Plaquage pour les marchés actions

Rédigé le 11 avril 2018 par | actu géopolitique, Bill Bonner, Politique et vie quotidienne Imprimer

Cette nouvelle « guerre commerciale » ressemble à un grotesque combat de catch. Mais malgré les truquages et les mises en scène, elle pourrait mal se terminer.

Lors du match de 1998, appelé Hell in the Cell – l’enfer dans une cellule – deux catcheurs légendaires se faisaient face : The Undertaker (« le croque-mort ») et Mike Foley, aka Mankind (« l’humanité »).

L’idée était que les deux adversaires fassent leurs tours habituels – clés de bras, clés de jambes, coups de tête etc. – dans une cage de métal. Puis, dans un crescendo, allegro fortissimo, ils devaient grimper sur le sommet de la cage pour y poursuivre leurs facéties.

Le scénario voulait qu’ensuite, The Undertaker jette Foley sur une table à proximité du ring, spécialement truquée pour amortir la chute.

Mais quelque chose tourna mal. Foley heurta le sol avec une telle violence que les spectateurs crurent qu’il était mort. Du sang coulait de sa bouche. Il avait le regard fixe, les yeux vides, d’un cadavre.

Le présentateur s’exclama : « Seigneur Dieu Tout-Puissant ! Seigneur Dieu Tout-Puissant ! Ca l’a tué ! Que Dieu m’en soit témoin, il est cassé en deux ! »

L’annonce suivante était elle aussi complètement hors script : « arrêtez le match ». Il pensait que Foley était gravement blessé… Voire mort.

Ce n’était pas de la comédie. Foley avait une commotion cérébrale, la mâchoire démise, une épaule déboitée, un rein abîmé, une lèvre fendue, une dent arrachée et une autre cassée.

Oui, cher lecteur, même écrites d’avance, il arrive que les batailles bidon tournent mal.

Les guerres du marigot

Lorsque nous vous avons quitté hier, nous étions sur le point de vous dire pourquoi le Grand Boom de 1979-2017 était condamné dès le début… pourquoi il était en grande partie fictif… pourquoi il est voué à l’explosion… et pourquoi la guerre commerciale pourrait être le déclencheur de cette explosion.

Cependant, pour comprendre l’absurdité de la situation, nous revenons au catch. Oui, oui, le catch professionnel.

C’est un simulacre. C’est ridicule. Mais c’est un bon modèle pour nous aider à comprendre les guerres du marigot. Elles aussi sont mises en scène. Et comme le catch, elles sont en partie écrites, en partie improvisées… et, souvent, involontairement comiques.

Mais il y a une grande différence entre le catch et le gouvernement. Le catch professionnel est un accord gagnant-gagnant. Les fans paient pour être distraits, avec leur propre argent.

Le simulacre des autorités, en revanche, relève de l’accord gagnant-perdant. Le peuple aime peut-être ça… mais s’attend à ce que ce soit d’autres qui paient.

Nous avons vu que les périodes de prospérité sont généralement marquées par des accords gagnant-gagnant. Le libre-échange est gagnant-gagnant. Les commerçants et les consommateurs décident par eux-mêmes avec qui ils feront affaire… et en quels termes.

Ils n’aiment peut-être pas la manière dont le Canada traite ses bébés phoques, par exemple, et décident de ne pas acheter de contreplaqué canadien.

Ou ils sont d’avis que les entreprises chinoises volent la propriété intellectuelle… et choisissent de travailler plutôt avec les Japonais.

C’est à eux de voir ! C’est du « libre-échange » parce que les autorités ne mettent pas leur gros nez dans l’histoire.

« Eux contre nous » mais ce ne sont pas ceux que vous pensez

Mais attendez… « eux aussi ils le font ! » Bien sûr : les Chinois ont leurs propres nez. Ils ont leurs marécages. Et leurs compères.

Ils protègent leurs potes. Ils baffent leurs ennemis. Ils entravent leur économie et punissent leurs propres citoyens.

