La Chronique Agora http://la-chronique-agora.com Analyse macro économie contrarienne Fri, 10 Aug 2018 14:44:48 +0000 fr-FR hourly 1 De Sumer au Bitcoin, histoire de la monnaie et du crédit. http://la-chronique-agora.com/breve-histoire-monnaie-credit/ http://la-chronique-agora.com/breve-histoire-monnaie-credit/#comments Thu, 09 Aug 2018 21:05:14 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=45817 création monnaie origine de la monnaie naisance definition historique bitcoin

Le monde est noyé sous les dettes et une nouvelle crise couve :  c’est devenu un constat banal. Mais l’envers de la dette c’est le crédit. Le crédit infini et gratuit n’a jamais été possible par le passé. Notre époque moderne constitue une exception et le bitcoin une tentative moderne de limitation du crédit et donc de la dette.

Presque personne (sauf quelques anxieux qui se sont préparés un potager et un bunker avec de l’eau fraîche et de l’or) ne sait comment fonctionne vraiment le système financier actuel.

A la conférence Bitcoin-Biarritz du 7 avril 2018 se côtoyaient jeunes geeks et investisseurs avertis plus âgés à la recherche d’informations techniques sur cette chose encore mystérieuse : les cryptomonnaies.

Ce n’est qu’en ayant une idée du passé qu’on peut prendre la mesure de ce que pourrait apporter le bitcoin et la blockchain. D’où cette brève histoire de la monnaie.

 

 

EPISODE 1........................................................................................................................................

De la nuit des temps à 1 750 avant JC................................................................................................

Au commencement était le troc et le crédit (la dette).......................................................................

3 000 ans avant Jésus Christ, Sumer...............................................................................................

1 750 avant Jésus Christ, Babylone...................................................................................................

EPISODE 2........................................................................................................................................

1440 avant JC, le jubilé naît chez les hébreux.....................................................................................

De 1 750 avant JC à 560 avant JC.......................................................................................................

La monnaie d’Etat et les premières escroqueries...............................................................................

560 avant Jésus Christ, Lydie : première monnaie d’Etat...............................................................

560 avant JC : le jubilé naît chez les Hébreux.................................................................................

EPISODE 3........................................................................................................................................

De 560 à 200 avant JC......................................................................................................................

Platon et Aristote : deux vues sur la monnaie.....................................................................................

Monnaie, crédit, fiscalité : un triangle indissociable..........................................................................

La monnaie selon Platon repose sur un mythe...................................................................................

La monnaie selon Aristote doit être une marchandise....................................................................

Les monnaies marchandises en concurrence.....................................................................................

Monnaie-crédit ou monnaie-marchandise : une différence essentielle.................................

EPISODE 4..............................................................................................................................................

De 200 avant JC à 337..............................................................................................................................

L’avilissement de la monnaie métallique..................................................................................................

L’inflation due à la cupidité ?......................................................................................................................

L’inflation est due à la perte de confiance dans l’Etat et sa monnaie.....................................

 

EPISODE 1 : De la nuit des temps à 1 750 avant JC.

 

Au commencement était le troc et le crédit (la dette)

 

Le troc a probablement permis aux premiers bipèdes d’échanger mais pas de commercer de façon étendue.

Le troc est vite limité. Un cuissot de bison contre un silex, mais si j’ai pas besoin d

 

Le sel et non pas de silex ? Et si celui qui a du sel, ne veut pas de mon cuissot de bison ? Le silex prend-il plus de temps et d’énergie à tailler que le bison à être tué ? Mais la chasse au bison est plus risquée. Comment déterminer les bons rapports de valeur entre silex-sel-bison ?

Le troc devient vite un casse-tête inextricable. D’où la monnaie pour faciliter les échanges.

La monnaie peut être soit une marchandise sur laquelle un grand nombre s’accorde, soit un crédit dont l’envers est une dette. Dans ce dernier cas, une autorité supérieure tient les registres de dette.

Imaginons…

« Crojoli a livré une panoplie de silex aujourd’hui à Cromignon.

Cromignon doit un cuissot de bison par mois durant deux ans à Crojoli ou ses ayant-droits.

Signé ce jour devant Cromajeur, chef d’Eyzies de Tayac et de ses alentours ».

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Cromignon a une dette. Crojoli lui a fait crédit et Cromajeur le grand chef est témoin.

La première monnaie était surtout du crédit (de la dette) comme l’attestent les différentes traces archéologiques.

Signalons pour ceux qui veulent creuser le sujet le livre du militant anarchiste et figure de proue du mouvement Occupy Wall Street, David Graeber : Dette – 5 000 ans d’histoire.

 

3 000 ans avant Jésus Christ, Sumer

Après divers tâtonnements (céréales, bétails, sel, coquillage, pierres…), les shekels d’argent émergent à Sumer en tant que monnaie.

Innovation géniale que la monnaie pour remplacer le crédit (et la dette) dans les échanges.

L’économie consiste à échanger quelque chose contre autre chose.

Les gens s’efforcent d’échanger ce qu’ils font le mieux contre quelque chose que quelqu’un d’autre fait mieux qu’eux. C’est ainsi que des accords gagnant-gagnant se nouent.

Crojoli est plus doué pour tailler les silex que Cromignon. Cromignon est plus doué pour chasser que Crojoli. C’est pour cela qu’ils contractent. Si Cromigon paie comptant ses silex en monnaie, Crojoli peut stocker son argent et acheter autre chose que des cuissots de bison.

Cromajeur n’a plus besoin d’être témoin et peut se consacrer, en tant que grand sorcier, à développer des rites funéraires sophistiqués.

L’argent-métal est une monnaie anonyme qui s’est imposé de façon empirique, quelque 3 000 ans avant JC, à Sumer, la grande puissance de l’époque.

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L’argent-métal est une monnaie anonyme qui s’est imposé de façon empirique, quelque 3 000 ans avant JC, à Sumer, la grande puissance de l’époque.

empire sumerien

L’or est alors connu , bien sûr. Il est rare et vaut 60 fois plus cher que l’argent. L’argent, un peu plus abondant, s’est finalement imposé durant la troisième dynastie d’Ur.

Même lorsqu’il n’y a pas de shekels, les scribes consignent des dettes qui sont désormais exprimées en shekels. Vous ne vous débarrassez pas de l’administration et des bureaucrates aussi facilement, même du temps de Sumer…

L’autorité du scribe est limitée dans l’espace. Donc si vous vouliez commercer loin avec votre caravane, il vous fallait de l’argent.

La transaction en shekels peut-être anonyme. Celui qui reçoit le shekel ne sait pas qui vous êtes et, le shekel n’ayant pas de frappe, de poinçon d’identification, cet acheteur ne sait même pas d’où vous venez.

Voici donc à quoi ressemblait le système monétaire et financier d’il y a 5 000 ans :  de l’argent métal et des registres de dettes tenus par des scribes qui comptaient en unité d’argent, le shekel. Les scribes tenaient aussi cette comptabilité pour recouvrer les impôts, car qui dit dynastie et administration dit aussi impôts…

Finalement, ce n’était pas très différent de maintenant. Les registres de dette sont désormais tenus par des banquiers et des banquiers centraux ; le recouvrement des impôts occupe beaucoup de scribes et de personnel administratif qui préfère les registres de dette bien tenus.

1 750 avant Jésus Christ, Babylone

Le code d’Hammurabi voit le jour. La monnaie qui existe en parallèle du crédit est toujours shekels d’argent mais le code d’Hammurabi régit aussi le crédit, la dette et les mauvais payeurs.

Il s’apparente à de la common law, c’est à dire un recueil de décisions constituant une jurisprudence dont on dégage des règles. C’est un principe différent du droit français qui s’appuie sur des règles écrites une bonne fois pour toutes et supposées prévoir tous les cas.

Babylone histoire de la monnaie

Article 117. Si quiconque omet d'honorer une créance pour dette, et se vend lui-même, sa femme, son fils, et sa fille contre de l'argent ou les donne au travail forcé, ils travailleront pendant trois ans chez celui qui les a achetés, et seront libérés la quatrième année.

Ceci est une révolution.

Une remise à zéro de la dette est prévue après quatre ans d’esclavage.

Autrement dit, la capacité d’endettement est par conséquent limitée à environ quatre années de capacité de travail d’une famille.

C’est un point très important. Déjà, 1 750 ans avant Jésus Christ, on avait compris que le crédit infini n’était pas possible. Pour limiter le crédit, l’esclavage des mauvais payeurs est donc limité dans le temps.

Le montant de dettes (du crédit) est plafonné par la loi.

Dans ces temps anciens la monnaie était donc de l’argent-métal ou de la dette dont les registres étaient tenus par des autorités supérieures.  Assez vite, les autorités ont imposé une limite au crédit afin de limiter l’esclavage (la sanction des mauvais payeurs) et les troubles sociaux qui auraient pu résulter de la mise en esclavage d’un grand nombre par un tout petit nombre.

Nous voici bientôt arrivés à une innovation majeure qui bouleversera le commerce de la Méditerranée : la première monnaie d’Etat.

brève histoire de la monnaie et de la dette - sumer au bitcoin

EPISODE 2 : de 1 750 avant JC à 560 avant JC

1440 avant JC : le jubilé naît chez les Hébreux

Monnaie et crédit continuent donc à coexister dans l’Antiquité. L’or et l’argent rares et inutiles s’imposent par l’usage comme monnaies, mais le crédit a toujours cours.

