L’héroïsme dépend des circonstances

Rédigé le 16 juin 2016 par | Article, Bill Bonner, Désinformation Imprimer

Nous semblons avoir rouvert d’anciennes blessures… et en avoir infligé de nouvelles… avec nos commentaires sur feu Mohammed Ali.

Dans nos bureaux américains, le courrier des lecteurs ressemble à l’offensive du Tet… avec des balles qui sifflent et des bombes explosant dans tous les coins.

Guerre du Vietnam : Traître ou héros ?

Peu affirment que la guerre du Vietnam était une bonne idée.

Mais certains pensent qu’il est du devoir d’un jeune homme de combattre quand le Deep State l’ordonne… même lorsque le Congrès n’est pas d’accord et qu’il n’y a aucune chance que l’ennemi menace la mère patrie.

Qui plus est, ce que l’armée américaine essayait d’empêcher s’est produit quand même… et quelles qu’aient été ses raisons de le faire, ça s’est révélé n’avoir de toute façon aucune importance.

Environ trois millions de personnes sont mortes (le nombre de Vietnamiens, de Laotiens et de Cambodgiens tués reste très incertain).

Et pour quoi ?

Personne ne le sait.

Les gens ne sont ni des lâches complets ni des héros à 100%

Les gens ne sont ni des lâches complets ni des héros à 100%. Tout dépend des circonstances. L’ancien Secrétaire à la Défense Robert McNamara a sûrement été lâche lorsqu’il ne s’est pas présenté pour dire la vérité à la nation au moment où ça aurait pu servir.

En 1968, il a accepté ses médailles en héros. Mais il n’a pas mentionné que la guerre dont il était en grande partie responsable était une erreur, quand bien même il a admis par la suite qu’il était déjà parvenu à cette conclusion à l’époque. Au moins un million de personnes de plus sont mortes pendant la guerre après son départ du Pentagone.

C’est près de trois décennies plus tard qu’il a trouvé le courage de le dire en public, les larmes aux yeux, affirmant que c’était « une erreur, une terrible erreur ». (Il a ensuite servi le Deep State en tant que président de la Banque mondiale).

Apparemment, la moitié de nos lecteurs sont d’accord avec lui. Ils pensent que la guerre du Vietnam était une erreur… et que quiconque a suivi le mouvement était idiot.

L’autre moitié pense qu’il vaut mieux ne pas réfléchir du tout. On faisait son devoir… ou on était un traître. Il n’y a pas à aller plus loin.

La jungle des deux côtés

« Qu’en penses-tu ? » Nous avons posé la question à un cousin qui avait servi au Vietnam.

« Je pense que j’ai été idiot de m’en mêler. Les plus intelligents sont restés à l’université… sont entrés dans la Garde nationale… ou ont trouvé le moyen de rester loin de tout ça. J’y suis allé parce que je n’avais rien de mieux à faire.

Mais tes lecteurs devraient lâcher un peu de lest. La plupart d’entre nous n’avions pas la moindre idée de ce que nous faisions. On faisait ce qu’on nous disait. On faisait ce qu’on avait à faire. On faisait ce qui nous attirerait le moins d’ennuis.

Et on ne sait jamais ce qui peut se passer. J’étais lieutenant dans l’armée. J’étais ingénieur. J’étais censé construire des pistes d’atterrissage et des routes.

Comme l’a dit Ali, je n’avais rien contre les Viet Congs. Je ne voulais pas être là-bas. Et je ne voulais certainement pas me battre contre eux. Mais on ne sait jamais…

La zone était censée être sûre. Mais je savais que quelque chose n’allait pas. C’était trop calme

Une fois, nous rentrions de patrouille. J’étais en tête. Nous n’avions que trois Jeeps… quatre hommes par véhicule. La zone était censée être sûre. Mais je savais que quelque chose n’allait pas. C’était trop calme.

Et puis on a pris un virage… j’ai entendu des coups de feu… et l’enfer s’est déchaîné. L’un de mes hommes s’est effondré. Nous ne pouvions pas déterminer d’où venaient les tirs. La jungle était des deux côtés de la route. Nous avons donc simplement fait feu avec tout ce que nous avions.

