Grandeur et misère d’une courtisane monétaire

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Vendredi 12 mai 2006
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*** Le plus gros couac de l’année
A dix milliards d’euros, il est effectivement retentissant…

*** Le lion dort…
… et Eric Fry en profite pour examiner les options sur actions aurifères.

*** Grandeur et misère d’une courtisane monétaire
Dame Dollar a moins la faveur des investisseurs, ces derniers temps…

*** Un monde post-dollar (2)
Justice Litle examine des raisons fondamentales pour un retour éventuel à un étalon-or…

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Un principe d’investissement si simplissime
… que vous l’avez probablement OUBLIE !

Pourtant, il vous aurait permis de doubler votre mise en six mois
Pour savoir comment, continuez votre lecture…

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Bonjour,

*** LE PLUS GROS COUAC DE L’ANNEE

** Les places européennes vont-elles enfin s’extraire d’un corridor de consolidation sommital qui perdure depuis le 27 février dernier ? L’Euro-Stoxx, par exemple, plafonnait déjà sous les 3 840 points à la mi-janvier. Il culminait 1% plus haut six semaines plus tard (3 875 points), et cela fait maintenant un mois qu’il teste, re-teste et re-re-teste les 3 890/3 895 points — dont quatre fois consécutivement depuis le 5 mai dernier.

Complet renversement de tendance sur les places européennes au cours des deux dernières heures de cotations hier. Le CAC 40, qui a battu son record annuel à 5 329,16 points, n’y a pas échappé : il a clôturé également dans le rouge (-0,3%), alors que l’Euro-Stoxx chutait de 0,67%, dans le sillage de Francfort qui a décroché de 1% après avoir gagné jusqu’à 0,9% à la mi-journée.

La situation ne semblait pas près d’évoluer dans un sens ou dans l’autre avant la clôture, puisque vers 14h30, les opérateurs ne réagissaient pas à l’augmentation de 0,5% des ventes de détail en avril aux Etats-Unis (moitié moins que prévu). Plus aucune statistique n’était attendue, et seul un léger fléchissement du dollar pouvait éventuellement inquiéter — mais comme il venait de rebondit vers 1,27/euro en matinée, le voir revenir à l’équilibre vers 1,28/euro ne choquait personne.

La vapeur s’est brutalement inversée en Europe vers 15h30, peu après la réouverture de Wall Street, qui était anticipé stable depuis le début de la matinée. Le S&P s’est immédiatement orienté à la baisse et perdait rapidement plus de 1%, mais la déception s’est transformée en douche froide avec le Nasdaq, qui dévissait carrément de 1,7%, sous le support des 2 300 points.

** Pour les amateurs d’analyse technique, la défaillance du Nasdaq présente quelques caractéristiques attrayantes. Alors que le Dow Jones gravissait pas à pas, depuis le 17 avril, les dernières marches qui le séparaient encore de son zénith historique des 11 750 points (dont il s’est rapproché à moins de 1% mercredi soir), l’indice électronique dessinait un triple sommet déclinant (2 375/2 361/2 352), comme si les liquidités étaient siphonnées pour alimenter la hausse d’une poignée de blue chips servant de locomotive à la tendance générale.

La cassure des 2 300 points sur le Nasdaq pourrait préfigurer une décrue en direction des 2 200 points — un niveau qui coïncide avec le plancher des 2 200,50 points du 30/12/2005.

Il s’agit bien de la première alerte baissière réellement sérieuse depuis le 13 octobre 2005. Cependant, ce cas isolé ne saurait nous autoriser à en conclure que ce même scénario de rupture de tendance guette l’Euro-Stoxx 50 ou le CAC 40 de façon imminente. Ces deux indices disposent encore d’une marge de sécurité respective de 1% et 1,5%, et les supports obliques moyen terme ont été défendus chaque fois, avec une facilité déconcertante, à au moins trois reprises depuis le début de l’année.

