=============================
La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 19 septembre 2006
=============================
*** Que de choses il faut ignorer pour oser agir !
Les chartistes sont perplexes…
*** Immobilier et Europe
La bulle immobilière est mal partie… et l’Europe est mal assortie…
*** Le journal qui valait 3 milliards (2)
Enfin remis de ses émotions d’hier, notre Banquier Central se penche sur le dernier rapport de la BCE…
—————————
Bonjour,
*** QUE DE CHOSES IL FAUT IGNORER POUR OSER AGIR !
** Y a-t-il eu seulement l’esquisse d’une intention de travailler en ce lundi 18 septembre sur les places européennes ? Le CAC 40 n’a dû sa progression symbolique de 0,04% qu’à la bonne tenue quelque peu anachronique du titre Total (+0,65%) alors que le baril de pétrole rechutait sur son récent plancher des 63 $.
La rumeur aurait-elle transpiré, depuis le salon de l’analyse technique de Bruxelles qui se tenait vendredi dernier, que les chartistes faisaient face depuis le début de l’été à une pénurie de signaux graphiques exploitables sur les indices boursiers dans une perspective de court/moyen terme ?
Les spécialistes des têtes/épaules, des stochastiques, des bandes de Bollinger et autres chandeliers japonais ne restent certes pas les bras croisés — soit parce qu’ils exploitent de micro-signaux en intra day (ils multiplient ainsi les aller-retours au cours d’une même séance au nom du principe selon lequel "les petits ruisseaux font les grandes rivières"), soit parce qu’ils défrichent de nouveaux espaces spéculatifs, parfois très éloignés de leur jardin traditionnel, à la recherche d’une volatilité devenue évanescente dans le compartiment actions.
Un marché dérivé en vaut un autre lorsque les appels de marge et les deposits (dépôts de garantie pour initier une opération à terme) sont de taille comparable et la liquidité optimale. Il n’est guère compliqué aujourd’hui de se placer sur le CAC 40 (échéance septembre) à l’ouverture, puis d’arbitrer en faveur de l’euro/dollar en début d’après-midi, avant de solder la position avec quelques ticks de gain — petits écarts mais gros effet de levier –, lesquels seront réinvestis sur des contrats de pétrole WTI échéance décembre cotés sur le NYMEX à New York.
** Et il fut justement beaucoup question de spéculation sur les matières premières et les devises, à Bruxelles. Les chartistes s’y sentent désormais beaucoup plus à l’aise que sur des indices phares tels que le Nasdaq, le CAC 40 ou le FT 100, qui se traite à Londres.
La raison en est simple : une tendance de fond haussière se manifeste de façon étincelante sur le cuivre, l’or et le pétrole depuis trois ans — invasion de l’Irak oblige. Le dollar, de son côté, ne doit son salut qu’à la complicité de la Chine et du Japon, sans laquelle le yen et le yuan se seraient déjà envolés vers les hautes couches de la stratosphère.
Les grands argentiers s’étaient réunis ce week-end à Singapour à l’occasion du G7. Ils avaient donné le sentiment qu’une amicale pression allait s’exercer sur le Japon pour qu’il cesse d’orchestrer la décrue de sa devise : -10% en 9 mois, cela commence à indisposer les exportateurs européens, ainsi que certains pays émergents comme l’Inde, le Mexique ou la Turquie.
Mais les derrière l’habituel satisfecit concernant la "mondialisation heureuse", les rares sous-entendus critiques du communiqué final semblent avoir été rédigés sur mesure pour placer la Chine devant ses responsabilités. L’Empire du Milieu serait l’un des rares acteurs majeurs du système financier global (puisque ce statut lui est maintenant reconnu) à manipuler sa devise afin qu’elle ne puisse refléter en temps réel les fondamentaux économiques.
Le G7 reprend à son compte l’une des principales revendications des lobbies représentant l’industrie américaine, lesquels mettent la pression sur M. Paulson, le nouveau secrétaire d’Etat US au Trésor, pour qu’il invite les autorités de Pékin à jouer pleinement le jeu du libéralisme. S’imaginent-ils que la nomenklatura communiste pourrait en avoir un jour l’intention, tant il existe d’avantages à détourner sans vergogne les règles du capitalisme ?
