Humilité et contrition

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La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 05 octobre 2006
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*** Indices larges : le chemin vers les profits devient étroit !
Le Dow Jones, à un sommet historique ? Tout est relatif…

*** La victoire est à nous…
… mais les matières premières souffrent…

*** Humilité et contrition
Bill Bonner passe aux aveux…

*** Marée basse (2)
Les investisseurs sont calmes, trop calmes… et cela concerne également le marché obligations…

—————————– (publ.)

340% de gains cumulés en 2005 :
VOTRE BANQUIER PEUT-IL EN FAIRE AUTANT ?

Le nôtre, en tout cas, y est parvenu sans problèmes.
Pour savoir comment, continuez votre lecture…

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Bonjour,

*** INDICES LARGES : LE CHEMIN VERS LES PROFITS DEVIENT ETROIT !

** Ce mois d’octobre fait apparemment de son mieux pour ne pas ressembler au mois de septembre. Le scénario qui se déroule depuis trois séances est l’exact symétrique de celui observé un mois auparavant ; le CAC 40 a effacé d’un coup ce mercredi les (modestes) pertes des deux séances précédentes.

Début septembre, cela avait été l’inverse… mais tout s’était très bien terminé, puisque l’indice avait réussi à reprendre appui sur le palier des 5 030 points — qui demeure une ligne de partage tendancielle décisive à moyen terme — avant d’aligner trois semaines de hausse pour renouer avec les 5 250 points.

Et le CAC 40 a rebondi hier au-dessus des 5 250 points grâce à un coup de pouce de dernière minute, pour en terminer à 5 256 points — c’est-à-dire à tout juste 1,5% de son zénith annuel des 5 330 points. Il n’est pas exclu que le plus haut en séance inscrit à 5 285 points le 29 septembre soit bientôt débordé, car l’Euro-Stoxx 50 a amélioré d’une quinzaine de points (0,5%) son précédent record du 11 mai dernier (3 998 points).

Mais le risque de formation d’un "M" baissier subsiste, à Paris comme sur les indices paneuropéens. Le franchissement des 11 750 points par le Dow Jones, pour aussi symbolique qu’il apparaisse, n’invalide pas davantage la formation d’une vaste structure en double sommet, à six ans et neuf mois d’intervalle.

[NDLR : Cette configuration boursière a permis à Marc Dagher, notre expert ès warrants, de réaliser un triplé gagnant : depuis hier, il a dénoué trois positions, engrangeant coup sur coup des plus-values de 60%, 75% et 100% ! Pour tout savoir sur les conseils de Marc, cliquez ici...]

** Puisqu’il faut bien justifier le regain de fermeté des places boursières, après une brève reprise de respiration en ce début de quatrième trimestre fiscal, il n’est pas besoin de chercher très loin l’explication : elle apparaît évidente pour tout le monde, et nous rejoignons pour une fois le consensus sans le moindre remord.

Cette nouvelle impulsion haussière (avec un tout petit bémol qui concerne le marché japonais, en repli de 1% mercredi matin) est à porter au crédit du pétrole. Sa rechute sous les 58 $ après la publication de l’état des stocks américains a dopé Wall Street — et notamment le Nasdaq, qui gagnait plus de 1% après deux heures de cotations.

La seule ombre au tableau fut jetée par la parution de l’indice ISM des services américain, qui dégringole sous les 53, à comparer avec un score de 57 au mois d’août, et au lieu des 56 anticipés en septembre. Simultanément, un bureau de recherche économique américain dénommé ADP révélait que les créations d’emplois dans le secteur privé n’auraient pas dépassé les 80 000 au mois de septembre, ce qui augure de statistiques "faibles" concernant le marché du travail vendredi — voire d’une possible hausse du chômage.

Cette nouvelle preuve d’un tassement de l’activité américaine a été mal accueillie sur le coup, mais ce mouvement d’humeur a été rapidement dissipé par la publication des stocks de produits pétroliers aux Etats-Unis (semaine de 25 au 30 septembre). Le département de l’Energie confirme en effet la tendance au gonflement des réserves nationales, avec une hausse de 3,3 millions de barils de brut, à 328,1 millions. Les stocks d’essence grimpent de 1,2 millions de barils supplémentaires — c’est donc la septième semaine de progression consécutive.

** Nous ne pouvons nous empêcher d’assimiler cette hausse des stocks de produits pétroliers à un fléchissement de l’activité industrielle, dont le principal baromètre est le Dow Jones. Cependant, les commentateurs des journaux télévisés ne cessent de s’extasier sur "l’exploit" du plus célèbre indice historique qui établit, six ans et neuf mois après son premier (et seul) test des 11 750 points, un nouveau record absolu — et provisoire ? — à 11 805 points.

