=============================
La Chronique Agora
Paris, France
Lundi 18 septembre 2006
=============================
*** Guerre monétaire
La bataille fait rage sur les marchés de change…
*** Où en sont les matières premières ?
Leur marché haussier est-il bel et bien terminé ?
*** Week-end en Irlande
Bill Bonner passe une soirée au pub pour discuter du bon vieux temps… et du nouveau…
*** Le Journal qui valait 3 milliards (1)
Une lettre anonyme, et le monde de notre Banquier Central bascule…
—————————– (publ.)
Dans les moments d’incertitude boursière…
IL EST PLUS SUR DE REVENIR AUX SOURCES !
Voici par exemple un principe d’investissement quasi-enfantin… mais qui vous aurait permis de doubler votre mise en six mois…
Pour savoir comment, continuez votre lecture…
—————————
Bonjour,
*** GUERRE MONETAIRE
** Les investisseurs ont pu partir en week-end la conscience tranquille et avec le sentiment du devoir accompli, vendredi : abondance de statistiques, hausse unanime et bonne humeur générale, tels ont été les thèmes de la journée boursière.
Le CAC 40 a ainsi fait des étincelles (sans compter l’entrée de Mittal Steel, désormais coté au principal indice hexagonal) : il s’est surpassé avec pas moins de 9,4 milliards d’euros échangés en termes de volume — clôturant ainsi sur une hausse de 0,41%, à 5 144,88 points, malgré un petit coup de trac en début d’après-midi, juste avant l’entrée en scène des statistiques américaines.
A Londres, le Footsie est resté parfaitement stable, tandis qu’à Francfort, le Dax devançait gaillardement le CAC 40, en terminant la séance avec un gain de 0,52%.
De l’autre côté de l’Atlantique, les chiffres économiques étaient si nombreux et contrastés que les marchés ont décidé de faire comme si de rien n’était… et ont donc grimpé. Le Dow Jones a engrangé 0,29%, à 11 560,77 points ; le Nasdaq s’est hissé jusqu’aux 2 235 points, soit une hausse de 0,31% — et le S&P 500, comme à son habitude, est resté plus modeste avec un gain de 0,27% lui permettant de terminer la semaine à 1 319,87 points.
** Pendant ce temps, dans le monde réel, les consommateurs américains doivent débourser de plus en plus de dollars pour faire leurs courses hebdomadaires : si l’on en croit le département du Travail US, les prix à la consommation sont en hausse — de 0,2% au mois d’août, et de 3,8% sur douze mois (2,8% hors alimentation et énergie). "Erosion du pouvoir d’achat", vous avez dit "érosion du pouvoir d’achat" ? Cela ne semble toutefois pas entamer le moral des ménages US : l’indice de confiance calculé par l’université du Michigan est en hausse, à 84,4 contre 82 le mois dernier.
De son côté, la Fed de New York nous a donné des nouvelles de l’activité industrielle avec son NY State Empire Index — et les signaux sont au vert : il a progressé à 13,8 en septembre (contre 11 en août). Dommage… parce que la productivité industrielle, de son côté, est en baisse de 0,1% en août, tandis que le taux d’utilisation des capacités de production perd du terrain lui aussi, à 82,4% en août (contre 82,7% en juillet).
** Parlons un peu monnaie, à présent. Sur le marché des changes, les devises se livrent en ce moment une véritable guerre — et le G7 en est aux sommations d’usage à l’encontre de la Chine, apprenait-on ce matin dans La Tribune : "’Une plus grande flexibilité de taux de change est souhaitable dans les économies émergentes qui affichent d’importants excédents de comptes courants, en particulier la Chine’, indique le communiqué final du G7. Les pays industrialisés accusent Pékin de maintenir sa monnaie, le yuan, à un niveau artificiellement bas pour doper ses exportations. Le déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine devrait dépasser cette année les 200 milliards de dollars."
Si j’étais cynique, je dirais qu’avec les élections qui approchent aux Etats-Unis, une petite dose de "péril jaune" arrive à point nommé pour détourner l’attention des électeurs d’une situation au point mort en Irak et de divers problèmes internes… Mais vous me connaissez, cher lecteur : l’ironie, ce n’est pas mon genre.
Dans un autre coin du champ de bataille, le duel se poursuit entre le dollar et l’euro — avec avantage au billet vert, tant les marchés ont du mal à se persuader de la fin du cycle de hausse de la Fed. Depuis des jours et des jours, ils accordent leur préférence à la monnaie de l’Oncle Sam alors qu’aucun facteur fondamental ne le justifie vraiment : la monnaie unique en était donc à 1,2662 pour un dollar vendredi — un plancher de six semaines.