Nous allons cependant prendre le risque aujourd’hui d’affirmer que tout est différent. C’est la première fois que nous observons une contre-attaque aussi virulente des vendeurs sur un sommet annuel (5 329,16 points) depuis le 2 février dernier. Encore faut-il préciser que le CAC 40 avait alors ouvert au plus haut du jour à 5 000,95 points, avant de rechuter quelques heures plus tard vers 4 927… mais il ne perdit pas un pouce de terrain supplémentaire au cours des trois séances suivantes.

** Ce qui nous alerte et nous incite — une fois n’est pas coutume — à décrire avec autant de précision l’environnement technique qui régit l’évolution des indices au cours des dernières heures, c’est le spectaculaire gonflement des volumes : 8,55 milliards d’euros négociés sur le CAC 40, et 10,05 milliards d’euros sur l’ensemble des compartiments.

Face à une telle déferlante d’ordres de vente, il est surprenant de constater que les dégâts sont relativement limités, puisque le CAC 40 ne s’est effrité que de 0,29% hier — et l’indice ne cède en fait que 0,5% depuis le début de la semaine. Il serait facile de défendre une thèse optimiste en arguant que dans un marché en proie au doute, il aurait été impossible d’absorber 10 milliards d’euros de dégagements bénéficiaires sans que la journée se termine par un "bain de sang".

Mais ce serait sous-estimer l’aveuglement et l’excès de confiance de nombre d’investisseurs, qui estiment depuis maintenant six mois et demi que chaque épisode de consolidation constitue une occasion inespérée de prendre au vol la prochaine vague de hausse. Le franchissement des 5 315 points en début de matinée avait par ailleurs activé des programmes d’achat automatisés, et les day traders se sont empressé de suivre le mouvement sans état d’âme : the trend is your friend !

Un gros grain de sable s’est pourtant insinué dans cette belle mécanique, où la hausse se nourrit d’elle-même pour peu que les opérateurs demeurent d’une surdité résolue aux arguments que nous développons chaque jour dans cette chronique.

** Il est vrai que le concert macro-économique est bourré de fausses notes… et nous comprenons que cela heurte les tympans : il est plus confortable de continuer à avancer les mains fermement plaquées sur les oreilles.

Mais certains sons, plus stridents que d’autres, parviennent malgré tout à faire grimacer les investisseurs, même pourvus des meilleures boules Quiès. Aujourd’hui, le couac le plus retentissant est provenu du secteur obligataire, avec une nette remontée des taux d’intérêt qui propulse le rendement des Bunds à 4,06% et celui des T-Bonds 2016 à 5,16%.

Wall Street et l’ensemble des indices boursiers du Vieux Continent en ont eu la chair de poule ; ils clôturent collectivement au plus bas de la semaine, avec un risque élevé de voir la pression vendeuse redoubler d’intensité aujourd’hui si le prix du baril de pétrole re-franchit le cap des 74 $ (de nouveaux enlèvements de personnels appartenant aux compagnies étrangères ont été perpétrés au Nigeria jeudi).

** Toutes les nouvelles économiques du jour ne furent cependant pas mauvaises, puisque l’Allemagne a enregistré une progression de 0,4% de son PIB par rapport au quatrième trimestre 2005, période qui s’était soldée par une croissance nulle. Par rapport au premier trimestre de l’année dernière, la croissance s’établit à 2,9%. Une accélération comparable de la croissance en zone euro se confirme — officiellement — avec un PIB en hausse de 0,6% sur le trimestre et de 2% sur un an, contre des taux de croissance respectifs de 0,3% et 1,8% au quatrième trimestre 2005.

Le revers de la médaille se situe au niveau des anticipations de resserrement de la politique monétaire de la BCE. Le consensus le plus large table maintenant sur un loyer de l’argent porté à 3,25% d’ici la fin de l’année, J.C. Trichet venant de réaffirmer à quel point la dérive des prix de l’énergie requiert la plus grande vigilance.

La rémunération relative de l’euro par rapport au dollar augmente de deux points de base, et le billet vert rechute symétriquement sous les 1,28/euro pour établir un nouveau plancher annuel à 1,2860/euro. Les cambistes semblent maintenant occulter le fait que la Fed, dans son communiqué de mercredi soir, laisse la porte ouverte à une nouvelle hausse, sans donner d’indication sur le timing.

