Un budget sincère pour un plan de sauvetage

Rédigé le 17 octobre 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

L’hystérie sécuritaire n’est qu’un sous-produit du « Viagra financier » injecté par les banques centrales dans les économies.

« Ne vous inquiétez pas. Nous ne sommes pas aussi hystériques que vous, les Nord-Américains ».

Nous venions d’arriver au portique de sécurité de l’aéroport de Salta, de retour du ranch, et en route pour Buenos Aires où nous avions une correspondance pour Paris, France.

A la main, nous tenions une bouteille du vin que nous produisons : la nouvelle reserva [NDR : millésime] que nous avions conservée en tonneau pendant un an avant de la mettre en bouteille. Nous avions oublié de la placer dans notre bagage enregistré.

« Allez-y. Vous pouvez l’emmener à bord. A ma connaissance, personne n’a jamais fait exploser un avion avec une bouteille de Malbec ».

Cela offre un contraste saisissant avec l’hystérie qui règne en Amérique du Nord ces jours-ci.

Par exemple, les Américains, craintifs, ont peur que des fillettes scouts de 10 ans ou de vieilles dames de 90 ans représentent un danger pour les transports aériens.

Les terroristes djihadistes, l’Iran, la Russie, la Corée du Nord, les monuments de la Guerre de Sécession, les joueurs de la NFL qui posent un genou à terre, le gluten, le changement climatique, l’inégalité, le Diable… pour ne citer que ceux-là : autant de choses, dit-on, qui menaceraient l’empire.

Un budget sincère

Nous avons fait un voyage express en Argentine.

Nous y possédons deux propriétés. Elles sont presque attenantes mais il faut faire deux heures de voiture en contournant la montagne pour aller de l’une à l’autre.

L’une d’elles est le ranch dont nous sommes propriétaire depuis plus de 10 ans… l’autre est une ferme que nous venons d’acquérir. Le but de cette dernière est de donner du sens à la première.

Nous nous sommes rendu compte qu’à lui seul le ranch ne peut fonctionner. Il n’y a pas assez d’eau… alors les vaches sont trop maigres.

« Il n’y a pas que cela », a expliqué notre contremaître, Gustavo.

« Nous avons 450 vaches. Mais seulement 200 veaux. C’est parce que les taureaux ne font pas leur boulot. Ils sont trop gros, trop lourds ; ils dépensent tant d’énergie pour essayer de survivre là-haut qu’ils n’arrivent pas à faire ce qu’il faut pour que les vaches soient pleines ».

« Existe-t-il du Viagra pour taureau, que nous pourrions leur administrer ? » nous sommes-nous interrogé.

Le problème est censé être résolu par la nouvelle ferme. Là, nous produirons des milliers de balles de foin, des rollos. Nous en transporterons une partie là-haut, au ranch, pour nourrir les taureaux et les vaches. Des animaux mieux nourris ne devraient pas avoir besoin de Viagra. Ils devraient produire davantage de veaux.

L’économie de base d’un ranch est simple. Vous produisez de la viande et vous la vendez à la livre (0,453 kg). Plus vous vendez de livres de viande, plus vous gagnez de l’argent.

Mais vous avez des frais : les vaccinations, la main-d’oeuvre, les taxes, le carburant. Dans notre ranch, les frais sont élevés car nous sommes loin de tout. Et les vaches sont maigres car nous n’avons pas assez d’eau.

Les vaches sont comme les machines d’une usine. Elles produisent des veaux que nous vendons. Le taux de fertilité mesure, à peu près, la productivité de l’exploitation.

Notre taux de fertilité doit être le plus faible de tout le Règne Bovin.

Cette année, nous vendrons 200 bêtes environ, essentiellement des veaux.

Chaque veau pèse aux alentours de 270 livres (122,47 kg). Une livre nous rapporte 1,40 $, soit un revenu total de 75 600 $ (270 x 200 x 1,40).

Malheureusement, nos coûts sont deux fois plus élevés. Nous employons six vachers et nous avons des camions, des tracteurs, etc.

De toute évidence, ce n’est pas ainsi que l’on peut gagner de l’argent. Au mieux, une fois que notre nouvelle ferme sera totalement opérationnelle, nous espérons doubler nos ventes et rentrer dans nos frais.

Du viagra financier

Dans l’univers de l’argent et de la politique, d’un autre côté, il faudrait un psychiatre ou un dément pour comprendre ce qui se passe.

C’est un univers plein d’hystérie et d’illusions. Parfois l’hystérie arrive toute seule ; souvent, ce sont les gens qui la provoquent.

