Pour un honnête dollar

Rédigé le 26 juin 2017 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Hier soir, nous sommes allés dîner au port de Dungarvan.

La campagne irlandaise était idyllique, avec ces collines vallonnées, ses forêts, et ses prairies. Et en arrivant à Dungarvan, nous avons aperçu l’Atlantique qui scintillait au loin.

Au port, c’était marée basse. Les bateaux reposaient dans la vase, penchés d’un côté, en attendant que l’eau les redresse. Les restaurants étaient bondés. Les parkings étaient remplis. Partout, des groupes attablés bavardaient et riaient.

« L’Irlande a l’air d’être en plein essor », avons-dit à nos compagnons.

« Oui, elle revient de loin. Les prix de l’immobilier recommencent à grimper, notamment à Dublin. Les salaires repartent à la hausse. Mais cette ville est particulièrement prospère. Elle est très pittoresque ».

Nous nous sommes récemment moqué de ce qu’avait dit le président de la Chambre, Paul Ryan, à savoir que les politiciens partaient « en avant toute » sur une réforme fiscale « transformationnelle ».

C’est bien une réforme transformationnelle qui est nécessaire, mais ce n’est pas ce qui s’annonce.

Nous adorerions assister à une véritable réforme fiscale. Nous payons 50% d’impôt sur les revenus, au niveau de l’état et au niveau fédéral. Nous faisons partie de ceux qui se font gentiment saigner par l’Etat.

Voici notre proposition : réduisez le taux d’imposition à 10%. Pour tout le monde. Stoppez tous les crédits. Comblez tous les vides.

Les avocats fiscalistes n’auraient plus de travail… les initiés seraient consternés… les pauvres s’insurgeraient… et l’économie prospèrerait.

Mais ni les républicains ni les démocrates ne le proposent.

Pourquoi ?

Premièrement, parce que le pouvoir en place s’est débrouillé pour créer des exemptions fiscales pour ses membres. Une fiscalité complexe favorise les initiés ; ils se réfugient dans cet écheveau comme les violeurs dans les bois.

Le Congrès contrôle le système d’imposition… et les initiés contrôlent le Congrès.

Deuxièmement, le Deep State a besoin de cet argent. Le principe même de gouvernement consiste à offrir à quelques-uns les moyens d’exploiter la multitude. La fiscalité est un moyen parmi tant d’autres.

Troisièmement, les électeurs s’en fichent. Actuellement, la plupart d’entre eux ne payent pas beaucoup d’impôts sur les revenus.

On ne presse pas des citrons sans jus

Notre ami David Stockman, qui a été responsable du budget dans le gouvernement de Ronald Reagan, explique pourquoi :

« L’impôt sur le revenu a été modifié tellement de fois depuis 1981 qu’il ne s’agit plus d’un impôt sociétal global ; c’est une sorte de taxe de luxe appliquée aux tranches de revenus supérieures, et à la petite proportion de foyers qui tire essentiellement ses revenus du capital, via des dividendes, le paiement d’intérêt et des gains réalisés sur des capitaux…

Trois cinquièmes des contribuables représentaient seulement un cinquième de l’impôt sur les revenus versés.

De plus… plus de 52 millions ou 35% des contribuables – essentiellement dans les tranches de revenu intermédiaire et inférieure – n’étaient plus imposables du tout après déduction, exemption et crédit d’impôt. »

91 millions de personnes perçoivent un salaire annuel de 14 600 $ en moyenne. Il est impossible de presser des citrons qui n’ont pas de jus.

Or ces travailleurs à faible revenu représentent plus de la moitié des 148 millions de personnes qui remplissent une déclaration d’impôt. Ce sont les électeurs.

Vendredi, nous avons montré que les Américains sont plus pauvres que nous ne le pensions. En ce qui nous concerne, nous nous en sortons mieux. Mais ce n’est pas le cas de la plupart des autres. Les moyennes déforment la vérité. Les énormes augmentations de richesse et de revenus enregistrées au sommet donnent l’impression que nous sommes tous plus riches.

Les calculs d’inflation bidon cachent encore plus les blessures que l’on inflige au citoyen moyen de l’Amérique profonde.

En 1997, une voiture moyenne coûtait 19 000 $. Aujourd’hui, elle coûte 33 000 $. Mais comme nous l’avons déjà expliqué, l’Etat dit que le prix n’a pas changé. C’est parce qu’aujourd’hui, votre voiture « a une meilleure technologie ». Donc, vous en avez deux fois plus pour votre argent.

Mais allez dire ça au type qui a 19 000 $ et qui a besoin de s’acheter une nouvelle voiture ! Il ne peut le faire qu’en s’endettant davantage.

Et c’est ainsi que son endettement s’envole, comme le nombre d’immeubles hébergeant les prêteurs à Londres : vite et haut.

Comme les taux d’intérêt ont chuté, le coût de l’endettement a chuté lui aussi. Cela lui a permis de s’endetter beaucoup plus. A présent, il dépend de plus en plus de l’endettement… et de taux d’intérêt bas… uniquement pour maintenir son niveau de vie.

Ce que nous voulons dire aujourd’hui, c’est que seule une véritable réforme de grande ampleur pourrait améliorer les choses.

Trafiquer… Bricoler… tenter de rejeter la responsabilité des démocrates vers les républicains… gaspiller encore plus chez les compères de la défense et moins chez les citoyens zombies… perdre du temps à « enquêter » : rien de tout cela ne changera grand-chose.

Nous avons besoin de véritables réformes transformationnelles.

Le problème, ce ne sont ni les impôts, ni la Russie, ni Daesh… ni les démocrates, ni les républicains. L’Américain moyen n’a pas assez d’argent. Le Deep State en a trop. Et l’argent lui-même est falsifié.

Vous voulez de véritables réformes transformationnelles ?

Vous voulez voir l’économie prospérer ? Vous voulez voir le Deep State se faire chasser de Washington ? Vous voulez voir Wall Street se faire remettre à sa place et une république honnête être rétablie ?

Alors réduisez les impôts.

Mais ne vous arrêtez pas là. Revenez à un dollar honnête : adossez-le à l’or au cours actuel.

Virez tous les employés de la Fed sauf un. Sa mission est de tenir le « guichet de l’or », au Département du Trésor, et d’échanger de l’or contre des dollars à un taux fixe.

Mais attendez… Ce n’est que le début. Virez les barbouzes, également. Nous n’avons pas besoins de 17 différentes agences du renseignement qui espionnent les Américains. Une seule suffit largement.

Rapatriez les soldats sur le territoire national. Interdisez également les déficits budgétaires. L’Etat doit vivre dans la limite de ses moyens. Il ne doit y avoir aucune exception. Pas de dette.

Et puis, ah oui… interdisez les « réglementations » inconstitutionnelles. C’est le Congrès qui est censé élaborer les lois du pays, et non les bureaucrates et les lobbyistes.

Réduisez les salaires des membres du parlement à ce que vaut réellement un politicien, à savoir le salaire minimum. Et interdisez toute loi que tout membre du Congrès serait incapable d’expliquer en se tenant en équilibre sur un seul pied.

La seule chose que nous demandons, c’est de nous avertir un peu avant de faire ces choses, histoire d’avoir le temps de mettre les voiles.

Pour aller à Dungarvan. Ou en Argentine. Car cela ressemblera un peu à ce film, L’Armée des Morts, en Amérique. Lorsque l’argent facile s’envolera, les compères et les zombies se soulèveront.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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