Nous n’allons pas vous dissimuler le fond de notre pensée : quoiqu’elle fasse désormais, ce ne sera de toutes façons pas "le bon moment" ! Si tous les investisseurs pensaient qu’elle pouvait encore agir de façon pertinente et dans les délais jugés optimaux par Wall Street (et par les 70% d’analystes qui se déclarent haussiers), nous ne pensons pas que l’argent-métal aurait pu atteindre hier les 15,50 $ l’once, ni l’or les 725 $ !

Philippe Béchade,
Paris

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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** LE LION DORT…

** En attendant le délicieux Armageddon qui pourrait propulser l’or à 2 000 ou 3 000 $ l’once, les haussiers de l’or subiront certainement un bon nombre de "jours à la baisse". Nous souffrirons de déclins de prix épuisants qui produiront des pertes conséquentes… et beaucoup d’angoisse.

- Les vrais croyants parmi nous diront "achetez pendant les creux"… mais bon nombre de nos camarades paniqueront et vendront.

- Heureusement, il se pourrait qu’il y ait une troisième voie : vendre des options "couvertes" — c’est-à-dire des options qui ne sont liées à aucune autre position. En d’autres termes, par exemple, vendre des calls sur Newmont Mining sans posséder également l’action.

- Vendre des options, qu’il s’agisse de puts ou de calls, peut fournir une certaine mesure de protection, tout en amortissant la volatilité du portefeuille. La plupart des investisseurs individuels achètent simplement des puts ou des calls, afin de multiplier leurs paris tout en limitant strictement leurs pertes potentielles. Et cette tactique fonctionne exactement comme elle est annoncée : les transactions gagnantes peuvent produire des gains de taille, tandis que les positions perdantes ne peuvent pas faire pire que le coût de l’option elle-même.

- Acheter des options est donc aussi sexy et excitant que de jouer à une table de Las Vegas… mais peut être tout aussi dangereux. Certains joueurs gagnent gros, mais la grande majorité perd. Seule la Banque gagne régulièrement. Il en va de même dans le jeu des options. Il y a cependant une grande différence entre parier sur les dés et parier sur les options. Pour ces dernières, n’importe quel joueur peut devenir "la Banque". Tout investisseur, en d’autres termes, peut choisir de VENDRE des options plutôt que de les acheter.

- Et vendre des options est plus sexy et plus excitant encore que d’en acheter ; cependant, cela peut aussi être bien plus dangereux — c’est pourquoi peu d’investisseurs individuels s’y risquent. Cependant, vendre des options en quantité limitée, dans des situations bien précises, peut réduire le risque global d’un portefeuille.

- Les stratégies consistant à vendre des options fonctionnent mieux dans des conditions de marché très volatiles. C’est parce qu’une volatilité élevée engendre des prix élevés pour les options — exactement ce que recherche un vendeur.

** Le marché de l’or a été plutôt volatil ces derniers temps — créant une volatilité exacerbée sur les actions aurifères… et stimulant celle des options call sur ces valeurs. En d’autres termes, le prix des options sur les valeurs aurifère grimpe parce que les mouvements potentiels de prix ATTENDUS sur les actions aurifères augmentent eux aussi.

- Il n’est donc pas surprenant de constater qu’un pari haussier sur l’indice HUI des actions aurifères est devenu bien cher. Les calls septembre 400 sur l’indice coûtent plus de 38 $, même si l’indice lui-même ne cote qu’à un niveau de 394. Ainsi, si l’on se base sur les valeurs intrinsèques, l’indice doit grimper à 438 d’ici la mi-septembre pour que l’acheteur de cette option rentre dans ses frais. Cela représente une avancée de 11%. Etant donné que le HUI a déjà rebondi de 40% cette année, 11% pourrait n’être guère difficiles à atteindre… mais ce pourrait également être le contraire.

