Fin de saison

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Lundi 29 mai 2006
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*** La pression monte
Pourquoi le dollar est comme une cocotte-minute…

*** Un bon plan
Ca déménage chez Eric Fry…

*** Fin de saison
Bill Bonner n’aimerait pas être gestionnaire de fonds de couverture…

*** Dans quel état est l’union ?
Déficits fédéraux, dette nationale, guerre sans fin… Bill Bonner nous dresse le portrait de l’empire américain…

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Bonjour,

*** LA PRESSION MONTE

** Dans notre branche d’activité, il faut apprendre à avoir le triomphe modeste… et de courte durée. A peine avons-nous eu le temps de nous réjouir de la hausse de l’or — et de la baisse des actions, qui validait ainsi bon nombre des scénarios élaborés par Philippe Béchade depuis quelques semaines — que les marchés se remettent.

Eh oui, l’embellie a été générale fin de semaine dernière, avec une hausse unanime des deux côtés de l’Atlantique. Le CAC 40 a même — rendez-vous compte — enregistré deux séances de hausse consécutive jeudi et vendredi !

Cela a permis à l’indice hexagonal de se hisser à nouveau au-dessus des 5 000 points, un seuil que les investisseurs voyaient s’éloigner de jour en jour. Nous avons donc terminé la semaine à 5 094,09 points, soit une hausse de 1,93% pour la seule séance de vendredi. Le Footsie britannique et le Dax allemand ont eux aussi fini sur un bond en avant, avec respectivement +1,83% et +1,33%.

Grimpette aussi pour les marchés américains, quoiqu’un peu moins vigoureuse que celle de leurs homologues européens. Le Dow Jones a ainsi terminé la séance de vendredi sur une hausse de 0,60%, à 11 278,61 points, tandis que le Nasdaq s’adjugeait dans le même temps 0,57%, à 2 210,37 points. Pour le S&P 500, ce sont 0,57% de gagnés, à 1 280,16 points.

** Ce regain de bonne humeur était dû à des statistiques économiques "positives". On apprenait en effet de la part du département du Commerce US que les revenus des ménages américains ont grimpé de 0,5% le mois dernier. Bonne nouvelle, en effet. Le même département du Commerce nous a également annoncé que les dépenses des ménages avaient elles aussi augmenté. Parfait ! La consommation américaine fait tourner l’économie mondiale, c’est bien connu.

Sauf que… si les revenus ont grimpé de 0,5%, les dépenses, elles, ont augmenté de… 0,6%. N’importe lequel de vos enfants ou petits-enfants en primaire pourrait faire le calcul : les Américains dépensent plus rapidement que leurs revenus n’augmentent. Techniquement, cela signifie qu’ils s’endettent un peu plus encore tous les jours.

** Cela signifie aussi que le déclin du dollar a encore de beaux jours devant lui, malgré les apparences (il a en effet remonté vendredi, à 1,2724 pour un euro). Seule une baisse "contrôlée" du billet vert permettrait de diminuer la pression qui asphyxie peu à peu tant les ménages que le gouvernement américain. "La question", déclare Philippe Mudry dans le magazine L’Agefi Hebdo, "n’est donc pas de savoir si le dollar baissera, mais à quel rythme".

Depuis le temps qu’on vous le dit…

Mais, affirme encore M. Mudry, "nul n’a besoin d’une crise du dollar : ni les pays fortement excédentaires en Asie et dans le Golfe — qui subiraient dans cette hypothèse de formidables pertes de changes appauvrissant leurs populations –, ni l’Europe ou le Japon — dont les positions commerciales seraient ébranlées et la reprise en cours menacée –, ni les Etats-Unis eux-mêmes — qui ont un besoin vital de la confiance internationale s’ils veulent non seulement financer leurs déficits mais encore conserver intact et efficient un système financier dont ils tirent le plus grand profit".

Etant donné la multiplicité des enjeux… l’hétérogénéité des acteurs internationaux… la diversité des intérêts en jeu… la complexité croissante du contexte géopolitique… je doute que le déclin du dollar reste "ordonné" bien longtemps. Il risque de nous exploser à la figure aussi brutalement et soudainement qu’une cocotte-minute sous pression — et comme avec une cocotte-minute, le résultat sera au mieux extrêmement salissant… et au pire, mortel.

** En attendant, pendant que la pression monte, le pétrole refuse de bouger significativement ; le WTI New York a terminé la semaine à 71,32 $ le baril, contre 71,37 $ la veille.

