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La Chronique Agora
Paris, France
Lundi 17 juillet 2006
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*** Feux d’artifice
… Malheureusement pas aussi festifs qu’on aurait pu le croire…
*** Des profits explosifs
Justice Litle se penche sur les fusions-acquisitions dans le secteur de l’énergie…
*** Partie de campagne
Bill Bonner est de retour en France… chez lui ?
*** Eternels exilés (1)
Il y a dix ans de cela, Bill Bonner a quitté les Etats-Unis pour l’Europe…
—————————– (publ.)
Comment le marché actuel peut faire de vous un investisseur heureux…
… tout en faisant passer votre portefeuille à la vitesse supérieure !
C’est plus simple qu’il n’y paraît… il suffit de suivre les bons indicateurs : continuez votre lecture pour tout savoir…
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Bonjour,
*** FEUX D’ARTIFICE
** En matière de feux d’artifice, on a été gâtés, ce 14 juillet — à commencer par le Liban, dont la population en aurait sans doute aimé de plus pacifiques. Sur le front des entreprises, les annonces de résultats se sont poursuivies, ainsi que les profit warning… tandis que le bouquet final revenait à la batterie de statistiques américaines publiée vendredi.
Sur ces bien moroses fusées, les investisseurs mondiaux ont préféré accorder leur confiance à d’autres secteurs qu’aux actions — faisant chuter l’intégralité des grandes places mondiales. Le CAC 40 est ainsi retombé sous la barre des 4 800 points, perdant 3,5% sur la semaine et 1,48% pour la seule séance de vendredi. A Londres, le Footsie était sur la même longueur d’onde, abandonnant 1%, tandis que le Dax de Francfort dégringolait de 1,90%.
De l’autre côté de l’Atlantique, les Etats-Unis se sont montrés aussi peu enclins à s’adonner aux joies des transactions boursières. Le Dow Jones a chuté de 0,99% vendredi, pour terminer à 10 739,35 points ; le Nasdaq ne faisait guère mieux, glissant de 0,82%, à 2 037,35 — tandis que le S&P 500 fermait la marche avec une performance légèrement moins négative : -0,49% seulement, ce qui le mettait à 1 236,20 points en fin de séance.
** Les statistiques publiées vendredi n’ont pas franchement aidé à mettre du baume au coeur des marchés. Pour commencer, la confiance du consommateur, telle que calculée par l’Université du Michigan, est en baisse en juillet : 83 seulement, contre 84,9 en juin et 85,3 attendus par le consensus.
S’est rajoutée à cela une baisse des ventes au détail — 0,1% de perdus en juin, selon le département américain du Commerce, alors qu’on prévoyait une progression de 0,4%. Les stocks des entreprises, par voie de conséquence, grimpent et grimpent : +0,8% au mois de mai, alors que le marché en attendait deux fois moins.
Maigre consolation : les prix à l’importation grimpent moins que prévu, de 0,1% seulement, d’après le département du Travail — la plus faible progression depuis le mois de mars, après une hausse de 1,7% le mois dernier.
Après cette suite de mauvaises nouvelles, le billet vert a terminé la séance en baisse, à 1,2644 pour un euro.
** Gageons que les dernières nouvelles provenant du Japon ne vont pas améliorer la situation : la Banque du Japon a en effet décidé vendredi de mettre fin à la politique de taux zéro qui prévalait depuis 2001. "Le taux de l’argent au jour sur le marché monétaire qu’elle pilotait au plus près de zéro est relevé d’un quart de point à 0,25%", nous annonce le journal La Tribune, "tandis que le taux d’escompte — le taux plafond auquel peuvent emprunter les banques — est porté de 0,10% à 0,40%."
"Mais la période d’argent facile, à défaut d’être gratuit, n’est pas encore terminée. La Banque du Japon ne se hâtera pas de normaliser sa politique monétaire et a souligné son intention de procéder ‘graduellement’ à la sortie de la politique d’urgence que la déflation et un marasme prolongé de dix ans l’avaient contrainte à adopter. Elle a l’intention de se donner le temps de voir les effets de cette première mesure avant de procéder à un nouveau tour de vis qui, selon les observateurs, n’interviendrait pas avant novembre."
Début officiel de la fin pour les juteuses opérations de carry trade : voilà qui aura du mal à désaltérer des marchés boursiers assoiffés de liquidités…
** Du côté du pétrole, les "tensions" au Moyen-Orient — si on peut encore appeler ainsi une guerre ouverte où les victimes civiles vont en s’accumulant — font bien entendu flamber les cours. A New York, le baril de WTI a atteint en séance vendredi un cours record de 78,40 $ — pour finalement terminer à 77,03 $.
