Sommes-nous en mode haussier ou baissier ?

Rédigé le 29 août 2018 par | Bill Bonner, Indices, marches actions, strategies Imprimer

Les marchés restent résolument haussiers. Pourtant, la progression des résultats des entreprises ne repose que sur des taux d’intérêt bas. Or ils commencent à monter.

Le Nasdaq a battu un record lundi. Le S&P aussi.

CNBC nous en dit plus :

« Les actions ont terminé sur une hausse notable lundi, les Etats-Unis et le Mexique ayant conclu un nouvel accord commercial. Les investisseurs ont également soupesé les commentaires rassurants du président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, au sujet de la stratégie de resserrement monétaire de la banque centrale.

Le Nasdaq Composite a grimpé de 0,9% pour clôturer à un sommet historique, dépassant les 8 000 points pour la première fois tandis que Facebook, Amazon, Netflix et Alphabet grimpaient tous. Le Dow a engrangé 259 points sur une surperformance de Caterpillar. Le S&P 500 a pris +0,75%, atteignant lui aussi un sommet record ».

Que faut-il en conclure ? Donald Trump est-il vraiment en train de rendre sa grandeur à l’Amérique ? L’économie vient-elle de décoller… et M. le Marché découvre quelle hausse de prix est appropriée ?

Ou encore… n’est-ce là qu’une sorte de fiction… factice, frauduleuse… et dangereusement mensongère ?

« M. Trump se révèle être plutôt pas mal », a déclaré l’un des convives à dîner hier soir.

« Le plein emploi, les actions en hausse… les Coréens se reparlent grâce à lui… et maintenant, un nouvel accord commercial avec le Mexique. Il a des manières très excentriques, mais il semble faire avancer les choses ».

Les lecteurs ne cessent de nous le rappeler : Hillary aurait pu être pire. Sous sa poigne glacée, la nation aurait frissonné sous le contrôle du Deep State.

Avec Le Donald à la Maison Blanche, en revanche, l’intrigue est plus ou moins la même mais le spectacle est bien plus intéressant, avec des sketches de comiques… des clowns et des canailles – comme Michael Cohen et Peter Navarro – sur scène… des mélodies inattendues de la part de l’orchestre… et des machinistes aux prises avec la loi.

Et sur le devant de la scène se trouve bien entendu le Grand Barnum de notre époque… M. Trump lui-même.

Mais revenons-en à l’argent…

En mode haussier

Nous surveillons de très près la hausse du Dow. Si l’indice peut grappiller quelques points de plus – et dépasser son sommet historique de 26 616 points, atteint le 26 janvier 2018 – le mode haussier sera indiscutable.

En mode haussier, le marché cherche son prochain sommet. En mode baissier, il cherche le prochain plancher.

Si le Dow ne peut pas dépasser les 26 616, le marché baissier sera confirmé et nous partirons du principe que le plancher reste à venir. [NDLR : Hausse ou baisse… entre temps, les occasions de gains seront nombreuses – pour en profiter, cliquez ici.]

Peut-être devrions-nous plutôt nous demander ce qui se passe vraiment. Est-il arrivé quelque chose qui augmente la valeur des actions ? M. Trump crée-t-il une sorte d’Age d’Or pour l’économie américaine ?

Cela semble peu probable. Les revenus des ménages stagnent (les acheteurs n’ont donc pas plus d’argent à dépenser). La production industrielle a grimpé de moins de 5% (alors que les actions ont grimpé 10 fois plus, en tenant compte de l’inflation).

Le budget fédéral est encore plus déséquilibré. Il y a plus de dette aujourd’hui qu’il n’y en avait en 2007.

La seule raison plausible à la hausse des actions, c’est que la Fed a rendu les alternatives moins attractives. Avec la manipulation des taux d’intérêt à la baisse, le rendement de l’investissement obligataire le plus populaire – le bon du Trésor US à 10 ans – est passé sous les 1,5%.

Même après deux ans de hausse des taux, un épargnant ne gagne encore que 2,8% par an. Dans la mesure où l’inflation a récemment atteint 2,9%, l’épargnant qui achète des titres du Trésor US se condamne à perdre de l’argent.

Attendez ! Les profits des entreprises ont grimpé d’environ 30% depuis 2007. Voilà qui devrait représenter une partie de l’augmentation des cours boursiers.

Mais comment les profits ont-ils grimpé alors que les chiffres d’affaires stagnaient ? D’où venait l’argent ? Une entreprise peut augmenter les profits en licenciant des employés. Mais si toutes les entreprises le faisaient, qui achèterait leurs produits ?

Ah… en y regardant de plus près, nous découvrons que plus de 100% des gains provenaient de la manipulation de la Fed notée ci-dessus.

Voici le mécanisme.

Typiquement, une entreprise acquittait 55 $ par action en intérêts en 2007. En 2018, ce coût a baissé à 19 $ – même après une importante augmentation de l’endettement. Ce qui laisse 36 $ supplémentaire de marge. Cependant, les résultats des entreprises durant cette période n’ont progressé que de 25 $.

Si nous lisons correctement toutes ces données, cela signifie qu’en dehors de la réduction des charges d’intérêts, les bénéfices des entreprises ont en réalité chuté de 11 $ entre 2007 et 2018.

En d’autres termes, le marché haussier des actions – ainsi que les prix actuels – ne reflètent pas la valeur réelle des entreprises américaines. Ce n’est qu’une partie du spectacle.

Nous ajoutons à cela une prédiction gratuite supplémentaire : lorsque la politique de resserrement de la Fed rencontrera les gigantesques besoins de financement des entreprises et des gouvernements, les taux d’intérêt augmenteront.

Les profits des entreprises chuteront. Les actions s’effondreront. Une récession commencera.

Le Donald aura alors besoin d’un nouveau faire-valoir… d’une nouvelle cible… d’un nouvel ennemi. Et Jerome Powell sera dans son collimateur.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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