L’or, par contre, est soumis à rude épreuve ; l’once était à 642,25 $ au second fixing de Londres vendredi — et vous savez ce que vous dirait Bill Bonner, cher lecteur : profitez-en, achetez !

Françoise Garteiser,
Paris

PS : N’oubliez pas que quoi que nous réserve la séance d’aujourd’hui, vous retrouverez les analyses et conseils de Philippe Béchade au 0899 707 009* dès 15h45. Avec le suivi du portefeuille et les recommandations du jour, vous pourrez faire face quoi qu’il arrive !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** UN BON PLAN

** Ben Bernanke et Alan Greenspan sont tombés d’accord : le boom de l’immobilier a pris fin, et il va entamer un déclin "ordonné". Nous sommes également d’avis qu’il a pris fin, et que les prix des maisons vont commencer à décliner — par contre, nous sommes moins certain de ce qui concerne le caractère "ordonné" de l’affaire.

- "Il nous semble assez clair à présent que le marché américain de l’immobilier se refroidit", a récemment déclaré Ben Bernanke, président de la Fed. "[Mais] nous estimons… que cela semble être un refroidissement très ordonné et modéré". Plus tard dans la même journée, l’ancien président de la Fed Alan Greenspan a observé que "ce boom [de l'immobilier] a été assez extraordinaire. Le boom a pris fin. Je pense que nous pouvons dire cela sereinement, avec un degré de confiance élevé".

- Cependant, Greenspan a continué : "[rien] ne prouve que les prix des maisons vont s’effondrer". Il n’a pas ajouté — et c’est bien commode — que "beaucoup de choses, par contre, prouvent que les prix de l’immobilier POURRAIENT chuter de manière significative".

- De nombreux propriétaires seront réconfortés par ces affirmations des présidents de la Fed anciens et actuels. Pas nous. L’impressionnant CV de Greenspan ne contient aucune rubrique sur son sens du timing. Après avoir prévenu de "l’exubérance irrationnelle" qui a lancé le jeune marché haussier des années 90, Greenspan est devenu le serviteur crédule de la bulle du Nasdaq. En fait, il a même vanté cette énorme bulle d’actifs comme étant le fruit d’une "révolution de la productivité".

- Et alors même que la bulle du Nasdaq et ses effets sur l’économie dansaient directement devant les lunettes de Greenspan, il affirma qu’il ne les avait jamais vus. "A mesure que les événements évoluaient", expliqua piteusement le président de la Fed, "nous avons reconnu qu’en dépit de nos soupçons, il était très difficile d’identifier une bulle avec certitude avant que le fait ne se produise — c’est-à-dire une fois que son effondrement confirmait son existence".

- Nous aurions tendance à prendre l’homme au mot. S’il n’a pas réussi à reconnaître la plus grande bulle d’actifs de l’histoire — si l’on exclut l’actuelle — pourquoi devrait-il en reconnaître une autre ? En d’autres termes, les affirmations naïves des présidents de la Fed inspirent plus d’inquiétude que de réconfort.

- Les prix de l’immobilier pourraient effectivement s’incliner sereinement, comme les roseaux au bord d’un étang… et comme s’y attend Ben Bernanke. D’un autre côté, les prix de l’immobilier pourraient devenir aussi turbulents que des hooligans lors d’un match de foot… comme s’y attend votre correspondant new-yorkais. Personne ne peut en être sûr. Mais l’expérience personnelle récente de votre correspondant fournit une donnée inquiétante… et suggère que la portion "moins ordonnée" du cycle de l’immobilier pourrait approcher rapidement.

** Nous venons tout juste de vendre notre maison. Au cours des sept mois durant lesquels les acheteurs potentiels ont afflué à notre domicile, il est devenu de plus en plus clair que ces derniers se faisaient de plus en plus sensibles… difficiles… et arrogants. Nous avons littéralement assisté au changement de l’équilibre du pouvoir sur le marché de l’immobilier, glissant du vendeur vers l’acheteur. A savoir : le premier individu à avoir fait une offre pour notre maison n’a offert que 80% du prix demandé… et pas un sou de plus. Votre correspondant, ressentant plus de crainte que d’avidité, n’a pas écarté l’offre d’office. Puis, après des semaines de négociations avec cette personne déraisonnable, nous avons refusé. Heureusement, une deuxième offre est arrivée… à 90% du prix demandé. A quoi votre correspondant a répondu : "vendu !"