Depuis Hammurabi, en cas de surendettement, les individus débiteurs insolvables et leur famille étaient  réduits en esclavage mais la période d’esclavage était limitée à quatre années. Elle était de sept ans chez les Hébreux.

Puisque la durée de vie et la capacité de travail d’un être humain sont limitées, laisser gonfler le crédit sans limite peut conduire à une société d’esclaves contrôlée par quelques nantis ou déboucher sur une extrême violence lorsque les esclaves se révoltent.

Pour limiter ce problème, la loi sumérienne prévoyait de plafonner la période d’esclavage.

Les Hébreux optent pour une autre méthode. Ils instaurent le « jubilé », tous les 50 ans. Cette durée correspond à des chiffres symboliques, les années sabbatiques revenant tous les 7 ans. Cette pratique du jubilé est inscrite dans le Lévitique.

Le jubilé se reproduit tous les 7 x 7 ans et au 7ème mois de la dernière année.

L’année du jubilé, toutes les dettes étaient remises : les esclaves et prisonniers libérés, les terres hypothéquées ou saisies rendues à leurs propriétaires.

On peut imaginer que les prêteurs se faisaient rares l’année précédent le jubilé. Inversement, les emprunteurs ne devaient pas se bousculer juste après un jubilé sachant que s’ils ne payaient pas, ils risquaient d’être pourchassé leur vie durant.

Un économiste moderne dirait que le jubilé régule le cycle du crédit.

Nul besoin de grand planificateur ou de banquier central omniscient pour ce faire. Une règle simple, immuable, prévisible, connue de tous et appliquée à tous suffisait. La solution des Hébreux était élégante.

 

Olivier Picard, L’invention de la monnaie et les Empires, De Crésus à Cyrus le Perse et aux Grecs

Cahin-caha, la monnaie et le crédit évoluent en parallèle, connaissent quelques innovations, s’améliorent ou se détériorent.

Le commerce se développe grâce à la monnaie marchandise que sont l’or ou l’argent.

La monnaie d’Etat et les premières escroqueries

Nous nous sommes quittés en 1 750 avant Jésus-Christ.

La monnaie est alors shekels d’argent ou dettes mais le montant de dettes (de crédit) ne peut croître à l’infini pour une même famille en vertu du code d’Hammurabi.

Les scribes sont les banquiers centraux de l’Antiquité mais la monnaie d’argent est privée.

Revenons sur l’innovation géniale que constitua la notion de « monnaie ». Il s’agit de quelque chose d’aussi majeur que le feu ou la pierre taillée.

La monnaie – distincte de la dette ou du crédit - est un outil d’échange. L’échange, le commerce, le négoce pratiqués librement et sans contrainte sont source de progrès.

Cette affirmation ne nécessite pas de long développement. Imaginez simplement que vous deviez vivre en autarcie sans pouvoir échanger ce que vous faites de mieux contre ce que d’autres font mieux que vous … Pas très réjouissant, n’est-ce pas ?

C’est bien pour cela qu’il y a des pâtissiers ou des rôtisseurs, que les pilotes ont une bonne vue et que les accordeurs de piano ne sont pas sourds. Chacun se spécialise et échange avec d’autres spécialistes.

Evidemment, l’échange doit être libre car sinon, il n’est pas source de progrès mais de contrainte voire de violence.

Si Cromagnon vient avec sa grosse massue pleine de silex vous piquer la récolte de votre potager, il n’y a pas de progrès.

histoire de la monnaie des origines au bitcoin

Pour un échange libre et sans contrainte, une monnaie honnête est mieux qu’un registre tenu par un scribe.

Reprenons notre schéma de l’économie…

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La monnaie n’est pas sortie du cerveau d’un grand planificateur, d’un scribe génial. Nulle trace d’écrit promulguant autoritairement une monnaie. Les shekels d’argent ont émergé naturellement, de façon empirique.

Soit les échanges se réglaient en monnaie, en shekels sonnants et trébuchants.

Soit il fallait passer devant un scribe, grand-prêtre, autorité qui tenait les registres de dettes consignant qui devait à qui et en regard une quantité en shekel.

Ô lecteur sagace, retenez ce rôle capital du registre qui est centralisé par une autorité. Nous aurons l’occasion d’en reparler en parlant des « registres » ou ledgers du Bitcoin qui apparaîtront 5 000 ans plus tard.

 

Evidemment, le scribe, grand-prêtre, autorité,… était d’une probité parfaite et ne falsifiait pas les registres. Sauf dans tous les cas ou une autorité supérieure le lui demandait en le menaçant de destitution, bannissement, galère, esclavage, torture.

Aujourd’hui quand un banquier central falsifie un registre de dettes comme nous le verrons, c’est pour notre bien à tous nous dit-on. Mais revenons au passé.

 

- 560 avant Jésus Christ, Lydie : première monnaie d’Etat

 

Le fourmillement de ces monnaies privées d’or ou d’argent soulève un problème. Celui qui les accepte en règlement d’une transaction doit pouvoir les vérifier et les comparer. Il faut en mesurer le poids et la pureté de l’argent, réaliser des conversions.

Certaines monnaies de grands marchands ou de pirates étaient réputées et bien acceptées, d’autres moins connues, circulant plus rarement laissaient les marchands perplexes.

Entre en scène Alyatte II, roi de Lydie et père de Crésus.

lydie rivière pactole carte- histoire monnaie bitcoin

En Lydie coule la rivière Pactole.

La rivière Pactole charrie des pépites qui sont un alliage d’or et d’argent appelé électrum.

Alyatte II a alors une idée géniale : frapper des pièces toutes identiques de son sceau. Ainsi, les marchands auraient-ils une certitude sur le poids et le titre des pièces négociées.

Alyatte a inventé le premier bureau Veritas et la monnaie d’Etat.

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Trité ou tiers de stratère lydien

 

Bien entendu, pour rémunérer son service royal, Alyatte prélève une petite commission et il vend ses pièces plus cher que leur coût de revient.

Le succès de cette première monnaie d’Etat, le statère, est immédiat. Les statères se diffusent largement. Le commerce de la région est en plein essor.

Les marchands abandonnent balances et mesures, les transactions s’accélèrent.

Le succès monte à la tête du fils d’Alyatte II, Crésus. Il a des ambitions et entend mettre sous sa coupe plusieurs cités grecques marchandes. Les impôts tombent, sous la forme de prélèvements et de tributs[1] mais cela ne suffit pas.

Sournoisement, Crésus trafique l’électrum naturel en augmentant la part d’argent. L’électrum naturel comporte près de 75 % d’or. A la fin des petites manœuvres  de Crésus,  l’électrum artificiel des statères ne comporte plus que 50 à 55 % d’or[2].

Sachant que la valeur relative de l’argent et de l’or était à l’époque de 1 à 10, les profits (mal acquis)  du Trésor lydien furent (au début) gigantesques. Toutefois le crime de mauvais monnayage ne payant pas à la longue, inflation et troubles s’ensuivirent. Altérer la monnaie finit toujours mal.

L’affaire se termina donc mal pour Crésus qui fut fait prisonnier par Cyrus, roi des Perses. Ces derniers imposèrent alors leur propre système monétaire en or.

Ce qui n’échappera pas à votre sagacité, cher lecteur, c’est que la première monnaie étatique fut aussi la première à être manipulée par son émetteur qui prétendait en être le garant.

Le faux monnayage officiel consiste toujours à diluer la monnaie. L’État espère ainsi paraître plus riche et cela fonctionne très bien au début.

Ensuite l’illusion se dissipe, les citoyens flairent la supercherie et les prix s’ajustent à la monnaie diluée, ce qui veut dire qu’ils montent. Un signe infaillible de désordre ou manipulation monétaire est une hausse des prix à l’unisson.

L’État tricheur remonte presqu’aussi loin que sa main mise sur la monnaie. Le contrôle de la monnaie est indissociable de la fiscalité.

Les monnaies d’Etat se multiplient. Les Etats et les Cités qui trafiquent leur monnaie font faillite. L’esclavage reste la sanction ultime du particulier mauvais payeur.

Les plus grands penseurs se penchent sur l’énigme de la monnaie et son lien avec le crédit.

Platon et Aristote eurent des avis divergents sur la question et furent les premiers à émettre des théories monétaires.

EPISODE 3 : de -560 à -200 avant JC

Platon et Aristote : deux vues sur la monnaie

Après avoir balayé 2 500 ans d'Histoire, nous allons invoquer Aristote et Platon pour tenter de comprendre quelque chose à la monnaie et de dégager des principes.

Le travers de tout amateur d'Histoire consiste à raisonner avec une mentalité qui ne correspond pas à l'époque. Dans notre escapade, ce biais n'existe presque pas. C’est pourquoi les réflexions d’Aristote et de Platon restent d’une saisissante actualité.

Le pouvoir, le commerce, les taxes, les impôts, la contrebande et l’évasion fisacle... rien de neuf sous le soleil.

Déjà, sous Hammurabi, taxe et contrebande faisaient jaser.

 

Le British Museum :

"Les anciennes tablettes cunéiformes relatent des histoires de trafics et contrebande et expliquent aux marchands comment cacher leurs produits dans leurs sous-vêtements."

