L’homme qui aurait pu stopper la bulle

Rédigé le 11 janvier 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

Une nouvelle fois, il était prévu que l’indice Dow Jones franchisse cette barre importante, psychologiquement, des 20 000 points. Mais il a de nouveau reculé.

Nous étudions la vie de l’ex-président de la Fed, Alan Greenspan, et son époque. Nous ne pensons pas découvrir quoi que ce soit d’inédit. Tout au long de sa carrière, nous nous sommes montré plus ou moins éveillé et vigilant. Peu de choses demeurent méconnues, concernant cet homme et son époque.

Dans l’un de nos livres, nous l’avons dépeint comme « le personnage public le plus célèbre depuis Ponce Pilate ».

Mais il est utile de revenir sur son parcours, le courant de l’histoire… et le rôle important qu’il a joué. Peut-être apprendrons-nous quelque chose.

L’homme qui savait ?

Sebastian Mallaby est l’auteur d’une nouvelle biographie de Greenspan, intitulée The Man Who Knew [NDLR : « L’homme qui savait »].

M. Greenspan a été – du moins en apparence – l’un des personnages les plus influents de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle. Il a été à la tête de la Fed de 1987 à 2006.

La porte du démon s’est ouverte d’un coup, pendant son mandat à la Fed. Dès lors, la banque centrale américaine n’allait plus jamais rester à sa place, c’est-à-dire se contenter de maintenir la stabilité des prix et de garantir le plein emploi. Elle allait également garantir la hausse du marché actions.

Mais cette porte ne se serait-elle pas ouverte sans lui ?

L’homme qui savait ? Greenspan n’a pas su, apparemment, que la plus énorme bulle de l’histoire était en train de se former juste sous son nez. Pas plus qu’il n’a semblé remarquer que le système post-1971 de l’argent falsifié avait créé ces mêmes distorsions et perversités objet des mises en garde qu’il avait lancées dès 1966.

Sur la jaquette du livre, Mallaby s’efforce d’expliquer le titre. Il suggère que Greenspan n’est pas responsable de la crise financière survenue en 2008. Apparemment, il savait qu’une violente et douloureuse correction menaçait le système financier.

Si c’était le cas, pourquoi n’a-t-il rien dit ?

Nous savions, personnellement, qu’une bulle s’était formée. Et nous l’avons dit. Nous avons si souvent mis en garde les lecteurs qu’ils n’en pouvaient plus de l’entendre.

Important aparté : nous lançons à nouveau de pénibles mises en garde. Les niveaux d’endettement sont plus hauts que jamais. La dette mondiale s’élève à présent à 217 000 milliards de dollars, soit 325% du PIB mondial.

Parallèlement, la dette publique américaine, telle que mesurée officiellement, approche la barre des 20 000 milliards de dollars. Rien que l’an dernier, la Fed a accru cette dette de plus de 12 000 dollars par foyer américain.

Elle l’a fait alors que les revenus des ménages ont à peine augmenté. Si l’on répartissait équitablement la dette publique sur les ménages américains, une famille moyenne perdrait l’équivalent de deux mois et demi de salaire.

Aveuglé par l’ambition

Bien entendu, nous ne pouvons pas plus prédire l’avenir aujourd’hui qu’il y a 10 ans. En plus cette lettre est gratuite, alors qu’espérez-vous ?

Mais ne serait-ce que par pure courtoisie, même un illustre inconnu est tenu de vous informer que vos cheveux brûlent.

Alors attention, car les actions sont proches de plus-hauts historiques, elles aussi.

Les cours de Wall Street ne reflètent plus une évaluation solide et sensée des revenus potentiels d’une entreprise. Au contraire, ils sont fondés sur des manipulations orchestrées par des initiés (les entreprises ont emprunté massivement afin de racheter leurs propres actions)… ou sur des paris (les investisseurs ont parié que les allègements fiscaux et réglementaires de Trump seraient synonymes d’augmentation des revenus).

Ne vous attendez pas à ce que Madame Yellen vous mette en garde, elle ne le fera pas. Elle n’identifie aucune bulle. En 1996, c’est bien connu, M. Greenspan avait repéré « une exubérance irrationnelle ». Mais en 2006, il portait des lunettes noires et marchait avec une canne blanche.

« Une bulle ? Je n’en vois aucune », affirmait-il.

La semaine prochaine, nous allons rencontrer M. Greenspan. Il vient à Baltimore pour rencontrer certains de nos analystes venus du monde entier. Nous lui demanderons ce qui est arrivé à son acuité visuelle.

« Il a été aveuglé par l’ambition », me direz-vous.

Peut-être… ou alors il n’aurait jamais été un homme qui écrit l’histoire, mais plutôt un homme qui se laisse influencer par elle.

Une doctrine de fer

Comme les fidèles lecteurs le savent, le système monétaire mondial a changé en 1971, lorsque le président Nixon n’a plus permis aux pays étrangers de convertir leurs dollars en or à taux fixe.

Quelques économistes – notamment Alan Greenspan – se sont opposés à cette mesure. Ils ont déclaré avec raison que cela provoquerait des déséquilibres, une confusion et de l’incertitude. [NDLR : Nous sommes revenus à une époque de très forte incertitude et l’or recommence à monter. Il a progressé sur l’année 2016 dans toutes les grandes monnaies, et il progresse en ce début d’année. Cette petite minière vous permet de profiter de la hausse de l’or mais présente aussi un atout unique. Pour le déccouvrir, cliquez ici.]

Mais en très peu de temps, presque tout le monde a reconnu cette nouvelle monnaie de pur papier comme le successeur digne de ce nom du vieux système du dollar adossé à l’or, qui datait de l’ère de Bretton Woods.

C’est devenu une doctrine de fer, enseignée dans tous les départements d’études économiques et ressassée à chaque réunion professionnelle : le système économique mondial était trop vaste et trop complexe pour pouvoir rétablir un jour un étalon-or, disait-on.

L’économie est devenue florissante. Les inquiétudes se sont envolées. Reagan a débarqué avec Morning in America. Clinton a débarqué dans le Bureau Ovale avec Monica Lewinsky. George W. Bush a semé le chaos au Moyen-Orient. Qui a remarqué que ce nouvel argent créait ses méfaits… déformait et pervertissait toute l’économie mondiale ?

Mais les cours des marchés actions grimpant, qui pouvait bien avoir intérêt à le dire ?

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “L’homme qui aurait pu stopper la bulle”

  1. Vous dîtes : « … Si l’on répartissait équitablement la dette publique sur les ménages américains, une famille moyenne perdrait l’équivalent de deux mois et demi de salaire. »

    Quand vous dîtes équitablement, est-ce « équitablement : 1 homme = 1 part » ou équitablement en fonction de la richesse de chacun au niveau du pays … comme vous parlez souvent des 1% qui possèdent 90% (ou je ne sais combien) des richesses du pays ET, comme vous le dîtes aussi très souvent, sont les seuls à profiter de la manne gouvernementale…

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