- Un fanatique de l’or timoré pourrait donc acheter l’indice HUI (ou un panier d’actions aurifères comparable) et vendre les calls septembre 400, empochant 38 $ par la même occasion. Si les valeurs aurifères continuent leur rebond, le vendeur d’options pourrait gagner jusqu’à 11% en quatre mois, mais pas plus. Par contre, si les actions aurifères trébuchaient, le vendeur d’options garderait ses 38 $, en guise de protection partielle contre la perte sur ses actions aurifères en baisse.

- Durant les années 90, comme de nombreux lecteurs doivent se le rappeler, le marché de l’or était comme un lion sous tranquillisants. Les banques centrales et les banques de métaux du monde entier avaient émis tant d’ordres de vente sur la malheureuse bête que c’est tout juste si elle avait encore un pouls. Mais l’effet des tranquillisants commence à s’estomper… et les vendeurs se retrouvent à court de fléchettes. Lorsque ce féroce félin sera complètement sorti de sa torpeur, il rugira très fort (et pourrait même distribuer quelques coups de crocs à ceux qui le maintenaient captif). A mesure que la volatilité augmentera, il en ira de même pour les occasions de vendre des options coûteuses.

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Des plus-values de 350%… 273,28%… 234,19%… 281,12%… 401,22%… 521,52%… 771,17%…

et 36,34% de gains par an en moyenne depuis 14 ans !

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** GRANDEUR ET MISERE D’UNE COURTISANE MONETAIRE

** Le dollar a été trop prodigue de ses faveurs. Et maintenant, ses meilleures années sont derrière lui. Son dernier fiancé, Alan Greenspan, lui a soutiré beaucoup — réduisant sa valeur de moitié. Et cette semaine, la fin des augmentations de taux a signalé le début d’un nouveau chapitre tapageur dans la vie de cette devise aux moeurs légères.

* Ces deux dernières années, la Fed a augmenté ses taux en minuscules étapes d’un quart de point à chaque fois. Cette semaine, elle a réitéré la manoeuvre. Mais cette fois, la Fed a fait savoir qu’elle avait atteint le bout du rouleau. A partir de maintenant, les futures augmentations de taux "dépendront des données " — ce qui signifie que la Fed augmentera ou baissera les taux selon la direction que prend le vent, selon elle.

* Seules ces augmentations de taux ont aidé le dollar à maintenir un semblant de dignité. La devise impériale est un peu usée ; elle montre des signes de pourriture, de dégénérescence, de dégradation et de corruption. Mais chaque hausse des taux de la part des souteneurs de la Fed a empêché les spéculateurs goujats de se débarrasser de cette vieille peau. Ils se sont dit qu’ils resteraient tant que les taux grimperaient — pourquoi pas, après tout ?

** A présent, le dollar fait la culbute. Tout le monde le dit. Et tout le monde approuve. C’est le seul moyen de restaurer "l’équilibre" dans le système financier mondial, dit-on. De toute façon, qui s’en soucie ? Ni le président, ni son protecteur actuel. Aucun des deux ne semble plus s’intéresser au sort du billet vert.

* Le reste du monde ne montre pas plus de sympathie ou d’inquiétude. A la suite de l’annonce de la Fed, le dollar a à nouveau vacillé — en particulier par rapport à son rival éternel, l’or.

* "Le dollar l’a bien cherché", disent les investisseurs insensibles. "Il s’est jeté à la tête de tous ceux qui passaient par là, vous savez… se donnant littéralement à quiconque voulait de lui. Il ne savait pas dire non… Que voulez-vous qu’il arrive ?"

** Pendant ce temps, l’or a atteint un sommet de 25 ans — les contrats de juin se vendant à 705 $ l’once.

* Le métal jaune, se sont aperçus les acheteurs, est tout ce que le dollar n’est pas. Tandis que le billet vert ne peut jamais dire non, l’or ne dit rien d’autre. Non à la dette. Non aux plans de dépense. Non à l’amélioration du monde. Non à la réélection de canailles. Non aux bulles. Non aux guerres à l’étranger. Non aux déficits commerciaux. Non, non, non, non, non.