** Mais s’il existait un arbitre omniscient et parfaitement impartial chargé d’évaluer les responsabilités en matière de distorsions du système monétaire mondial, qui désignerait-il comme principal coupable dans le différent sino-américain ? Les Chinois qui tardent à adopter la convertibilité du yuan… ou la Fed qui transforme depuis le tournant du siècle nouveau le dollar en monnaie de singe (et les Etats-Unis sont bien contents que les pauvres d’un empire émergent volent au secours des riches d’un empire déclinant) ?
Par son usage immodéré de la planche à billet, les Etats-Unis causent certainement beaucoup plus de tort au concept même de monnaie que la réticence de Pékin à laisser le renminmbi (la "monnaie du peuple") flotter au gré des caprices de spéculateurs. Ces derniers se soucient d’ailleurs bien peu des fondamentaux, guettant la moindre opportunité de créer un écart et prêtant presque exclusivement attention aux infimes variations ponctuelles du différentiel de rendement entre deux devises.
Et la politique monétaire de la Fed semble alimenter — jusque chez les plus intransigeants des chartistes — un débat relativement passionné concernant le prochain mouvement sur les taux d’intérêts américains. Ce n’est pas que le maintien ou l’inflexion du biais monétaire constitue un enjeu d’adéquation par rapport à la conjoncture (qui trancherait le débat inflation/récession), mais le diagnostic officiel qui sera présenté par Ben Bernanke mercredi soir conditionne la liquidité du marché.
Et de la liquidité du marché dépend la volatilité… c’est-à-dire l’opportunité de gagner de l’argent pour la majorité des opérateurs individuels, qui ne peuvent se contenter d’exploiter leur surface financière pour faire doucement fortune en encaissant de la "valeur temps" sur des ventes d’options, de warrants ou de certificats sur actions.
Pour les cambistes, la question est également des plus sérieuses. Nous pensons ne pas trahir la pensée de certains spécialistes en affirmant qu’un consensus se dessine en faveur du scénario de baisse de taux (au moins deux assouplissements) aux Etats-Unis d’ici la fin du 1er semestre 2007, après le maintien du statu quo monétaire jusqu’à la fin de l’année, pour respecter un objectif de 4,5% d’ici 12 mois.
Même si l’inflation sous-jacente paraît profondément enracinée dans l’économie américaine — du fait de la chute de la productivité et de la contamination des prix finaux par la hausse des matières premières –, le risque d’éclatement de la bulle immobilière prédomine largement. De nombreux indices concordants prouvent que le risque en question est devenu un péril plus qu’imminent, à commencer par la dernière statistique de confiance émanant de NAHB/Wells Fargo (un sondage réalisé auprès de l’Association américaine des professionnels de la construction individuelle).
Selon le dernier baromètre rendu public ce lundi 18 septembre, l’indice de confiance chute de trois points, à 33 points — son niveau le plus bas depuis février 1991. Il s’agit du huitième repli consécutif cette année, et un score plancher de 31 est anticipé d’ici octobre.
En un an, le niveau du NAHB/Wells Fargo a été divisé par deux — de 66 à 33 : vous avez dit "atterrissage en douceur" ?
Philippe Béchade,
Paris
PS : Les chartistes sont peut-être perplexes, mais Philippe Béchade, lui, a des choses à dire sur la séance en cours : retrouvez-le dès 15h45 au 0899 707 009* pour une analyse complète des conditions du jour — et les recommandations qui vont avec !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
—————————– (publ.)
Comment investir en toute confiance dans un marché en baisse
Des centaines d’investisseurs ont vu ce système accumuler plus-value après plus-value… aujourd’hui, c’est à votre tour d’en profiter.
Des gains de +40,42%… +35,14%… +60%… +74%… +43,17%… +37,87%… +33,33%… +28,21%… +23,10%… +30,95%… pourraient être à la clé : n’attendez plus !
—————————
Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** IMMOBILIER ET EUROPE
** "La demande s’assèche. De nombreux acheteurs potentiels attendent simplement une baisse des prix. Le mot d’ordre est : ‘ça paie d’attendre’."
