La fin de la croissance

Rédigé le 21 septembre 2015 par | Article, Inflation, dettes et récession Imprimer

▪ La principale illusion de notre époque est que le Statu Quo peut être réformé ou sauvé. Il suffit de (du moins c’est ce qu’on nous dit) :

– Chasser l’argent du secteur politique
– Réimposer des réglementations plus strictes dans le secteur bancaire
– Fermer les niches fiscales exploitées par les entreprises et les riches
– Annuler la décision de la Cour suprême de donner aux entreprises une personnalité morale
– Limiter les pouvoirs de guerre suprêmes du président
– Rétablir les libertés civiles confisquées par la législation de l’après 11 septembre…
… etc.

Ce qui ne va pas dans le Statu Quo est systémique

Rien que de la bonne gouvernance, rien que de la prudence, rien que du nécessaire.
Mais aucune de ces réformes — ni aucune des autres petites modifications de bonne gouvernance habituellement promues par la gauche, la droite, le centre et les libertaires — ne peut sauver le Statu Quo. Car ce qui ne va pas dans le Statu Quo est systémique ! Modifier légèrement les règles et limiter les excès pourrait nous faire croire que nous avons réalisé quelque chose d’utile, mais ce sentiment est illusoire.

Le problème est que le Statu Quo ne fonctionne que dans un monde qui a la possibilité de se développer de façon illimitée — un monde de ressources naturelles vierges, prêtes à être exploitées (oups, je veux dire pour être développées), une énergie abondante facile à extraire et une population en croissance avec une productivité en hausse et peu de dette.

Le Nouvel Ordre Monétaire

Dans ce monde-là, tous les domaines peuvent connaître l’expansion : l’extraction des ressources, la consommation d’énergie, la population, la productivité, le revenu et la dette.

C’est un monde optimisé pour la croissance : il y a tant de matériaux et de main-d’oeuvre disponible, que d’énormes quantités peuvent être dilapidées dans les guerres, les mauvais investissements, les excès des élites et le gaspillage pur et simple.

▪ Les limites du modèle
Le monde optimisé pour la croissance commence avec peu ou pas de dette. La dette, comme nous le savons, est une façon de consommer aujourd’hui les revenus futurs. Si d’un revenu d’un dollar on peut tirer 10 $ de dette, le travailleur qui gagne un dollar peut consommer 10 $ de biens et de services aujourd’hui ou acheter 10 $ d’actifs.

Le monde optimisé pour la croissance est également optimisé pour les banques et les Etats centraux. Les banques gagnent de l’argent à mesure que la dette augmente et les rentrées fiscales du gouvernement explosent à mesure que la population, les bénéfices, la productivité, le commerce et les bénéfices augmentent.

Le monde réel a des limites, tout comme le monde de la dette, de l’intérêt et des taxes

Le Statu Quo a été optimisé pour ce monde de croissance illimitée. Seul petit problème : le monde réel a des limites, tout comme le monde de la dette, de l’intérêt et des taxes.

Cela ressemble-t-il à un monde où tout peut s’étendre ?

le gaspillage chinois

Que penser de cela ?

le gaspillage chinois

Cela ressemble-t-il à un monde mûr pour une expansion illimitée de la dette dans le but d’alimenter une croissance illimitée de la consommation ?

La dette mondiale a augmenté de 57 000 milliards de dollars depuis 2007

▪ Préparez-vous à l’implosion
Tel est le problème : lorsque le monde pour lequel le Statu Quo a été optimisé ne peut plus s’étendre, le Statu Quo ne se contente pas de ralentir — il implose. Lorsque les revenus cessent d’augmenter, la dette finit par cesser d’augmenter, ce qui signifie que la consommation (c’est-à-dire la « croissance ») cesse d’augmenter.

Le système a toujours besoin de plus pour se maintenir

Lorsque la dette et la consommation qu’elle alimente cessent d’augmenter, le système implose parce qu’il est basé sur une directive simple : le système a toujours besoin de plus pour se maintenir. Plus de ménages et d’entreprises empruntant plus d’argent pour consommer/produire plus, et payant plus d’impôts à mesure que le commerce, la consommation et la dette augmentent.

