Flambée pétrolière, hibernation et gros sabots

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mercredi 19 avril 2006
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*** Flambée pétrolière, hibernation et gros sabots
Ours contre taureaux… et les marchés au milieu !

*** Petite devinette
Energies alternatives et maniaques de l’informatique…

*** Ingénierie et sottise
Que reste-t-il de la vie quand on quitte les équations à deux inconnues ?

*** Estampes (2)
Suite et fin du voyage nippon de notre Banquier Central – et perspectives économiques de l’Archipel pour les mois qui viennent

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Bonjour,

*** FLAMBEE PETROLIERE, HIBERNATION ET GROS SABOTS

** L’hiver joue les prolongations, les températures moyennes relevées tout au long du week-end pascal au nord de l’Europe demeurent largement inférieures aux valeurs saisonnières : il en résulte un allongement de la période d’hibernation des ours.

Les "ours", du point de vue de la symbolique boursière, sont l’emblème des pressions baissières s’exerçant sur les cours. Le taureau représente symétriquement la furia haussière : il fonce tête baissée dans l’arène, sourd et aveugle aux menaces qui l’entourent, jusqu’à ce que ses membres cessent de le porter.

Le taureau ne ressent manifestement pas la piqûre des banderilles (déjà 15 hausses de taux aux Etats-Unis), ni la brûlure de la pique (flambée des matières premières). Le matador, de son côté, semble heureux de prolonger sa joute avec le courageux animal : l’heure de la mise à mort sera repoussée tant que le fauve chargera de manière rectiligne, tant que le berceau de ses cornes ne déviera pas de l’axe de la colonne vertébrale au moment de plonger sa tête dans la muleta.

L’ours qui commence à grogner du côté de l’immobilier — le département du Commerce US a annoncé une chute de 7,8% des mises en chantier de logements et un recul de 5,5% des permis de construire au mois de mars — ne semble pas pressé de sortir de sa tanière. Ni les échos de l’attentat de Tel-Aviv lundi, ni les menaces à peine voilées de recours à des sanctions militaires en l’encontre de l’Iran par les Etats-Unis ne troublent son demi-sommeil.

La flambée du pétrole (nouveaux records historiques à Londres et sur le Nymex pour des cours respectifs de 72 $ pour le brent et 70,85 $ sur le WTI) ne le concerne tout simplement pas : son bout de caverne n’est pas chauffé. Que les hommes se débrouillent !

Et pendant que le plantigrade étire mollement une patte en se grattant le nombril de l’autre, les hommes se débrouillent en effet. Ils font même de plus en plus de vacarme au dehors, avec un tas d’instruments hétéroclites mais qui nous paraissent dissonants : des profits trimestriels qui n’ont aucune chance de se dupliquer au cours des prochains trimestres, par exemple, ou encore des statistiques qui démontrent un rééquilibrage entre la demande de logements aux Etats-Unis et l’état des stocks de bien disponibles, des chiffres — complètement désaccordés — qui donnent le "la" d’une inflation maîtrisée.

Le département américain du Travail a indiqué que les prix à la production avaient globalement progressé plus fortement que prévu au mois de mars (+0,5%). Les opérateurs, cependant, n’ont retenu que la modération du taux central, en recul à 0,1% contre 0,2% anticipé hors alimentation et énergie.

** Les analystes trouvent cette mélodie fort à leur goût même si un couac retentissant se fait entendre au niveau du prix de l’essence, lequel a fortement dérapé le mois dernier (+3,6%)… et ce n’est rien en regard de ce qui se profile au mois d’avril.

La hausse de l’essence n’émeut guère cette catégorie d’experts dorés sur tranche qui se préoccupent davantage du coût du kérosène chargé dans les réservoirs des jets privés les transportant d’un bout à l’autre des Etats-Unis que du prix du sans-plomb consommé par le véhicule de l’employé venant tondre leur pelouse ou entretenir leur piscine.

Ce qui constitue une source perpétuelle d’étonnement, c’est cette capacité de certaines élites "qui font l’opinion" de démontrer que tout va pour le mieux dans un monde qu’ils ne côtoient que de manière accidentelle — lorsqu’il s’agit de démontrer de la compassion pour les populations englouties de la Nouvelle-Orléans ou les sinistrés de quartiers résidentiels atteints par les incendies qui dévastent épisodiquement la Californie (ce qui les touche de façon plus intime).