Puis j’ai remarqué qu’un des gars derrière moi était simplement assis là. Le truc le plus étrange. En plein milieu des tirs croisés… il se contentait de rester assit.

Je lui ai crié : ‘qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? Aide-nous un peu !’

Il a dit qu’il ne pouvait pas. Qu’il était objecteur de conscience.

Mais que diable… ? Comment un objecteur de conscience s’était-il retrouvé dans ma Jeep alors que les Viet Congs nous tiraient dessus ? Il m’a fallu quelques secondes pour intégrer l’information.

Ensuite… Le canon de mon fusil était chauffé au rouge, à force de tirer. Je l’ai appuyé contre son front et je lui ai dit que s’il ne prenait pas son arme, je lui ferais sauter la tête.

Les gens sont bizarres. Je crois que je l’aurais fait. Il a compris le message. Il s’est mis à tirer. Je serais prêt à parier qu’il a encore un rond sur le front aujourd’hui.

Le patriotisme ? Lutter contre le communisme ? Co***ries. On s’est battu parce qu’on y était obligé. Ou parce que nous ne voyions pas plus loin que le bout de notre nez ».

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

4 commentaires pour “L’héroïsme dépend des circonstances”

  1. Bonjour M. BONNER B.

    Si vous le permettez je souhaite poser la vrai question sur la guerre d’Indochine. Comment celle ci a débuté!
    Celà a débuté a HANNOÏ (nord vietnam) Ou un Imbécile de préfet (Français de surcroit ) a voulu empêcher une manifestation des travailleurs vietnamien en faisant donner l’armée française qui n’a pas hésité à tirer sur les manifestants, il y eu des morts et la chine a profité du contexte pour armer les nord vietnamiens afin de riposter. Ainsi a démarré ce conflit!
    Mon Papa a bien connu toute cette zone, de la baie d’Along car il était militaire et fusilier marin dans la marine française. – l’équivalent des Marines Américains-
    merci pour vos interventions!!!
    Salutations
    M. HIRSCHMILLER G.

  2. Aucune guerre n’est utile ou productive et toute guerre détruit et ne construit rien. Après chaque conflit tout redevient comme avant. Alors pourquoi les faire? Ceux qui en meurent ou qui les subissent ne sont pas ceux, un très petit nombre, qui en profitent… et ne se battent jamais: les banquiers, les multinationales, les vendeurs et fabricants d’armes.

  3. Faire la guerre n’est pas si compliqué : il suffit d’activer des automatismes, mais faire la paix, c’est une autre paire de manches : on le voit bien actuellement : on est à un doigt de la guerre entre les USA et la Russie et on voit Obama rencontrer Poutine, Kerry rencontrer Lavrov, etc. Qu’attendent-ils pour se serrer la main et dire : « si on faisait la paix? » Mais non, ils se maintiennent dans leur jeu de rôles parce qu’au moins l’un d’entre eux prétend être du bon côté, le seul bon, alors que ce n’est même pas lui qui le prétend, mais un système corrompu et occulte qualifié de deep state! Des gens invisibles qui veulent mener le monde, « le changer ». quand on prétend vouloir changer le monde, on ne fait que le martyriser, accroître la souffrance et la misère et enrichir les fabricants d’armes. L’Occident manque de Mohameds Alis, il lui en faudrait des millions, des milliards. Cependant, quand un pays est attaqué, il faut bien aussi qu’il y ait le ressaut patriotique pour stopper les hégémoniques, les usurpateurs, les impérialistes, les va-t-en-guerre, ceux-là qui se réclament du l’axe du bien, des droits de l’homme, de la démocratie, de la liberté, qui se disent bénis par leur dieu constitutionnel et qui sont en réalité tout le contraire de ce qu’ils disent! La véritable guerre n’est plus celle des armes, c’est celle du rétablissement de la vérité : montrer comment l’agresseur se fait passer pour l’agressé, pour la victime. La véritable guerre est devenue celle de la vérité contre le mensonge et l’hypocrisie. C’est aussi une autre paire de manches car le mensonge nous est livré quotidiennement par les médias tenus par les magnats fortunés.
    http://charlesandrelegrand.over-blog.com/

  4. comme en 14 en europe

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