Glace ou millefeuille

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La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 23 janvier 2007
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*** Glace ou millefeuille
… Le dessert risque de s’avérer indigeste…

*** La grande bataille pour les valeurs énergétiques
Lorsque les sociétés de financement s’en mêlent…

*** Mauvaise surprise
Jusqu’à présent tout va bien… mais l’humeur pourrait changer

*** La dupe du coeur II (2)
Spectacles, pantins et idiots…

—————————– (publ.)

Assez d’attendre les profits ?

Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10% depuis début mai 2006… et des plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !

Parfois, c’est encore le court terme le plus performant. Découvrez pourquoi…

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Bonjour,

*** GLACE OU MILLEFEUILLE

** Les opérateurs entamaient hier la quatrième semaine de l’année 2007 avec un optimisme renforcé par l’enquête mensuelle de l’Université du Michigan publiée vendredi 19/01, qui traduisait une spectaculaire hausse de la confiance des ménages américains : l’indice a fait un bond de 91,7 jusque vers un sommet de 98, niveau jamais observé depuis janvier 2004.

Les opérateurs pensaient n’avoir qu’à se laisser porter par les doux alizés de la hausse, venus d’Extrême-Orient avec la hausse de 0,6% de Tokyo (qui inscrivait un zénith à tout près de 17 500 points) — puis celle plus substantielle de Singapour (+1,1%), inspirée par le vent d’euphorie qui continue de souffler sur Hong Kong (+2,2%) et Shanghai.

Le seul suspens dont il semblait encore utile de débattre lundi matin concernait le timing du prochain record annuel du CAC 40, qui a gravité tout au long de la matinée entre 5 630 et 5 640 poins. Allait-on déborder les 5 650 points avant l’ouverture de New York (avec des futures US en hausse de 0,2%)… ou faudrait-il patienter jusqu’à la publication des indicateurs avancés du Conference Board ?

La surprise du jour a été en fait provoquée par le report (de 24 heures) de la divulgation de cette statistique mensuelle en raison de problèmes techniques liés aux systèmes informatiques du "Conf’Board". Nous sommes cependant prêt à parier que cela n’aurait rien changé à la physionomie de la séance outre-Atlantique.

En réalité, les transactions "hors marché" ont entretenu l’illusion haussière durant près de six heures — de façon assez suspecte. Le Dow Jones et le Nasdaq avaient en effet du plomb dans l’aile dès l’ouverture (-0,3%), et perdaient rapidement de l’altitude alors qu’une vague de prises de bénéfices affectait Dell (étude négative d’un broker), Apple, Oracle ou Microsoft : rien que des poids lourds du Nasdaq, lequel affichait rapidement 20 points de baisse à 2 430 points, puis -1,1% après trois heures de cotations.

** Ce coup de froid — bien en phase avec une météo soudain moins clémente sur la Côte est des Etats-Unis — pourrait-il constituer le précurseur d’un retournement de tendance comparable, en brutalité et en amplitude, au dernier accident de parcours de mai 2006 ?

C’est pour tenter de répondre à ce genre de question que quelques analystes techniques avaient réuni une palette d’amateurs éclairés lors d’une réunion trimestrielle organisée sur les bords de la Seine, dont la surface, à peine agitée de minuscules vaguelettes, semblait refléter symboliquement la courbe du Dow Jones depuis la mi-juillet 2006.

Il n’avait échappé à aucun des participants que les six derniers mois de hausse des marchés — à l’exception du Nasdaq — invitaient plus que jamais à se laisser porter par la tendance et à se dispenser de rechercher vainement à partir de quel niveau de surachat (ou à proximité de quelle résistance) il conviendrait de réduire la voilure.

Mais le mot d’ordre général est de continuer de naviguer sous spinnaker, car les vents haussiers dominants sont fermement établis et d’une régularité qui étonne plus d’un vieux loup de mer. Comment la surface des océans de liquidités peut-elle rester aussi calme malgré les changements de lune, les marées d’équinoxe et la fonte des glaces polaires ?