Et dans les tranchées… la livre sterling attend tranquillement son heure. Toujours selon La Tribune : "alors que le franc suisse continue à dériver [...] la livre sterling, qui lui a ravi sa place de troisième monnaie de réserves des banques centrales, recommence à caracoler. En termes d’indice pondéré par rapport aux monnaies des partenaires commerciaux de la Grande-Bretagne, la monnaie de Sa Majesté tutoie son niveau le plus élevé depuis deux ans. Elle se rapproche également de son plus haut niveau de l’année face à l’euro, soutenue par la perspective d’une nouvelle hausse prochaine du taux directeur de la Banque d’Angleterre, actuellement de 4,75%".
Pour l’instant, l’or fait partie des victimes de cette lutte monétaire — il baisse, baisse, baisse et baisse. Vendredi, il avait perdu 5 $ au second fixing londonien, pour terminer à 573,60 $. Mais quelque chose nous dit que les autres combattants ne vont pas tarder à se trouver à court de munitions — et lorsque cela sera le cas, le métal jaune fera sans doute un retour remarqué sur le front. En attendant… profitez de sa faiblesse pour renforcer vos positions !
** Une petite piqûre de rappel pour terminer, cher lecteur : comme je vous l’annonçais samedi, notre prochaine conférence se tiendra mardi 3 octobre 2006 à 18h30 au Palais Brongniart. Elle est entièrement gratuite… et les places partent vite (il n’y en a que 100 de disponibles, qui sont attribuées par ordre de réception des mails).
Le sujet de cette conférence est à la fois simple et indispensable : il s’agit tout simplement de vous indiquer comment vous positionner aujourd’hui pour terminer 2006 sur des profits… et bien préparer 2007.
Raphaël Garaud et Simone Wapler de Vos Finances – La Lettre du Patrimoine vous donneront leur avis sur la question, accompagnés bien entendu de Philippe Béchade, qui a lui aussi son mot à dire. Tous ces spécialistes ont à leur actif des gains à deux, voire trois chiffres… et une solide expérience des marchés boursiers : au vu des conditions actuelles, leurs conseils pourraient faire la différence pour votre portefeuille d’ici l’année prochaine.
Pour profiter de leur expertise (et leur poser toutes vos questions), il suffit d’être des nôtres le 3 octobre. Inscrivez-vous donc sans plus attendre : envoyez-nous un e-mail à l’adresse suivante : la-redaction@publications-agora.fr, en indiquant vos coordonnées complètes (nom, prénom, adresse e-mail et adresse postale).
[NB : Attention, sans ces coordonnées, nous ne pourrons vous envoyer votre invitation... et votre demande ne sera donc pas prise en compte].
J’espère sincèrement avoir le plaisir de vous retrouver sous les lambris de la Bourse parisienne dans deux semaines !
Françoise Garteiser,
Paris
PS : En attendant la conférence, Philippe Béchade vous donne aussi ses conseils quotidiens au 0899 707 009* : analyse de la séance en cours, orientation des marchés, recommandations du jour et suivi du portefeuille — vous découvrirez tout ce dont vous avez besoin pour une journée boursière sereine… et profitable !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
—————————
Les dernières nouvelles de Wall Street…
*** OU EN SONT LES MATIERES PREMIERES ?
** Le marché haussier des matières premières est-il terminé ? Si l’on en juge par les signes "moins" qui encombrent les écrans des traders en commodities ces trois dernières semaines, on pourrait effectivement le penser. Le pétrole brut a décliné de 18% par rapport à son sommet du 14 juillet, à 77,95 $ le baril. Le carburant sans plomb a dégringolé de plus de 30%. Les céréales stagnent, tandis que les métaux précieux s’affaissent vers leurs planchers de l’année.
- Certes, il est bien trop tôt pour prononcer l’arrêt de mort du marché haussier des matières premières, mais il ne fait aucun doute que quasiment tous les marchés de matières premières ont atteint un virage critique. Le pétrole brut doit trouver un support à 60 $ le baril afin de maintenir son élan haussier de long terme. De même, l’or et l’argent doivent tester et dépasser leurs sommets de mai dernier s’ils veulent justifier les coquets objectifs de cours (plus de 1 000 $ pour l’once d’or et 30 $ pour l’once d’argent) fixés par nombre d’analystes haussiers. Est-ce que cela arrivera ? Nous n’en savons rien. Bien entendu, c’est là l’intérêt du trading en options : on peut se tromper du tout au tout sans y perdre sa chemise.