* C’est en ces termes que Richard Russell parle de la fin prochaine de la bulle immobilière américaine. Les lecteurs remarqueront qu’il ne fait pas allusion à un krach… pour l’instant. Dans les données provenant du secteur immobilier, dit-il, rien n’indique un atterrissage difficile. Ni un atterrissage en douceur. Le jury est encore en délibéré, pense-t-il, même à San Diego, la ville qui est traditionnellement le canari dans la mine de charbon de l’immobilier américain.
* Nous suivons régulièrement sa Dow Theory Letter, mais nous ne sommes pas aussi confiant que M. Russell. Nous serions bien plus enclin à prêter attention à l’expérience vécue par un couple de retraités californiens qui ont refinancé leur maison l’an dernier, avec un prêt à taux variable commençant à 2,6%… et qui versent désormais des paiements mensuels minimaux de 919 $ sur leur prêt de 180 000 $ — une somme qui ne couvre même pas les intérêts.
* Depuis mars 2005, lorsqu’ils ont pris le prêt, le principal est passé à plus de 183 000 $, et le taux d’intérêt est désormais de 8%. Selon leur contrat, il peut aller plus haut encore — jusqu’à 9,95%. Lorsque le principal atteindra 115% du prêt original, la banque les forcera à payer.
* La question est de savoir comment Louis — retraité des services publics du Colorado — réussira à s’acquitter de sa dette avec un revenu fixe. S’il se débrouille et réussit à sortir du prêt, cela ne les aidera pas, à cause des pénalités de pré-remboursement. Refinancer avant trois ans pourrait coûter 11 000 $ au couple. Le piège se sera refermé.
* D’autres signes de coup de grisou s’échappent de la mine de charbon. Un fonds de pension britannique, par exemple, fait passer jusqu’à un tiers de sa valeur britannique — se montant à 5,6 milliards de dollars — dans des investissements alternatifs… parmi lesquels des fonds de couverture et des capitaux d’investissement.
* Et Crédit Suisse pense à présent que le krach des matières entamé mi-mai est vraiment vraiment terminé…
* Contrairement à Russell, nous aurions tendance à penser que le petit volatile jaune de la mine immobilière ne tardera pas à avoir la tête qui tourne vraiment.
** Nous adorons l’Europe. C’est une région aussi vaste que les Etats-Unis, mais contrairement aux 50 états de l’Union américaine, elle n’est pas homogène.
* Les gens y parlent des langues différentes. Ils ont des idées différentes sur la manière dont les choses devraient être faites. Ils gardent jalousement leurs fromages, leurs bières et leurs manières. Montez dans un avion à Paris à 8h du matin, et à 11h, vous pouvez être dans une douzaine de pays différents — chacun avec ses propres particularités. Hier, par exemple, nous avons commencé la journée en Irlande, nous sommes ensuite allé à Londres travailler un peu — avant de repartir dîner à Paris.
* L’Europe est censée être unie, mais nous avons des doutes. Les chefs d’Etat se rencontrent peut-être à Bruxelles, mais chaque tribu se sent menacée par les eurocrates… et charge ses propres politiciens non pas de trouver le moyen d’avancer main dans la main avec leurs collègues d’autres pays afin de construire une meilleure Europe… mais simplement de protéger le pays contre les étrangers !
* Même à Bruxelles, les clans ne se mélangent pas vraiment, quand ce n’est pas obligé. Les Français restent avec les Français… les Allemands avec les Allemands… et les Anglais ? N’en parlons même pas !
—————————– (publ.)
Comment le marché actuel peut faire de vous un investisseur heureux…
… tout en faisant passer votre portefeuille à la vitesse supérieure !
C’est plus simple qu’il n’y paraît… il suffit de suivre les bons indicateurs : continuez votre lecture pour tout savoir.