 

EPISODE 3 - De -560 à -200 avant JC - Platon et Aristote : deux vues sur la monnaie

Après avoir balayé 2 500 ans d'Histoire, nous allons invoquer Aristote et Platon pour tenter de raffiner notre compréhension de la monnaie et de dégager des principes.

 

Le travers de tout amateur d'Histoire consiste à raisonner avec une mentalité qui ne correspond pas à l'époque. Rassurez-vous, dans notre escapade, ce biais n'existe presque pas. C’est pourquoi les réflexions d’Aristote et de Platon restent d’une saisissante actualité.

 

Le pouvoir, le commerce, les taxes, les impôts, la contrebande et l’évasion fiscale... rien de neuf sous le soleil.

 

Déjà, sous Hammurabi, taxe et contrebande faisaient jaser.

 

Le British Museum :

"Les anciennes tablettes cunéiformes relatent des histoires de trafics et contrebande et expliquent aux marchands comment cacher leurs produits dans leurs sous-vêtements."

Instagram histoire de la monnaie platon contre aristote

Comme vous le voyez les soucis des sumériens et des babyloniens sont aussi les nôtres.

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Depuis 3 000 avant JC, nous avons vu que les transactions pouvaient se conclure soit avec de la monnaie, soit avec du crédit.

Dans ce dernier cas, le crédit devait pouvoir être limité. La pratique de l’esclavage dissuadait le surendettement. Pour mieux réguler le cycle du crédit, les Hébreux ont rajouté la pratique du jubilé, l’effacement périodique des dettes deux fois par siècle.

 

Monnaie, crédit, fiscalité : un triangle indissociable

Les autorités politiques et religieuses apprécient d'avoir la mainmise sur la monnaie et le crédit car cela leur facilite le recouvrement des impôts et taxes. Peu de citoyens viennent gentiment déposer spontanément leur obole au Trésor. Le "denier du culte" est un impôt librement consenti par les catholique set les enquêtes montrent que les gens sont loin de respecter la vieille règle de la dîme ou du décime qui voulait que l’on donnât 10% de ses revenus. Il est vrai aussi, que les hôpitaux ne sont plus des hospices religieux et que la redistribution a pris le dessus sur la charité.

Les impôts fiancent le train de vie de l’Etat et plus ils sont facilement recouvrés mieux c’sst.

Pour un fonctionnaire zélé, le crédit inscrit sur des registres d'Etat est une forme préférable de monnaie à l’or, l’argent où le bitcoin.  Simplement parce que le crédit est une monnaie qu’il peut complètement contrôler. Au copntraire, l’or, l’argent, le bitcoin ou le cash peuvent échapper au contrôle. L’anonymat, qui préserve la vie privée, est très gênant.  Avec des registres, les autorités savent exactement qui contracte avec qui, pour quel montant et où prélever l’argent.

Tout gouvernement a une tendance naturelle à grossir, à vouloir élargir son champ d'action et sa palette de "services publics". Pour cela, il lui faut de l'argent, donc créer des impôts, et nationaliser la monnaie (ou le crédit) pour les recouvrer. Ce qui était vrai il y a trois mille ans l’est toujours.

 

Dans la Grèce antique, les cités ont le monopole de leurs monnaies. Les étrangers doivent échanger leurs pièces en monnaie locale, à un taux favorable pour le gouvernement de la cité qu'ils visitent. L'électrum ou l'argent pur sont les métaux précieux les plus utilisés.

Les citoyens sont tenus de régler leurs impôts en monnaie qui à son tour sert à payer les mercenaires et les "services publics".

Quelques siècles avant JC, lesdits services publics sont encore peu développés : une trière ou galère de combat, un choeur pour le théâtre et le gymnase pour l'entraînement des athlètes, voilà qui suffit à une cité grecque respectable.

 

cité grecque monnaie platon contre socrate

Mais déjà, gouvernement-impôt-monnaie forment désormais un triangle indissociable.

 

Les finances des cités grecques ne furent pas un long fleuve tranquille et leur histoire est jalonnée de faillites.

Deux des plus grands cerveaux de l'Antiquité se penchèrent donc sur l'économie, la finance et la question de la monnaie : Platon (-428, -348 avant JC) puis Aristote (-384, -322 avant JC).

 

La monnaie selon Platon repose sur un mythe

 

Père du mythe de la caverne, Platon voit la monnaie comme une simple convention sociale dont la valeur est subjective. L'Etat gère cette "convention sociale", les deux parties – acheteur et vendeur - acceptent la monnaie à cause de la garantie de l’Etat.

 

Puisque simple convention sociale, pour Platon, la monnaie n’a pas besoin de valeur intrinsèque, d’être adossée à une autre valeur que la caution de la Cité.

Décidément, le père du mythe de la caverne, aimait bien les mythes. Car qu’est-ce que la monnaie « convention sociale » si ce n’est pas un mythe, un objet imaginaire ?

 

monnaies mythes platon

Cependant, avec un tel raisonnement, Platon passe outre notre grand principe économique : même si le prix est subjectif et peut être déformé par l’imaginaire, on échange quelque chose contre autre chose. Echanger quelque chose contre un mythe est un contrat déséquilibré.

Certes l’or et l’argent sont « inutiles » contrairement au bronze avec lequel les armes sont forgées. Mas ils sont « quelque chose » et ne reposent pas uniquement sur la confiance. De l’or ou de l’argent, on en a ou pas. C’est assez binaire.

Souvenez-vous : dans un échange honnête, on doit échanger quelque chose contre autre chose. Une promesse, un mythe, une convention sociale ne sont pas quelque chose : un produit ou un service identifiable et quantifiable.

Platon a une vision étatiste de la monnaie.

 

La monnaie selon Aristote doit être une marchandise

Un peu plus tard, Aristote prend une position différente. Pour Aristote, la monnaie doit avoir une valeur intrinsèque. Elle doit être marchandise.

Aristote a une vision libérale et décentralisée de la monnaie. Il estime que la monnaie doit pouvoir dépasser l'enceinte de la cité, l'économie domestique. Elle doit pouvoir recouvrir l'aire d'échange la plus vaste possible.

Les monétaristes ironisent parfois sur l'attachement d'Aristote à l'or et l'argent. Ils oublient que c'est l'usage consacré par tous, une évidence spontanée  –  donc un choix démocratique – qui a donné leurs statuts à ces métaux.

Aristote a codifié 3 caractéristiques essentielles que doit avoir une monnaie :

·      Instrument d’échange donc facilement reconnu

·      Instrument de mesure, instrument comptable

·      Stockage de la valeur dans le temps (à l’échelle de vie de quelques générations de bipèdes).

 

Les monnaies marchandises en concurrence

 

Pendant ce temps, en Chine, les pièces en métaux vils s'imposent en tant que monnaie– sauf dans l'Etat de Chu (-475 à -223) seul à adopter l'or. Toutefois, même des métaux comme l'étain, le cuivre, le plomb, le fer et leurs alliages possèdent une valeur intrinsèque, contrairement à une "convention sociale". pour les extraire, il faut de l’énergie, du travail.

 

[caption id="attachment_47253" align="alignnone" width="300"]anciennes monnaies chinoises Anciennes monnaies chinoises[/caption]

 

Récapitulons.

Si la monnaie n'est pas du crédit, elle est alors marchandise. La monnaie papier ou fiduciaire n’est finalement qu’un équivalent de crédit estampillé par l’Etat. Parmi les monnaies marchandises, les monnaies métalliques se sont imposées grâce à leurs avantages :

Conservation : mieux que le grain d'orge en usage à Sumer avant que l'argent ne le supplante

Stockage de la valeur : la quantité est limitée. Il n’est pas facile de multiplier l'or ou l'argent à volonté, sauf à consommer de l’énergie pour le miner. L’or et l’argent  sont moins faciles à extraire  que le cuivre ou l’étain qui sont plus abondant.

Reconnaissance : l'or et l'argent ne ressemblent pas aux autres métaux

Relative inutilité : personne ne meurt de faim, de froid ou de soif si l'or ou l'argent font l'objet de spéculation. On ne peut pas en dire autant des céréales, du riz ou du pétrole...

 

Monnaie-crédit ou monnaie-marchandise : une différence essentielle

Cette distinction entre monnaie-crédit et monnaie-marchandise est fondamentale.

La monnaie-marchandise sous-tend un modèle économique qui ne repose pas exclusivement sur la confiance, contrairement au crédit. Mais dans ce cas  l'Etat perd le contrôle des registres et la perception de ses recettes fiscales s’en trouve compliquée.

Dès lors, l'histoire monétaire et financière sera animée par la volonté des Etats de contrôler la monnaie-marchandise et de financer des ambitions politiques excédent leurs capacités financières.

Hélas pour les autorités gouvernantes, la capacité financière d’un Etat  ne peut pas excéder celle de ses contribuables… D’où les triches incessantes de la part des autorités lorsqu’elles ne peuvent plus recourir à la taxe pour prétendre qu’elles sont plus riches que la réalité.

Les deux plus belles histoires de manipulation monétaire sont l'hyperinflation de la fin de l'empire romain et la faillite de Philippe Le Bel. Cette dernière nous permettra de découvrir un autre grand penseur de la monnaie : Nicolas Oresme.