Mais le S&P 500, plus large et plus représentatif de l’évolution du patrimoine d’un épargnant en actions sur une longue période, semble éprouver bien des difficultés pour franchir le cap des 1 340 points, un niveau situé tout juste 1% au-dessus du zénith du mois de mai 2006. Le S&P en est à sa sixième tentative d’affilé et le ratio advance/decline des titres qui le composent nous incite à anticiper un nouvel échec plus net que les précédents.

Le S&P semble à bout de souffle, alors qu’il stationne encore loin de ses sommets (1 553 points fin janvier 2000). Ce handicap de -16% va nécessiter la combinaison d’éléments conjoncturels particulièrement favorables pour être comblé.

** La structure des indices américains joue cependant un rôle déterminant ; leur exposition plus ou moins grande aux valeurs dites de croissance peut entraîner des écarts de variations particulièrement impressionnants. L’indice Russell 1000, qui comporte deux fois plus de titres que le S&P 500, n’accuse qu’un retard de 10% par rapport à ses sommets de janvier 2000.

Prenez le Russell 2000, deux fois plus large, et le tableau change radicalement : il avait culminé vers 570 points il y a six ans… nous l’avons vu culminer vers 780 points à la mi-mai (record pulvérisé de 35%)… et que dire des 120% repris depuis janvier 2003 !

Le principal baromètre des valeurs américaines petites et moyennes — le non moins fameux AMEX, pour les connaisseurs — donne carrément le vertige. Jugez plutôt : il inscrivit un record à 1 010 points fin janvier 2000 (un après le top du Dow Jones ou du S&P), puis corrigea jusque sur 810 points fin octobre 2001 — plancher re-testé en novembre 2002 –, avant de s’envoler de 250% pour culminer à 2 030 points le 5 septembre dernier (en même temps que le CAC 40 et ses 5 250 points environ).

Mais depuis un mois, la donne semble avoir changé : le Russell 2000 accuse un repli de 10% par rapport à son zénith de la mi-mai. L’AMEX, de son côté, vient de chuter de 8% en un mois, après avoir matérialisé un splendide "M" baissier (encore un !) en tenant compte du précédent sommet de la fin avril à 2 030 points également — les chartistes se régalent.

Si vous suivez le cheminement de notre pensée, vous n’allez pas tarder à en tirer une conclusion identique à la nôtre : les petites et moyennes capitalisations ont réalisé une surperformance assez vertigineuse par rapport aux poids lourds du Dow Jones… et ont littéralement laissé sur place les pauvres valeurs de croissance du Nasdaq.

** Mais depuis qu’un ralentissement économique se profile, les investisseurs se désengagent des titres au marché étroit pour se réfugier sur des titres offrant une forte liquidité — et dont il est facile de se défaire sans peser sur les cours, au cas où les vents boursiers tourneraient à l’orage : ce phénomène est particulièrement saisissant depuis six mois.

Une nouvelle fois, le ratio advance/decline vient étayer notre thèse : plus l’indice boursier est étroit (et plus étroit et liquide que le Dow Jones, il n’y a pas !), plus le rapport hausses/baisses apparaît favorable. Il s’équilibre rapidement — c’est du 50/50 — avec le S&P 100, il devient négatif avec le S&P 500 (qui ne parvient plus à progresser depuis mai dernier) et devient structurellement baissier avec le Russell ou l’AMEX.

De là à imaginer que les gérants américains adoptent une attitude ultra-défensive et se tiennent prêts à déserter Wall Street au moindre coup de tonnerre, il n’y a qu’un pas… et nous supposons qu’il n’y a plus guère de distance entre eux et la porte de sortie, à quelques jours de la publication des premiers résultats portant sur le troisième trimestre 2006.

Philippe Béchade,
Paris

PS : Indices étroits, profits larges — à moins que ce ne soit l’inverse : pour vous y retrouver, Philippe Béchade vous donne ses conseils et recommandations au 0899 707 009* tous les jours dès 15h45.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Eric Fry, en direct de Wall Street

*** LA VICTOIRE EST A NOUS…

** La victoire est à nous ! Le Dow Jones Industrial Average a finalement atteint un nouveau sommet historique cette semaine (ce qui signifie, j’imagine, que les terroristes ont perdu ?). CNBC a célébré l’événement mardi, tout en applaudissant à la déroute des marchés de matières premières.