* Tandis que le dollar faisait sa bonne fille, l’or décrochait à peine un mot, ne perdait jamais la tête, ne donnait pas de conférences de presse et ne faisait jamais de promesses. C’était prévisible : c’est Dame Dollar que la foule réclamait à grands cris, c’est son téléphone qui sonnait sans arrêt, c’est elle qui recevait toutes les invitations et était de toutes les fêtes.

* C’était alors. Nous sommes maintenant. Martin Feldstein écrit dans le Wall Street Journal que le dollar peut tout à fait chuter — et pourquoi nous en inquiéter : nous nous trouverons mieux avec un dollar moins cher. Ben Bernanke déclare qu’il peut faire sans un dollar fort. Et Larry Summers parcourt le monde en recommandant aux petits pays de se débarrasser de leurs dollars avant qu’il ne soit trop tard : "faites-en quelque chose", conseille-t-il.

* Et maintenant ? Le pauvre dollar est comme une baguette oubliée sur la table la veille, ou le journal d’hier, tout écorné. Qui en voudrait ?

* Voilà, cher lecteur, ce que nous n’allons pas tarder à découvrir. Maintenant qu’il n’est plus soutenu par les hausses de taux ou par les autorités, maintenant qu’il n’est plus demandé des banques centrales et des spéculateurs — nous sommes sur le point d’assister à un événement important de l’histoire financière. La grande devise de réserve mondiale est certainement en train de disparaître, d’une manière ou d’une autre. La surprise, c’est qu’elle ne le fera pas de manière douce ou gracieuse.

* Au lieu de cela, comme une mère maquerelle ayant tenu un bon journal de bord, elle entraînera beaucoup de monde avec elle.

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*** La Chronique Agora présente ***

Après l’Asie et son appétit pour le métal jaune, Justice Litle examine aujourd’hui des raisons plus fondamentales pour un retour éventuel à un étalon-or…

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UN MONDE POST-DOLLAR — 2ème PARTIE
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Par Justice Litle (*)

Einstein a dit un jour : "tout devrait être rendu aussi simple que possible, mais pas plus simple". Cela pourrait très bien être un adage capitaliste, si l’on remplaçait "simple" par "petit". Moins il y a de bureaucratie, le mieux c’est ; plus il y a de flexibilité, le mieux c’est. Ces deux caractéristiques s’appliquent à ce qui est mince et petit, et non gras et énorme.

Comme l’a observé Peter Drucker peu de temps avant sa mort, la méthode la plus rusée pour les futures entreprises serait probablement de délocaliser toutes les fonctions ne menant pas à un poste dans l’encadrement. Les grands acteurs de l’époque actuelle se font plus petits aussi rapidement que possible. Même les mastodontes traditionnels comme les majors pétrolières fonctionnent de moins en moins comme des mastodontes, mais plutôt comme des allocateurs de capitaux bruts. Lorsque BP annonce son intention d’investir huit milliards de dollars dans les énergies alternatives, elle agit plus comme un fonds de couverture pariant sur sa connaissance du secteur que comme un géant pataud exploitant sa taille. De même, Wal-Mart est, dans les faits, un réseau d’information utilisant sa connaissance et son influence pour regrouper des dizaines de milliers de fournisseurs en une collaboration profitable.

Désormais, pour être à la pointe, il faut devenir plus petit et plus mince, en sous-traitant les tâches non-essentielles et en se débarrassant complètement des bagages superflus. A long terme, cela s’appliquera autant aux gouvernements qu’aux entreprises ; plutôt que de profiter de capitaux captifs, les gouvernements devront les gagner. Dans ce nouvel environnement, le nombre de juridictions en concurrence ira en grandissant ; les grands gouvernements perdront leur avantage d’accumulation de capitaux, en faveur de gouvernements plus petits.

Dans cet environnement ultra compétitifs, ceux qui s’en sortiront le mieux seront les gouvernements opérant comme un "service clients" plutôt que comme un système de chantage ; ils devront fournir un meilleur rapport qualité/prix, les flux de capitaux devenant de plus en plus mobiles et difficiles à fixer. Ce changement privilégiera naturellement une monnaie saine.