Les seuls secteurs qui profitent de la situation actuelle sont l’obligataire et l’or. Les obligations américaines, perçues comme "plus sûres que les actions", ont ainsi vu leur taux se détendre vendredi — le rendement du bon du Trésor US à 10 ans s’est détendu d’un point de base, à 5,06%.
Quant à l’or, l’ultime valeur-refuge, il continue son petit bonhomme de chemin, savourant sa gloire retrouvée — au moins pour un temps : l’once a terminé la semaine sur une hausse de plus de 2 $ au second fixing de Londres, à 663,25 $.
Françoise Garteiser,
Paris
PS : Dans ce contexte hyper-tendu, les recommandations et analyses de Philippe Béchade sont plus que jamais indispensables à la santé de votre portefeuille. Pour vous tenir au courant des derniers mouvements intervenus sur nos positions, composez dès maintenant le 0899 707 009*.
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Justice Litle nous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** DES PROFITS EXPLOSIFS
** Maintenant que la Corée du Nord teste ses missiles dans la mer du Japon et qu’Israël lance de véritables missiles sur le Liban, peu d’investisseurs se pressent pour acheter des actions. Même les actions aurifères et pétrolières trouvent peu d’acheteurs. Mais ces inquiétudes de court terme (nous l’espérons) créent des opportunités pour les investisseurs de long terme — en particulier pour ceux qui possèdent certaines des plus grandes sociétés de ressources naturelles au monde.
- Dans le secteur des matières premières, trois accords de fusion-acquisition ressortent par leur taille et leur importance. A plus de 21 milliards de dollars, les offres de Anadarko Petroleum sur Kerr-McGee et Western Gas Resources font de cette opération la plus grande de l’histoire dans le secteur l’énergie, selon Thomson Financial et le Wall Street Journal.
- Pourtant, il s’agit du plus petit des trois accords qui ont récemment fait parler d’eux. Dans les métaux de base, Phelps Dodge a mis sur pied une offre plus audacieuse encore, pour 40 milliards de dollars, sur les mines canadiennes Inco et Falconbridge. Et pour terminer, le magnat indien du métal Lakshmi Mittal semble avoir gagné sa longue bataille pour acquérir le numéro 2 de la sidérurgie, Arcelor, après avoir surmonté des tactiques de gestion agressive, fait dérailler une fusion russe plutôt douteuse et poussé son offre à plus de 33 milliards de dollars.
- En général, les marchés se méfient des grandes fusions-acquisitions. Ceux qui mettent la main à la poche se retrouvent en général du mauvais côté des choses, et les accords les plus vantés peuvent détruire toute valeur pour l’actionnaire. Les bases ne sont pas toujours saines : il arrive parfois que le PDG ait des rêve de grandeur, et qu’il veuille tenter de jouer dans la cour des grands — ou encore qu’il pense que des notes de frais plus élevées iraient bien avec une société plus grande. Le bon côté, lorsqu’une acquisition est basée sur une stratégie solide et qu’elle est menée avec compétence, c’est que les profits de long terme peuvent en valoir la peine.
** Quel raisonnement trouve-t-on derrières ces trois récentes opérations ? Dans chaque cas, la logique est unique, mais le thème stratégique sous-jacent est le même. Ces entreprises se projettent au-delà des résultats à court terme et pensent à se positionner pour le long terme.
- Dans le cas d’Anadarko, les offres sur Kerr-McGee et Western Gas sont un pari contrarien sur le gaz naturel dans la région des Montagnes Rocheuses. Le gaz naturel en général — et les Rocheuses en particulier — ont été écartés d’office cette année aux USA, les réserves de gaz naturel étant abondantes après un hiver clément et aucun signe de pénurie. Mais les futures sur l’énergie à échéance longue disent autre chose : alors que le gaz naturel sur le mois prochain s’échange à environ 6 $, les contrats à deux ou trois ans sont cotés 40% plus haut.
- En ce qui concerne le gaz naturel, l’élément le plus pressant est le déclin continu des puits de gaz nord-américains ; même avec des efforts d’exploration et de forage significativement plus grands, la production générale stagne. Les producteurs doivent travailler plus dur simplement pour faire du sur-place, tandis que la demande grimpe peu à peu, nourrie par l’utilisation privée et commerciale, et par les exigences d’opérations gourmandes en énergie, comme les sables pétroliers canadiens. Un événement météorologique perturbant durant l’été — c’est-à-dire une tempête — ou le retour d’un hiver froid pourrait bien vite faire grimper les prix du gaz naturel.