- Un nouveau sommet historique, c’est une bonne nouvelle pour tous les passe-plats de l’ordre financier établi… mais pas aussi bonne que l’implosion simultanée du pétrole, de l’or et de la majeure partie des matières premières. Des prix en hausse sur les ressources naturelles, voyez-vous, c’est mauvais pour la Bourse… et cela fait aussi office de d’acte d’accusation très visible pour la politique de la Fed. En d’autres termes, matières premières = mauvais. Actions (et Bernanke) = bon.

- Nous n’aimons pas beaucoup les matières premières non plus, pour l’instant — mais uniquement parce qu’elles nous traitent assez mal. Elles repoussent notre affection de long terme avec mépris et forces insultes.

** La chute de 20% du prix du brut depuis la fin juillet a engendré un glissement de 15% de l’indice CRB large des futures sur matières premières. Les actions de matières premières ont fait la culbute, par sympathie. L’ETF iShares Goldman Sachs Natural Resources, qui pouvait se vanter d’un gain de 20% pour l’année en mai dernier, n’a quasiment plus rien à montrer sur l’année écoulée.

- Même si nous n’apprécions pas ce comportement injurieux, il ne nous surprend pas vraiment.

- Maintenant que le "calme" géopolitique et météorologique semble envelopper le globe, remarquions-nous il y a deux semaines de cela, le pétrole brut semble un peu cher… au moins pour le moment. 

- Malgré le sentiment haussier de long terme, plusieurs indicateurs de court terme sur le brut et le reste du complexe énergétique semblent de plus en plus baissiers. Les arguments haussiers du pétrole brut semblent reposer sur une phrase courte mais efficace : "on ne sait jamais"… On ne sait jamais quelles menaces géopolitiques et/ou météorologiques peuvent perturber l’offre pendant un temps. La cause baissière, cependant, réside dans ce que nous savons déjà : les réserves sont amples, la demande tiédit et trop d’investisseurs "papier" sont longs sur le pétrole.

- Nous avons recommandé la prudence… mais même le plus prudent des haussiers en matières premières a subi le coup d’épingle de la chute des prix. Nous restons confiant, cependant : les matières premières récompenseront une fois encore l’affection de ceux qui les portent dans leur cœur… mais nous n’avons pas idée de quand cela se produira.

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** HUMILITE ET CONTRITION

** Cette semaine, le Dow a atteint un nouveau sommet historique. Nous avions du mal à croire cela possible, dans la mesure où il nous semblait évident que le marché baissier entamé en janvier 2000 ne s’était pas encore pleinement exprimé. C’est-à-dire qu’après avoir grimpé, les actions étaient censées baisser. En fait, elles ont chuté en termes réels ; même au nouveau sommet actuel, le Dow ajusté à l’inflation est encore près de 20% inférieur à son niveau d’il y a six ans. Mais bon, c’est tout de même un nouveau sommet.

* Cela nous amène à la partie majeure de la confession de la semaine, ainsi qu’à la fraude majeure du vaste spectacle public de l’économie mondiale… sans parler de l’inconvénient majeur de tous les phénomènes naturels et créatures vivantes.

* Nous commençons par admettre que nous avons eu tort. Le nouveau record du Dow apporte un flot d’humilité et de contrition à votre correspondant. Il sent qu’il doit admettre d’autres crimes et mauvaises actions, grands et petits, dont il n’est même pas coupable.

* Se tortillant sur sa chaise, en sueur, le coeur battant la chamade, il veut tout avouer.

* Durant l’hiver 2002, nous avons observé le gouvernement américain gonfler une nouvelle bulle gigantesque. Les technologiques s’étaient effondrées. Le World Trade Center n’existait plus. L’économie américaine semblait s’enfoncer dans la récession, dont beaucoup pensaient qu’elle serait le précurseur d’un "ralentissement à la japonaise", pour retourner nos propres termes contre nous. Alan Greenspan a fait baisser les taux jusqu’à 1%. George W. Bush fit monter les enchères sur sa "Guerre contre la Terreur". A eux deux, ils réussirent un "coup d’économie" — déversant des milliers de milliards de nouvelle monnaie et de nouveau crédit dans l’économie mondiale. La planète n’avait jamais vu un tel flot de liquidités depuis Noé.

* Tout de même, nous pensions que cela ne fonctionnerait pas. Nous avions tort. Sur cette marée montante flottaient quasiment toutes les maisons et cabanes du monde… et sur cette nouvelle bulle du prix de l’immobilier flottait l’économie mondiale dans son ensemble. C’est à peine si la maison américaine moyenne avait vu son prix grimper au cours des 100 années précédentes. Mais au cours des cinq premières années du nouveau siècle, elle a augmenté de plus de 50%. Et tout à coup, toute personne dotée d’un pouls et d’une carte de crédit avait de l’argent à dépenser. La récession ne tarda pas à se terminer, tandis qu’un nouveau boom naissait.

