen américain se situe au-dessous des niveaux de 1999. Avec l’augmentation des prix à la consommation, il va avoir du mal à maintenir ce niveau de vie.

Mais le problème le plus grave, c’est la dette.

L’argent réel – adossé à l’or – est limité… car on ne peut prêter qu’un volume limité d’argent.

Le système post-1971 de l’argent falsifié, d’un autre côté, a permis à l’endettement de grimper… puis de s’emballer. A présent, il représente plus de 200 000 Mds$ dans le monde : environ trois fois le produit de l’économie mondiale.

Quand la dette perd de sa valeur…

Et le fait est qu’à mesure que la dette augmente, l’inflation devient un ange exterminateur. D’abord, il est le bienvenu… puis il devient meurtrier.

La hausse des prix indique aux prêteurs que les sommes qu’on leur doit perdent du pouvoir d’achat. Ils exigent alors des taux d’intérêt plus élevés afin de se couvrir.

Mais nous vivons dans un monde dont les principales institutions – banques, fonds de pension, gouvernements, grandes entreprises… tous les principaux acteurs du système du Deep State – ont prospéré grâce à des taux d’intérêt extrêmement bas.

A présent, tels des dinosaures qui se sont adapté aux tropiques, ils greloteraient, mourraient et disparaîtraient totalement si la bise se mettait à souffler.

Et elle pourrait souffler fort…

… la grande extinction se profile

Une simple hausse de 1% du coût de service de la dette – si on l’applique au fardeau de la dette mondiale – coûterait plus de 2 000 milliards de dollars par an en intérêts.

Tous ceux qui ont dû emprunter – les principaux acteurs mentionnés ci-dessus – se retrouveraient soudain incapables de continuer à vivre sur le même pied que celui auquel ils se sont accoutumés.

Les ménages moyens auraient des problèmes, également. Les taux d’emprunt immobiliers augmenteraient. Le prix des maisons chuterait. Les marchés du crédit se « figeraient, ce qui compliquerait le refinancement des anciens prêts.

Il faudrait réduire les coûts… licencier du personnel et annuler les projets d’expansion… ou bien faire faillite.

Vos actions pourraient très bien chuter de moitié par rapport aux cours actuels… et ne plus bouger. Votre retraite pourrait être diminuée. Même le gouvernement, s’il devait payer plus cher le service de sa dette, serait contraint de réduire ses dépenses.

Mais ne vous inquiétez pas. Les banques centrales ont les choses bien en main, pas vrai ?

Maintenant que l’inflation et le chômage sont conformes à leurs attentes, elles peuvent laisser les taux augmenter, pas vrai ? Voilà qui calmera l’inflation, pas vrai ?

Retour à la case récession ?

Cela n’arrivera pas… [NDLR : Comment vous protéger contre le retour de l’inflation et l’inertie des banques centrales ? Traditionnellement, l’or et l’argent sont les meilleurs remparts. Une petite minière exceptionnelle dont le cours a déjà quasiment doublé (+98,59%) en neuf mois est promise à une croissance exceptionnelle, car elle possède une caractéristique unique que vous pouvez découvrir ici.]

Comme nous l’avons dit, la Fed ne peut en aucun cas revenir volontairement à une politique des taux d’intérêt normale car elle a créé un monde qui dépend d’un univers anormal.

Voici ce qu’il va se produire : la Fed va évoquer le relèvement des taux. Il se pourrait même qu’elle les relève d’un quart de point supplémentaire, voire plus.

Mais une récession et un marché baissier s’annoncent, probablement avant la fin de l’année. Si le président Trump était intelligent, il tenterait de faire en sorte qu’ils s’amorcent rapidement afin de pouvoir en rejeter la faute sur Obama. Plus ils tardent à arriver, plus ils porteront sa marque de fabrique.

Les marchés et les économies font partie de la nature. Ils doivent inspirer et expirer. Leurs poumons se remplissent d’ambition et d’optimisme. Ensuite, ils doivent exhaler, rejeter les erreurs et les déceptions.

Mais lorsque la « correction » arrivera, les rapaces géants de Virginie du Nord et la mégafaune de Manhattan se mettront à hurler au secours.

La Fed cessera immédiatement de faire semblant de revenir à la normale. En lieu et place, elle achètera des actions et des obligations.

Il se pourrait qu’elle interdise les espèces… impose des taux d’intérêt négatifs… déverse de l’argent largué par hélicoptère… et déniche de nouvelles façons de dénaturer, retarder et escroquer l’économie.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Inflation : Quand vient « l’Ange Exterminateur »”

  1. La question que je me pose est la suivants. Considérant la formation et l’expérience de nos banquiers centrales et autre responsables, il est difficile de s’imaginer que les acteurs ne savent pas ce qu’ils font.
    Comme ils nous amènent consciemment à la catastrophe, ma conclusion est qu’il s’agit de criminels.
    Le bon sens nous dit que la catastrophe est devenue inévitable. Jusqu’à maintenant les artiste et acrobats de la finance ont réussi, avec de drogues de plus en plus forts, de repousser le jour du jugement, »the day of reckoning » à plus tard. Ceci est sans importance pour eux car ils auront entre-temps gagné suffisamment d’argent et trouvé un travail dans une banque ou un autre ou retournent simplement, par exemple, chez Goldman Sachs..

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