- Cela ne signifie pas pour autant que la dernière correction dans les marchés des matières premières n’est pas troublante. En tant que traders, nous devons prendre en compte la possibilité que le marché des matières premières signale un ralentissement économique mondial naissant, que l’énergie chère puisse engendrer des prix plus bas en ralentissant la demande, que la campagne de resserrement de taux sans précédent de la Fed a atteint son objectif en dégonflant la bulle immobilière, et qu’après des années de dépenses prodigues, le consommateur américain est finalement à bout.
** Il faut cependant également reconnaître que les Etats-Unis sont toujours en guerre en Irak et en Afghanistan, et que cette guerre durera encore pendant les deux prochaines années au moins — peu importe qui gagnera les élections qui approchent aux Etats-Unis. Nous devons réaliser que la demande de pétrole provenant de la Chine, de l’Inde et d’autres pays en voie de développement est quasi-assurée de grimper ces prochaines années. Nous devons voir au-delà des gros titres et reconnaître que les grandes découvertes Chevron-Texaco dans le Golfe pourraient ne pas être disponibles avant cinq ans — au plus tôt. Nous devons voir au-delà de la faiblesse saisonnière actuelle et remarquer que les réserves de céréales sont actuellement à leur niveau le plus bas depuis plusieurs années, et pourraient ne pas avoir de soutien — même en cas de récoltes exceptionnelles — alors que de nouvelles usines d’éthanol sont construites et stimulent la future demande.
- En deux mots : le marché haussier des matières premières peut sembler avoir pris un coup de vieux, mais il est néanmoins intact. Des marchés importants comme le pétrole brut, les métaux précieux et l’indice large CRB Commodity Index tiennent toujours leurs lignes haussières de long terme. A moins que celles-ci ne soient brisées avec conviction, le mieux reste d’acheter sur les baisses.
—————————– (publ.)
Les produits dérivés, trop compliqué et trop risqué pour vous ?
PLUS MAINTENANT !
Découvrez une méthode d’investissement qui a déjà rapporté des profits cumulés de 401,70%… tout en limitant strictement les risques !
Vous n’y croyez pas ? Allez voir par vous-même…
—————————
Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** WEEK-END EN IRLANDE
** "Bonner… Bonner… un nom bien irlandais… ça me rappelle quelque chose. Ah oui ! Qui pourrait oublier ce jour ? En Irlande, tout le monde voulait offrir une pinte à Packy, ce jour-là."
* Nous nous sentions bien, le week-end dernier. Nous étions parmi les nôtres, en Irlande.
* "Il faut qu’on vous offre une Guinness" — c’est ainsi que la soirée avait commencé… et qu’elle s’est terminée. Nous ne nous rappelons pas grand’chose de ce qui s’est passé entre temps.
* La Guinness est une boisson au goût répugnant.
* "Oh, il ne faut pas la boire à petites gorgées", expliqua notre hôte. "Elle ne passera pas bien. Il faut la boire d’un seul coup."
* Même d’un seul coup, il fallait pas mal de volonté pour la boire… au début. Après ça, les pintes descendaient avec autant de facilité qu’une baisse des taux.
* "Oui, vous savez qu’on pourrait presque revenir à cette fameuse journée pour marquer le début de la résurgence irlandaise… le début de la nouvelle fierté irlandaise."
* Que s’est-il passé ce jour-là ?
* "C’est le jour où Packy Bonner a sauvé la mise. Bon, vous les Américains vous ne connaissez rien au football, mais Packy a plongé sur la balle — et l’a attrapée. Je me rappelle encore de quoi ça avait l’air. La scène était célèbre en Irlande… et elle l’est encore. Nous nous rappelons tous l’image… et où nous étions lorsque cela s’est produit. Parce que grâce à lui, l’Irlande est restée dans la course. Nous n’avons pas gagné la Coupe du Monde cette année-là… mais la minuscule Irlande s’est bien débrouillée."
* "Oui, je suppose qu’on pourrait dire que c’était le début, en un sens", a déclaré un autre Irlandais. "Avant ça, on avait une mentalité de victimes. Nous étions toujours les perdants… les gens les plus pauvres d’Europe. Nous étions arriérés dans tous les domaines… un joli petit coin de terre, bon pour les touristes, et rien d’autre. Ceci dit, soyons honnêtes — ce qui a vraiment causé tout ça, c’est le crédit…"
** Le "ça" en question c’est ce qui donne le sourire aux Irlandais… et fait jaser dans toute l’Ile Emeraude. Tout le monde en parle. Tout le monde y pense. Et tout le monde devrait se demander quand ça prendra fin.
* Mais après un temps, les gens commencent à tenir "ça" pour acquis.