** La plupart des analystes ont renoncé à s’étonner publiquement de la perfection des mouvements ascendants des indices boursiers depuis fin 2004. Les outils techniques et les oscillateurs les plus sophistiqués, censés mettre en lumière les phases d’excès des marchés, perdent chaque mois qui passe un peu plus de leur pertinence.

Rien ne ressemble plus aujourd’hui à un signal précurseur de surachat ne débouchant sur aucune consolidation qu’un signal de tension (ou de divergence) anodin mais débouchant sur une violente rupture à la baisse : tout se ressemble… et à la longue plus rien ne vaut ! Il faut donc s’habituer à naviguer sans se poser de questions sur une mer d’huile, et se dépêcher d’affaler la voile dès que les premiers creux se forment avec les vents contraires.

Drôle d’époque, où les super-ordinateurs des instituts de recherche météorologique permettent de traquer le moindre cisaillement, le moindre contraste thermique entre les masses d’air, la moindre dépression locale génératrice de courants d’air avec une précision époustouflante 48 heures à l’avance… alors que les spécialistes de l’analyse technique, qui utilisent des ordinateurs tout aussi puissants, ne parviennent plus à anticiper la succession des épisodes dépressionnaire ou anticyclonique sur les marchés, sinon à un quart d’heure près (et encore !).

Autrefois, l’étude des courbes s’apparentait à une extrapolation des mutations progressives (puis paroxystiques) de la psychologie des opérateurs. Aujourd’hui, les marchés sont pilotés en temps réel par des ordinateurs qui ignorent les concepts d’émotion, de doute, de perception instinctive d’un excès de confiance ou de défaitisme.

En tant que supports d’un véritable millefeuille de produits dérivés reposant les uns sur les autres — mais n’étant cimentés par aucun liant véritablement efficace –, les indices boursiers ne sauraient afficher le même genre d’instabilité qui régnait avant que les produits à terme ne deviennent l’industrie de masse que nous connaissons aujourd’hui.

** A l’image des glaciers qui recouvrent le Groenland, le relief original de ce quasi-continent — ses fjords, ses vallées et ses plissements montagneux — a pratiquement disparu et s’est transformé en une sorte de calotte d’une monotonie qui s’étend à perte de vue.

Les milliers de mètres d’épaisseur de neige compactés se déplacent imperceptiblement durant des siècles jusqu’à ce qu’ils rencontrent la surface plus chaude des océans… puis le front se disloque et s’effondre dans un bouillonnement d’écume, générant un mini raz-de-marée qui fait la joie des phoques ou des léopards des mers.

Les stratégies de gestion indicielles actuelles s’apparentent à une énorme machine à gommer les aspérités… mais peu à peu, les neiges hivernales se raréfient — ce qui ne nous empêchera pas de voir la région parisienne se couvrir d’un manteau blanc d’ici 48 heures ! — et des gouffres bleutés, jusqu’alors invisibles, s’ouvrent soudainement sous nos pas.

Quand les ponts de neige vont-ils céder ? Ne vaudrait-il pas mieux regagner les bords du glacier et emprunter la moraine ? La théorie mathématique postule que tant que la langue de glace reste en apparence parfaitement plate, il faut continuer de marcher en son milieu au pas cadencé : il n’y pas de façon plus efficace pour faire avancer la masse compacte des investisseurs… jusqu’à la prochaine crevasse ou l’océan glacé !

Philippe Béchade,
Paris

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Dan Denning nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** LA GRANDE BATAILLE POUR LES VALEURS ENERGETIQUES

** La "Grande Bataille pour les Valeurs Energétiques" commencera bientôt à prendre de l’ampleur. Les grandes sociétés pétrolières de la planète se retrouveront en concurrence directe avec des sociétés de financement par capitaux propres et leurs clients ultra-riches pour acquérir les actifs énergétiques des actions cotées en Bourse.

- N’oublions pas que quatre des cinq plus grands accords de fusions-acquisitions de 2006 ont été signés par des sociétés de financement par capitaux propres. Et ces mêmes sociétés ont déjà économisé 146 millions de dollars pour une nouvelle série d’acquisitions en 2006, selon PriceWaterhouseCoopers.