Vous reconnaîtrez facilement quelqu’un qui n’a aucune culture financière s’il vous dit que si vous mourrez de soif dans le désert, l’or vous sera inutile pour avoir de l’eau. Dans de telles circonstances, un bout de papier, comme un billet de banque le sera alors encore plus et ne parlons pas d’une carte de débit. Pour avoir vécu en Afrique je peux vous certifier que tout le monde prend l’or…

La suite de l'histoire de la monnaie très bientôt...

 

[1] Olivier Picard, L’invention de la monnaie et les Empires, De Crésus à Cyrus le Perse et aux Grecs

[2] Emmanuel Le Roy Ladurie, Naissance de la monnaie : du lingot à l’euro, Le Figaro Littéraire, 21 juin 2001

 

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Macron va-t-il mettre ma cousine Elisabeth à la rue ? http://la-chronique-agora.com/macron-locataire-proprietaire-bail/ http://la-chronique-agora.com/macron-locataire-proprietaire-bail/#respond Mon, 30 Jul 2018 12:08:10 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47197 locataire à la rue lois Duflot et Macron

Si vous êtes un jeune sexagénaire, du fait des lois Duflot et Macron, vous aurez du mal à trouver un propriétaire acceptant de vous louer un bien.

Ma cousine Elisabeth va prendre sa retraite à la fin de l'année 2019. Son associé dans la SCP (société civile professionnelle), Miguel, dentiste comme elle, fera de même. Ils espèrent ainsi pouvoir céder le cabinet plus facilement.

Elisabeth a décidé de quitter la région parisienne et de s'installer à Bordeaux où vit désormais sa fille. Elle a acheté un appartement sur plans, en VEFA comme on le dit officiellement (vente en état futur d'achèvement).

Actuellement, elle est locataire. Son bail arrive à échéance en septembre. Elle a donc prévenu son propriétaire dès que sa décision était prise, il y a plus de six mois maintenant.

Il faut dire qu'elle réside dans cette maison de Vincennes depuis plus de 30 ans. Elle voulait donc faire les choses dans les formes car ses relations avec le propriétaire-bailleur ont toujours été bonnes. Et si celui-ci veut prévoir des travaux et se mettre en quête d'un nouveau locataire, Elisabeth pense que le seul mois prévu par la loi est un peu court.

La loi favorise outrageusement le locataire au détriment du propriétaire

Le locataire, pour résilier son bail, pourrait se contenter d'envoyer une lettre au propriétaire. Mais pour prendre date, il est conseillé d'envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception. Le départ du locataire peut se faire à tout moment, à condition de respecter un délai de préavis de trois mois en principe.

La durée du préavis peut être réduite par un accord entre le propriétaire et le locataire.

Cette durée est obligatoirement réduite à un mois lorsque le locataire :

  • se voit attribuer un logement social ;
  • a un état de santé qui justifie un déménagement ;
  • est titulaire de l'allocation adulte handicapé (AAH) ou bénéficiaire du RSA ;
  • est contraint de déménager pour licenciement, mutation professionnelle, reprise d'emploi ou prise d'un premier emploi.

La durée du préavis est également d'un seul mois si le logement est situé dans une zone tendue, c'est-à-dire une "zone d'urbanisation continue de plus de 50 000 habitants où il existe un déséquilibre marqué entre l'offre et la demande de logements".
[NDLR : Découvrez cette étonnante stratégie qui vous permet d'engranger 258 000 €, environ ce que vous rapporterait la location d'un appartement de 60m2 en plein Paris, sur une période de 10 à 15 ans... Mais avec notre stratégie... vous n'aurez PAS besoin d'acheter d'appartement(s) ! En fait, vous n'aurez rien de très compliqué à faire : pas de locataires, pas de plomberie le week-end, pas d'heures perdues entre les agents immobiliers, notaires et consorts... tout en percevant des "loyers" réguliers et prévisibles ! Comment faire ? Tout est expliqué ici.]

Dans le cas d'Elisabeth, Vincennes est bien sûr dans une zone tendue.

Signalons qu'il est également possible de quitter son logement sans préavis si celui-ci est insalubre ou indécent.

De trois à un mois pour le locataire mais au moins six mois pour le propriétaire

Quant au propriétaire, il ne peut donner congé à son locataire que dans des cas bien précis :

  • reprise du logement pour y habiter ou loger un proche ;
  • vente du logement ;
  • existence d'un motif légitime et sérieux (par exemple paiement irrégulier et tardif des loyers, troubles de voisinage, sous-location sans autorisation, etc.).

Quel qu'en soit le motif, le propriétaire ne peut donner son congé au locataire qu'à l'expiration de la durée du bail en cours et moyennant un préavis de six mois, jour pour jour, avant son terme (et par lettre recommandée avec accusé de réception).

On le voit, la loi favorise outrageusement le locataire au détriment du propriétaire lorsqu'il s'agit de prendre congé l'un de l'autre. A elles seules, ces dispositions suffiraient à expliquer le fait que les propriétaires ont de moins en moins envie d'être des bailleurs classiques.

Si ma cousine va quitter sa maison de Vincennes dès septembre, alors qu'elle ne cessera son activité professionnelle qu'à la fin 2019 et qu'elle ne déménagera à Bordeaux qu'au début de l'année 2020, c'est que l'habitation est devenue trop grande. Ses enfants sont partis, et ses petits-enfants habitent à l'étranger et ne viennent en France que quelques semaines par an, pendant les vacances d'été, à un moment où Elisabeth n'est pas dans sa maison.

Etes-vous trop vieux pour être locataire ?

Pour faire la soudure, Elisabeth veut louer un appartement plus petit et en profiter pour faire quelques économies. Elle a trouvé quelque chose qui lui plaît au Perreux-sur-Marne il y a six mois.

Rien n'est encore signé, mais le contact avec la propriétaire est excellent. Et l'appartement la satisfait vraiment. Elle relance donc constamment l'agence immobilière pour conclure définitivement la transaction en signant le bail. Il y a quelques jours, celle-ci lui a indiqué que le dossier était en cours de constitution et que l'on allait régler cela avant la fin du mois de juillet.

Confiante, Elisabeth a commencé à faire ses cartons, et surtout à jeter. Il est vrai qu'elle en a accumulé des choses dans sa maison depuis le temps qu'elle y réside. Et au Perreux comme à Bordeaux, elle aura moins de place. Elle n'a pas le choix : il faut trier et jeter.

Les cartons commencent à s'entasser dans la maison de Vincennes et elle était en train d'en fermer un quand le téléphone se met à sonner. C'est l'agence immobilière. "Ah, se dit-elle, c'est sans doute pour le bail".

Oui, c'est bien pour le bail. Mais la discussion prend une tournure à laquelle ma cousine Elisabeth ne s'attendait pas du tout. L'employée de l'agence lui apprend que la propriétaire a reçu le projet de bail pour vérification, et qu'elle ne veut plus lui louer l'appartement.

Elisabeth tombe sur le canapé à proximité. Abasourdie. "Mais pourquoi ?" demande-t-elle. Tout simplement, lui explique son interlocutrice, parce qu'elle est trop vieille.

Heureusement Elisabeth est déjà assise ! Entendre ce genre de remarque ne fait jamais plaisir, bien sûr. Mais ma cousine ne comprend pas ce que son âge vient faire dans l'histoire.

L'employée de l'agence immobilière lui explique alors que la propriétaire s'est aperçue qu'à la fin du bail de trois ans, ma cousine Elisabeth aura plus de 65 ans. La propriétaire ne pourra plus alors récupérer le logement pour le vendre comme elle l'avait prévu. Elle préfère donc ne pas signer de bail avec Elisabeth.

La loi surprotège les locataires de plus de 65 ans au détriment des jeunes sexagénaires

La protection des locataires âgés a été renforcée par la loi Alur de Cécile Duflot. Celle-ci prévoit que, désormais, le propriétaire ne peut plus s'opposer au renouvellement du bail si son locataire remplit les deux conditions suivantes :

  • être âgé de plus de 65 ans à l'échéance du bail ;
  • justifier de ressources annuelles inférieures au plafond de ressources en vigueur pour l'attribution des logements locatifs conventionnés (23 354 € par an en 2018 pour une personne seule en Ile-de-France ; 20 304 € dans les autres régions).

En effet, si le locataire remplit les deux conditions ci-dessus à l'échéance du contrat de bail, le propriétaire se voit dans l'obligation de reconduire le bail, sauf s'il est lui-même âgé ou démuni, ou s'il propose au locataire un logement de substitution.

La proposition de logement de substitution n'est pas qu'une formalité. Il est nécessaire que ce logement corresponde aux besoins et possibilités du locataire et qu'il soit situé dans le voisinage. Il faut également que le propriétaire se soit assuré que le propriétaire du logement de substitution accepte le locataire protégé.

Si toutes les conditions sont remplies et que le locataire refuse de logement de substitution, le bailleur peut donner son congé au locataire. La loi considère qu'il a rempli son obligation.

La loi Alur prévoyait que ces dispositions s'appliquent aux baux postérieurs au 27 mars 2014. La loi Macron du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques (sic) a étendu les dispositions à tous les contrats en cours.

Aujourd'hui, ma cousine Elisabeth a des revenus qui dépassent ce plafond. Mais qu'en sera-t-il à l'échéance du bail, alors qu'elle sera à la retraite ? Par ailleurs, si Elisabeth a une personne à charge vivant habituellement dans le logement, la protection s'applique également. On comprend mieux maintenant pourquoi la propriétaire du logement du Perreux a préféré ne pas prendre de risque et donc de ne pas signer le contrat de location.