- Anadarko agit maintenant parce que l’entreprise constate une tendance inévitable qui resserre l’offre de gaz naturel et rend profitable le développement de la production. Et s’approprier une équipe de géologues et ingénieurs de qualité ne fait pas de mal — c’est exactement ce que fait Anadarko.
- L’opération Phelps Dodge est plus difficile à comprendre, dans la mesure où elle représente l’entrée en jeu d’une troisième partie dans une guerre déjà en cours (Inco et Falconbridge font déjà l’objet d’offres agressives de la part d’autres prétendants, alors même qu’ils se convoitent mutuellement). Les actionnaires mettent en doute la logique des accords, mais il est clair que Phelps Dodge cherche à se diversifier, espérant devenir non seulement la plus grande société minière de cuivre cotée — mais aussi la plus grande société minière de nickel.
- Avec son offre sur le métallurgiste Arcelor, Lakshmi Mittal, de Mittal Steel, s’intéresse à la diversité des marchés, plutôt que des produits, cherchant à accéder aux opportunités de marges plus élevées d’Arcelor. Mittal espère aussi gagner en pouvoir de négociation et de marchandage, ce qui lui serait possible avec une taille énorme : combinés, Arcelor-Mittal constitueraient un mastodonte de l’acier faisant quatre fois la taille de sont rival le plus proche.
- Les dirigeants de ces entreprises prennent délibérément une perspective de long terme ; ils se projettent plusieurs années en avance, et se positionnent pour le climat à venir. Nous soupçonnons que les investisseurs individuels devraient faire de même.
- Tant que les marchés continueront à sous-évaluer le potentiel de bénéfices de sociétés énergétiques bien gérées, et à sous-estimer la valeur d’une perspective de long terme, la fièvre des fusions-acquisitions continuera.
- Une entreprise comme Anadarko n’a nul besoin de la vision de court terme qui anime les traders sur les marchés. Les dirigeants d’Anadarko comprennent aussi bien que n’importe quel investisseur que l’offre de pétrole et de gaz devient de plus en plus précieuse — surtout en ce qui concerne les réserves enfouies dans le sol américain.
- Et de toute évidence, Anadarko n’est pas la seule major pétrolière à l’affût pour "acheter des réserves". Les plus gros accords sont peut-être encore à venir.
[NDLR : Les matières premières représentent une opportunité de long terme -- pour l'instant. Si vous voulez vous positionner avant qu'elles ne deviennent une urgence de court terme... continuez votre lecture.]
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Ouzilly
*** PARTIE DE CAMPAGNE
** Les entreprises sont peut-être plus profitables que jamais, mais les investisseurs ne sont guère impressionnés. Le Dow Jones a chuté la semaine dernière.
* Pourquoi les actions baissent-elles maintenant ? Qui sait ? Peut-être que ce n’est rien, ou peut-être que c’est le début d’une tendance. Le Dow s’échange toujours à 20 fois les bénéfices. C’est moins qu’au plus haut de la bulle, en 1999. Mais c’est tout de même très haut, et il reste encore pas mal de chemin à parcourir avant d’en arriver au plus bas. Quand est-ce que cela sera ? En 2010 ? En 2015 ? A combien va-t-il baisser — 5 000 points ? 3 000 ? Nous ne pouvons le dire. Cependant, lors du dernier creux, on pouvait acheter le Dow tout entier pour une once d’or. Même aux prix actuels de l’or, il faut encore 17 onces pour acheter le Dow.
* Notre Transaction de la Décennie, que nous avions annoncée en 2000, était simple : vendez le Dow, achetez de l’or. Depuis, l’or a plus que doublé, tandis que le Dow a perdu du terrain. A l’époque, il fallait plus de 40 onces d’or pour acheter le Dow. Nous nous en tiendrons à notre transaction jusqu’à ce qu’elle atteigne son terme.
** Hic domus, haec patria est. Voici ma maison, voici mon pays. Cette devise était inscrite au dessus de la porte de notre maison, dans le Maryland.
* Mais la semaine dernière, nous sommes revenu dans ce qui est désormais notre foyer. Ouzilly est une grande demeure située dans le Poitou. Construite en pierre, au cours de nombreux siècles, c’est là que nous entreposons nos bicyclettes, nos photos de famille et les livres que nous n’avons pas encore lus.