- Il est magnifique de posséder une maison ; mais il est tout aussi magnifique de la vendre… surtout lorsque les prix s’effondrent et que les acheteurs disparaissent… lorsque le temps joue contre vous.

- Nous n’oserions pas suggérer que, dans l’affaire, le vendeur s’en est mieux tiré que l’acheteur ; nous soulignerons simplement que le vendeur a passé de nombreuses nuits d’insomnie avant de signer l’accord. Une bonne partie de cette anxiété provenait du fait que votre correspondant a passé deux ans à planifier son déménagement en Californie — un déménagement impliquant enfant, travail, chiens, chats et une ex-épouse. Ne pas vendre était donc exclu.

- L’acheteur, cependant, avait un programme bien différent : acheter une jolie maison familiale pour le long terme. En d’autres termes, l’objectif premier de l’acheteur n’avait pas grand’chose à voir avec le timing ou la sensibilité du marché. Exactement le contraire de celui du vendeur.

** "Maintenant que j’ai vendu ma maison", a demandé votre correspondant à un agent immobilier la semaine dernière, "je dois vous poser la question : que se passe-t-il vraiment sur le marché immobilier ?"

- "Ce n’est pas bon… vraiment pas bon", nous a-t-on répondu.

- "Et par rapport à l’année dernière ?"

- "Aucune comparaison", a déclaré l’agent. "L’année dernière, on assistait à un marché printanier typique. Cette année, rien".

- "Quel genre de maisons se vendent ?"

- "Pas grand’chose… quelques maisons de base, mais rien au dessus d’un million de dollars. Si j’étais vous, je louerais pendant quelque temps, quand vous vous installerez en Californie. Ce marché immobilier va empirer partout. J’attendrais juste que ça se passe".

- Hmm… voilà qui semble un bon plan.

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** FIN DE SAISON

** Les corrections sont-elles terminées ? Où viennent-elles de commencer ? Qui sait ?

* Tant le Dow que l’or ont rebondi la semaine dernière. Ce n’était pas très persuasif. Ni très probant. Ca suffisait simplement à faire durer le suspense.

* Partout où nous regardons, nous voyons des signes supplémentaires montrant que la saison est de plus en plus avancée pour la grande économie impériale. Il reste peut-être des fruits dans l’arbre, mais ils se gâtent. Dans une économie jeune et saine, l’argent est dépensé pour augmenter les capacités productives. L’épargne est utilisée pour construire des usines… des bureaux… et des sociétés. Ces nouvelles entreprises robustes fleurissent et remplissent l’air — comme à St. James Park au mois de mai — du riche arôme de la fécondité. Mais à mesure que la saison se fait plus avancée, les fruits mûrissent, puis pourrissent et commencent à attirer des insectes. L’investissement productif se transforme en spéculation. Les gens ne s’enrichissent plus en fabriquant des choses, mais en faisant tourner l’argent. Les riches ne sont plus les capitaines d’industrie — les fabricants de voies ferrées et les aciéristes, par exemple. Non, les nouveaux riches sont les beaux parleurs du boom du crédit… pas des brasseurs d’acier, mais des brasseurs d’argent… qui promettent d’énormes récompenses aux investisseurs, et, à l’occasion, remplissent ces promesses.

** 26 des meilleurs gestionnaires de fonds de couverture ont gagné en moyenne 363 millions de dollars l’année dernière, pouvait-on lire dans la presse la semaine dernière. Une hausse de 45% par rapport à l’année dernière. Deux d’entre eux — James Simons, de Renaissance Technologies et T. Boone Pickens, Jr., de BP Capital Management — ont engrangé plus d’un milliard de dollars par personne. Chacun des 26 brasseurs d’argent gagne à peu près autant que toutes les compagnies aériennes américaines — nationales et régionales — réunies. Oubliez les plus grandes compagnies aériennes ; elles ont perdu plus de deux milliards de dollars. Il faudrait Simons et Pickens pour les tirer d’affaire.

* Nous nous arrêtons net. Nous restons bouche bée. Sommes-nous jaloux ? Envieux ? Impressionné ? Non, simplement abasourdi. Qui serait assez idiot pour payer quelqu’un plus d’un milliard de dollars pour savoir où le vent souffle ? Pourquoi ne pas faire ses propres suppositions ?

