Etat, « idiots utiles » et démocratie participative

Rédigé le 2 septembre 2016 par | Deep State Imprimer

La démocratie est un concept dévoyé, de nos jours… et qui sert plus les élites que les citoyens ordinaires. Hillary Clinton en est un exemple flagrant.

« L’Etat, c’est moi », avait déclaré Louis XIV, qui régna sur la France pendant 72 ans. « Le gouvernement, c’est nous tous« , a déclaré Hillary Clinton, qui espère devenir la prochaine présidente des Etats-Unis.

Ces déclarations ne sont vraies ni l’une ni l’autre.

Louis, malgré toutes ses belles paroles, n’aurait rien pu faire sans le soutien de milliers d’apparatchiks, arrangeurs et fonctionnaires… sans parler de ses charognards et bourreaux. A tout moment, son entourage aurait pu l’abattre… son armée aurait pu se retourner contre lui… ou le peuple aurait pu se révolter et le renverser.

Hillary, si elle est élue, sera à peu près dans la même situation, mais beaucoup plus puissante.

Louis ne disposait pas de services du renseignement capables de surveiller les faits et gestes et conversations de tout un chacun. Il ne pouvait pas envoyer en mission des drones assassins. Il ne pouvait imaginer passer à la télévision pour mentir simultanément au monde entier… ou confisquer la moitié des salaires de ses sujets… ou envahir des pays à l’autre bout du monde.

Hillary (ou Donald Trump, d’ailleurs) aura plus de personnel à son service au sein du Département de l’énergie, que tous les bureaucrates réunis au temps du Roi Soleil.

Si elle est élue, elle deviendra le personnage le plus puissant de toute l’histoire du monde… soutenu par l’armée la plus létale, l’économie la plus productive, et la technocratie la plus énorme et la plus agressive sur Terre.

Des fusils, des drones et des bombes

En fait, à lui seul, l’Animal and Plant Health Inspection Service (APHIS), l’une des multiples branches du Département américain de l’agriculture, n’a rien à envier à l’armée de Louis XIV.

Selon le Wall Street Journal, l’APHIS aurait dépensé 4,8 millions de dollars, entre 2004 et 2015, en « fusils, carabines de calibre .308, lunettes de vision nocturne, canons ‘effaroucheurs’ au propane, explosifs liquides, matériel pyrotechnique, chevrotines, canons au GPL, drones, hélicoptères télécommandés, caméras thermiques, jumelles étanches à infrarouges, entre autres ».

(L’APHIS est paré, en cas d’attaque des rutabagas !)

Et contrairement à ce que les gens croient, « nous tous » ne soutiendrons pas Hillary. Et « nous tous » ne trancherons pas sur les questions importantes qui nous concernent tous.

« Nous tous » ne gouvernerons pas, autrement dit. Seuls certains d’entre nous le feront. Le reste sera gouverné.

L’idée selon laquelle le « gouvernement, c’est nous tous » est absurde. Nous ne pouvons nous dire les uns aux autres ce qu’il faut faire. Et si nous étions tous d’accord, nous n’aurions pas besoin d’un gouvernement.

En l’état actuel des choses, vous pourriez invoquer qu’un gouvernement est peut-être utile. Mais un gouvernement atteint vite le stade où sa rentabilité marginale diminue.

C’était le thème de notre dernier livre, Hormegeddon. Et c’est pourquoi Thomas Jefferson a déclaré que « le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins ».

Les gouverneurs d’Hillary seront du même type que ceux qui ont soutenu Louis XIV… et tous les monarques, dictateurs, présidents, empereurs, amateurs sans scrupule et chefs d’Etat va-t-en-guerre allant de Nabuchodonosor à Barack Obama.

La nomenklatura… les initiés… l’élite… la Parasitocratie : Hillary sera soutenue par les gens qui comptent… les véritables décideurs… et le Deep State.

Ce sont eux qui contrôlent réellement l’Etat et la plupart de nos plus grandes institutions. Ensemble, ils rançonnent le reste des citoyens « ordinaires ».

Mais ce racket fonctionne encore mieux lorsque les gens pensent qu’ils accomplissent leur devoir civique en coopérant.

Voilà l’avantage de la « démocratie participative » : cela facilite la tâche aux gouvernants en vue de saigner un peu plus une population déjà exsangue.

Hillary Clinton a tenté d’enjoliver le concept, samedi dernier :

« Le pouvoir de la démocratie américaine vient du fait que personne n’est laissé de côté : peu importe d’où vous venez, à quoi vous ressemblez, ou qui vous aimez. C’est ce que je veux dire en déclarant qu’ensemble nous sommes plus forts ».

Voici ce qu’elle veut dire, en réalité : les décideurs s’en sortent mieux lorsqu’ils arrivent à duper le peuple pour qu’il devienne complice.

Les idiots utiles

C’est ainsi que Napoléon a pu conquérir 10 fois plus de territoires que Louis XIV.

