On leur avait ordonné de tirer…

Rédigé le 22 juin 2018 par | Liberalisme Imprimer

Quelle part de nos vies le secteur public devrait-il contrôler – et jusqu’où devrions-nous accepter de suivre ses ordres ? Les réponses sont difficiles… voire tragiques.

« Rendez à César ce qui appartient à César » est une phrase de Jésus de Nazareth. Intelligente comme toujours mais presque évasive, elle a laissé ouverte une question d’importance – qu’est-ce qui appartient à César – pendant environ 2 000 ans.

Les philosophes moraux ont été hantés par la question depuis plus longtemps encore : si vous voulez faire ce qui est juste, pouvez-vous vous contenter d’obéir aux autorités… ou devez-vous vous fier à votre propre jugement ?

Enfin, la semaine dernière, tel Moïse descendant du Mont Sinaï, le procureur général des Etats-Unis Jeff Sessions – qui s’était précédemment distingué en parrainant une loi visant à nommer septembre 2016 « Mois de Prévention du Cancer de la Prostate » – nous a donné la réponse.

Mais d’abord…

Une période de sécheresse

Le Dow Jones continue de baisser, petit à petit. Personne ne sait ce qui nous attend… mais il y a de bonnes raisons de penser que le sommet a été atteint.

Dans ce cas, une longue période de sécheresse boursière nous attend.

Nous allons laisser les pros de l’analyse technique et de la surveillance des cycles monter le dossier. A la Chronique, nous nous concentrerons sur les fondamentaux.

Le « vilain petit secret » de l’Amérique de Donald Trump…

… et comment les élites mondiales vont y mettre fin

… Ouvrant ainsi des opportunités de gains à trois chiffres pour les investisseurs français !

Cliquez ici pour tout savoir.

De toute évidence, l’état des finances américaines s’aggrave. Les déficits se creusent alors même que la Fed augmente les taux d’intérêt. Cela ne peut que mener à des difficultés.

Il y a un problème plus gros, ou plus insidieux : César lui-même. Il semble vouloir qu’on lui rende de plus en plus de choses. Et notre observation est que plus César en reçoit, moins il y en a pour les autres.

La satisfaction en équation

Au niveau le plus fondamental, la prospérité augmente lorsqu’on laisse les gens se débrouiller par eux-mêmes… c’est-à-dire lorsque les adultes consentants peuvent faire affaire entre eux sans que César ne s’en mêle.

Nous avons une formule pour la satisfaction humaine : S=g/g moins g/p.

Prenez tous les accords gagnant-gagnant, soustrayez tous les accords gagnant-perdant (vols, guerres, escroqueries, usines à gaz, redistribution de richesse, réglementations, restrictions…). Le résultat est la Satisfaction Nette.

« S » n’est d’ailleurs pas forcément la prospérité matérielle ; parfois, les gens préfèrent des loisirs… Facebook… et les sports d’équipe.

Mais la seule manière de savoir ce qu’ils veulent, c’est de les laisser décider par eux-mêmes – en les laissant passer des accords gagnant-gagnant.

Nous avons avancé hier – sans la moindre preuve pour étayer notre affirmation, toutefois – que le commerce était l’une des choses que les gens devraient décider par eux-mêmes sans que César ne vienne y mettre le nez.

Aujourd’hui, nous nous demandons : que faut-il rendre à César ?

La base élémentaire du capitalisme moderne

Une manière plus moderne de formuler la question serait : quelle part de nos vies le secteur public devrait-il contrôler ?

Les lecteurs sagaces devineront bien vite notre réponse. Elle n’a rien de particulièrement intelligent ni évasif. Elle découle de tout ce qu’ils ont lu jusqu’à présent et de notre formule de la satisfaction humaine.

Nous avons vu que le vernaculaire du secteur privé est un vaste réseau, infiniment complexe, d’accords gagnant-gagnant : « je te gratterai le dos si tu grattes le mien », « je te dirai merci si tu me dis merci », « je te donnerai 3 $ si tu me donnes un gallon d’essence ».

Tout l’édifice du capitalisme moderne – ses multinationales géantes, ses swaps et ses débentures, ses marchés et ses supertankers – repose sur ces accords très simples, dans lesquels des individus font des choix individuels.

Un homme achète un paquet de cigarettes et envoie un signal à une vaste entreprise – elle aussi composée de milliers d’individus. En réponse, elle pourrait changer la couleur du paquet, ajouter de la nicotine ou augmenter le prix.

Des centaines, des milliers, des millions, des milliards de petits accords privés créent une gigantesque économie mondiale.

Bien entendu, le secteur public a lui aussi ses accords gagnant-gagnant. Il compte des gens bien qui font des choses utiles. Il a de vrais travailleurs – des enseignants, des pompiers, des médecins, des constructeurs – qui font un travail productif que les gens seraient prêts à payer volontairement.

Mais il y a une chose, une seule, qui distingue fondamentalement le secteur public du secteur privé.

Chaque accord du secteur public, aussi trivial soit-il, est adossé à la menace de violence. Les choix sont réduits… ou purement éliminés.