Il n’est pas prévu que l’on fasse moins en termes de production d’achat, de consommation et d’emprunt, ni que le nombre de travailleurs et de consommateurs ne diminue. Le système n’est pas juste optimisé pour la croissance, il est entièrement dépendant de l’expansion de tout pour sa survie.

Une fois que le nombre de travailleurs commence à décliner, la sécurité sociale/le système de retraite implose.

Une fois que les ménages et les entreprises cessent d’emprunter plus et commencent à faire défaut sur la dette existante, le secteur bancaire implose.

Une fois que la consommation des ménages commence à décliner, le secteur du commerce de détail implose.

Une fois que les recettes fiscales se sont effondrées et que les Etats-nations détruisent leur monnaie par des emprunts excessifs et/ou de l’impression monétaire, les Etats-nations implosent.

Le monde est en train de passer d’une croissance illimitée à des limites et à la décroissance. Le Statu Quo qui dépend entièrement de la croissance est condamné — une implosion qu’aucune réforme ne permettra d’éviter.

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Charles Hugh Smith
Charles Hugh Smith
Auteur et blogueur américain

Charles Hugh Smith est un auteur et blogueur américain ; il est notamment l’un des principaux contributeurs du blog Of Two Minds. Lancé en 2005, ce site a été classé 7ème dans la liste des meilleurs sites financiers alternatifs élaborée par CNBC, et ses analyses figurent sur de nombreux sites, dont Zerohedge.com, The American Conservative et Peak Prosperity.

3 commentaires pour “La fin de la croissance”

  1. Entièrement d’accord avec ces déclarations.
    Je pense qu’il faut pousser le raisonnement plus loin.
    Nous savons que les sociétés qui nous ont précédés ont pour certaines été détruites par leur manque de respect des limites naturelles auxquelles elles étaient confrontées. L’absence de gestion des ressources a définitivement détruit leur système économique, et par voie de conséquence leur société. Les plus habiles ont changé de mode de vie et adopté des règles plus réalistes.
    Si l’on étudie les sociétés qui ont fonctionné, et qui fonctionnent encore si elles n’ont pas été massacrées, on s’aperçoit assez vite de quelques points commun entre ces différentes sociétés.
    Ces points communs font horreur à la bienpensante société néo gauchiste : spiritualité, honneur, déférence, et aussi violence potentielle envers l’étranger qui perturbe l’équilibre essentiel à la survie du groupe.
    Le respect de la nature et de ses mystères, en vue de les comprendre permet à l’homme de se comprendre lui même. La déliquescence de la société actuelle, et la croissance constante de la souffrance psychique sont directement liées à la conception que l’homme se fait de lui même, non issue d’une réelle confrontation avec ses limites, mais bien d’une croyance de sa domination du réel par ses propres moyens.

    En résumé, l’homme moderne se prend pour Dieu.

    Bon courage à tous.

  2. « Le monde est en train de passer d’une croissance illimitée à des limites et à la décroissance.  »
    Malheureusement, la décroissance évoquée ici se passe dans la violence et les chocs successifs (« …implose…implose…implose… ») et n’a rien à voir avec la décroissance pour laquelle militent les décroissants depuis des années, dont le but est évidemment d’éviter cette violence, de choisir de ralentir pour mettre en place des solutions et accompagner les changements des systèmes avant qu’ils n’implosent.

    Je suis bien d’accord avec le contenu de cet article, mais je tenais à préciser ce point pour ne pas laisser un média, aussi engagé soit-il, associer du sens subliminal (ici la violence, les implosions) à un concept (la décroissance), surtout quand c’est aussi contradictoire que dans ce cas précis.

    Merci pour cet article !

  3. Je suis d’accord avec le contenu de cet article, on va vers une implosion du système économique actuel, la croissance ne sera plus possible dans maximum une décennie; déjà la moyenne de la croissance entre 2005 et 2015 est inférieure à 1%.

    La société basée sur le commerce, l’argent,etc. sera remplacée par une société basée sur la satisfaction des besoins de la population sans passer par le commerce.

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