* "Je pensais que c’était fou il y a quatre ans de ça", a déclaré l’un de nos compagnons. "Je voulais vendre ma maison. Heureusement, ma femme n’a pas voulu."
* Dans la marche générale du monde, la seule chose sur laquelle on puisse compter, c’est que rien ne reste jamais pareil. L’Irlande, qui était autrefois l’un des pays les plus pauvres d’Europe, est désormais le plus riche. Les Dublinois ne partent plus à l’étranger pour chercher du travail. Ils voyagent désormais à la recherche d’opportunités d’investissement. Et ils n’échouent plus dans le port de Boston, les poches vides. Non, ils arrivent à Miami prêts à acheter un appartement.
* "Une fois qu’on a vécu à Dublin pendant quelques années, le reste du monde semble bon marché", a déclaré l’un de nos compagnons de boisson la nuit dernière.
* Nous avons regardé dans le journal. En ouvrant les pages des petites annonces immobilières, nous avons vu des photos de maisons très modestes… certaines si modestes qu’on aurait pu les décrire comme des taudis. On trouve des poulaillers plus majestueux en France.
* Mais il n’y a rien d’humble en ce qui concerne les prix. Même le petit cottage de ciment gris le plus isolé de la banlieue de Dublin semble se vendre pour plus d’un million de dollars.
* Tandis que le boom de l’immobilier américain a fait grimper les prix de 57% ces dix dernières années, rapporte le Washington Post, le boom de l’immobilier en Irlande les a fait grimper cinq fois autant — les prix moyens du logement ont grimpé de 270% sur la même période.
* Une femme a vendu une étable dans la campagne pour 50 000 $… tandis qu’une maison familiale près de Dublin peut valoir plusieurs millions. La maison moyenne en Irlande vaut désormais 450 000 $, selon le Post. La moyenne américaine, par contraste, n’est que de 231 000 $. Des maisons qui s’échangeaient pour une bouchée de pain dans les années 80 peuvent désormais financer une retraite luxueuse.
* La hausse des prix de l’immobilier — en Irlande comme aux Etats-Unis — a eu un effet salutaire sur toute l’économie. En se basant largement — mais pas complètement — sur leur richesse immobilière, les Irlandais ont prospéré.
* "Le monde tourne, pas vrai ?" Après quelques pintes, on peut compter sur les Irlandais pour devenir sentimentaux. "Tout va tellement mieux qu’avant. Vous savez, on a des immigrants, maintenant — imaginez ça ! — des gens qui viennent travailler en Irlande. Les restaurants en sont pleins. Et même les restaurants sont neufs. Avant, il n’y avait quasiment pas de bons restaurants en Irlande. Un restaurant, c’était un endroit où manger un repas. Mais rien de très élégant. Maintenant, ce sont des établissements élégants et chers, avec des chefs provenant de France et d’Italie, dans toute la ville — et ils sont bondés. Ca n’a plus rien à voir…"
* "Non, ça n’a plus rien à voir. Même ces dernières années, Dublin a beaucoup changé — et pas toujours pour le meilleur…"
* "A présent, tout le monde est occupé… soit à gagner de l’argent, soit à le dépenser. Il y a quelques années de ça, on n’avait pas d’argent, alors les gens avaient plus de temps pour parler… vous savez… passer du temps au pub… se détendre chez eux."
* "Aujourd’hui, les gens ne sont plus tout à fait aussi détendus et aussi sociables. Et autrefois, on pouvait faire ce qu’on voulait… personne ne se souciait particulièrement de vos actions. Maintenant, il faut être prudent. On ne peut même plus fumer dans les pubs… vous imaginez ça ? Qui aurait pu croire que les Irlandais accepteraient une chose pareille ? Bien sûr, ce n’est pas aussi grave qu’aux Etats-Unis… par encore. On ne vous jette pas encore en prison pour avoir traversé en dehors des clous. Mais la liberté d’esprit qui faisait l’Irlande autrefois a disparu. Les gens se prennent plus au sérieux."
* "Oui, avoir de l’argent, c’est mieux, par certains côtés… mais je me souviens d’autrefois… et ça me manque."
—————————
*** La Chronique Agora présente ***
Notre Banquier Central tombe de haut… et c’est de notre faute, cette fois-ci. Enfin, tout ça ne l’empêchera pas de passer au peigne fin le dernier bulletin publié par la Banque centrale européenne…
============
Le Journal d’un Banquier Central
LE JOURNAL QUI VALAIT 3 MILLIARDS — 1ère PARTIE
============
J’ai tiré les persiennes ; tamisé les lumières ; soigneusement bloqué ma porte avec la première publication volumineuse qui m’est tombée sous la main (le hasard a voulu que ce fût le bulletin de septembre de la BCE). Et là, dans la solitude de mon bureau désert, recroquevillé sur tes feuilles que je noircis d’une plume fébrile, j’ose enfin donner libre cours à mon indignation.