- Avec un trésor de guerre aussi conséquent, les sociétés de financement continueront ce qui n’est rien de moins qu’"une privatisation significative du système de capitaux américain", si l’on en croit William Krisch du cabinet Paul, Hastings, Janofsky & Walker LLP.

- Et avec un si grand nombre de sociétés de financement par capitaux propres rôdant sur les marchés financiers, les poches pleines à ras bord, les proies appétissantes se font plus rares. Mais bon nombre des valeurs d’exploration et de services pétroliers restent des acquisitions potentielles plutôt appétissantes.

- Les analystes de ces sociétés doivent faire la même chose que ce que vous et moi tentons de faire chaque jour en tant qu’investisseurs : acheter la valeur d’un dollar pour moins cher qu’un dollar. Le monde des sociétés de financement par capitaux propres a rajouté un petit "plus" : beaucoup d’effet de levier. En utilisant une grande quantité de dette pour acquérir une entreprise, le rendement obtenu sur les fonds réellement investis peut être bien plus élevé. Mais les risques du financement par la dette sont eux aussi plus élevés.

** Avec ce genre d’effet de levier, on ne veut pas se lancer dans n’importe quel accord. La cible d’acquisition doit avoir beaucoup de liquidités par action, se vendre bien moins cher que sa valeur comptable ou encore se trouver dans un secteur où la demande augmente — mais où l’offre est limitée.

- Au premier coup d’œil, les entreprises du secteur de l’exploration et de la production énergétiques ne semblent pas avoir les attributs d’une cible typique pour les sociétés de financement. La recherche de pétrole et de gaz implique des coûts élevés, qui doivent être financés par le cash flow, la dette ou les valeurs boursières.

- Mais deux facteurs rendent l’intérêt des sociétés de financement par capitaux propres pour les actifs énergétiques plus probable : le premier, c’est que le nombre de sociétés énergétiques bien gérées, avec des bilans sains, est limité. Les sociétés de financement cherchent à acheter des actifs rares et de bonnes qualité, où qu’ils se trouvent. Le secteur de l’énergie présente une valeur attractive.

- Le second facteur mettant les actifs énergétiques sur "l’écran radar" des sociétés de financement, c’est la rareté sous-jacente — et de long terme — du pétrole et du gaz, qui fait grimper les valeurs de l’énergie depuis 2004. Le gaz et le pétrole deviennent plus difficiles à trouver. Les conglomérats énergétiques cotés en Bourse et les entreprises nationalisées ont de plus en plus de difficultés à remplacer la production annuelle par de nouvelles réserves, surtout que la demande continue d’augmenter et que les découvertes de nouvelles réserves chutent. Ainsi, les investisseurs des sociétés de financement par capitaux propres considèrent que les fondamentaux restent extrêmement haussiers pour les actifs énergétiques… et aimeraient se positionner maintenant, tandis que le crédit est encore bon marché, que les prix de l’énergie sont élevés mais stagnent, et avant que d’autres enchérisseurs n’arrivent — parce qu’ils VONT arriver.

- C’est là le troisième et dernier facteur générant une hausse des cours des actifs énergétiques en 2007. Les sociétés de financement par capitaux propres se retrouveront embarquées dans des guerres d’enchères contre de grandes entreprises énergétiques, possédant des masses de liquidités mais cherchant désespérément de nouvelles sources de production… et contre des pays comme la Chine et l’Inde, possédant elles aussi des masses de liquidités (grâce au commerce), et cherchant désespérément à garantir leur approvisionnement énergétique.

- Ce sera la ruée vers les valeurs énergétiques. Et en tant qu’investisseur, la question évidente est la suivante : quelles entreprises seront les plus convoitées ? Les entreprises de services, d’exploration et de production semblent particulièrement bien placées.

