Un « tuyau » sur les tendances

Rédigé le 13 juillet 2018 par | Guerre Commerciale, Liberalisme Imprimer

La Guerre commerciale ne fera rien contre les déficits dont l’origine se trouve dans l’abandon de l’étalon-or. Mais elle peut casser des tendances installées depuis 1971.

Hier, le président Trump a provoqué une escalade de la guerre commerciale, en menant une attaque kamikaze sur une vaste armada d’importations chinoises – 200 milliards de dollars au total – à destination de la Californie.

Les Chinois ont dit qu’ils riposteraient.

Le mois dernier, nous avons fait remarquer que la guerre commerciale ne se passerait pas beaucoup mieux que celle du Vietnam… Ou de l’Irak... Ou que tout autre guerre bidon orchestrée par l’Etat : contre la drogue, la pauvreté ou les terroristes.

Elle sera chère, futile… et peut-être désastreuse. [NDLR : Dans cette guerre commerciale, il y a un aspect rarement abordé : celui de la propriété intellectuelle. Découvrez ici comment s’opère un transfert de richesse de ce côté et comment vous pourriez en tirer profit avec les conseils de notre expert.]

Mais cela ne veut pas dire qu’elle ne sera pas populaire. Les guerres donnent du sens à la vie du spectateur : nous contre eux… Les gentils contre les méchants… Les gagnants versus les perdants.

Les spectateurs ont la tête qui enfle quand leur héros tape sur la Chine. Ils rentrent le ventre lorsqu’il défie et nargue les Canadiens. Leur virilité s’accroît lorsque l’ennemi cède et reconnaît qu’il est vaincu.

Ce divertissement puéril se passe en bas, dans l’arène, mais l’action – la vraie – se déroule en haut, dans les loges de luxe où l’élite complote contre les fans.

Les guerres détournent les ressources issues d’accords productifs et laborieux – les accords gagnant-gagnant, réalisés dans le secteur privé – vers d’absurdes accords gagnant-perdant élaborés par l’Etat et ses compères. Le seul véritable gagnant est le Deep State.

Hier, à la télévision, nous avons regardé notre confrère David Stockman, ex-responsable du budget sous le président Ronald Reagan. Cette interview a fait peine à voir.

Il a courageusement tenté d’expliquer le déficit commercial, et pourquoi il a été provoqué par la politique monétaire, et non par des barrières commerciales pas assez élevées.

Mais les jeunes présentateurs « Je-Sais-Tout » étaient tellement crétins et si vides d’expérience, de théorie ou de perspective historique, que c’était comme si Stockman tentait d’apprendre à un morse à mâcher du chewing-gum. La leçon a été vaine.

Les trois experts de la télévision ne voyaient aucun inconvénient au déficit commercial… ni aucun danger imminent résultant de la guerre que Trump mène contre ce déficit.

S’il y avait des nuages à l’horizon, ils ne les ont pas vus ; si le tonnerre résonnait, ils ne l’ont pas entendu ; est-ce que la foudre frappait les réverbères à proximité ? Aucune idée. Ils ne voulaient même pas regarder par la fenêtre.

Au contraire, ils avaient l’air impatient que David quitte le studio pour reprendre leurs bavardages.

Ils étaient si sûrs d’eux… si vaniteux… et si dédaigneux à l’égard des risques quels qu’ils soient…

… que nous avons cru entendre une cloche sonner.

Qui sonnera le glas avant la fin ?

Cette cloche, bien entendu, c’était celle que l’on n’actionne pas, juste avant que le marché s’effondre. On ne l’actionne par car tout le monde est certain que rien ne peut mal tourner. Et il n’y a pas eu de véritable problème depuis si longtemps qu’ils ont oublié où ils l’avaient rangée, cette cloche.

Les déficits commerciaux se creusent depuis que les Etats-Unis ont abandonné l’étalon-or, en 1971 (tandis que les taxes douanières diminuaient !).

Le marché actions grimpe (avec seulement trois glissades significatives en 1987, 2000 et 2008) depuis 1982.

Le marché obligataire, lui aussi, grimpe depuis 1980 (bien qu’il ait probablement atteint un sommet il y a deux ans).

La croissance actuelle du PIB se poursuit depuis 2009 – et se range désormais au deuxième rang des périodes d’expansion les plus longues de l’histoire.

Et les Etats-Unis sont une affaire qui marche, dont la puissance et la richesse s’accroissent depuis 1781, période à laquelle les Français ont vaincu les Anglais à Yorktown (Virginie), en volant au secours de la Guerre d’Indépendance.

Toutes ces tendances – excepté l’expansion économique actuelle – sont plus vieilles que les trois idiots qui se trouvaient face à David, sur CNBC. David a dû leur donner un « tuyau » sur les tendances : « elles se poursuivent jusqu’à ce qu’elles s’arrêtent », les a-t-il avertis.

Les premières pertes de la Guerre commerciale

C’est tout juste si nous n’avons pas entendu ricaner les Dieux du Marché, alors que les crétins de la télé garantissaient à David que rien ne pouvait mal tourner :

« Ah bon ? »

L’économie va-t-elle soudain basculer dans une récession ? La bourse va-t-elle s’effondrer ? Le marché obligataire va-t-il sombrer ?

Oui… Il est très probable que toutes ces choses se produisent.

Mais qu’est-ce qui les déclenchera ? Quel mauvais tour les Dieux vont-ils jouer ? Quel piège vont-ils élaborer ? Quelles surprises nous réservent-ils ?

Nous l’ignorons. Mais la guerre commerciale leur donne davantage de matière.

Selon la National Association of Home Builders, les droits de douane sur le bois de construction provenant de ces méchants Canadiens, gonflent d’environ 9 000 $ le prix d’une maison neuve.

Les prix des machines à laver ont grimpé d’environ 15% cette année, soit l’augmentation la plus rapide jamais enregistrée par le Bureau of Labor Statistics.

En ce qui concerne les prix des voitures, selon CBS News :

« Les consommateurs pourraient constater une augmentation des prix de 5 800 $, si les droits de douane de 25% que M. Trump menace d’appliquer entrent en vigueur, selon les estimations émanant de l’Alliance of Automobile Manufacturer (AAM), groupe de lobbying des constructeurs automobiles.

Il s’agit d’une ‘taxe de 42 milliards de dollars sur les consommateurs’, a déclaré ce groupe, en citant une analyse des données provenant du Département du Commerce. »

Autowise, site d’information consacré à l’automobile, déclare que les 10 voitures les plus vendues verront leur prix augmenter de 1 000 à 3 600 $.

Les agriculteurs sont durement touchés, eux aussi.

L’American Farm Bureau déclare qu’il s’attend à ce que les revenus des agriculteurs chutent à un plus-bas sur 12 ans, cette année, essentiellement en raison de la guerre commerciale.

Christopher Hurt, économiste spécialisé dans l’agriculture à l’Université de Purdue, ajoute que 400 hectares de maïs et de soja auraient rapporté un bénéfice de 42 000 $ à un agriculteur, au 1er juin. A présent, il pourrait se retrouver avec une perte de 126 000 $.

Et alors ? C’est dérisoire ? Peut-être.

On ne fait pas sonner la cloche lorsque la fin est proche. Mais on met des crétins devant les caméras de télévision.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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