Elisabeth est maintenant furibarde et en veut à tout le monde.

Elle en veut à la propriétaire qui n'a même pas pris soin de l'appeler elle-même et qui a fait faire la sale besogne par l'employée de l'agence immobilière. Si elle avait eu la propriétaire au bout du fil, Elisabeth aurait peut-être pu trouver un terrain d'entente, en particulier lorsqu'elle lui aurait expliqué qu'elle ne souhaitait rester que 18 mois.

Elle en veut à l'agence immobilière à laquelle elle réclamait le contrat de location depuis des mois. Certes, cela n'aurait sans doute rien changé à la décision de la propriétaire. Mais elle aurait eu quelques mois supplémentaires pour trouver une nouvelle location.

Elle en veut bien sûr à Cécile Duflot et à Emmanuel Macron qui, en surprotégeant les locataires de plus de 65 ans, ont joué un bien mauvais tour aux personnes âgées de plus de 62 ans qui sont devenues des locataires indésirables.

Heureusement, ma cousine Elisabeth, si elle avait prévenu son bailleur de Vincennes de son départ, n'avait pas encore donné son congé en bonne et due forme. Elle prévoyait d'envoyer son courrier recommandé un mois avant son départ comme le lui autorise la loi. Elle ne couchera donc pas sous les ponts cette fois-ci. Mais ce n'est pas passé loin !

Si vous le pouvez, achetez votre résidence principale avant votre retraite. Et si vous êtes locataire, veillez à ne pas changer de logement après vos 60 ans. Ce sera des soucis en moins.

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Risques et « fake rate » http://la-chronique-agora.com/risques-fake-rate-sncf/ http://la-chronique-agora.com/risques-fake-rate-sncf/#comments Mon, 30 Jul 2018 10:59:37 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47200 facebook

En France, les gouvernement dispendieux et surendettés trouvent toujours des prêteurs. Mais sur les marchés actions, la perception du risque est en train de changer.

Même si vous n'êtes pas un "usager" de la SNCF réseau ouest, les déboires de ce fleuron du "service public" vous concernent en tant que contribuable.

A la suite de l'incendie d'un transformateur à Issy-les-Moulineaux, le trafic est à nouveau presque paralysé gare Montparnasse. Ceci survient après de multiples pannes et retards qui ont émaillé l'année – après un été 2017 lui-même calamiteux.

Les guichets sont pris d'assaut. Ce matin, devant moi, un usagé contraint de faire un aller-retour Nantes Paris en voiture pour un rendez-vous s'est vu refuser le remboursement de son billet au motif que "le système ne fonctionnait pas". Il est prié d'user sa patience en passant par le site en ligne.

box

PROJET "BLACK BOX"

Cette petite boîte noire contient un secret... un secret qui vous ouvre l'accès à des opportunités de gains MASSIFS sur les marchés boursiers.

Cliquez ici pour découvrir comment elle aurait pu vous rapporter 16 209 $ de gains par semaine en moyenne.

Si vous prenez le train cet été, je vous recommande chaudement la lecture de La Grève d'Ayn Rand. Vous aurez quelques milliers de pages pour combler vos attentes et les délais imprévus. Vous y découvrirez les malheurs de la Taggart – ligne ferroviaire imaginaire - confrontée à l'économie administrée, paralysée par les subventions et taxations. Vous aurez matière à réfléchir sur la moralité du capitalisme et le "laissez-faire".

En attendant, la SNCF – emblématique d'un service public aussi coûteux que dégradé – pèse quelque 50 milliards d'euros de dette dans les comptes publics.

Macron est attendu sur des propositions de coupes dans les dépenses publiques, d'autant plus que les prévisions de croissance ralentissent en France.

Le consensus se situe désormais entre 1,7% et 1,8% sur l'année, validé par l'Insee (1,7%) et la Banque de France (1,8%).

Bruno Le Maire – pris en flagrant délit de mensonge – a indiqué que Bercy maintenait sa prévision de croissance à 1,8%. Mais dans le cadre du programme de stabilité envoyé fin avril à Bruxelles, 2% sont gravés dans le marbre.

Pour résumer, les possibilités de recettes fiscales diminuent, les plans d'économie n'existent pas et le déficit devrait encore déraper, se situant au-dessus des engagements pris vis à vis de nos partenaires européens.

L'Agence France Trésor devrait placer de la dette française cette semaine mais même si les investisseurs prennent enfin conscience du risque de prêter pour financer la gabegie de l'étatisme français, les rachats de Mario Draghi pour le compte de la BCE seront encore là pour maintenir les taux à un niveau acceptable.

La perception du risque s'éveillerait-elle ?

Sur les marchés américains, certaines valeurs se sont prises une claque la semaine dernière. Facebook, bien sûr, mais aussi Netflix, Intel, Twitter, CBS, Tesla...

Comme vous le savez, ces valeurs "font" la hausse des indices américains compte tenu de leur poids.

Les grands indices accusent donc le coup.

Voici sur ce graphique, l'allure des valeurs techs (en orange) comparée à celle de l'indice large S&P 500 (en bleu).

Entraîné par la chute des premiers de cordée graphique

Les investisseurs commenceraient-ils à s'apercevoir que ces actions sont surévaluées ?

Les opérations monétaires des banques centrales consistent à faire baisser les taux d'intérêt, supprimant ainsi un précieux indicateur de risque. Mais la réalité économique – des bénéfices et chiffres d'affaires décevants – finit toujours par reprendre le dessus.

Ces "fake rates" sont à l'origine de la "Bulle de tout" mais si la perception du risque change, l'été risque de devenir mouvementé...

Vous devez absolument éviter les ETF ou trackers indiciels qui présentent un risque d'illiquidité en cas de forte chute.
[NDLR : Découvrez quelques autres précautions à prendre dès maintenant pour passer un été serein.]

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Facebook, fruit toxique de l’économie factice http://la-chronique-agora.com/facebook-economie-factice/ http://la-chronique-agora.com/facebook-economie-factice/#comments Mon, 30 Jul 2018 10:00:38 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47188 Facebook

Facebook est une entreprise qui n'ajoute pas de richesse mais en capte en prenant sur le temps libre de ses utilisateurs. Sa valorisation est gonflée par de l'argent factice

La semaine dernière, Facebook a perdu en une seule séance plus de valeur que la taille de l'économie de 145 pays.

Lord Zuck à lui seul a perdu plus que le PIB annuel de l'Islande.

USA Today nous en dit plus :

"Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, a perdu plus de 15 milliards de dollars de richesse boursière jeudi, les investisseurs vendant les actions en masse après l'annonce que le réseau social enregistrait un ralentissement de la croissance des ventes.

Cette perte gigantesque en une seule séance a suffi à faire dégringoler Zuckerberg, 34 ans, dans le classement Forbes des milliardaires mondiaux ; il passe de la quatrième à la sixième place avec une valeur nette de 67 milliards de dollars".

Maroc, Venezuela, Ukraine, Equateur, Angola, Guatemala – aucun de ces pays n'a un PIB annuel de plus de 120 milliards de dollars. Et on trouve environ 140 économies encore plus petites. Cent vingt milliards de dollars, c'est assez d'argent pour faire 120 000 millionnaires.

Les points que nous devons relier aujourd'hui : qu'est-il arrivé à l'argent ? Où est-il allé ? Est-ce que 120 000 ex-millionnaires sont en train de se lamenter ?

la chute de Facebook

Nous nous demanderons aussi ce que cela signifie. Est-ce le début d'une tendance ?

En l'an 2000, deux géants de la technologie – Intel et Microsoft – ont enregistré eux aussi des pertes considérables sur une seule séance... de 90 milliards de dollars et 80 milliards de dollars respectivement.

S'en est suivi une longue période de pleurs et de grincements de dents, le Nasdaq perdant au final 80%. Qu'est-ce qui nous attend à présent ?

Mais d'abord...

Pierre à pierre

Nous avons passé moins de temps à relier les points que d'habitude, ces derniers jours. A la place, nous avons passés des après-midis ensoleillés à relier des pierres.

La section supérieure du mur s'est effondrée le week-end dernier. Nous nous sommes retrouvé avec une pile de gravats que nous avons dû faire léviter, les remettant en place avant de pouvoir commencer à poser notre toit.

Nous avons passé toute la semaine dernière à travailler à la maçonnerie. Nous en sommes à la pose des chevrons. Avec un peu de chance, nous serons prêt à rajouter la tôle lorsque nous partirons mardi.

Bill Bonner fait "léviter" des pierres avec son tracteur

Mais revenons-en au sujet qui nous occupe... la signification et les conséquences de l'énorme perte de Facebook (FB).

Un cauchemar financier

Comme vous l'aurez sans doute deviné, l'histoire ne se limite pas aux profits et ventes de Facebook elle-même.

Vous savez déjà que FB a désormais du mal à se développer ; ses statistiques mensuelles d'utilisateurs en Europe et en Amérique du Nord stagnent.

Les jeunes de notre entourage nous disent qu'ils réduisent le temps qu'ils passent sur FB, voire qu'ils l'abandonnent purement et simplement.

