Comment jouer la carte de la guerre commerciale contre la Chine | La Chronique Agora


Comment jouer la carte de la guerre commerciale contre la Chine

Rédigé le 23 mars 2018 par | actu géopolitique, Guerre Commerciale, Guerre des monnaies, Politique et vie quotidienne Imprimer

La guerre commerciale USA/Chine est bel et bien déclarée… mais les Etats-Unis n’ont pas encore dégainé « l’arme atomique » (purement juridique) pour ce genre de conflit.

La guerre commerciale Chine/Etats-Unis a bel et bien commencé. De nombreux observateurs s’en préoccupent. Ils ne le devraient pas.

Trump parle de commerce déloyal et de pertes d’emplois depuis des décennies – bien avant le lancement de sa carrière politique. Le commerce déloyal faisait partie des piliers de son discours, lorsqu’il a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle, en juin 2015, au même titre que l’immigration et le « Mur ».

Trump a martelé le problème des pratiques commerciales déloyales tout au long de sa campagne, en 2016, et pendant la période de transition suivant sa victoire du 8 novembre 2016. Il avait l’intention de donner au commerce la priorité, dès son investiture du 20 janvier 2017.

Mais alors, cette question a été mise en suspens. Trump s’est abstenu d’instaurer des tarifs douaniers en 2017, sa première année de mandat, sur les conseils de son équipe en charge de la Sécurité nationale, notamment le conseiller à la Sécurité nationale H.R. McMaster, le secrétaire d’État Rex Tillerson, et le secrétaire à la Défense James Mattis.

L’équipe en charge de la Sécurité nationale a insisté pour que Trump ne déclenche pas la guerre commerciale car les Etats-Unis avaient besoin de la Chine pour éviter une guerre contre la Corée du Nord. Toutefois, la Chine n’a pas tout mis en œuvre pour faire pression sur la Corée du Nord.

Une fois que le manque de coopération de la Chine est devenu manifeste, dans le dossier nord-coréen, fin 2017, Trump n’a vu aucun inconvénient à affronter la Chine sur le terrain des échanges commerciaux.

Désormais, il a les mains libres.

Le 22 janvier 2018, le représentant au Commerce américain a annoncé l’application de 30% de droits de douane sur les importations de panneaux solaires et 20% sur les machines à laver. Ces tarifs douaniers ont été appliqués à toutes les importations, mais visent en premier lieu la Chine et la Corée du Sud, principaux exportateurs des produits ciblés.

Le 1er mars 2018, le président Trump a annoncé qu’il allait appliquer 25% de droits de douane sur les importations d’acier, et 10% sur les importations d’aluminium. Ces tarifs douaniers visent principalement la Chine mais sont également appliqués au reste du monde. Leur instauration a déclenché l’indignation dans l’Union européenne, au Japon, au Mexique, au Brésil et au Canada, tous grands exportateurs d’acier ou d’aluminium à destination des Etats-Unis.

Le 2 mars 2018, l’Union européenne a menacé de riposter en appliquant des droits de douane sur toutes sortes de produits américains exportés vers l’Union européenne, notamment des produits emblématiques tels que les motos Harley-Davidson, le bourbon et les jeans.

La semaine dernière, le marché actions a décidé que les craintes liées à la guerre commerciale étaient exagérées. Dans le cercle restreint de Washington, tout le monde disait que Trump n’exécuterait pas ses menaces, que le Canada et le Mexique en seraient exemptés, et que même les tarifs douaniers appliqués à la Chine, à la Corée du Sud et à l’Europe seraient mitigés d’une manière ou d’une autre.

Ils avaient raison… en quelque sorte : Trump a annoncé hier que l’Union européenne (entre autres) serait exemptée de ces taxes, au moins provisoirement. Ce que le marché ne voit pas, c’est que tous ces tarifs douaniers appliqués sur l’acier, l’aluminium, les panneaux solaires et le reste ne sont rien comparés à la pire des sanctions commerciales. Celle-ci se matérialisera bientôt, lorsqu’un rapport sur « l’article 301 » atterrira d’un jour à l’autre sur le bureau de Trump.