Louis avait des sujets, qui partaient à contrecoeur livrer les batailles de leur monarque. Napoléon avait des citoyens prêts à sacrifier leur vie et leurs biens pour la Patrie.

La démocratie participative attire presque tout le monde sur scène. Mais 95% des participants sont ce que Lénine appelait des « idiots utiles ».

Soit ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’il se passe, soit, tels les kapos dans les camps de concentration, ils exercent une autorité les uns sur les autres, en espérant recevoir quelques miettes supplémentaires.

Naturellement, les hommes sensés et honnêtes méprisent le gouvernement « en tous lieux et tous temps ».

Ils méprisent également les politiques démocratiques.

Ils savent que ce n’est rien d’autre que de la manipulation et de la démagogie : un spectacle affligeant mais distrayant où s’agitent des charlatans et des vauriens faisant tous semblant d’être moins mauvais que les autres.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Mots clé :

3 commentaires pour “Etat, « idiots utiles » et démocratie participative”

  1. Je mettrais un bémol. au lieu de « l’économie la plus productive », je parlerais plutôt d’ « économie la plus improductive »! 🙂

  2. Il y a un cas qui est notre plus proche voisin et auquel, que je sache, nous ne portons pas assez attention: la Suisse ou Confédération Helvétique. Dès qu’on parle de la Suisse, aussitôt les épithètes fusent, cachette de l’argent du crime, argent noir, argent des dictateurs, etc, banques vampires qui sont le recel des mafias, de la drogue et des armes, etc, etc. Il y a pas mal de vrai là-dedans. Mais les banques suisses relèvent – exactement – des mêmes critiques, souvent justifiées que toutes les autres banques du monde du même acabit. Seulement il y a, de facto, deux Suisse. Il y a la Suisse des banques intégrées mondialement et il y a la Suisse territoriale. C’est cette dernière qu’il est très intéressant de connaître le mieux possible, surtout quand on sait que, sauf erreur, l’industrie financière suisse représente 10 à 11% du PIB suisse. Et les 89% restant? Et bien c’est une économie florissante et une industrie de pointe qui ne connaîssent que très peu les crises. Chaque jour 50 à 60 000 français, ces enfants de la République universelle de l’égalité et des droits de l’homme… viennent travailler en Suisse où le taux de chômage tourne autour de guère plus de 4%.

    Bien que le terme ne soit pas inscrit, que je sache, dans la constitution helvétique, la Suisse territoriale fonctionne de bout en bout avec le principe de —SUBSIDIARITÉ—. Toutes les décisions politiques économiques et sociales, donc concernant l’organigramme économique, financier et bancaire intérieur, de la Suisse partent du -bas- pour remonter vers le -haut- selon le principe incontournable de la -Subsidiarité: que ce qui peut être décidé et fait à partir du -bas- aura toujours la priorité sur ce qui pourrait être décidé et fait plus -haut-. Ainsi les trois principaux ‘étages’ de la Subsidiarité suisse sont: d’abord les communes, les communes sont la vraie matière première de la Suisse territoriale et ce qu’elles ne peuvent pas décider ni faire passe à l’étage supérieur qui est l’ ‘étage’ des Cantons (ces 26 États indépendants qui, depuis des siècles, le 15ème siècle je crois, ont décidé de former une Confédération) et ce que les cantons ne peuvent pas décider ni faire passe à l’ ‘étage’ supérieur qui est celui de la Confédération proprement dite. Le « gouvernement » helvétique est réduit au strict minimum et ne se mêle que de ce qui concerne la -seule- Confédération. Il y a un « président » de la Confédération Helvétique dont le nom est à peine connu et que les Suisse surnomment le serre-mains, au rôle purement représentatif (un jour durant une rencontre internationale de chefs d’État, Jacques Chirac ne s’était pas rendu compte que son micro était branché, et désignant quelqu’un à quelques mètres de lui, demanda à son voisin un autre chef d’État: « Qui c’est ce type? » C’était le serre-mains de la Suisse. Il y a aussi 7 ou 8 ministres pour les questions strictement territoriales ne relevant que du territoire suisse dans son ensemble et des questions internationales incontournables.
    La Suisse à cet avantage que son organisation intérieure n’est pas du tout de la théorie, mais une pratique bien concrète, que la diversité des langues et des spécificités régionales et locales y est stables, durable et féconde.
    Ce n’est pas une boutade, mais il est urgent que l’ « Europe » demande son rattachement à la Suisse, que tous les pays d’Europe ou région qui en décideraient ainsi, demandent leur rattachement à la Suisse et – surtout pas l’inverse! –

  3. et dire qu’il va encore, falloir remettre cela en 2017 (deux fois pour être plus exact)…Jouer les idiots utiles à la demande. Et si pur une fois on indiquait notre accession à l’intelligence électorale en ne mettant rien dans l’enveloppe (c’est à dire un bulletin nul).

    Il n’est jamais interdit de s’éveiller à l’intelligence citoyenne. Est-ce l’aube d’une ère nouvelle?

    http://wp.me/p4Im0Q-1h9

Laissez un commentaire