- Le marché haussier historique des valeurs énergétiques est sur le point d’entrer dans sa deuxième phase. Alors que les sociétés de financement affronteront les grandes compagnies pétrolières pour le contrôle de ressources énergétiques rares, les prix de la plupart des valeurs pétrolières devraient grimper considérablement — surtout si le pétrole brut lui-même voit un rebond modeste.

- Que la bataille — et les profits — commencent.

[NDLR : Et si vous voulez sortir vainqueur de ce deuxième round du marché haussier des valeurs énergétiques... c'est très simple, cher lecteur : toutes les réponses arrivent vendredi. Restez à l'écoute...]

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** MAUVAISE SURPRISE

** "Il est bon de se rappeler que les marchés étaient extrêmement optimistes au début de l’été 1914", a déclaré l’ancien secrétaire au Trésor US Larry Summers.

* Summers avertissait les participants au prochain Forum économique mondial de Davos, en Suisse, qu’il y a des précédents, en ce qui concerne la saison d’abondance que nous vivons en ce moment. Le problème, c’est que l’histoire démontre que des jours aussi incroyablement bons tendent à être suivis par des jours incroyablement mauvais.

* "L’histoire financière montre que les plus grands problèmes de liquidités suivent toujours les moments où la confiance est à son sommet", continuait Summers. "La complaisance peut être une prophétie qui se nie elle-même".

* "Les excès d’argent bon marché ainsi que la croissance économique mondiale la plus vigoureuse de ces trente dernières années ont encouragé les banques, les fonds d’investissement et les fonds de couverture à parier que les beaux jours vont se poursuivre", déclare un rapport de Bloomberg. "C’est trop beau pour être vrai", ajoute Vittorio Corbo, directeur de la Banque centrale du Chili, qui parlera, à Davos, des dangers des produits dérivés.

* "Demain, l’humeur pourrait changer. Nous devons être prêts".

* Ces avertissements seront sans doute répétés par Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne. Ils seront néanmoins très certainement ignorés. La foule se rappellera qu’elle a entendu les mêmes mises en garde l’an dernier. Et que… rien ne s’est passé. L’année dernière aussi, le même Larry Summers a recommandé à son public de Davos de prendre garde… d’être plus prudent en matière de finances et plus modeste dans ses prévisions. Bien entendu, on a fait exactement le contraire — et c’est pourquoi le Grand Boom du Crédit a continué.

* L’an dernier, les rachats d’entreprises ont atteint le record de 3 600 milliards de dollars, selon un article de Bloomberg. Le Capital International World Index de Morgan Stanley, qui concerne les prix des actions, a lui aussi atteint un nouveau sommet le 3 janvier dernier… tandis que le président de Goldman Sachs, le chef de meute sur Wall Street, a empoché une prime de 53,4 millions de dollars.

* Les logements les plus chers de Londres — où les super-riches vont se nicher, ces derniers temps — sont devenus plus coûteux encore l’an dernier. Ils ont grimpé de près de 30% en un an. Et les primes des maîtres de l’univers à Wall Street — c’est-à-dire les cinq plus grandes sociétés d’investissement — ont elles aussi grimpé… de 30%. Pendant ce temps, l’une de ces sociétés — Morgan Stanley — a annoncé un nouveau "méga-accord" dans le secteur de l’immobilier la semaine dernière. La société a déclaré avoir acheté CNL Hotels & Resorts pour 6,6 milliards de dollars.

* Qu’est-ce qu’une société d’investissement new-yorkaise fait en achetant une chaîne d’hôtels ? Que sait-elle du secteur du tourisme ? Rien. Mais les jours où les propriétaires d’une entreprise connaissaient cette entreprise sont terminés. A présent, l’économie a été "financiarisée", et ceux qui financiarisent s’enrichissent.

** Autrefois, une famille pouvait gérer une chaîne hôtelière, et s’en échanger des parts — à cinq fois les bénéfices, par exemple — tout en mettant un neveu, cousin ou fils ambitieux au poste principal. Ils faisaient bien entendu attention à ne pas le payer trop cher… et s’assuraient de mettre d’autres neveux et cousins dans l’entreprise… afin de conserver de la diversité au sein de la direction, et pour que le contrôle reste aux mains de la famille.