Comme nous l'avons souligné la semaine dernière, Facebook est fondamentalement une société de loisirs. C'est une diversion... une distraction... une manière de passer le temps. Le problème, c'est qu'il n'y a qu'une quantité limitée de temps. On finit par se retrouver à court.

Avec le cas Facebook, nous avons une métaphore très pratique pour tout cet argent factice et la richesse factice qu'il produit – en collision directe avec le monde réel : le temps, les ressources, le savoir-faire et la discipline.
[NDLR : Intéressé par des entreprises qui respectent ces vraies valeurs... et offrent de vraies perspectives à leurs investisseurs ? Cliquez ici pour tout savoir.]

Facebook valait 630 milliards de dollars mercredi. A la fin de la séance de jeudi, l'entreprise ne valait plus que 508 milliards de dollars.

Entre le moment où le marché a ouvert jeudi matin et le moment où la cloche a sonné à la fermeture, la richesse s'est évaporée au rythme de 20 milliards de dollars par heure environ. Et qu'en est-il des 120 000 fortunes à un million de dollars ? Elles aussi ont dû être oblitérées. L'argent, ça va, ça vient...

A 34x les revenus réels, les investisseurs Facebook n'achetaient pas l'entreprise pour les dividendes. L'entreprise n'a jamais versé de dividendes. Elle n'aurait jamais pu payer assez de dividendes pour justifier le prix.

Au lieu de ça, les investisseurs ont utilisé de l'argent qui ne représentait pas de richesse réelle pour acheter des actions qui ne représentaient pas de revenus réels, en espérant engranger des gains grâce à une "croissance" qui n'existait pas.

Cela ne s'applique pas uniquement à Facebook ; tout le groupe des FAANG est concerné.

Il n'y a que 24 heures dans une journée. Si l'on part du principe que le nombre d'heures de loisir est plus ou moins fixe, la seule manière que les gens puissent rester plus longtemps sur FB... ou regarder plus de films sur Netflix... ou passer plus de temps à parcourir Google à la recherche de potins salaces... serait de passer moins de temps sur des loisirs traditionnels, les médias "à l'ancienne".

Le temps est la limite ultime. L'oisiveté prend du temps.

Une réflexion contrariante

Mais la croissance n'a jamais provenu de l'expansion du temps. Elle naissait parce que les nouveaux venus pouvaient s'emparer des parts de marchés – et de l'espace publicitaire – appartenant à d'autres secteurs de loisirs.

Pas de Nouvelle ère, en d'autres termes : simplement la même vieille ère, une concurrence féroce dans une économie qui se développe lentement.

Les dépenses publicitaires dépendent des ventes. Et les ventes dépendent des revenus disponibles.

Les revenus des ménages aux US ont à peine bougé depuis le début du XXIème siècle. De sorte que chaque dollar que les nouveaux FAANGS ont obtenu en revenus publicitaires devaient venir des anciens secteurs des loisirs.

En net, l'économie ne se trouvait pas mieux. Il ne s'est pas produit de miracle technologique. Pas de vitesse lumière pour le PIB. Pas de stimulant pour l'emploi, les salaires, la productivité. Pas de châteaux en Espagne... ou ailleurs.

Mais attendez... nous avons une autre réflexion irritante à faire.

Les FAANG ont été poussés par l'économie factice de plusieurs manières. Les entreprises se sont développées à un rythme extraordinaire (prenant les parts de marché des autres) parce qu'elles avaient accès à des milliards de dollars d'argent factice prêté à des taux factices.

Elles ont pu investir des capitaux pour augmenter les ventes – ou au moins le trafic – sans avoir à prouver leur profitabilité.

Les clients ont pu acheter leurs services (et ceux de leurs annonceurs) avec de l'argent factice.

Les investisseurs aussi ont acheté leurs actions à des prix absurdement gonflés, grâce aux 20 000 milliards de dollars d'épargne factice injectés dans l'économie par les banques centrales du monde entier depuis 2000.

Et toute l'affaire a également profité d'une augmentation du temps de loisir disponible.

Oui... c'est un autre fruit toxique de l'économie factice : elle a laissé plus de temps libre aux gens.

Alors que la Trump Team annonce les niveaux de chômage les plus bas de ces 50 dernières années, 100 millions de personnes – des jeunes qui vivent dans la sous-sol de leurs parents... des travailleurs free-lance entre deux contrats... des travailleurs à temps partiel... des hommes d'âge mûr qui ont perdu des emplois qui paient bien dans le secteur industriel – passent leurs heures libres à vérifier leurs e-mails, à bavarder avec leurs "amis" sur les réseaux sociaux...

... et à attendre que la Prochaine Révolution Techno les rende enfin riches.

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Soufflons un peu en ce lendemain du jour de libération fiscale http://la-chronique-agora.com/liberation-fiscale/ http://la-chronique-agora.com/liberation-fiscale/#comments Sat, 28 Jul 2018 17:30:20 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47182 libération fiscale

Ouf, voilà, c'est fait : ce vendredi 27 juillet était notre jour de libération fiscale. A partir d'aujourd'hui nous travaillons pour nous et non plus pour les finances publiques.

Evidemment, ce 27 juillet est une date symbolique, une moyenne. Certains d'entre nous sont libérés bien plus tard.

Certes, la taille unique est une mauvaise taille pour chacun mais les moyennes permettent des comparaisons et, en moyenne, nous sommes libérés les derniers parmi les autres Européens. Les Belges ont réussi en 2017 à gagner 11 jours en un an grâce à des réformes. De notre côté, nous n'avons gagné que deux jours.

"Réduction d'impôt sans baisses des dépenses publiques = fumisterie" commentait de façon lapidaire un lecteur de Bill Bonner.

Effectivement. L'argent ne tombe pas du ciel et ce n'est jamais "l'Etat qui paye" comme disait François Hollande.

Pour souffler un peu nous allons nous octroyer une petite période de repos du 1er août au 17 août et méditer sur le défi d'un autre fidèle commentateur :

"Bonjour Bill Bonner, pouvez-vous nous donner un exemple actuel de marché 'gagnant-gagnant' ? Car je n'en ai trouvé aucun, sinon des 'gagnant-perdant'."

Une piste de réflexion : dans un contrat potentiellement gagnant-gagnant, aucune des parties n'agit sous la contrainte. A ce propos, notons que peu de contribuables feraient spontanément leurs virements à Bercy ; impôts et taxes sont recouvrés par l'usage de la force publique et donc la contrainte.

A combien se chiffrerait en moyenne une contribution volontaire parce que les gens estimeraient qu'ils sont gagnant-gagnant en finançant l'Etat ? 10% des revenus ? Plus, moins ?

Cette question est peut-être de la pure spéculation intellectuelle mais y répondre permettrait de circonscrire le rôle de l'Etat dans nos vies. En dehors des accords gagnant-gagnant, il ne peut y avoir création de richesse, il n'y a qu'une tyrannique redistribution.

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L’ignorance économique des Français plombe la croissance http://la-chronique-agora.com/ignorance-economique-francais-croissance/ http://la-chronique-agora.com/ignorance-economique-francais-croissance/#comments Sat, 28 Jul 2018 17:00:41 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47177 culture economique

Il existe un lien fort entre la culture économique diffuse dans un pays et ses performances économiques.

Telle est la conviction de Pierre Robert, agrégé de sciences économiques et sociale et professeur en classes préparatoires, qui a consacré en mai 2018 une note à l'Institut Sapiens intitulée "Comment élever le niveau des Français en économie ?" (*)

Selon lui, les Français dans leur ensemble n'ont pas une connaissance satisfaisante des mécanismes économiques de base de l'économie de marché. Et les enquêtes internationales montrent que cette ignorance est plus marquée chez nous que dans les autres pays européens.

Qu'il s'agisse de l'effet de l'inflation sur les rendements des actifs, des niveaux de risque des différents placements ou du mécanisme des intérêts composés, seuls 31% des Français fournissaient une réponse correcte sur ces trois points, contre 53% des Allemands et 50% des Suisses (2010).

Lorsqu'on interroge les Français, dans deux cas sur trois les sondés ne connaissent ni l'ordre de grandeur du PIB, ni celui de la dette publique, deux indicateurs pourtant essentiels.

73% (trois Français sur quatre) ne savent pas évaluer ce qu'un employé au SMIC coûte à son entreprise. Et 38% pensent que la situation de notre commerce extérieur est bonne, alors qu'elle est mauvaise !

Cette ignorance touche tous les milieux, selon Pierre Robert. Elle affecte également la classe politique, les fonctionnaires, les juges, la plupart des intellectuels et la majorité des journalistes. Une telle situation, explique l'auteur, ne peut que nuire au dialogue social, freiner les réformes et empêcher notre pays de mettre pleinement en oeuvre son potentiel d'innovation et de croissance

On assiste également à des polémiques stériles dans les médias. Par exemple la polémique récurrente autour de la cagnotte fiscale. Dès lors que les déficits seraient moindres que prévus, beaucoup pensent qu'il y aurait une cagnotte à redistribuer. Pourtant le fait que les déficits passent sous la barre des 3%, n'est pas la garantie d'une bonne santé économique. Pour cela ne faudrait-il pas d'abord rétablir l'équilibre des finances et baisser la dépense publique ?

Quelles sont les causes de ce manque de culture économique ?

