Incompétent, impotent mais « vigilant », surtout quand il s’agit de la Fed

Rédigé le 15 février 2018 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

La Fed remonte ses taux pour gagner en marge de manœuvre. Ce faisant elle risque de précipiter la prochaine récession. Mais une autre « relance » se prépare…

L’avenir semble arriver plus vite que nous l’envisagions. C’est en grande partie grâce à « ma nana », comme l’ancien stratégiste en chef de la Maison-Blanche, Steve Bannon, avait coutume d’appeler Janet Louise Yellen.

Mme Yellen a quitté son poste la semaine dernière, accompagnée de félicitations nombreuses et enthousiastes.

Que ferions-nous, à la Chronique Agora, sans l’équipe de comiques de la Fed, source de tant d’heures d’amusement ?

Janet Yellen

La semaine dernière, nous avons aligné une série de gros titres – qui tentaient d’anticiper ce qui allait arriver. Sans y revenir en détail, rappelez-vous où ils nous menaient : à un monumental effondrement de l’économie américaine et du système financier.

Cette semaine, l’administration Trump, les républicains et les démocrates semblent tous faire de leur mieux pour que nos titres fictifs deviennent réalité.

Selon notre théorie générale, le Congrès américain et le gouvernement prendront la relève là où l’équipe de la Fed s’est arrêtée. Un peu comme une équipe de catch qui se passerait le relais.

Pour commencer, la Fed a administré une volée de bois vert à l’économie. A présent, c’est au tour de la Bombe Blonde d’entrer sur le ring… avec la ferme intention de réussir un plaquage magistral.

« Vigilance » mais incompétence et impuissance

Depuis 2009, la Fed a ajouté environ 3 600 Mds$ de liquidités aux finances des Etats-Unis. Cela a porté les actions et les obligations… mais aussi la dette… aux niveaux les plus élevés jamais vus.

Et ces derniers jours, les actualités ont apporté un réconfort parfaitement prévisible.

« Powell annonce que la Fed est attentive aux risques qui se développent », a rapporté Bloomberg. Un peu plus tard dans la même journée, l’agence ajoutait :

« Le président de la Réserve fédérale Jerome Powell a suggéré que la banque centrale américaine poursuivrait son augmentation progressive des taux d’intérêt tout en restant vigilante quant aux menaces sur le système financier, dans le sillage de la récente déroute boursière ».

Nous étions presque plié en deux de rire. Powell est vraiment à côté de la plaque. Tout comme Yellen. Et Bernanke.

La menace immédiate sur le système financier est entre ses propres mains – les augmentations de taux.

Par ailleurs, à quoi bon être « vigilant » si vous ne pouvez rien faire ?

De 650 à 142, la marge de manoeuvre a fondu

Lorsque les actions se sont effondrées en 2000, la Fed avait à sa disposition 650 points de base (un taux directeur de 6,5%). Elle les a tous utilisés sauf 100 pour tenter de remettre l’économie en mode « empruntons-jusqu’à-la-faillite. » [NDLR : Ne déposez plus un seul centime sur votre compte en banque avant d’avoir lu le dernier livre de Jim Rickards, En marche vers la faillite, qui vous explique comment les élites mondiales ont l’intention de saisir votre argent pour se tirer d’affaire. Cliquez ici pour recevoir ce livre.]

Puis, lorsque la dernière crise en date a commencé en 2007, la Fed avait 527 points de base à réduire. Elle les a quasiment tous utilisés. Et c’est tout juste si elle a pu accomplir sa tâche.

Supprimer 500 points de base en moins d’une année et injecter 3 600 Mds$ de nouvelles liquidités. Cela a quand même produit la reprise la plus faible jamais enregistrée.

Aujourd’hui, la Fed n’a plus que 142 points de base à sa disposition. Et grâce à « ma nana » et ses prédécesseurs, l’économie est plus endettée que jamais. Les prix des actifs sont quant à eux plus élevés que jamais.

Lors de la prochaine crise, les maigres réserves actuellement disponibles pour la Fed ne suffiront pas, et de loin.

Actuellement, la Fed essaie de « stocker » des points de base – augmentant les taux pour atteindre un niveau plus normal, afin d’avoir une marge de manoeuvre lors de la prochaine crise. Mais plus elle augmente les taux… plus le point de rupture approche.

La Fed rend le système plus vulnérable que jamais

A nouveau grâce à la Fed, le système tout entier est désormais plus fragile et plus vulnérable que jamais.

A la prochaine crise financière, les Américains pourraient aussi bien appeler directement les pompiers que Jerome Powell. Aucun n’aura la moindre idée de ce qui a causé le problème… ni comment le réparer.

Mais ne vous inquiétez pas : si les banquiers centraux ne peuvent pas fournir plus de relance… les politiciens s’en chargeront !

De la relance des banquiers centraux à la relance des politiciens

La proposition de la Maison-Blanche ajouterait 7 100 Mds$ aux prévisions de déficits à 10 ans – doublant approximativement la précédente estimation. Le Wall Street Journal a plus de détails :

« La demande de budget de Donald Trump, un document annuel qui décrit les priorités d’une administration, alourdirait le déficit budgétaire fédéral à 984 Mds$ sur le prochain exercice fiscal – près du double de ce que le budget de l’an dernier estimait pour 2019. [Le document] projette également que le gouvernement récoltera moins de revenus fédéraux au cours de la prochaine décennie qu’initialement prévu en 2017, une conséquence de la baisse d’impôts de 1 500 Mds$ mise en place en décembre.

Il y a une différence notable par rapport à la proposition budgétaire de l’année passée : M. Trump a abandonné, pour l’instant, l’idée d’équilibrer le budget sur la prochaine décennie, suite à la réforme fiscale et à un accord budgétaire sur deux ans dont les analystes estiment qu’il portera le déficit au-delà des 1 000 Mds$ l’an prochain ».

Des montants et un contexte hors norme

Il n’y a pas que les montants qui sont astronomiques ; le contexte l’est tout autant. Cette proposition budgétaire vient d’un président républicain qui n’est confronté ni à la guerre, ni à la récession, ni à une urgence financière.

Elle se produit aussi à un stade avancé d’une reprise économique… alors que le chômage est aussi bas que possible aux Etats-Unis.

Elle est envisagée par un Congrès dans lequel les républicains contrôlent les deux Chambres.

On aurait pu croire que les républicains profiteraient bien vite de cet avantage économique et politique pour enfin réaliser leur promesse de campagne de longue date : réduire le budget, assainir le marigot et éliminer les déficits.

A lieu de ça, les compères font sauter les bouchons de champagne et « ma nana » est portée aux nues d’un bout du pays à l’autre.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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