* Mais la récession et le boom qui ont suivi étaient bien étranges. Lors de la récession, avions-nous alors souligné, les gens ne faisaient pas ce qu’ils font d’ordinaire à pareille époque. Au lieu de réduire leurs dépenses, ils ont dépensé plus. Au lieu de rembourser leurs dettes, ils ont emprunté plus. Au lieu de défaire les erreurs commises lors du précédent boom, ils en ont fait de nouvelles. Quelle sorte d’étrange récession était-ce là ? Elle était bidon ; ce n’était pas du tout une récession.

* Pour régler le problème, le gouvernement a nourri l’économie américaine de monnaie tout aussi bidon. On n’a pas eu recours à l’épargne — non : il n’y avait pas d’épargne. Au lieu de ça, on a simplement sorti d’autres dollars en toc — ce qui a produit un boom en toc. Le grand boom dont profitent les Etats-Unis depuis cinq ans est aussi faux que la récession qui l’a précédé. Les gens ne sont pas réellement devenus plus riches ; ils ne gagnent pas plus d’argent, et n’épargnent pas plus. Les revenus réels ont à peine bougé. L’épargne a disparu. Ce que les Américains ont fait, en réalité, c’est emprunter plus d’argent sur le nantissement de leurs gains immobiliers. Et en fin de compte — si la fin arrive un jour — leur situation a empiré. Parce qu’à présent, ils doivent plus d’argent ; ils sont plus profondément endettés qu’ils ne l’étaient avant que le gouvernement vienne à la rescousse, et n’ont pas de revenus plus conséquents pour les aider à sortir de l’ornière.

* Selon notre théorie du Spectacle Public, chaque épisode a un début, un milieu et une fin. Il n’y a pas de boom sans krach. Il n’y a pas de jour sans nuit, pas de médaille sans revers, et pas de verre à moitié plein qui ne soit aussi à moitié vide. Nous le sentons plus précisément en automne, lorsque les feuilles tombent, qu’au printemps — et maintenant que nous approchons la soixantaine, nous le sentons jusqu’aux os. Tout a une fin, cher lecteur — et cette bulle aussi.

** Notre bureau de Baltimore nous envoie une nouvelle preuve que les Américains subissent une pression financière de plus en plus forte :

* "A 10h environ hier matin", nous dit-on, "deux de nos employés se trouvaient dans Lovegrove Alley, où une femme conduisant une Jeep Grand Cherokee argentée les a dévalisés sous la menace d’un revolver. Elle avait l’air d’une femme qui venait de déposer ses enfants à l’école, et qui aurait décidé de se faire un peu d’argent (le pistolet aurait pu être faux)."

* "A moins que ça n’ait été pour rembourser les traites de la voiture — une Grand Cherokee, ce n’est pas donné. Ou bien elle voulait un peu d’animation dans sa vie. Ou encore elle était au bord de la dépression nerveuse, et ne raisonnait pas clairement ; on n’entend pas souvent parler de femmes-bandits."

* Un autre dommage collatéral économique, cher lecteur… Ou bien, en regardant les choses sous un autre angle, un triomphe du féminisme.

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Comment le marché actuel peut faire de vous un investisseur heureux
… tout en faisant passer votre portefeuille à la vitesse supérieure !

C’est plus simple qu’il n’y paraît… il suffit de suivre les bons indicateurs : continuez votre lecture pour tout savoir…

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*** La Chronique Agora présente ***

Les investisseurs sont calmes, faisait remarquer Bill hier. Trop calmes, au vu des conditions boursières actuelles… et cela concerne également le marché obligations, comme nous le voyons ci-dessous.

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MAREE BASSE — 2ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

Les investisseurs ne semblent pas se soucier que Goldman Sachs, qui est déjà le plus grand fonds de couverture du monde, s’expose à des risques bien plus élevés que ses concurrents les plus proches ; la valeur à risque, qui est le critère selon lequel l’industrie financière calcule son exposition, a grimpé de 48% pour le secteur tout entier depuis 2001. Pour Goldman, cette augmentation est multipliée par trois ou presque, à 136%. Un autre critère important, le coefficient d’utilisation des fonds propres, a grimpé de 29% pour le secteur, mais de 49% pour Goldman. Malgré cela, à la mi-septembre, les prêteurs de Goldman fournissaient volontiers à l’entreprise 1,5 milliards de dollars, pour un taux 1% plus élevé seulement qu’un prêt à 10 ans au Trésor américain.