Oh, mais l’argent est en fait "gagné" par le gestionnaire, dites-vous ? C’est-à-dire qu’une grande portion de ce que le gestionnaire de fonds obtient provient de la part de profits qu’il a rapportée. M. Simons, par exemple, prend pas moins de 5% du capital plus 44% des profits. Normalement, le vol est plutôt de deux et 20, ou 2% du capital et 20% des profits. On dit que M. Simons utilise des "modèles mathématiques" pour produire de tels profits pour lui-même et ses clients. Pour autant que nous puissions en juger, il fait sur les marchés financiers ce que les compteurs de cartes font à Las Vegas.

* Mais où sont les imbéciles ? Il doit y avoir des gens de l’autre côté de la transaction. N’ont-ils pas de calculateurs, de blocs-notes, de crayons HB ? Ne réalisent-ils pas qu’ils perdent des milliards ? Ne s’en soucient-ils pas ?

* Nous n’avons rien d’autre que des questions. Tout est trop étonnant. Trop absurde.

* Si M. Simons pouvait vraiment gagner un milliard de dollars en un an grâce à ces modèles, on se demande pourquoi il se donne la peine de gérer un fonds de couverture. Pensez à tous les problèmes administratifs, les clients, le travail de bureau. Plutôt que de gagner 50% de l’argent de ses clients, pourquoi ne pas gagner 100% grâce au sien propre ?

* Nous connaissons la réponse. Parce que 100% de votre propre argent, c’est une spéculation honnête ; 50% sur l’argent des clients, c’est une escroquerie. La spéculation est par nature une affaire risquée. Parfois vos suggestions se révèlent être vraies. Parfois, ce sera le contraire. La spéculation d’un jour engendre des profits — et le lendemain, elle engendre des pertes qui enlèvent les profits générés par la spéculation d’hier. Mais si l’on ne pouvait que gagner ? Et si, lorsqu’une spéculation se passe bien, vous obteniez, disons, 50% du profit ? Et lorsque les choses tournent mal, vous ne subissez aucune partie de la perte ? Voilà, bienvenue dans le monde des fonds de couverture.

* M. Pickens a gagné son argent grâce au boom des matières premières et de l’énergie. Pas de boom, pas de profit. Mais les matières premières et l’énergie ont une nature cyclique assez célèbre. Qu’ils grimpent ou baissent, le mouvement est toujours ample. Les fonds de couverture opérant dans le secteur des matières premières sont des machines à faire de l’argent lors de la hausse du cycle. Lors de la baisse, ce sont des machines à perdre de l’argent… au moins pour les clients.

* Et ainsi, le fruit pourri tombe finalement de l’arbre.

* Mundus vult decipi, ergo decipiatur. Et ça nous convient.

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*** La Chronique Agora présente ***

McDonald’s ne peut prospérer sans le soutien de chasseurs F-16… et cependant, le déclin de l’empire a commencé, tandis que la Guerre Sans Fin s’accélère… Autant d’idées développées dans l’essai ci-dessous — mais que vous retrouverez également dans le dernier livre de Bill Bonner et Addison Wiggin, L’Empire des Dettes, disponible ici.

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DANS QUEL ETAT EST L’UNION ?
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Par Bill Bonner (*)

Ni les Démocrates, ni les Républicains, ni les Libéraux, ni les Travaillistes ni les Conservateurs ne le reconnaîtront. Ils ont tous fait partie de l’arnaque.

Les budgets gouvernementaux et les déficits budgétaires sont une escroquerie inter-partis. Aux Etats-Unis, les deux partis politiques, de connivence, ont créé plus de dette publique durant les deux administrations Bush que toutes les administrations et tous les Congrès qui les ont précédés — pris ensemble.

Même l’Heritage Foundation, pourtant partisane de Bush, dénonce les déficits fédéraux américains, déclarant qu’ils devraient augmenter de 1 000 milliards de dollars par an au cours de la prochaine décennie ; on s’attend à ce que la dette nationale triple, à 16 000 milliards de dollars. Une bonne partie de cette dette peut être attribuée à la guerre sans fin en Irak. Elle dure déjà depuis plus longtemps que la participation américaine à la Seconde guerre mondiale. Et voilà que deux professeurs — l’un de Harvard, l’autre du Massachusetts Institute of Technology — ont estimé son prix quatre fois plus élevé ; jusqu’à 2 000 milliards de dollars, environ 20 000 $ par famille de la mère-patrie.