Elles sont d'abord historiques et culturelles. L'économie a toujours eu un rôle secondaire dans notre pays, explique l'auteur de ce rapport. En 1944, le Conseil national de la Résistance a conçu un programme qui faisait de l'Etat le maître d'oeuvre de la reconstruction.

Ce pilotage de l'économie par l'Etat a bien fonctionné pendant les Trente Glorieuses. A l'époque, l'économie française était en phase de rattrapage. Mais nous ne sommes plus dans le même régime de croissance. Aujourd'hui notre économie est tournée vers l'innovation et requiert une participation active.

Pour l'économiste américain Edmund Phelps, l'auteur de La Prospérité de masse (Odile Jacob, Paris, 2017), une économie moderne "pratique avant tout des activités visant l'innovation". Pour avancer "elle se nourrit d'une culture économique motivante aussi bien que de motivations financières. Une société à dynamisme fort requiert des individus qui ont grandi avec certains comportements, et certaines croyances, qui les poussent à saisir des occa­sions qui promettent de les enthousiasmer par leur nouveauté, de les intriguer par leur mystère, de les défier par leur difficultés et de les inspirer par les nouvelles pers­pectives qu'elles représentent".

En négatif, cela signifie que l'ignorance économique favorise le corporatisme, donc la défense étroite des intérêts en place, qui elle-même étouffe le dynamisme de l'économie.

Un rejet de l'économie de marché et de l'entreprise

Il y a une seconde série de causes qui touchent à l'enseignement de l'économie en France, explique Pierre Robert. Les manuels scolaires et les programmes dans le secondaire sont trop vastes et couvrent des champs trop variés dont aucun n'est au final maîtrisé : démographie, sociologie, sciences politiques...

Pire, ils ont une vision biaisée de l'économie, presque caricaturale. Ils présentent l'économie de marché avec un pessimisme excessif, en mettant l'accent presque exclusivement sur ce qui ne va pas. En réalité, il existe une véritable contre-culture économique, très hostile à l'adaptation nécessaire de notre économie aux mutations du monde actuel.

Ajoutons que dans les grandes écoles ainsi qu'à l'école nationale de la magistrature, l'enseignement de l'économie est tout simplement absent.

Les conséquences de cette hostilité ont été mises en évidence par Edmund Phelps, qui estime qu'une telle attitude coûte un point de croissance par an, soit 23 milliards d'euros, la moitié de la dette de la SNCF.

En conclusion, Pierre Robert préconise d'adopter une approche disciplinaire plus large "qui ne soit pas aussi centrée sur les mathématiques et les techniques quantitatives mais fasse plus de place à l'histoire de la pensée économique, à l'épistémologie de la discipline et aux autres sciences sociales. Cela aurait d'autant plus de sens qu'auront été posées dans le secondaire les bases du raisonnement en économie".

Cela suppose que les professeurs aient été correctement formés à cette double tâche lorsqu'à l'université ils préparent le mastère de formation aux métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation.

(*) https://www.institutsapiens.fr/comment-elever-le-niveau-des-francais-en-economie/

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Amazon, enfin un courant favorable ? http://la-chronique-agora.com/amazon-resultats/ http://la-chronique-agora.com/amazon-resultats/#comments Fri, 27 Jul 2018 11:00:02 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47169 Amazon

Les investisseurs ont retenu la croissance des résultats d'Amazon après des années de pertes ou de vaches maigres. Mais 89 fois les bénéfices, est-ce raisonnable ?

Après Facebook, c'était au tour d'Amazon d'aller au confessionnal des résultats trimestriels. Amazon est l'un des "A" des FANG (Facebook, Amazon, Netflix et Alphabet-Google), son patron Jeff Bezos est l'homme le plus riche du monde et sa capitalisation frise les 900 milliards de dollars... pour le moment.

Amazon a été qualifié par Bill Bonner de "rivière sans retour". Pendant des années, l'entreprise restait prisée des investisseurs en ne dégageant que des pertes. Mais, surprise, en cet an de grâce 2018, Amazon arrive enfin à gagner de l'argent : 2,53 milliards de dollars précisément, soit 5,07 $ par action.

Après des années de pertes et de maigres profits, les résultats d'Amazon décollent graphique

Source : Bloomberg

Certes, le chiffre d'affaires (52,9 milliards de dollars) a un peu déçu les attentes mais les investisseurs se sont focalisés sur ces 5 $ par action.

Le cours de l'or... multiplié par SEPT ?

C'est en tout cas l'objectif fixé par Jim Rickards si cet événement se produit : cela mettrait le prix de l'once à... plus de 8 700 $.

Ce n'est pas tout : Jim a identifié deux autres manières de profiter d'un bouleversement qui est en train de se produire au moment même où vous lisez ces lignes. Pour tout savoir, cliquez ici.

Le chiffre d'affaire annexe – celui qui ne vient pas des commissions sur les produits vendus – provient :

  • des services informatiques hébergés (cloud computing) prodigués aux fournisseurs (6,1 milliards de dollars)
  • des clients qui paient chaque mois pour avoir des expéditions plus rapides ou des abonnements à des contenus musicaux ou vidéo (3,4 milliards de dollars)
  • de la publicité (2,2 milliards de dollars)

Par conséquent, les espérances de croissance de résultats reposent sur moins de 25% du chiffre d'affaires.

En admettant qu'Amazon enchaîne quatre bons trimestres comme celui-ci, cela fera 20,28 $ de résultat par action. Au cours de 1 808 $, Amazon se paie 89 années de bénéfices. Or, en présentant ses résultats du deuxième trimestre, Amazon a déjà prévenu que le troisième trimestre serait un peu moins bon.

Une telle valorisation serait peut-être admissible pour une entreprise de croissance opérant sur un secteur naissant en pleine expansion et qui verrait son chiffre d'affaires décupler dans un laps de temps très bref.
[NDLR : Découvrez la fantastique opportunité débusquée par notre spécialiste, née de la collision de deux technologies majeures de la blockchain. Cet investissement pourrait vraiment vous permettre d'engranger 75 fois la mise. Cliquez ici pour avoir tous les détails.]

Mais Amazon, cotée depuis 1998, n'est pas une perdrix de l'année, loin de là.

La caractéristique des bulles c'est que le grotesque semble normal.

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Le prochain grand marché haussier des minières aurifères http://la-chronique-agora.com/marche-haussier-minieres-auriferes/ http://la-chronique-agora.com/marche-haussier-minieres-auriferes/#comments Fri, 27 Jul 2018 10:30:59 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47156 or, minières aurifères

Le rapport "In Gold We Trust" explique que le prochain marché haussier des minières aurifères aura une ampleur inégalée. Découvrez les FANG en or.

Jamais les minières aurifères n'ont connu un tel marché baissier que celui entamé en 2011. Mais la volatilité diminue et 2017 semble avoir été l'année du point bas.

Pour Ronald-Peter Stöferle et Mark J. Valek (S&V), la prochaine crise aura un effet considérable sur le cours de l'or. Mais quelles conséquences aura-t-elle sur les actions de sociétés d'exploitation minière ? Voici ce qu'en pensent nos deux Autrichiens.

Tout d'abord, il me semble important de préciser que même si vous n'êtes pas positionné sur le marché des minières ("l'or pour le profit", tel que l'appellent S&V), vous avez néanmoins tout intérêt à le surveiller de près en tant qu'investisseur dans l'or physique ("l'or pour l'assurance"). C'est en tout cas l'hypothèse de S&V : "un marché haussier de l'or doit toujours être confirmé par les minières aurifère", avancent-ils.

Commençons avec une réflexion sur une notion souvent au coeur des discussions sur ce secteur, avant de nous pencher sur les cours.

Que penser du "pic de l'or" ?

Le "pic de l'or" est un argument auquel recourent nombre de partisans du métal jaune : la quantité disponible d'or sur terre étant finie, le cours du métal jaune serait nécessairement destiné à augmenter au fur et à mesure qu'il se fera plus rare sous terre.

Faut-il succomber à la facilité de cet argument défendu par la légende canadienne de l'industrie minière Pierre Lassonde, qui "estime que le pic de l'or pourrait déjà avoir été atteint" ?

J'ai consacré plusieurs pages de mon livre à ce concept posé par le géologue américain King Hubbert dans les années 1950, et je vous ai régulièrement tenu informé des nouveautés autour de cette thématique (voir notamment ici et ).

S&V se situent à mi-chemin entre l'approche cornucopienne (du latin cornu copiae signifiant corne d'abondance) développée par Julian Simon, et la vision malthusienne de Pierre Lassonde.

Pour les auteurs, les innovations technologiques permettront à l'Homme d'extraire encore beaucoup de minerai aurifère des arcanes terrestres et il n'y a pas lieu de s'alarmer à l'idée d'une déplétion du métal jaune.

"La production mondiale d'or a déjà atteint des sommets intermittents à quatre reprises depuis 1900 : en 1912, 1940, 1971 et 2001, et chaque sommet était plus élevé que celui qui le précédait. Le dernier pic a été enregistré en 2001, lorsque la production annuelle a atteint 2 600 tonnes, puis elle a diminué pendant plusieurs années par la suite. Poussée par une hausse des prix de l'or, la production a recommencé à augmenter à partir de 2009 et a augmenté chaque année depuis lors. Selon le World Gold Council, la production mondiale a atteint 3 298 tonnes en 2017."