Mais c’est leur problème. L’éleveur de bétail de l’Illinois ne va pas dire : « hé, je ne vais pas vous vendre mon boeuf parce que votre gouvernement est nul ». Non. Il accepte la meilleure offre qui lui est faite. C’est pareil pour son homologue chinois.

Les échanges entre compères sont très différents du libre-échange.

Les autorités – qu’elles soient dans les marécages de Pékin ou dans le marigot de Washington – ont leurs favoris. Elles imposent leur propre script… et transforment des accords gagnant-gagnant en accords gagnant-perdant du type « eux contre nous ».

Elles récompensent leurs contributeurs de campagne dans le secteur de la sidérurgie, par exemple – aux dépens de quelqu’un d’autres (le consommateur), bien entendu. Ou elles assomment leurs ennemis dans le Sichuan tout en aidant les compères de Shenzhen.

Mais la politique, c’est toujours « eux contre nous ». Comme le catch professionnel.

Cela endort les lumpenélecteurs, qui pensent ainsi que le gouvernement lutte pour « nous », contre « eux ».

Quant à « eux », ils trouvent cela utile aussi – cela permet de distraire le public de leurs nombreux échecs dans une bataille factice.

Une guerre à deux

Mais une action engendre une réaction. Bientôt, on se retrouve avec une guerre commerciale. Et là, les choses peuvent tourner très mal.

Donald J. Trump, invoquant des questions bidon de sécurité nationale, poussé par le spéculateur sidérurgique Wilbur Ross et son économiste fêlé Peter Navarro, a imposé des taxes sur l’acier et l’aluminium.

Il a ensuite asséné un bon coup derrière les oreilles de la Chine avec un prélèvement de 50 milliards de dollars.

La Chine, bien entendu, a déclaré qu’elle n’allait pas se laisser faire, proposant ses propres taxes douanières sur les exportations américaines dans le secteur des produits alimentaires et de l’énergie.

Jeudi dernier, l’ancienne star de la téléréalité a répliqué, demandant à son représentant du commerce d’envisager d’imposer à la Chine 100 milliards de dollars supplémentaires de droits de douane.

Quelques heures plus tard, la Chine faisait savoir que ce jeu pouvait se jouer à deux. Le journal chinois Global Times révélait la position du pays :

« Si la guerre commerciale a lieu, la Chine montrera qu’elle a autant de plans en réserve que les Etats-Unis, voire plus. Les experts chinois suggèrent que la Chine pourrait même prendre des mesures pour affaiblir sa devise. Dans la mesure où la Chine est la plus grande économie commerciale au monde et le plus grand acheteur de matières premières comme les produits pétroliers, le pays pourrait utiliser son influence pour pousser sa propre devise, le renminbi, sur les marchés mondiaux afin de réduire la domination du dollar US. Ce serait un coup très dur pour Washington.

Si cette guerre commerciale a lieu, ce sera une guerre totale, à adversaires égaux, entre l’économie de la Chine et l’économie des Etats-Unis, et non une petite escarmouche. Ce serait du délire, pour les Etats-Unis, de croire qu’ils sortiraient victorieux de cette guerre commerciale ».

Ce serait du délire. C’est du délire.

Mais c’est précisément les fantasmes qui font que l’argent continue de couler… des deux côtés du Pacifique. C’est pour cela que Scott Minerd, qui gère le gigantesque fonds d’investissement Guggenheim, annonce que l’économie est « sur une trajectoire de collision frontale avec un désastre ». Il s’attend à ce que les actions perdent 40% de leur valeur… principalement en 2019.

C’est un optimiste. [NDLR : Les tensions s’accumulent entre la Chine et les Etats-Unis. Selon Jim Rickards, les Etats-Unis pourraient décider de dégainer « l’arme nucléaire » dans ce conflit commercial – ouvrant une opportunité exceptionnelle pour les investisseurs bien informés : cliquez ici pour en savoir plus.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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