L’actualité du week-end leur a permis de se forger une conviction qu’ils se font un devoir de partager avec la masse des épargnants américains : l’inflation reste sous contrôle, l’escalade verbale entre Washington et Téhéran ne dépassera pas le stade de la gesticulation diplomatique et la Fed peut s’appuyer sur la série de chiffres publiés au cours des dernières 48 heures pour justifier un dernier tour de vis le 10 mai prochain.

Rien de nouveau sous le soleil.

** Wall Street s’envolait donc mardi soir de 1,50%, embrayant dans le sillage d’une Bourse de Tokyo touchée par la grâce (+1,35%) malgré l’envol du yen au-delà des 117,5 $ et des matières premières (fer, cuivre, palladium) parties vers des altitudes stratosphériques.

L’or vient de s’inscrire à un plus haut de 620 $/once, l’argent flirte avec les 14 $ (record historique absolu)… mais la peur de l’inflation ne franchit pas le seuil des salles de marché où se négocient les actions. C’est une autre planète où rien de ce qui est inscrit dans les manuels d’économie des pauvres terriens que nous sommes ne fonctionne de façon aussi bêtement mécaniste que nous le supposons.

Il fallait vraiment appartenir à cette catégorie d’investisseurs frileux de la Vieille Europe pour douter de la pérennité du mouvement haussier qui se dessine outre-Atlantique… D’où une consolidation insignifiante de -0,25% de l’EuroStoxx et de -0,13% du CAC 40 — fut-ce au prix d’une unique hausse de 1% du titre Total tandis que 80% des autres blue chips de la cote clôturaient dans le rouge.

** La Fed, dans les minutes de sa dernière réunion du 28 mars, rendues publiques mardi soir, laisse transparaître que le but de "neutralité monétaire" qu’elle s’était fixé est pratiquement atteint. Le seul bémol qu’elle introduit concerne son interrogation au sujet de la nature des statistiques qui seront publiées d’ici sa prochaine réunion, et dont elle devra tenir compte.

Cet aveu implicite d’une "navigation à vue" ne fait que renforcer la conviction des taureaux : aucun obstacle ne viendra contrarier leur charge, et le bruit de leurs gros sabots ne saurait réveiller les ours… du moins pas d’ici à ce que le baril de pétrole culmine à 80 $ tandis que le dollar menacerait d’enfoncer les 1,2330/euro en direction des 1,25/euro.

Philippe Béchade,
Paris

PS : En tout cas, pas question pour Philippe Béchade de vous laisser naviguer à vue : il vous donne donc tous les jours au 0899 707 009 des analyses, conseils et recommandations qui vous permettront d’adapter votre portefeuille aux conditions du marché… et d’en profiter !
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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** PETITE DEVINETTE

** Question : combien faut-il de maniaques de l’informatique pour allumer une ampoule électrique ?

- Réponse : au moins deux. Le premier fournit des millions de dollars pour la recherche, tandis que le second élabore un processus économiquement viable permettant de transformer les déchets agricoles en "éthanol cellulosique".

- "L’énergie est sans le moindre doute l’un des cinq principaux problèmes auxquels se trouve confronté le monde actuellement ; il est frustrant de voir les activistes et les politiciens échouer à résoudre le problème", s’est récemment plaint Bob Metcalfe, PDG de la société 3Com Corp. "A présent, c’est au tour des entrepreneurs et des chercheurs de tenter leur chance… Les marchés pour les produits [d'énergies alternatives] sont énormes. Si on réussit, le potentiel est vraiment illimité. Nous gardons espoir".

- Nous aussi. Nous gardons espoir que des individus créatifs développeront des technologies énergétiques alternatives révolutionnaires — mais aussi que des investisseurs attentifs feront des profits à mesure que ces technologies gagneront du terrain.

- "Nous avons enfin atteint le stade où certaines des sources d’énergie alternatives moins nocives pour l’environnement valent la peine qu’on s’y attarde", a remarqué le gestionnaire de fonds de couverture David Shaw sur Bloomberg news. "Il nous semble intéressant de nettoyer l’environnement tout en gagnant de l’argent pour les investisseurs".

- Et il semblerait que les perspectives de ce "nettoyage" n’ont jamais été plus brillantes. Ceci est dû au fait que les technologies d’énergie alternative ne se sont pas encore emparées de parts de marché significatives sur les sources d’énergie. L’énergie renouvelable représente moins de 6% de tout le carburant primaire utilisé par les 26 états membres de l’AIE, les centrales hydro-électriques représentant 2%, des combustibles comme l’éthanol 2,9% et l’éolien 0,6%.

