Greenspan : L’homme qui savait

Rédigé le 6 juin 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Notre économie est censée être une économie de marché. Les prix ne sont pas fixés par le gouvernement : on les « découvre » sur des marchés ouverts et libres. Nous avons vu ce qui est arrivé aux Soviétiques lorsqu’ils ont tenté de gérer une économie planifiée avec des prix fixés par des bureaucrates. Nous savions que cela ne pouvait pas fonctionner.

Probablement que personne ne le savait mieux qu’Alan Greenspan. Il a écrit un essai réputé, dans lequel il explique pourquoi l’argent est le « dénominateur commun » de toutes les transactions économiques, et pourquoi « l’or et la liberté économique sont indissociables ».

Autrement dit, il a compris la même notion que celle découverte par George Gilder, un demi-siècle plus tôt : on a besoin d’une monnaie ancrée à l’économie réelle.

Ludwig von Mises, peut-être le plus influent de tous les économistes de l’Ecole autrichienne, avait établi cette distinction il y a longtemps, déjà. Il existe deux types de monnaie, disait-il.

L’une, c’était ce qu’il appelait la « monnaie marchandise », rattachée à l’économie des choses réelles… les marchandises.

La monnaie de circulation ne dépend plus de l’économie réelle

L’autre, c’était ce qu’il appelait la « monnaie de circulation », créée par les banques ou les gouvernements indépendamment de l’économie réelle. Cette monnaie de circulation, celle que nous avons à l’heure actuelle, peut être facilement manipulée, et conduit inévitablement à des bulles, de l’inflation et autres excès.

Parmi ces excès, j’ai déjà évoqué l’importante hausse enregistrée sur le marché actions. En termes nominaux, les gens qui possédaient des actions se sont retrouvés sept fois plus riches à la fin du mandat de M. Greenspan qu’à son début, soit une hausse de 17 000 Mds$ de la valorisation boursière.

Marquons une pause afin de réfléchir à ce que cela signifie. Les gens qui possédaient des actions ont pu acheter et vendre – mais pas tous en même temps – des maisons, des voitures, tout ce qu’ils voulaient. Ils se sont enrichis mais ils n’ont pas créé davantage de richesses.

D’où est sortie cette richesse boursière supplémentaire ? Réponse : de la même source que celle de ce nouvel argent adossé au crédit : de nulle part.

Cette nouvelle richesse n’est pas du tout de la richesse, en réalité. Elle ne représente rien d’autre que des créances exigibles sur la richesse d’autrui. Les actionnaires ne peuvent matérialiser leur surcroît de richesse qu’en prenant quelque chose à quelqu’un d’autre : de l’immobilier, de l’art, des entreprises, tout ce dont la valeur sous-performe le marché actions. [NDLR : Stabilité, rendement et sécurité – c’est possible avec cet investissement ! Mieux encore, sa fiscalité reste douce même en France, pour une bonne raison : elle est limitée par la pousse des arbres. Comment devenir propriétaire forestier ? Notre Rapport Forêt – Enracinez votre patrimoine vous explique quoi acheter, comment, sous quelle forme et les principes de base d’une gestion avisée.]

Autrement dit, il ne s’agit pas de la richesse gagnant-gagnant issue d’une économie de marché. Il s’agit de la richesse gagnant-perdant issue de la politique. C’est comme si vous gariez votre voiture dans un parking et qu’ensuite, afin de stimuler l’économie locale, le parking commençait à émettre des tickets de parking supplémentaires.

Le nombre de voitures disponibles ne change pas. Mais les voitures sont récupérées par les premiers arrivés. Or qui sont-ils ? Les initiés. Les parasitocrates. Les gens qui savent vraiment ce qu’il se passe.

La monnaie est devenue un outil politique

Voilà quel est, selon moi, le véritable objet fondamental des nombreux changements et bizarreries que nous avons constatés au cours de ces 30 dernières années. L’argent de circulation – tel que le dollar actuel, fondé sur le crédit – est un outil politique, et non économique. Les marchés apprennent à vivre avec, comme ils le font avec toutes les informations qui leur parviennent, mais cela déforme profondément la façon dont une économie honnête est censée fonctionner.

Si vous recherchez un coupable, vous pouvez blâmer Alain Greenspan. Il n’a pas créé cette situation. Mais il s’y est plié volontiers. C’est lui qui, le premier, a adopté cette façon de soutenir le cours des actions en assurant les arrières des marchés avec de l’argent facile, dès 1998, lors du spectaculaire effondrement de Long-Term Capital Management, ce hedge fund tristement célèbre.