La semaine dernière, M. Sessions – expliquant à la nation comment il se fait que les Etats-Unis séparent des jeunes enfants de leurs parents pour les mettre en cage – a cité les Ecritures.

La Bible dit qu’on peut le faire, a-t-il affirmé. Pour se justifier, il a spécifiquement cité les Romains, chapitre 13, où l’apôtre Paul dit à ses correspondants : « que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ».

Bien entendu, il se peut que St Paul se soit mal exprimé. Ou bien peut-être soulignait-il simplement l’évidence – « les autorités peuvent faire de nous ce qu’elles veulent ».

Ce qu’il ne faisait pas, à coup sûr, c’était aider les arguments de Sessions, selon qui tout ordre des autorités est la bonne chose à faire. Parce que si l’on pouvait entrer au paradis simplement en faisant ce qu’on nous dit de faire, Jésus aurait pu rester chez lui.

Faut-il suivre tous les ordres ?

La question s’est peut-être posée de la manière la plus criante au 101ème bataillon de réserve, connu également sous le nom des « policiers de Hambourg », en 1942.

Il s’agissait d’hommes autour de la trentaine, un peu âgés pour être envoyés au front. Mais à mesure que la guerre s’aggravait, on fit appel à eux pour s’occuper de la « question juive » – ce qui nous amène au sujet des enfants.

Ces hommes devaient envoyer les juifs vers des camps de travail ou des camps de la mort. Ou des camps où on pouvait les faire travailler jusqu’à la mort. Mais les enfants, les malades et les vieillards les ralentissaient dans leur tâche. Que faire ?

Bruno Probst témoigna plus tard que, même s’ils n’avaient pas reçu l’ordre spécifique de les fusiller, les officiers « avaient clairement fait comprendre qu’on ne pouvait rien faire de ces gens ».

A l’époque, ça chauffait sur le front de l’est. De plus en plus de prisonniers – des juifs et des Polonais – tombaient entre les griffes des nazis. Il fallait les « traiter ».

Ce n’est pas avant le 13 juillet 1942 que les vraies tueries commencèrent. Jusqu’à 1 500 juifs furent rassemblés. Les policiers de Hambourg furent cette fois-ci chargés de les tuer.

A leur connaissance, c’était un ordre légal. Il provenait des officiers, qui les avaient reçus de leurs propres officiers, et ainsi de suite jusqu’au chef légitime de l’Etat allemand, le Führer lui-même.

Les policiers de Hambourg étaient en grande majorité chrétiens. Ils avaient probablement entendu parler des instructions de St Paul aux Romains. Ils ne savaient probablement pas que la lettre n’avait pas du tout été écrite par Paul mais par Tertius d’Iconium, selon les historiens modernes. Cela n’avait pas d’importance. On leur avait ordonné de tirer… et ils avaient appris à exécuter les ordres.

Et puis quelle autorité est plus haute que César ?

Quelques-uns hésitèrent. Quelques-uns, encore moins nombreux, refusèrent. Au moins l’un d’entre eux écrivit à sa famille qu’il craignait que Dieu les punisse.

Mais à mesure que les ordres continuaient d’arriver, les massacres se firent routiniers. Lorsqu’ils revinrent à Hambourg, ils avaient tué quelque 83 000 personnes – en grande majorité des juifs.

Une simple menace ?

Pourtant, ils étaient policiers. Ils étaient chrétiens. Ils avaient été entraînés à faire respecter la loi, à protéger les gens et leur propriété.

Quel était cet étrange nouveau devoir qu’on leur avait imposé ? N’était-il pas contraire à leur croyance religieuse ? Ils étaient censés aimer leur prochain – quel genre d’amour est-ce là ?

500 policiers de Hambourg avaient été enrôlés et envoyés en Pologne. Combien d’entre eux, d’après vous, ont refusé… ou n’ont pas pu… accomplir ce qu’on leur avait ordonné de faire ?

Douze.

Nous sommes choqué – nous ne savons pas exactement pourquoi. Nous attendions-nous à ce qu’un nombre plus élevé ait un sens plus aigu du bien et du mal ? Ou sommes-nous surpris qu’il s’en soit trouvé pour le faire ?

L’épisode entier est si choquant que chaque détail frappe. Qui donnerait un tel ordre ? Qui y obéirait ? Et qui, entouré de 488 patriotes respectueux de la loi, casqués, bottés et armés, oserait dire non ?

Nous n’en savons rien. Nous n’étions pas là. Nous ne savons pas ce que nous aurions fait.

Suivre les ordres est toujours la chose la plus facile à faire. Tant que cela ne fait pas perdre une guerre ou les élections, vous aurez le soutien des autorités. Vous êtes en sécurité. Du moins pendant les heures de la journée.

Mais la nuit… sans fusil entre les mains et sans uniforme sur le dos… qui sait quelles terreurs viennent vous hanter ? Serez-vous tourmenté par des fantômes et des démons ? Allez-vous vous tourner et vous retourner, vous réveiller en sursaut, en sueur… maudissant l’existence mais craignant ce qui la suit ?

Et plus tard, lorsque la fièvre de la vie prend fin… peut-être découvrirez-vous que l’enfer n’était pas qu’une simple menace, en fin de compte ?

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Mots clé : -

Laissez un commentaire