- Le brut à 70 $ change rapidement la donne économique pour les énergies renouvelables, cependant. Selon l’AIE, la demande de carburants fabriqués à partir de maïs, de sucre et de soja quadruplera au cours des trois prochaines décennies, période durant laquelle l’utilisation de pétrole augmentera de moins de 60%.

** Ce potentiel de croissance n’est pas tombé dans l’oreille de sourds — surtout pour T.J. Rogers. Il y a quelques années de cela, lorsque le fondateur de Cypress Semiconductor reconnut le potentiel d’investissement de l’énergie solaire, son entreprise acheta SunPower North America — un investissement que Rodgers considère encore comme "l’un de ses meilleurs".

- "L’une des raisons pour lesquelles les pétroliers disent que ‘tous ces trucs solaires, c’est de la science intéressante, mais il faut explorer pour trouver plus de pétrole’, c’est que les chiffres sont assez petits", explique Rodgers. "Le bon côté de la médaille, c’est que si vous êtes dans le marché du solaire, vous êtes devant un potentiel illimité, tout bonnement illimité. En 2005, le marché total en mégawatts disponibles pour l’industrie solaire était de 1 300. Le taux de croissance annuel composé [pour les cellules solaires] est de 31%… Depuis 1995 environ, les semi-conducteurs ont grimpé à 10% ou 12%, et l’on considère cela comme un secteur en forte croissance".

- Ailleurs dans la Silicon Valley, Vinod Khosla, de SunMicrosystems, est plein d’enthousiasme pour l’éthanol "cellulosique", un carburant dérivé des déchets agricoles. "Le président Bush a vanté cette nouvelle technologie dans son récent discours sur l’état de l’Union, en suggérant qu’elle pourrait arriver sur les marchés d’ici six ans", rappelle The Economist. "Avec son impatience typique, M. Khosla veut diminuer de moitié cette période de gestation… Etant donné son historique de capital-risqueur, il serait idiot d’ignorer son dernier pari sur l’avenir".

- A court terme, l’exubérance sur les actions d’énergie alternative va peut-être un peu vite en besogne. Maintenant que certaines transactions sur l’éthanol grimpent de 15% en une journée, par exemple, les investisseurs prudents ressentent à juste titre quelques frissons d’angoisse. Mais parallèlement, les promesses à long terme des sociétés d’énergies alternatives demeurent très attirantes.

- Au cours des 30 dernières années, on a dépensé 27,4 milliards de dollars seulement pour la recherche et le développement dans ce domaine, selon l’AIE à Paris. Rien que l’année dernière, les entreprises de gaz et de pétrole ont dépensé huit fois plus pour l’exploration et la production de pétrole.

- Ainsi, d’une manière ou d’une autre, les investissements dans les énergies alternatives augmenteront radicalement. Et à mesure que ces investissements se développent, il en ira de même pour les capacités à élaborer de nouvelles technologies… et pour les occasions de capitaliser sur ces technologies.

- Vinod Khosla ne sera peut-être pas celui qui trouvera la prochaine grande technologie énergétique. Ce ne sera peut-être pas Bob Metcalfe non plus ; mais, tôt ou tard, un maniaque enfermé dans son laboratoire trouvera quelque chose.

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, en Argentine

*** INGENIERIE ET SOTTISES

** Nous nous sommes réveillé ce week-end dans une confortable comète argentée filant au-dessus de l’Atlantique sud. Ce n’était pas un rêve. Elizabeth dormait à nos côtés dans le Boeing 777, en classe affaires.

* Quel contraste entre ce qui était et ce qui est. Quel contraste entre les quasi-miracles auxquels les humains parviennent quelquefois et les erreurs et injustices désastreuses dans lesquelles ils se fourvoient le plus souvent. Un avion est si énorme que c’est une merveille de voir qu’on est capable de l’arracher au sol.

* Et non seulement il décolle, mais il transporte des centaines de personnes, ainsi que de la nourriture, des boissons, des hôtesses et des sièges électriques. Il les porte au-dessus des nuages durant près de 14 heures — d’un continent à l’autre, traversant l’océan de l’Ancien monde vers le Nouveau.

* "Les ingénieurs capables de faire ça", a déclaré Maria tandis que nous montions à bord, "doivent vraiment savoir ce qu’ils font".

* "Espérons-le…"

* Mais ils le savent parce qu’ils peuvent se tenir sur les épaules de générations d’ingénieurs, chercheurs, bricoleurs et entrepreneurs les ayant précédés. Ils peuvent suivre l’enseignement des hommes morts — et prendre quelque chose à ces cadavres mangés de vers afin de rendre nos vies plus sûres et plus riches.