Les détracteurs de la monnaie saine affirment qu’un étalon-or ne peut fonctionner dans l’économie mondiale moderne. Ils déclarent que la camisole de l’or est trop restrictive, budgétairement parlant. Ils préviennent qu’il n’y a pas assez d’or dans le monde pour graisser correctement les rouages du commerce. Mais ces détracteurs supposent à tort qu’un système basé sur l’or ne peut contenir d’effet de levier.

L’effet de levier, c’est comme de la nitroglycérine — dangereuse entre les mains d’idiots, mais très utile pour les gens qualifiés. La raison pour laquelle les monnaies fiduciaires existent, c’est que les gouvernements du 20ème siècle se sont rendu compte de l’efficacité de l’effet de levier appliqué aux actifs existants. Lâcher la bride aux politiciens pour qu’ils puissent décrocher la lune grâce à la devise fiduciaire était stupide… mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. L’effet de levier peut être une bonne chose s’il est appliqué correctement ; lorsqu’un entrepreneur emprunte une petite somme et la transforme en somme beaucoup plus grande en l’utilisant avec sagesse, il a fait bon usage de l’effet de levier, tout en ajoutant de la valeur à la société.

L’utilisation de l’effet de levier en elle-même n’est pas une mauvaise chose — sauf lorsqu’on en abuse. On trouve dans le secteur actuel des futures un exemple de système permettant d’empêcher ces abus. Grâce à une auto-réglementation rigoureuse et des assurances obligatoires contre les accidents financiers, le secteur des futures a montré comment l’effet de levier peut être utilisé sagement, en se concentrant sur deux éléments-clé : la transparence et la responsabilité mutuelle. On ne peut pas se fier aux gouvernements pour appliquer l’effet de levier en toute responsabilité, mais des entités privées le pourraient — sous l’oeil vigilant des investisseurs et des déposants, qui auraient un intérêt personnel à maintenir leur surveillance et à supporter la responsabilité financière directe de tout échec. En éliminant le risque moral d’un "chèque en blanc" subventionné politiquement pour couvrir toutes pertes, on réintroduit immédiatement la vigilance des institutions privées.

La même logique s’applique aux banques et aux paniques bancaires. Au cours de l’histoire, les paniques bancaires ont été nourries par deux choses : 1) un manque de transparence, empêchant les investisseurs et les déposants de prendre conscience des habitudes et pratiques dangereuses, et 2) le risque moral d’un sauvetage gouvernemental garanti, permettant aux banques de n’en faire qu’à leur tête en sachant que le gouvernement interviendrait si les choses tournent mal.

Un système de monnaie saine surveillé par les investisseurs privés — sans le risque moral d’une influence gouvernementale — pourrait utiliser l’effet de levier avec sagesse et à-propos, sans pressions politiques indues. Un taux de change transparent pourrait être maintenu en tous temps, donnant aux déposants l’assurance que leur solde électronique pourrait à tout moment être échangé contre du métal physique. Les niveaux de levier de l’institution pourraient être publiés et visibles de tous, permettant au marché de s’auto-réguler en temps réel. Et l’institution pourrait volontairement maintenir l’appartenance à un système d’assurance de responsabilité mutuelle, similaire à celui du secteur des futures, qui fournit un bassin d’actifs pour les situations d’urgence.

Ces sortes d’avancées ne pourraient être mises en place que par le biais d’un système combinant jugeote de la part des investisseurs et technologies avancées — deux choses qui sont en train de se développer en ce moment même.

Meilleures salutations,

Justice Litle
Pour la Chronique Agora

(*) Justice Litle, rédacteur de la lettre Outstanding Investments, possède des connaissances uniques qui lui ont bien servi sur les marchés. Justice a étudié la littérature et la philosophie dans des endroits aussi divers qu’Oxford, en Angleterre, l’université Pulacki (Olomouc, République Tchèque) ou l’université Macquarie (Sydney, Australie). Alors qu’il se destinait à une carrière universitaire, sa vie a pris un tout autre chemin après qu’il ait découvert "The Investment Biker", la chronique de Jim Rogers sur l’investissement macro-économique… et la moto.

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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