Actuellement, les banques centrales, les médias grand public, l’Etat et les secteurs privilégiés par le Deep State attisent les braises.

Pourquoi ?

Parce que cela rapporte.

Au cours de ces 17 dernières années, les banques centrales ont injecté environ 20 000 Mds$ de Viagra financier dans le système. C’est le volume « d’actifs » supplémentaires (surtout des obligations mais également des actions) qu’elles ont acquis avec de l’argent inexistant auparavant.

Tout cet argent supplémentaire a fourni au « marigot » les financements qu’il voulait. Le secteur de la « sécurité », basé en Virginie du Nord, par exemple, a prospéré.

Voici ce qu’écrit William Hartung, expert militaire américain, dans TomDispatch.com :

« Les chiffres donnent le vertige. Au cours de l’exercice budgétaire 2016, le Pentagone a attribué 304 Mds$ de marchés publics à des entreprises, soit près de la moitié de son budget annuel de 600 Mds$ et plus. Et n’oubliez pas que tous les prestataires ne sont pas logés à la même enseigne.

Selon le rapport du Federal Procurement Data System [NDR : base de données des marchés publics], qui répertorie les 100 principaux prestataires de l’année 2016, les principaux bénéficiaires sont, de loin, Lockheed Martin (36,2 Mds$), Boeing (24,3 Mds$), Raytheon (12,8 Mds$), et Northrop Grumman (10,7 Mds$). Aujourd’hui, ces cinq entreprises ont englouti près de 100 Mds$ du contribuable, soit un tiers environ de tous les marchés attribués par le Pentagone en 2016.

Pour rappel : le Pentagone ne se contente pas d’acheter que des armes. Des sociétés d’assurance-santé comme Humana (3,6 Mds$), United Health Group (2,9 Mds$), et Health Net (2,6 Mds$) sont également passées à la caisse, de même, entre autres, que des sociétés pharmaceutiques telles que McKesson (2,7 mds$) et des universités très impliquées dans la recherche menée au sein du complexe militaro-industriel, comme le MIT (1 Md$) et Johns Hopkins (902 M$). »

L’argent facile était disponible : les compères se sont servis.

Des hommes armés hystériques

Hartung indique que depuis 2009, le secteur de la « sécurité » a dépensé quelque 1 Md$ pour inciter l’Etat à dépenser toujours plus… et en faisant souvent intervenir jusqu’à 1 000 lobbyistes.

Mais l’armée a besoin d’ennemis également, pour l’aider à justifier qu’elle dépense 1 100% de plus que son adversaire potentiel le plus plausible – la Russie – et infiniment plus que ses ennemis « terroristes » au Moyen-Orient.

Pour paraphraser l’ex-secrétaire d’Etat Madeleine Albright, si vous avez toute cette puissance de feu… faut bien trouver quelqu’un sur qui tirer.

Or malgré les provocations, financements et incitations que leur a fournis l’Etat, c’est simple, les « terroristes » n’ont pas assez gagné de terrain.

Après tout, à Las Vegas, récemment, un Anglo-Saxon ex-fonctionnaire du gouvernement américain, a massacré plus de gens en territoire chrétien que tous les musulmans réunis depuis ces 10 dernières années.

L’incapacité de ces « terroristes » à représenter un ennemi crédible semble avoir conduit le secteur de la sécurité à en chercher d’autres plus loin.

A présent, l’Iran est un ennemi… bien que l’Iran n’ait envahi personne depuis la bataille de l’Eurymédon en 466 av. J-C.

Il y a la Corée, aussi, bien que ce pays n’ait aucune possibilité de faire du mal aux Etats-Unis. Et, bien entendu, la Russie est également un ennemi, pour des raisons qui n’ont jamais été élucidées.

Dans notre dernier livre – Hormegeddon, quand trop de bien nuit – nous remarquions modestement que presque tout est soumis à la loi du déclin de l’utilité marginale. [NDLR : l’ouvrage de Bill peut-être commandé directement chez l’éditeur Les Belles Lettres ou sur Amazon.]

Hormegeddon

Il est peut-être nécessaire de dépenser un petit peu pour la défense. Mais si vous dépensez sans cesse davantage, le résultat peut devenir nettement négatif.

Vous n’êtes pas plus en sécurité en achetant encore plus d’armes et en alimentant les bonus des prestataires. Au contraire, vous êtes moins en sécurité à mesure que vos dépenses liées à la « sécurité » encouragent l’aventurisme militaire et l’ingérence d’hommes hystériques brandissant des armes.

Alors, vous devenez la brute dont vous tentiez de vous protéger.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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