… Honte et déshonneur ! Déshonneur et honte ! Le monde de la finance ne respecte donc rien ?… Il y a quelques jours, j’apprenais dans le journal les démêlés avec la justice de l’Américain Hewlett Packard, accusé d’avoir débrouillé une trouble affaire de fuites en interne par des moyens certes créatifs, et d’une incontestable efficacité, mais assez peu respectueux des libertés fondamentales : usurpation d’identité, vols de relevés téléphoniques et (rumeur non confirmée) détecteur de mensonges. "Voilà bien l’Amérique d’aujourd’hui ! ricanais-je en moi-même. Ces choses-là n’arriveraient jamais chez nous. De toute façon, nous ne saurions pas faire".
(A la différence des Américains, l’espionnage technologique n’est pas notre fort : chez nous, les plus hautes autorités du renseignement sont encore convaincues qu’on peut, avec un simple téléphone portable, pirater une banque au Luxembourg. Non, notre truc en matière d’espionnage, c’est plutôt l’humain : il faut tout miser là-dessus.) "Ces choses-là n’arriveraient pas en France", concluais-je donc en refermant mon quotidien.
L’honneur d’un homme
… Et voilà que j’apprends, cher Journal intime — toi sur lequel j’ai couché mes aspirations les plus secrètes, mes desseins les plus noirs… Toi à qui j’ai confié mes amours de jeunesse, mes humiliations d’homme mûr, toute ma stupéfiante intelligence de l’économie mondiale — voilà que j’apprends que tu n’avais rien d’intime !
… Une lettre anonyme, trouvée ce matin sous ma porte, m’a dessillé les yeux. Les bras m’en sont tombés — pour ne plus se relever depuis lors. Il paraîtrait qu’un éditeur financier des plus renommés, tant pour l’étincelante qualité de ses collaborateurs que pour l’exceptionnelle distinction de son lectorat, il paraîtrait que cet éditeur a mis la main — par quels procédés, on se le demande ! — sur les bonnes feuilles de mon journal. Tes feuilles, cher écrit, celles que je m’étais bien juré de ne montrer à personne ! Cet individu, au mépris de toute déontologie (et non sans opérer, pour de douteuses raisons éditoriales, de regrettables coupes), en a tiré le contenu d’une publication qu’il diffuse le plus largement possible, auprès du ci-devant distingué lectorat ! Voilà comment, à mon insu et depuis des mois, mes plus secrètes pensées sont jetées en pâture au public, qui s’en repaît !
Chez l’homme intègre et fuyant les honneurs que je suis, l’accablement le dispute à la consternation. Oh, je sais bien qu’à ma place, passée l’indignation première, d’autres finiraient par se sentir flattés ; qu’ils prendraient quelque consolation dans l’idée que les prodigieuses facultés de leur intelligence, trop longtemps ignorées par des collègues indifférents ou des supérieurs médiocres, trouvent un délirant accueil chez un public hors du commun. Mais pas moi. Ce pain facile de la vaine gloire, je n’en mange pas.
… Et si j’ai décidé dorénavant de châtier mon style, ce n’est certes point à l’idée qu’on me lira peut-être ! Plus simplement, l’indignation me rend littéraire : que veut-on, c’est ma nature. Ma première impulsion fut de cesser d’écrire. Mais je me suis ravisé : cette indigne publicité ne me fera pas taire ! Je me cacherai s’il le faut — tout comme ce soir, au secret de mon bureau –, mais je poursuivrai ma chronique. Aucune honte, aucun scrupule ne me privera de la liberté d’écrire, comme je l’ai toujours fait, sur la première idée qui me passe par la tête ; ou le premier objet qui arrête mon regard.
… Pourquoi pas, tiens, le dernier rapport de la BCE, que j’aperçois coincé sous la porte du bureau, et que je décortiquerai dès demain.
Meilleures salutations,
Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora
(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !
Pour découvrir toutes les analyses et recommandations du Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…
==========================================
(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
——————————————————–
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
==========================================
La Chronique Agora est une lettre électronique quotidienne gratuite distribuée par les services financiers des Publications Agora. Si vous désirez appliquer les conseils et évoqués dans cet e-mail, n’hésitez pas à vous abonner à l’une de nos lettres.
Pour plus d’informations :
http://www.publications-agora.fr



Laissez un commentaire