Fret et récession : la Chine au bord du krach

Rédigé le 3 février 2016 par | Article, Bill Bonner, Croissance, pays émergents Imprimer

▪ "Les faits valent mieux que les rêves", a dit Churchill.

Peut-être.

Mais les rêves sont bien plus attirants. Et bien plus dangereux.

Il suffit de regarder ce qui s’est passé durant le vote en Iowa ce lundi. On a permis aux électeurs américains d’imaginer qu’ils faisaient une quelconque différence.

Les partisans de Trump ont rêvé de rendre sa grandeur à l’Amérique… et de baigner dans la gloire qui s’en reflèterait.

Les partisans de Bernie Sanders ont rêvé de rendre l’Amérique équitable… et de dépenser l’argent des autres.

Les partisans de Clinton ont rêvé de voir leur candidate à la Maison Blanche…

Les partisans de Ted Cruz ont rêvé de ne PAS voir Trump, Clinton ou Sanders à la Maison Blanche…

A l’heure où nous écrivons ces lignes, Cruz a gagné du côté républicain. Clinton et Sanders sont "à égalité virtuelle" pour les démocrates.

Les investisseurs s’inquiètent de voir le secteur manufacturier américain aligner un quatrième mois de récession

▪ Sur les ailes de la dette
Le Dow a subi un revers en début de semaine. Il a mis du temps à se remettre de ses pertes. Les investisseurs s’inquiètent de voir le secteur manufacturier américain aligner un quatrième mois de récession.

Si on ne fabrique rien, on n’expédie rien. De sorte que le fret ferroviaire aux Etats-Unis est également en baisse — de 25% environs par rapport à son sommet en 2010. Il n’y a pas plus besoin de camions pour transporter tout ça. Volvo a annoncé que ses commandes de véhicules lourds sont 30% inférieures à leur niveau de 2014.

La source du ralentissement ? Simple : la demande chute dans le monde entier. Les commandes n’arrivent plus. Et la douleur se fait particulièrement ressentir dans l’économie qui dépend le plus de la satisfaction des commandes : la Chine.

La Chine fabrique ; le monde achète.

Si le monde n’achète pas, la Chine se retrouve avec un excédent de capacité. Le premier exportateur au monde se tait. Les fourneaux refroidissent. Les usines ralentissent. Et les créditeurs ont des sueurs froides.

"Les grandes sidérurgistes chinoises subissent des pertes de 9 800 milliards de dollars", dit un titre du Financial Times. L’industrie lourde chinoise produit la moitié de l’acier mondial. L’an dernier, elle est entrée en récession pour la première fois depuis 35 ans.

Naturellement, le fret depuis les ports chinois chute aussi ; l’indice est désormais 40% sous son niveau de 2012.

Dommage qu’ils aient investi tant d’argent pour satisfaire les besoins du monde. Le monde semble soudain n’avoir plus besoin d’autant.

En ce qui nous concerne, nous nous méfions des "faits". Les seuls auxquels nous faisons confiance sont ceux que nous fabriquons nous-même. Les autres — surtout s’ils proviennent d’économistes — se révèlent n’être pas du tout des faits, mais plutôt des suppositions, des souhaits, voire des mensonges.

Pour autant que nous puissions en juger, les faits soutiennent l’idée que la Chine ralentit, avec le reste du monde

Tout de même, pour autant que nous puissions en juger, les faits soutiennent l’idée que la Chine ralentit, avec le reste du monde.

Et pourquoi pas ?

Après une telle poussée de croissance, la Chine est sans doute fatiguée. Elle mérite une petite pause.

Hélas, on peut s’arrêter et souffler quand on a les pieds sur terre. Lorsqu’on fend les airs sur les ailes de la dette, on ne peut pas même se permettre de ralentir — sans quoi on s’écrase.

▪ La stagnation ou l’effondrement
Cela mène l’ancien banquier et auteur financier Satyajit Das à anticiper "la mère de tous les krachs" en Chine.

Il n’y a que deux issues probables en Chine, dit-il : la stagnation ou l’effondrement.

Notre collègue Tom Dyson prévoit quant à lui une vague massive de faillites chinoises.

Un cauchemar, en d’autres termes.

Mais les rêveurs peuvent espérer. Peut-être que cette fois-ci, c’est vraiment différent. Peut-être que les marchés vont retrouver leurs sommets… et continuer à grimper.

Peut-être que l’assaut combiné de Draghi en Europe, Kuroda au Japon et Yellen aux Etats-Unis suffira à faire reculer la correction… et même à triompher, de manière finale et définitive, du cycle du crédit.

Quel rêve !

Le Dow à 25 000 points ? Bien sûr, pourquoi pas ?

▪ La voie de la grandeur
Et pourquoi le peuple américain ne choisirait-il pas un candidat qui remette les Etats-Unis sur la voie de la grandeur ? Ou au moins sur une voie empruntant une direction où les gens veulent aller !

Mais attendez. Il y a les faits… et il y a les rêves.

Les électeurs rêvent que quelqu’un, quelque part, se soucie vaguement de ce qu’ils pensent. Les économistes s’imaginent qu’ils en savent plus long que Dieu ou les marchés.

Devrions-nous les réveiller ?

Le citoyen lambda pense qu’il peut contrôler l’élite du Deep State.

Et l’élite du Deep State pense qu’elle peut contrôler les marchés.

Notre prédiction : tous deux vont avoir tort.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Fret et récession : la Chine au bord du krach”

  1. Monsieur BONNER B. a certainement raison mais n’oublions pas que l’argent n’a que la valeur que l’on veut bien lui donner! Tous ces banquiers et autres diseurs de devinettes feraient bien de méditer cette maxime!
    meilleures salutations
    M. Hirschmiller G.

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