* "Je me souviens, quand j’étais jeune", déclara une Anglaise à notre table hier soir, "je suis allée en Argentine avec ma grand-mère. Nous avons emporté toute une malle remplie de livres, parce que nous pensions qu’il n’y aurait rien à faire là-bas. C’était il n’y a pas si longtemps de ça, en 1949. Mais on voyageait encore par bateau, à l’époque. C’était magnifique… des semaines en mer. Puis on arrivait. Nous nous sommes bien amusées".

* "Mais aujourd’hui, les gens sautent dans un avion. Ils ne peuvent emporter ces grandes malles. Ils doivent voyager léger. Puis ils reviennent à Londres et nous racontent combien ils se sont amusés à New York durant le week-end. Incroyable, non ?"

* Oui, c’est incroyable, cher lecteur, ce que peuvent faire les ingénieurs.

* Mais nous nous demandons ce que les ingénieurs font de leur argent. Que pensent-ils de la guerre en Mésopotamie… du dollar… ou des déficits américains ?

* Dès qu’on abandonne les angles droits et les équations à deux inconnues, le monde vacille. Personne ne semble jamais apprendre quoi que ce soit. Les morts emportent leurs secrets dans la tombe et ricanent des vivants. Il semble que chaque génération doive se faire exploser non pas une, mais plusieurs fois, avant d’apprendre à ne pas toucher aux grenades incendiaires.

** Au-delà de la science et de l’ingénierie, qu’est-ce que la vie ? Est-ce l’amour et la haine, les sottises et la corruption, les cycles de croissance et de dégénérescence… les cycles de trompeurs trompés et d’arnaqueurs arnaqués ?

* Qu’est-ce que le dollar, après tout, sinon un mensonge ? Ce n’est que du papier se faisant passer pour de l’or. Pourtant, les gens pensent être plus riches s’ils en ont plus. Ils pensent pouvoir devenir plus heureux en empruntant et dépensant des dollars.

* Ils pensent même qu’ils seront aussi plus riches.

* Ils mettent donc en place le paiement de leur prêt immobilier, pensant que, par miracle, leur maison devient de plus en plus précieuse, et qu’ils pourront "retirer" une partie de cette richesse supplémentaire quand cela leur convient.

* Les investisseurs se trompent eux-mêmes en pensant pouvoir gagner de l’argent sans travailler ni rien sacrifier. Ils pensent qu’il suffit d’être "dans le marché", oubliant qu’ils s’y trouvent en compagnie de tous les lumpeninvestisseurs dotés d’un numéro de sécurité sociale.

* Et tous se disent que l’économie américaine se développe. Mais comment se développe-t-elle ? En consommant de plus en plus de richesse ! La consommation grimpe, la dette grimpe et le PIB augmente.

* Mais le chiffre du PIB américain lui-même est une fraude — basé sur des principes bidons et maquillé de statistiques mensongères. En fait, l’économie ne se développe pas du tout. Elle rétrécit, mais les pauvres chiffres ont été torturés et maltraités à tel point qu’ils ne l’admettront jamais !

* Et les déficits… qui pourrait croire qu’ils sont sains ? Pourtant, c’est ce qu’on nous dit. Plus nous devons aux Chinois, mieux nous nous portons. Plus le gouvernement emprunte, plus l’économie est vigoureuse !

* Et ainsi, les pauvres lumps triment de plus en plus dur pour tenir le rythme de la vaine promesse de la société de consommation — plus ils gagnent, plus ils empruntent, plus ils dépensent… plus ils seront heureux et riches.

* Tant de fraudes, empilées sur tant de sottises, reposant sur tant d’escroqueries — quand le tas tout entier s’effondrera-t-il ?

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*** La Chronique Agora présente ***

Suite et fin du voyage nippon de notre Banquier Central — où l’on apprend que les mois qui viennent devraient se révéler positifs pour l’Archipel.