* Nous sommes arrivés à Ouzilly en train. L’endroit était fermé depuis près de six mois. Les toiles d’araignées tapissaient la bibliothèque, et de nombreuses pièces sentaient le renfermé, si bien que nous avons ouvert les fenêtres et poussé les volets.
* Nous nous sommes ensuite rendus dans le village tout proche, pour la "Fête Champêtre" annuelle. Nous arrivions en retard ; tout le village, ou presque, était déjà attablé. De longues tables étaient installées — une douzaine environ, mesurant chacune une dizaine de mètres — devant le terrain de football. Nous avons payé nos dîners, et avons fait la queue pour notre repas. Il était simple : de l’agneau et du porc cuits à la broche, accompagnés de haricots et de légumes servis dans une gigantesque marmite. Puis nous avons choisi une bouteille de vin rouge et avons pris place, saluant quelques amis au passage.
* Nous nous sommes installés à Ouzilly il y a plus de dix ans. Nous connaissons désormais pas mal des habitants du coin. Nombre d’entre eux ont participé aux travaux de la maison ; nous en connaissons certains par des amis, d’autres par l’église. Nous faisons partie de la communauté, tout en étant complètement à part. En tant qu’étrangers, nous avons un statut spécial… et nous entretenons des relations cordiales, voire très chaleureuses, avec les habitants, sans être nous-mêmes admis comme "autochtones".
* Nous avons mangé, profitant des parfums et des conversations.
* "Etes-vous anglophone ?" demanda soudain Elizabeth à un couple assis seul au bout de la table. Elle avait dû les entendre parler.
* "Non, nous sommes anglophobes. Nous sommes écossais."
* Nous ne sommes pas les seuls étrangers dans la région. Mais c’est la première fois que nous avons rencontré d’autres anglophones à la fête. C’est un événement très populaire — dans le sens où c’est une célébration des gens du cru, par les gens du cru et pour les gens du cru. Même la "noblesse" du lieu, qui vit souvent à Paris et ne revient que pour les vacances, ne se sent pas la bienvenue. Aucun d’entre eux n’était présent la semaine dernière.
* Les Ecossais, quant à eux, ont acheté une maison au village il y a deux ans de cela. Ils ne viennent que pour les vacances, mais semblent y prendre plaisir.
* "En fait, nous irions à peu près n’importe où simplement pour nous éloigner de Londres", ont-ils dit.
* "Pourquoi ne pas retourner en Ecosse ?" avons-nous voulu savoir.
* "Non, nous ne pensons pas qu’il y ait quoi que ce soit pour nous là-bas", ont-ils continué. "La météo est épouvantable. C’est cher. Pour nous, ce serait reculer… plutôt qu’avancer."
* En ce qui nous concerne, nous ne savons pas vraiment si nous avançons ou nous reculons. Mais nous continuons à pédaler.
* Une fois entamée notre deuxième bouteille de vin, le feu d’artifice a commencé. La ville est minuscule, ce n’était donc pas le genre de spectacle qu’on aurait au pied de la Tour Eiffel, mais c’était tout de même superbe. Les fusées étaient lancées sur une musique russe tout à fait lunatique. Nous n’avions jamais vu de feu d’artifice réalisé de manière si élégante et artistique.
* Une fois évanouis les reflets des dernières chandelles romaines, la musique a recommencé. Cette fois, elle était jouée par un orchestre — de la musette, le genre de musique campagnarde dédaignée des Parisiens.
* La musette est parfaite pour danser. On peut y appliquer à peu près n’importe quel pas, même s’il vaut quand même mieux se lancer dans une forme de valse ou de polka. Les pieds de votre correspondant commencèrent à le chatouiller. Il ne tarda pas à rejoindre tout le monde sur la piste… gambillant avec les autres sous l’influence de la douceur de la nuit, de la gaieté de la musique et de la boisson ingurgitée… jusqu’à ce que le moment de se coucher soit venu.
* "C’est bon d’être chez soi", avons-nous pensé, tandis que nous nous endormions.