* Et voilà qu’arrive une grande société d’investissement avec une offre de rachat, soutenue par un financement par la dette. L’offre est trop belle pour être refusée. La famille est devenue milliardaire. L’entreprise est mise entre les mains de gestionnaires professionnels, et introduite en Bourse à 20 fois les bénéfices. La société d’investissement gagne des millions grâce à cet accord.

* Le nouveau PDG gagne 10 millions de dollars par an — il trouve qu’il est sous-payé. Pendant ce temps, la société vend des millions de dollars d’obligations — qui sont titrisées et revendues, avec des swaps et des dérivés, sur tout le marché. Et l’action — désormais détenue par des millions de gens ne connaissant pas la différence entre un hôtel et une station-service — grimpe en flèche.

* Avant ça… on avait juste une famille avec un actif familial — une chaîne d’hôtels lui permettant de gagner sa vie. A présent, des millions de gens détiennent une action dont le cours a grimpé. Les banquiers peuvent se permettre de construire une maison plus belle et plus luxueuse à Greenwich, dans le Connecticut. Les fonds de couverture, les fonds de pensions et les magouilleurs en tous genres ont tous des positions de plusieurs millions de dollars dans la dette de l’entreprise. Et les professionnels de la finance peuvent gagner leur propre fortune rien qu’en échangeant les actions, les obligations et les dérivés de cette même entreprise.

* Quel super système, non ?

* C’est bien ce "non" que nous attendons au tournant. En termes réels, il y a toujours une chaîne d’hôtels, avec un flux de revenus et de profits. Mais cette nouvelle titrisation a créé toute une nouvelle industrie… et tout un nouveau flot de liquidités. Les gens ont de la "richesse" qui n’existait pas avant. Le seul problème, c’est que cette "richesse" est une fiction.

* Mais lorsqu’on est au sommet d’une bulle de liquidités, qui s’en inquiète ?

** La dette, la dette, la dette… personne ne semble se soucier de la faire baisser. Le fossé entre la bonne dette et la mauvaise dette — c’est-à-dire entre les obligations des marchés émergents et celles du Trésor US — a chuté à un plancher record la semaine dernière. Selon Bridgewater Associates, les hedge funds américains n’ont jamais autant fait jouer l’effet de levier depuis 1998, l’année où Long Term Capital Management s’est effondré.

* La Banque centrale européenne, au moins, continue de suivre sa masse monétaire. Elle rapporte que le M3 montrait, à l’automne dernier, une baisse de près de 10% — la plus importante en 16 ans. Cela a poussé la BCE à augmenter son taux directeur.

* "Les risques actuels sont ridiculement sous-évalués", déclare Willen Buiter, professeur à la London School of Economics. "A un moment ou à un autre, quelqu’un aura une très mauvaise surprise".

* Jusqu’à présent, la surprise est qu’il n’y a pas eu de surprise. Mais plus elle est retardée… plus elle sera mauvaise.

—————————– (publ.)

Les marchés sont-ils aussi solides qu’ils en ont l’air ?

Pour en savoir plus — et découvrir comment réagir aux principales tendances qui nous attendent dans les mois qui viennent, continuez votre lecture…

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*** La Chronique Agora présente ***

Bill Bonner nous parlait hier de la "bulle de politique" qui s’est emparée de la planète au début du siècle dernier. Aujourd’hui, il nous en conte la fin — et en vient à la bulle qui a suivi : celle de l’argent…

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LA DUPE DU COEUR II – 2ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

Le 20ème siècle a clairement constitué la phase de bulle de la grande histoire d’amour du monde avec la politique. Le nombre de victimes en est vertigineux — plus de 100 millions de personnes. Puis ça a été terminé. Les gens ont regardé autour d’eux, l’air penaud. Ils se sentaient embarrassés. Ils poursuivirent quelques criminels de guerre… mais, d’une manière générale, voulaient surtout penser à autre chose — ce qu’ils firent : ils se consacrèrent à Mammon !