"Nous sommes venus, nous avons vu, nous avons emprunté", déclare notre Tibère texan. Les Américains veulent des choses qu’ils ne peuvent se permettre. Ils n’ont pas le choix. Ils doivent emprunter. Les niveaux de dette ont grimpé en flèche — dette publique, dette privée, dette étudiante, dette de carte de crédit, dette hypothécaire, dette des entreprises. Malgré tout, de très nombreux économistes pensent que la nation impériale se porte mieux en 2006 qu’en 2000. En fait, il y en a tant que si on les couchait tous l’un derrière l’autre, ce serait une bonne chose.

Que les Etats-Unis ne sont plus les mêmes que lorsque George W. Bush a mis les pieds dans le Bureau Ovale, personne n’en doute. Que l’état du pays s’est aggravé, voilà ce que nous tentons de démontrer aujourd’hui.

L’empire américain circa 2006 est une chose grotesque et remarquable. Il a des troupes stationnant dans le monde entier… des états-vassaux pour l’aider… et un budget militaire plus vaste que celui de tout le reste de la planète. La dépense en vaut la peine, déclarent les partisans ; sans cela, l’économie mondiale ne pourrait se développer. "La main invisible du marché ne fonctionnera jamais sans un poing caché — McDonald’s ne peut prospérer sans McDonnell Douglas, concepteur du F-15", comme l’explique Thomas L. Friedman, fan n°1 de l’empire.

Mais malgré tout l’argent dépensé, le commerce américain perd en fait des parts de marché. Le déficit commercial a atteint un nouveau record en 2005 ; les experts s’attendent à ce qu’il dépasse les 800 milliards de dollars en 2006. Et les Américains eux-mêmes perdent de l’argent.

Ne retenez pas votre respiration ; aucun parti politique ne le dira à voix haute. Tout comme en Grande-Bretagne, où la différence entre ce que le pays vend et ce qu’il achète à l’étranger n’a jamais été aussi grande, le travailleur moyen perd du terrain. Non seulement on crée moins de nouveaux emplois, mais les salaires de ceux qui ont un emploi baissent. Stephen Roach rapporte qu’il manque à l’économie américaine 11 millions d’emplois par rapport au niveau normal à ce stade de développement. Actuellement, un tiers environ seulement des nouveaux emplois sont créés. Et la croissance des salaires dans le privé est à son niveau le plus bas depuis 25 ans qu’on l’enregistre.

Roach estime que les travailleurs américains ont gagné 335 milliards de dollars en moins l’année dernière qu’ils ne l’auraient dû… ce qui les laisse avec un pouvoir d’achat réel moins important que l’année précédente… et moins encore qu’il y a deux ans. En fait, selon certains critères, le travailleur moyen gagne moins par heure qu’il ne l’aurait fait durant l’administration de Jimmy Carter.

Comment est-ce possible ? Pourquoi des gens vivant dans la mère-patrie, au sein de l’empire le plus grand et le plus entreprenant que le monde ait jamais vu, perdent-ils du pouvoir d’achat à l’apogée même de cet empire ?

Nous avons une réponse. Tandis que l’empire couvrait une part de plus en plus vaste de la planète de son ombre protectrice, des gens vivant dans des endroits lointains ont pénétré en nombre toujours plus grand dans la main d’oeuvre mondiale. Tout d’abord, ils ont construit des choses en métal et en plastique — forçant les salaires ouvriers occidentaux à baisser. Ensuite, ils ont commencé à faire de la comptabilité, du design architectural, des tâches juridiques, du marketing et bon nombre d’autres choses. Voilà pourquoi les salaires réels augmentent en Asie, tandis qu’ils stagnent aux Etats-Unis.

Mais le travailleur américain ne peut y croire. Il a mis sa femme au travail il y a des années de cela. Puis, sous les politiques de dépenses et d’argent facile de l’équipe Bush/Greenspan, il a vendu sa maison… une pièce à la fois. Roach estime que les ménages américains ont "retiré" jusqu’à 600 milliards de dollars de leurs maisons grâce à la dette hypothécaire l’année dernière. C’était plus qu’assez pour compenser les 335 milliards qu’ils auraient dû gagner. Mais c’était une sorte d’argent différente ; il va falloir le rembourser. Avec des revenus en chute, comment les salariés américains vont-ils y parvenir ? Et comment le pays réussira-t-il à tirer assez d’argent de ces malheureux travailleurs pour honorer ses milliers de milliards de dollars de dette étrangère — sans parler des promesses faites à son propre peuple ?

Ce n’est pas le même pays… ou le même empire… que celui que nous connaissions. Il doit plus d’argent, à plus de gens… et il aura plus de mal à le payer.

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’inéluctable faillite de l’économie américaine" et L’Empire des Dettes".

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