Le retour à un état naturel

Rédigé le 27 avril 2018 par | Banques Centrales Imprimer

Pour Goldman Sachs, la volatilité est un retour à l’état naturel. Mais pour un investisseur particulier, il est difficile de gagner de l’argent avec la volatilité.

Imaginez revenir à un monde normal. Du moins, essayez… parce que cela ne durerait pas longtemps.

Le PDG de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, a donné une interview sur CNBC après l’annonce par son entreprise de ses résultats pour le premier trimestre 2018 :

« On discutera sans cesse de ce qui est normal, de la nouvelle normalité. Mais lorsque les taux d’intérêts sont nuls, lorsque les courbes de rendement sont plates, lorsqu’il n’y a pas de prime de risque, lorsque les banques centrales du monde entier achètent tous les actifs risqués, ce qui étouffe la volatilité et empêche d’obtenir des résultats sur les opportunités, nous ne sommes pas dans un état naturel.

Nous n’avons pas inversé tout cela mais nous revenons sur nos pas. Ce sont les premiers signes d’un repli de ce qui est un état non-naturel. 

Le marché devient un peu plus volatil, les gens sont payés pour les risques qu’ils prennent. Nos clients affichent de meilleures performances et par conséquent nous allons mieux aussi. Je ne dirais pas que nous faisons sauter les bouchons de champagne mais nous pouvons certainement mieux comprendre les choses lorsque nous commençons à revenir vers un marché financier normal. »

A présent voyons le contexte. La division de trading sur actions de Goldman a enregistré un bénéfice exceptionnel, plus élevé qu’attendu et plus élevé que les résultats précédents.

La question qui se pose est, bien sûr, pourquoi. La réponse est le krach de 10% en février.

Les banques d’investissement comme Goldman Sachs gagnent beaucoup d’argent en spéculant sur la volatilité. Le problème est que les banques centrales ont étouffé cette volatilité. Blankfein à la fois se plaint de cet état de fait et se réjouit du retour de la volatilité en février.

Tant mieux pour Goldman Sachs. Qui, soit dit en passant, m’a offert une bourse d’études et la possibilité d’un stage.

Le problème ici est que nous autres ne sommes pas Goldman Sachs. Et croyez-moi, il vaut mieux ne pas l’être.

Nous sommes coincés dans l’économie réelle et luttons pour conserver notre argent lors des krachs monétaires.

Imaginons un retour à ce que Blankfein appelle « l’état naturel. » Un état où les marchés sont plus volatils, où la courbe de rendement n’est pas manipulée, où les taux d’intérêt sont plus élevés et où les banquiers centraux n’achètent pas d’actifs risqués. A quoi ressemblerait ce monde ?

La mort des zombies

Selon le Global Financial Stability Report du Fonds monétaire international (FMI), environ 20% des entreprises américaines – ce qui représente 4 000 milliards de dollars d’actifs – sont en risque de faire faillite si les taux d’intérêt sont relevés – la moitié de ces entreprises connaissent déjà des problèmes.

En Europe, ce qu’on appelle les « entreprises zombies » sont maintenues en vie par les banques pour éviter d’avoir à matérialiser leurs pertes. Le problème est que le coût de financement des banques augmentera à mesure que la Banque centrale européenne resserrera sa politique. Rien que les problèmes de créances douteuses de l’Italie sont du même niveau que les défauts liés au crédit subprime aux Etats-Unis.

A quoi ressemblerait le marché boursier japonais si la Banque du Japon n’avait pas racheté les trois quarts des ETF, soit environ 4% du marché ?

Le pire reste la dette souveraine. Si le paiement des intérêts de la dette souveraine était à un niveau « naturel, » les budgets du monde entier seraient déstabilisés.

L’état naturel est simplement intenable. Il ne sera donc pas autorisé. Pourtant…

Combien de temps pourra-t-on éviter le retour à l’état naturel ?

La vraie question est de savoir si le moment où il faudra rendre des comptes peut être indéfiniment repoussé. Une récession pourrait-elle avoir lieu malgré une politique monétaire très relâchée et un assouplissement quantitatif (QE) ?

Si l’on file la métaphore médicamenteuse, alors la question est : le médicament « QE et taux d’intérêt » peut-il devenir inefficace ? Si le patient y est tellement accoutumé et qu’il ne peut plus lutter contre une crise, qu’arrivera-t-il par la suite ?

Le FMI prévoit un ralentissement d’ici deux ans. Tout comme la courbe de rendement américaine. Nous pourrions donc bientôt voir si le QE peut nous sauver encore une fois.

Ce qu’il faut garder à l’esprit ici est que les niveaux de dette ne cessent d’empirer, malgré une croissance décente, des taux d’intérêt faibles et un soutien important.

Le sauvetage par les gouvernements et les banques centrales ont envoyé au monde un signal : la dette ne compte pas puisqu’on empêche d’en arriver au moment où il faudra rendre des comptes. Par conséquent, tout le monde fait ce qui était prévisible : emprunter plus.

Combien de temps une telle situation peut-elle durer ? Beaucoup plus longtemps que vous le pensez ! C’est pourquoi l’analyse logique n’est parfois pas tellement utile. Le moment où vous vous éloignez de l’état naturel, les choses commencent à sembler bizarres. Mais elles peuvent le devenir encore plus. Par conséquent, indiquer qu’il faudra rendre des comptes n’aide en rien jusqu’à ce que ce moment ait lieu. Tout est une question de timing.

Selon la plupart de nos experts, nous sommes à mi-cycle. Une période caractérisée par un ralentissement ou par une baisse mineure. Pas par un krach ni par une remise à zéro.

Sélectionnez par l’autre bout de la lorgnette

Avec ces perspectives très confuses et bipolaires, que doivent faire les investisseurs ?

La tendance qu’ont les gouvernements de se mêler à l’économie de leur pays a toujours existé à travers l’Histoire. Cela semble épouvantable sur le moment mais nous ne finissons toujours par nous en sortir.

Au lieu de ne s’intéresser qu’aux questions macro-économiques, pourquoi ne pas prendre le problème par l’autre bout de la lorgnette ? Recherchez les entreprises saines, qui n’ont pas besoin d’aides publiques mais qui ont besoin de financer de la croissance productive. [NDLR : Comment découvrir de telles entreprises et viser de multiplier par 10 votre investissement ? Tout est expliqué ici.]

Le succès des investisseurs est déterminé par ce travail plutôt que par les tendances macro-économiques ou la volatilité.

Partagez cet article

Mots clé : -

Nick Hubble
Nick Hubble

Diplômé de la prestigieuse université Bond en Finance, Economie et Droit, Nick Hubble est aujourd’hui chroniqueur pour différentes publications financières en ligne telles que « The Daily Reckoning Australia » et « The Money Life Letter« .

Laissez un commentaire