Il y a une différence entre prêter à la Thaïlande ou à Goldman Sachs, et prêter au Trésor US — et cette différence ne se limite pas aux degrés. La Thaïlande peut mettre ses citoyens sous pression. Goldman peut escroquer ses clients. Mais seul le Trésor américain peut faire les deux.

Voilà pourquoi les bons du Trésor sont considérés comme sûrs. En cas de tempête, on préfère détenir des T-Bonds… plutôt que des obligations sur Goldman ou sur le baht thaïlandais. Par conséquent, dans quelles circonstances voudrait-on courir après ce rendement supplémentaire si maigre ? Uniquement lorsque l’on pense que les tempêtes sont bien loin.

Bien entendu, nous ne savons pas mieux que quiconque ce que l’avenir nous réserve. Nous notons seulement, aujourd’hui, les tendances perverses de notre espèce. Lorsque la mer est d’huile, nous chargeons nos navires si lourdement que même une pierre jetée dans l’eau suffirait à les inonder.

Cette petite réflexion est rendue plus incisive encore par un commentaire d’Alexander Kaletsky dans le London TIMES. Kaletsky cite un article du FMI sans même un ricanement de mépris ou de moquerie : "cette année, le FMI a vraiment pris des risques… il a prédit une cinquième année sans précédent de croissance rapide de l’économie mondiale. Il a suggéré que l’expansion mondiale devient encore plus saine… et il a présenté des arguments convaincants sur les raisons pour lesquelles cette croissance pourrait être soutenue durant des années".

Ces arguments sont persuasifs pour Kaletsky, parce qu’il y croit déjà. A la question rhétorique "est-ce trop beau pour être vrai ?", l’éditorialiste apporte une réponse optimiste : pas nécessairement.

"La partie vraiment intéressante de l’analyse… traite de certains des appuis structurels de plus long terme à ce qui ressemble de plus en plus à un âge d’or de croissance mondiale non-inflationniste… l’IMF a désormais appliqué toute son énorme force d’analyse à un certain nombre de théories développées dans ces lignes ces dernières années."

Les théories auxquelles Kaletsky fait référence comprennent notamment deux principes que les lecteurs de la Chronique reconnaîtront : le premier suggère que les technologies de l’information sont payantes… et le second, que la mondialisation aussi. Nous ne nions aucun des deux. Mais ces bénédictions jumelles calment-elles vraiment des eaux tumultueuses de manière si complète et éternelle que l’économie mondiale peut prendre le large avec le chargement de dette le plus lourd de l’histoire… et le coeur le plus léger qu’on ait jamais vu ?

Bien entendu, nous ne voyons pas la météo de demain avant tout le monde. Peut-être que le FMI a raison. Peut-être qu’au cours des 12 prochains mois, les mers seront aussi placides et tranquilles qu’une nonne étranglée. Nous n’avons aucun moyen de dire le contraire.

Jusqu’à présent, en tout cas, les grands paquebots du commerce mondialisé et des marchés sur-gonflés nourris par les hedge funds n’ont rencontré aucune difficulté. L’économie mondiale est en route pour croître de 5% supplémentaires, environ, au cours de l’année qui vient, affirme le FMI. La mer est si calme que le capitaine a mis les pieds sur la table. Dans le nid-de-pie, la vigie essaie de terminer une grille de Sudoku. Et les passagers sont si certains que tout va bien qu’ils ont échangé leurs gilets de sauvetage contre des bouées-canard provenant d’Asie… et leurs canots contre des 4×4.

Quant aux nouvelles technologies et à la mondialisation… l’équipage pense avoir inventé tout cela. Mais là aussi, ils font erreur. Ce n’est de loin pas la première fois que tout cela se produit. Dans les années 20 a eu lieu une véritable explosion d’innovations, encore plus conséquente et importante que la révolution informatique. Automobiles, ventilateurs électriques, réfrigérateurs, radios, téléphones, agriculture mécanisée… les nouvelles technologies étaient à couper le souffle. Et la mondialisation ? A l’époque aussi, des bateaux parcouraient les sept mers… chargés d’ananas et de bananes provenant de plantations en Amérique latine… de thé d’Inde… de caoutchouc de Malaisie… de tabac de Virginie… et d’automobiles de Detroit.

Suite et fin dès demain…

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’inéluctable faillite de l’économie américaine" et "L’Empire des Dettes".

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