L’argent ne semble pas avoir autant d’effet sur les gens que le pouvoir et la foi. Toutefois, de temps en temps, il semble s’éveiller pour devenir "le principal sujet" dans la vie des gens. Jésus a dit qu’il serait plus facile pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour un homme riche d’entrer au royaume des cieux. En 2007, beaucoup de gens semblent pourtant prêts à prendre le risque.

Jésus a affirmé pas mal de choses assez peu pratiques. Il a par exemple déclaré qu’il nous faut haïr nos parents. Nous pensions qu’il devait exagérer ; nous avons donc posé la question à notre beau-frère, pasteur baptiste en Virginie. "Jésus utilisait-il les hyperboles pour se faire comprendre ?" avons-nous demandé.

"Jamais d’la vie", nous a-t-on répondu.

Nous voyons des signes d’intérêt pour Mammon dans le monde entier. Nous avons voyagé autour du monde il y a quelques semaines de ça, et en sortant de l’aéroport de Bombay — l’une des villes les plus bruyantes, sales, pauvres et encombrées de la planète — qu’avons-nous vu ? Une concession Rolls Royce ! Les appartements se vendaient des millions de dollars, et l’indice boursier indien était à un sommet historique.

Nous venons d’acheter un appartement à Paris. Nous avons eu le souffle coupé non seulement par le prix dudit appartement, mais également par le coût des travaux qui y étaient nécessaires. Nous pouvons simplement nous réjouir des actions minières que nous avons achetées l’an dernier. Elles aussi atteignent des prix record.

A New York aussi, on nous dit que les jeunes gestionnaires de hedge funds et autres banques d’investissements font la fête — et dépouillent quelques fonds de pension — en commandant des martinis à 1 000 $. Et bien entendu, à Londres, les prix sont si élevés que la plupart des habitants trouveraient qu’un martini à 1 000 $ est bon marché.

Tout le monde semble vouloir frimer… jeter l’argent par les fenêtres… célébrer LA chose qui importe le plus — gagner de l’argent.

Mais chaque ère de bulle a ses gagnants et ses perdants… ses rois et ses reines ainsi que sa chair à canon et ses victimes des camps.

Les aristocrates de la nouvelle bulle — celle de cette ère — travaillent dans la finance. Ils gèrent des fonds de couverture ou des banques d’investissement, et gagnent des fortunes grâce aux flots de liquidités inondant la planète. Selon The Economist, les liquidités auraient augmenté de 18% par an ces quatre dernières années — "probablement le rythme le plus rapide de l’histoire", déclare le journal. Cette marée de liquidités met à flot quasiment tous les navires financiers. Les capitaines d’industrie et de finances n’ont jamais eu la vie aussi belle. Dommage que les esclaves des galères ne se portent pas mieux, eux aussi.

Eh oui : il faut bien que quelqu’un rame pour que le bateau avance. C’est bien là l’un des principaux problèmes des spectacles publics. Ils transforment l’électeur ordinaire… le patriote… le soldat… et le sauveur… en idiot ! Il doit combattre et mourir dans des guerres qui ne signifient rien pour lui personnellement. Il doit être piégé puis ruiné par l’inflation et les krachs boursiers. Il est embrouillé par la moindre idiotie générée par la pensée de masse… et finit par croire les choses les plus ridicules… avant de finir sur la paille quand l’inévitable désastre se produit enfin.

Parce que tous les excès doivent être corrigés ; toutes les bulles doivent être dégonflées. Les fièvres boursières doivent être éteintes. Les armées impériales doivent être mises en déroute ; tous les empires — comme toutes les monnaies fiduciaires — finissent par disparaître. Les hérésies religieuses sont étouffées — parfois, même, elles s’exterminent toutes seules, avec des systèmes de croyance si purs qu’ils ne s’autorisent pas même à procréer — comme les Albigeois ou les Cathares.

Retour à notre ère — et aux bulles qui lui correspondent — dès demain…

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora (*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres L’inéluctable faillite de l’économie américaine et L’Empire des Dettes

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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