L’article 301 de la loi sur le commerce extérieur américain (Trade Act of 1974) est en quelque sorte la « solution atomique » en matière de guerres commerciales. Il n’y est pas question de tarifs douaniers ni de subventions accordées par les partenaires commerciaux. Il y est question de détournement de propriété intellectuelle. Les dégâts provenant des détournements pratiqués par la Chine sur la propriété intellectuelle américaine totaliseraient des milliers de milliards de dollars.

Le détournement de propriété intellectuelle pratiqué par la Chine représente une attaque de bien plus grande envergure sur l’économie américaine que les panneaux solaires et l’acier subventionnés. Selon les estimations officielles, la valeur de la propriété intellectuelle américaine détournée par la Chine dépasserait les 1 000 Mds$.

Pour y remédier, Trump dispose de moyens bien plus vastes que ceux qu’autorisent les autres dispositions de cette loi sur le commerce extérieur. Il n’a pas besoin de riposter sur un produit ou un secteur spécifique. Il peut imposer des pénalités sur n’importe quel secteur de l’économie chinoise qui aurait probablement bénéficié d’un détournement de propriété intellectuelle. Or dans les domaines de l’électronique, des codes informatiques et de « l’internet des objets », cela peut s’appliquer à n’importe quoi.

Les mesures que Trump propose pour y remédier comprennent des amendes financières colossales, plutôt que des droits de douane. Mais le moyen employé pour que la Chine paye ces amendes opère, sur le plan économique, comme une taxe ou un droit de douane sur les produits chinois.

Lorsque le rapport sur l’Article 301 va arriver sur le bureau de Trump, ce dernier disposera de 90 jours pour prendre les décisions concernant les sanctions imposées sur les produits chinois. Mais ces décisions ont déjà été prises. Trump attend simplement le rapport. Lorsqu’il l’aura, il ne va pas attendre les 90 jours pour réagir. Il réagira presque immédiatement.

La Chine a officiellement dénoncé ces amendes et droits de douane mais n’a annoncé aucune mesure spécifique en riposte après le passage à l’acte de Trump.

La Chine ripostera contre les sanctions américaines sans appliquer ses propres droits de douane, mais dans le cadre d’une guerre financière asymétrique, notamment par la diversification de ses réserves : en délaissant les bons du Trésor américains au profit de l’or et d’obligations européennes, et en imposant des restrictions aux investissements directs étrangers (IDE) américains en Chine.

Les deux camps peuvent poursuivre la guerre commerciale dans le cyberespace, par des détournements mutuels de propriété intellectuelle et des intrusions dans des infrastructures critiques.

Les investisseurs doivent se préparer dès maintenant aux retombées de cette colossale escalade sur le front des guerres commerciales. Voici l’ensemble des entreprises qui pourraient en faire les frais :

– Les entreprises chinoises qui exportent vers les Etats-Unis seront frappées par des tarifs douaniers.

– Les entreprises américaines qui importent des matériaux de Chine, telles que Boeing, subiront ces tarifs douaniers.

– Les entreprises américaines qui exportent vers la Chine subiront les tarifs douaniers chinois appliqués en riposte.

– Les entreprises américaines qui tentent de se développer en Chine n’en auront pas le droit.

– Les entreprises chinoises qui tentent de se développer aux Etats-Unis n’en auront pas le droit.

– Les entreprises américaines espérant se faire racheter par des Chinois découvriront qu’elles n’ont pas le droit d’être vendues à des Chinois.

Ce n’est qu’un début. D’autres dégâts provoqués par la guerre commerciale vont se produire. [NDLR : Transformez ces bouleversements en gains, grâce à un système exclusif qui vous permet d’anticiper les grands mouvements boursiers liés à ces décisions géopolitiques et économiques : tout est expliqué ici.]

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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