—————————
*** La Chronique Agora présente ***
Après avoir ravalé son indignation d’hier, notre Banquier Central s’est mis au travail — et a analysé la prose de la BCE dans son dernier rapport en date. L’expérience s’est révélée surprenante…
============
Le Journal d’un Banquier Central
LE JOURNAL QUI VALAIT 3 MILLIARDS — 2ème PARTIE
============
Rentrée des classes
… Au reste, un cru étonnant que cette édition de rentrée. Les hommes en noir de Francfort ("du franc fort à Francfort", comme on résume, avec les copains, la carrière de mon condisciple Jean-Claude T***) se distinguent, dans leur éditorial, par une éloquence presque effrayante au regard de leur prudence habituelle. La nuance y brille par son absence. Il y a des phrases absolument péremptoires, à la grammaire acérée comme un couteau : une principale raide comme un i, un soupçon de conditionnelle et c’est tout — pas une concessive, pas une participiale, même pas un petit adverbe de rien du tout, pour tempérer !
"Si les suppositions et le scénario de base du Conseil des Gouverneurs continuent de se vérifier, un retrait progressif des facilités monétaires reste assuré". Pour une prose de Banquier Central, c’est une tournure aussi habillée qu’un string en fourrure rose devant un complet à rayures. Inouï : ils vont remonter les taux ! Et ils le lâchent comme ça, tout de go, à la face des politiques ! "… L’économie redémarre, tout augmente, la monnaie pousse comme le chiendent, à notre tour ! Cessez de creuser vos déficits publics et laissez-nous vraiment remonter les taux ! C’est toujours les mêmes qui rigolent !"
On les excusera : il y a si longtemps qu’ils l’attendent, leur moment ! Inutile, d’ailleurs, de poursuivre l’analyse de leur éditorial. Pour comprendre les enjeux, il suffit de faire les comptes, comme à l’école après la dictée. Sur deux pages et demie, j’ai recensé : pour l’adjectif "monétaire", 12 occurrences — très bien ; pour le terme "inflation", 9 occurrences — bien ; "stabilité des prix", 8 occurrences — peut mieux faire ; "prix pétroliers", 5 occurrences — bravo ; "création d’emplois", 3 occurrences — non, non et non ! Même à petites doses, n’employez pas d’américanismes.
Le scénario de la BCE est clair : ralentissement modéré de la croissance outre-Atlantique ; confirmation de la reprise en Europe et au Japon, risque croissant de crédit trop facile. Il est temps de sonner la fin de la récré. Egisthe, mon Analyste technique, ne leur donne pas tout à fait tort. Les indices mondiaux enregistrent de beaux parcours, au regard desquels les pauses de l’été n’apparaissent que comme de passagères corrections. Le Nikkei japonais, le S&P américain, l’Eurostoxx ou le Nasdaq sont tous appuyés sur de bons supports qui attestent la poursuite de la tendance haussière. A moyen terme, le potentiel de hausse restant avant les premières résistances-clés se situe autour des 10% en moyenne : cible intermédiaire sur le CAC 40 à 5 300 points.
A l’appui de ces anticipations optimistes, un scénario technique légèrement révisé sur l’obligataire. Les mouvements de tension qu’anticipait mon analyste tardent à se déclencher. Bien qu’en tendance le directionnel demeure à la tension, la préférence s’oriente à plus court terme vers une relative stabilité des taux longs dans les trois grandes zones économiques — voire une légère poursuite des détentes. Cette pause de marché durerait jusqu’en octobre, où la tension devrait reprendre — mais jusqu’où ? C’est encore l’inconnue. Sur le front des taux courts, pendant ce temps, des pré-signaux de détente se déclenchent de part et d’autre de l’Atlantique.
Un tel pronostic contredit partiellement le viril scénario brossé par Francfort : mais il est un élément sur lequel, me semble-t-il, les hommes en noir n’avaient pas compté.
Nous en saurons plus dès demain…
Meilleures salutations,
Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora
(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !
Pour découvrir toutes les analyses et recommandations du Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…
==========================================
(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
——————————————————–
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
==========================================
La Chronique Agora est une lettre électronique quotidienne gratuite distribuée par les services financiers des Publications Agora. Si vous désirez appliquer les conseils et évoqués dans cet e-mail, n’hésitez pas à vous abonner à l’une de nos lettres.
Pour plus d’informations :
http://www.publications-agora.fr



Laissez un commentaire