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Le Journal d’un Banquier Central
ESTAMPES, 2ème PARTIE
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Impressions de l’Archipel
Il est vrai que jamais le Japon n’a semblé plus proche de la normalisation de ses taux. Le dernier rapport Tankan de la Bank of Japan (BoJ) a encore livré un tableau positif de la situation économique dans l’Archipel. Pour la première fois depuis 1991, les grandes entreprises se retrouvent en sous-capacité, tandis que la pénurie de travailleurs commence à se faire sentir et que le taux de chômage rejoint ses plus-bas de huit ans. Autant de facteurs potentiellement inflationnistes — même si le contexte de mondialisation économique conduit à tempérer l’impact de l’inflation salariale — auxquels s’ajoutent les cours élevés du pétrole, dont le Japon reste un des premiers importateurs. Tout cela milite pour la fin à moyen terme de l’exception nippone : une économie adossée à des taux zéro. Des signaux se dessinent d’une reprise de la demande intérieure, tant dans les ventes au détail que dans l’immobilier et les services.

Certes, ce dernier panorama économique comportait quelques notes plus amères, ("Sur la tranche de maguro [thon, ndlr.]/ un copeau de gingembre : / rapport Tankan", improvisa M. Tanaka). On enregistre, par exemple, une légère baisse de l’indice phare du climat des affaires des grandes entreprises. Néanmoins le niveau de confiance reste honorable ; les anticipations des industriels, en ce début d’année fiscale (elle commence en mars) sont, quant à elles, en amélioration ; enfin, cette petite déception n’a pas fait frémir les marchés, qui ont manifestement choisi leur camp. L’indice Nikkei continue de progresser, clôturant à 17 563 points le 7 avril, en progression de 1,30% par rapport au 3 avril (date du rapport).

Du Nikkei aux devises
Je conçois que mon homologue nippon trouve urgent de se préparer à la nouvelle donne. Le consensus tablait sur un début de redressement des taux directeurs à l’automne 2006. Le Tankan du premier trimestre a précipité ces anticipations, avec des effets sensibles sur les marchés obligataires.

"On enregistre des signaux de tension très nets sur les rendements de l’emprunt à 10 ans du gouvernement japonais, le JGB, m’expliquait avant mon départ Egisthe, mon Analyste technique. Le scénario d’un retournement à la hausse des taux (donc, d’une baisse symétrique des titres obligataires) est maintenant confirmé. Je te rappelle aussi que l’indice Nikkei continue d’être fortement haussier à long terme : nous sommes toujours dans le cadre d’un vaste retournement inauguré au printemps 2003, confirmé par l’accélération du printemps 2005, qui met fin à une tendance structurelle de baisse étalée sur quelque treize ans…
- Si je comprends bien, le Nikkei n’a pas encore vu ses plus hauts ?
- Loin de là ! Des corrections passagères sont possibles à court terme ; mais pour l’instant, l’indice a démenti les pauses de marché que nous anticipions sur des résistances intermédiaires ; c’est te dire la force du mouvement directionnel. Et en complément de programme, le yen — contre toute attente, dans un contexte économique où l’on attend une remontée des taux — continue de donner des signaux de dépréciation, notamment vis-à-vis de l’euro. Si cette situation se maintient, cela profiterait évidemment à une économie largement exportatrice. Pour résumer le tableau d’ensemble : une devise en baisse, des indices en hausse et des taux en tension… Le Japon pourrait bien faire mentir l’idée courante selon laquelle un pays prospère doit jouir d’une monnaie forte… En attendant, le potentiel reste à la hausse pour le Nikkei."

Mise à jour
… J’avais raison de faire confiance au génie d’entrepreneur de M. Siegfried Watanabe. Parti à l’heure, l’avion d’Iwashi Airlines m’a déposé à l’heure et sans incident notable sur le tarmac de ma terre natale. Ce fut, au bout du compte, un vol assez agréable, et pour un prix défiant toute concurrence.

… Certes, quelques défauts de jeunesse subsistent dans le service à bord. L’interface de commande, tout en japonais, n’est pas des plus explicites pour le passager qui, comme moi, ne maîtrise pas les raffinements des idéogrammes kanji. Je souhaitais voyager dans l’ambiance "cerisiers en fleurs" ; au lieu de quoi j’ai passé treize heures dans une île bourrée de champignons magiques et de lapins roses, à bondir sur les traces d’une princesse manga aux yeux luisants.

Quant à la légère soupe miso que j’avais cru commander, elle s’est révélée un robuste cassoulet toulousain — je ne dirais pas authentique, mais dont la déclinaison nippone, enfin, attestait un louable effort de fidélité à nos traditions culinaires. Ce n’était toutefois pas le plat que j’aurais choisi pour un vol au long cours, et surtout pas en préparation lyophilisée.

[Ndlr : Retrouvez chaque quinzaine la suite des aventures et nouvelles analyses du Banquier Central en lisant la suite

Meilleures salutations,

Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora

(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !

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