Ce modèle s’est tellement enraciné et il est devenu si notoire que les investisseurs le considèrent comme une option put, un pari à la hausse. On l’a surnommé le Put de Greenspan — puis le Put de Bernanke – et, désormais, le Put de Yellen.

En fait, les investisseurs sont convaincus que la politique l’emportera toujours.

Si le marché baisse sérieusement, les politiciens, sous la houlette de Janet Yellen, sont obligés d’acheter. Ainsi, les investisseurs peuvent offrir leurs actions à la Fed, à un cours qui leur épargne des pertes considérables.

Comme l’a remarqué Alan Greenspan, l’or et la liberté économique sont liés. L’or est une monnaie que les gouvernements – et leurs complices, les compères – ne peuvent manipuler. Une monnaie adossée à l’or est limitée à ce que l’économie produit réellement. Aucune banque, aucun service du gouvernement ne peut créer de l’or.

L’étalon-or limite naturellement le volume de l’argent et des dettes, au sein d’une société. Il limite le commerce, les opérations courantes et les dettes publiques ; il limite le développement d’un empire financé par la dette, et celui du Deep State également.

Alan Greenspan le savait bien.

Mots clé : -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Greenspan : L’homme qui savait”

  1. Bonjour,

    Plusieurs de mes relations prêchent un retour à l’étalon or pour palier au chaos économique que nous somme en train de vivre. De mon point de vue, je n’arrive pas à comprendre en quoi la création monétaire devrait se limiter à un métal rare qui à mon sens ne reflète pas l’activité économique contemporaine.

    Le problème de l’or c’est que justement c’est rare et que le stock total est défini alors que la croissance est potentiellement infinie. Une politique monétaire basée sur ce métal sera forcément déflationniste et si la monnaie se raréfie, il y a de grandes chances pour qu’elle ne soit utile qu’à ceux qui disposent du plus de pouvoir, d’influence. Il me semble que William Jennings Bryan explique bien pourquoi l’étalon or est une mauvaise chose pour la classe moyenne dans son discours sur la croix d’or, en prônant un étalon argent, mais surtout en sous-entendant que la véritable force économique se trouve dans les bras des travailleurs (Brûlez vos villes mais ne touchez pas à nos fermes).

    Alors voilà je ne suis pas économiste de formation, mais j’ai quand même lu depuis une dizaine d’années beaucoup sur le sujet et je ne pense pas qu’à la base le système actuel d’argent dette soit forcément mauvais (en tout cas du moment que la croissance est suffisante ce qui n’est plus forcément le cas aujourd’hui, la promesse de remboursement devient beaucoup trop lointaine et ne se traduit même plus sur la période de notre propre vie). Le problème à mon sens est l’extrémisme dans lequel on est arrivé à cause des banquiers (taux d’usure, création d’argent à partir d’argent, etc.). Beaucoup critiquent la loi de 73 en France mais beaucoup oublient que s’il n’y avait pas eu la dette, l’inflation aurait été certainement insoutenable et qu’au final d’un point de vu numéraire ça revient au même: ce qu’on perd en dette, on le gagne en stabilité de la monnaie.

    Le vrai problème se situe très certainement en amont, au niveau des comportements et décisions des politiques. Le fait de devoir refréner la création monétaire par la dette prouve bien qu’il y a des gens totalement irresponsables en charge de décisions qui ne devraient pas leur appartenir. Dans mon esprit, la monnaie devrait refléter exactement l’activité économique d’un pays, ni plus ni moins: chaque euro devrait correspondre à une unité de travail quelque part. Pour ce faire il faudrait déjà pouvoir s’assurer que les dépenses publiques soient gérées raisonnablement et qu’à un niveau individuel nous arrêtions de vouloir vivre au-dessus de nos moyens. C’est une question de mentalité, comme le dit Charles Gave notre génération a grillé toute l’épargne de la précédente et celle des 2 prochaines pour que note niveau de vie ne baisse pas. Responsabiliser les individus c’est tout abord leur apprendre qu’on se paie ce qu’on est en mesure d’acheter.

    Ma question est donc simple, plutôt que de vouloir sans cesse trouver des moyens pour limiter la création monétaire et le comportement irresponsable de certains (étalon or, argent dette, etc.) pourquoi ne pas étalonner la monnaie sur des indicateurs réels de l’activité économique et pourquoi ne pas en amont limiter le pouvoir d’action de ceux en charge des décisions de création monétaire à ces seuls indicateurs? De cette manière on s’assure d’avoir une quantité de monnaie correspondant à l’activité économique réelle d’un pays.

Laissez un commentaire