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*** La Chronique Agora présente ***
Il y a dix ans de cela, Bill Bonner a emmené toute sa famille depuis leur foyer dans le Maryland jusqu’en Europe — mais cela ne signifie pas pour autant que certaines choses des Etats-Unis ne leur manquent pas. C’est juste que les Etats-Unis qui leur manquent ne sont pas ceux qui existent en ce moment. Bill s’explique…
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ETERNELS EXILES — 1ère PARTIE
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Par Bill Bonner (*)
"Comment est le temps ? Comment va la Tante Gertie ? Et Tempest, le chien ? Pour un chien, il doit se faire vieux. Les tomates sont-elles déjà mûres ? Avez-vous mangé du maïs en épi pour le 4 juillet ? La famille est-elle venue de… Virginie, n’est-ce pas ? Et le vieux févier est-il en fleur ? Je me rappelle de ce parfum. Il m’enivrait. Durant les chaudes journées du printemps, je me souviens que je m’allongeais dans le hamac, et j’aspirais l’air si fort que j’en perdais presque connaissance. Je ne m’en lassais pas. Les gens me demandent ce qui me manque, ici, et je ne peux penser qu’aux odeurs. Oui, l’odeur des feuilles de hêtre à la fin de l’automne — tu sais, sous le grand arbre dans l’allée, et l’herbe la première fois qu’on la tond en mai. Et même l’odeur du vent du nord, sec, juste avant que la neige ne commence à voler."
Exilé de notre patrie… loin des nôtres… nous écrivons ainsi à nos compatriotes.
Un homme ne choisit pas ce qu’il est. Sa culture se fond en lui sans qu’il le sache, comme l’odeur des arbres et des marais. Il peut l’ignorer. Il peut la déguiser. Mais il ne peut jamais se débarrasser de ces parfums dans ses narines, comme Proust et ses madeleines. Voyageant en pays étranger, même des décennies après avoir quitté son foyer, il détecte un léger arôme qui semble flotter dans une partie de son cerveau habituellement fermée, comme une pièce, dans une vieille maison, où sont entreposés les souvenirs les plus chers. Et cela lui revient. Pas d’images distinctes. Pas de mots, pas même d’actions — mais un sentiment qui le prend et le transporte à des milliers de kilomètres de là, dans un lieu qu’il a connu autrefois et dont il avait tout oublié. C’est là ce qu’il est vraiment. Il le sait. Cela ne le rend pas nécessairement heureux ou triste — mais il ne peut s’en échapper.
Les touristes américains errant dans les rues de Paris ou de Londres serrent leurs passeports plus fort que leurs portefeuilles. Ils ne peuvent imaginer pire situation que de se retrouver isolé de l’odeur de leur foyer. Lorsqu’ils vont à l’étranger, c’est comme s’ils visitaient le monde souterrain, risquant d’être piégés en enfer pour l’éternité.
Ils ne sont pas les seuls. Bon nombre de gens préféreraient mourir plutôt que quitter leur foyer. Socrate, par exemple. Lorsqu’on lui enjoignit de se taire ou d’en assumer les conséquences, il refusa d’arrêter de philosopher. Ses concitoyens décidèrent de le mettre à mort. Lorsque son ami Criton lui demande pourquoi il ne quittait pas simplement Athènes, il répondit :
"Ou votre sagesse est telle que vous ne voyez pas que, plus que père et mère et tous les ancêtres, la patrie est honorable, révérée, sacrée, et tenue en plus grande estime tant parmi les dieux que parmi les humains dotés d’intelligence ; et qu’on doit la révérer et lui céder, la ménager et souffrir ce qu’elle ordonne que l’on souffre, garder le silence ; et si l’on nous bat ou l’on nous emprisonne, si l’on nous envoie en guerre pour y être blessés ou tués, tout cela doit être fait, la justice est ainsi ; et, sans céder, battre retraite ou quitter son poste, non seulement en guerre et à la cour, mais partout, l’on doit faire ce que l’état et la patrie peuvent ordonner."
Socrate aurait pu échapper à ses poursuivants. Il aurait pu aller à Rome par exemple, comme le voulait la coutume. En fait, 300 ans plus tard, il y avait tant de Grecs à Rome que Juvénal se plaignit qu’ils ruinaient la ville. "Je ne peux supporter… une Rome de Grecs… Il n’y a pas de place pour un Romain ici". Rien ne l’attirait chez les Grecs.
La suite dès demain…
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’inéluctable faillite de l’économie américaine" et L’Empire des Dettes".
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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La Chronique Agora est une lettre électronique quotidienne gratuite distribuée par les services financiers des Publications Agora. Si vous désirez appliquer les conseils et évoqués dans cet e-mail, n’hésitez pas à vous abonner à l’une de nos lettres.
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