En d'autres termes, nous avons le classique effet des prix élevés qui raniment la prospection et par la suite la production.

Production annuelle depuis 1900 en tonnes et prix de l'or (échelle de droite) graphique

Pour S&V, du fait des coupes drastiques dont ont fait l'objet les budgets d'exploration depuis 2012, "nous sommes probablement proches d'un autre pic intermittent de la production d'or".

Onces d'or découvertes (millions d'onces) et dépenses d'exploration (en milliards de dollars depuis 1975)

Ils expliquent la diminution des dépenses d'exploration par la hausse de l'investissement passif au travers des ETF. Quel est le rapport, vous demandez-vous peut-être ? Il est en fait assez simple et mécanique.

Les ETF listent essentiellement des compagnies qui sont déjà en phase d'exploitation. Les compagnies juniors, qui sont encore en phase d'exploration, en sont souvent écartées. Or, comme l'investissement dans l'activité minière a de plus en plus lieu au travers des ETF, ce sont les juniors qui se retrouvent en mal de financement et le potentiel de découverte se réduit.

S&V concluent que "le 'pic de l'or' est une perspective réaliste en raison d'une pénurie de dépenses d'exploration, mais cette pénurie affectera principalement les activités de fusion-acquisition au sein du secteur plutôt que le prix de l'or."En effet, "le ratio stock/flux extrêmement élevé du métal garantit que les baisses de production soient compensées par le vaste stock de lingots."

Enfin, notons que le coût de la prospection se renchérit, ce qui pousse aussi les prix de l'or à la hausse.

Coût de chaque nouvelle once découverte

Voyons maintenant comment ont évolué les cours des minières et quelle tournure ils pourraient prendre lors de la prochaine crise.

2008 : après son plus haut historique, le HUI s'effondre de 67% en quatre mois, avant de repartir de plus belle

L'indice minier a perdu 67% entre juillet et octobre 2008, alors que l'or ne chutait que de 26%.

2011-2016 : la longue descente aux enfers des minières et la restructuration du secteur

Sur la période 2011-2015, le secteur a traversé un interminable marché baissier qui a induit une diminution colossale de la valeur des actions minières. Le HUI a en effet perdu pas moins de 80% de sa capitalisation, la plus forte de son histoire.

bear

Pas étonnant que, depuis, "l'atmosphère des conférences au sein de l'industrie minière rappelle inévitablement les ambiances funéraires ou celle des fêtes d'anniversaire dans les maisons de retraite", comme le relèvent S&V.

Ce très long marché baissier a en tout cas eu le mérite de permettre à la destruction créatrice de faire son oeuvre, amenant le secteur à se restructurer en profondeur :

"Les producteurs sont désormais plus maigres, ayant réduit le lourd fardeau de leur dette, et devraient bénéficier grandement de la hausse des prix de l'or à l'avenir." [...] "De nombreuses entreprises adoptent lentement des stratégies commerciales plus agressives et passent, pour ainsi dire, d'un mode opératoire de marché baissier à un mode opératoire de marché haussier."

S&V estiment que depuis lors, "de nombreux producteurs et développeurs qui ont dû être classés comme fragiles par le passé ont fait leurs devoirs et méritent désormais d'être classés comme entreprises antifragiles."

Mi-2016 : début de la consolidation sur un marché particulièrement délaissé par les investisseurs

Depuis mi-2016, le marché consolide. Sur les 12 derniers mois, comme l'or, les mines ont fait l'objet d'une faible volatilité, fait suffisamment rare pour être souligné avec insistance par les auteurs.

Mai 2018 : un marché extrêmement délaissé par les investisseurs

Le ratio BGMI/S&P 500 montre que sur les 78 dernières années, le secteur fait l'objet d'un niveau de pessimisme comparable à celui qui était le sien au début des années 2000, alors que l'or s'échangeait à peine 300 $ l'once, ce qui en fait à ce stade "une opportunité d'investissement extrêmement contrarienne".

BGMI

"Qu'arriverait-il aux actions minières de métaux précieux si le marché actions devait connaître une forte dégringolade ?"

C'est la question à laquelle tentent de répondre S&V. Ce graphique, qui fait apparaître le HUI ainsi que les marchés haussiers et baissiers sur le S&P 500, est riche d'enseignements :

Périodes de marchés haussiers et baissiers sur l'indice S&P 500 comparé à la performance de l'indice minier aurifère HUI

S&V font tout d'abord remarquer qu'en 2008, "les actions minières ont [...] été le premier secteur du marché à se redresser après le krach, se développant rapidement en termes de force relative. Les actions minières aurifères ont atteint leur plus bas six mois avant le S&P 500."

"La situation actuelle est cependant fondamentalement différente. Le marché baissier du HUI qui s'est étendu de septembre 2011 à janvier 2016 a été le plus long et le plus brutal de l'histoire du secteur. Par conséquent, nous nous attendons à ce que la chute du marché boursier ne conduise initialement qu'à une certaine faiblesse des actions minières aurifères, faiblesse qui devrait être beaucoup moins importante qu'en 2008. Ce phénomène devrait être suivi d'un découplage relativement rapide."

Enfin, si la hausse entamée en 2015 atteste effectivement du départ d'un nouveau marché haussier sur les minières, il s'agit pour le moment du plus court mouvement de hausse profonde de l'histoire du secteur et de l'un des plus faibles.

Comparaison des marchés haussiers de l'indice minier aurifère BGMI depuis 1942

"Si nous sommes bien au début d'une tendance haussière prononcée sur les actions de métaux précieux - ce que nous supposons être le cas -- il reste beaucoup de potentiel de hausse. De plus, le graphique montre que chaque marché haussier du secteur s'est terminé par un pic parabolique à la hausse qui a duré neuf mois en moyenne et qui a au minimum fait doubler les prix."

Or, comme "l'hypothèse de base de l'analyse technique est qu'un marché haussier est souvent l'image renversée du précédent marché baissier (et vice versa) [...] le prochain marché haussier devrait certainement être caractérisé par une performance bien au-dessus de la moyenne."

Conclusion : FANG ou FANG ?

S&V résument leur position dans les termes suivants :

"Après avoir traversé le pire marché baissier de son histoire, le secteur de l'or se trouve enfin sur une base nettement plus solide. D'un point de vue contrarien et contracyclique, il pourrait bien s'agir du secteur de marché le plus intéressant."

Ils sensibilisent enfin leurs lecteurs au fait que l'heure pourrait bien être à détenir les FANG dorés (Franco-Nevada, Agnico-Eagle, New Gold and Goldcorp) plutôt que les FANG de la tech ! J'espère vous avoir apporté suffisamment d'éléments pour y réfléchir.

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L’effondrement futur des FANG http://la-chronique-agora.com/effondrement-futur-fang/ http://la-chronique-agora.com/effondrement-futur-fang/#comments Fri, 27 Jul 2018 10:00:25 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47165 les FANG s'effondrent bourse marc zuckerberg

Les FANG sont dans une bulle comparable à celle de l'électronique dans les années 1960 ou des dot.com dans les années 1990. La fin est prévisible.

Pauvre Mark Zuckerberg. Selon les rumeurs, il serait en fait une sorte de robot extrêmement avancé, un "reptilien", ou peut-être même un extra-terrestre.

Les jeunes l'appellent "Lord Zuck".

Mercredi, son entreprise a perdu 151 milliards de dollars de valeur boursière. Si la tendance se poursuit, Facebook aura subi la plus grosse perte de l'histoire des marchés.

Et si ça continue encore un peu, Lord Zuck ne va pas tarder à dormir dans sa voiture, garée sur un parking de supermarché à Menlo Park.

La majeure partie des gains boursiers, cette année, proviennent des valeurs Big Tech, les FAANG – c'est-à-dire Facebook, Amazon, Apple, Netflix et Google. Et ce que M. le Marché donne... M. le Marché le reprend.

Les géants de la technologie au service des loisirs

Les technos font toutes partie du secteur des loisirs, en quelque sorte. Leur modèle n'est guère différent de celui d'un magazine. Il s'agit de capturer l'attention des lecteurs avec des images criardes et de la prose tapageuse... puis de vendre des espaces publicitaires et l'accès à cette clientèle captive.

Cependant, les investisseurs ne voient pas le TIME ou un Newsweek à l'ancienne, lorsqu'ils regardent les géants de la technologie.

Ils voient de la nouveauté... des industries vierges construisant des châteaux en Espagne... et exploitant la sorcellerie technologique pour générer de la croissance et des profits quasi-illimités.

Ce n'est pas la première fois que ça arrive. Les marchés évoluent en vastes et longues vagues, qui durent des décennies. Chaque fois qu'ils approchent d'un sommet, le vertige les prend.

Le dernier sommet majeur remonte à la fin des années 1960. Le marché a atteint son sommet, en termes réels, en 1966. Les actions ont ensuite chuté pendant 16 années consécutives.

Nous avons vu un nouveau mini-sommet en 1987, qui a mis les autorités dans tous leurs états... prêtes à tout pour faire regrimper les cours. Pour la première fois de l'histoire des Etats-Unis, la Fed a soutenu les investisseurs en actions grâce à ce qui fut ensuite appelé le put Greenspan.

L'argent facile vint inonder les marchés ; les actions grimpèrent.

Cet exercice idiot (que nous avons décrit comme étant l'Erreur n°3) a été répété après chaque sommet suivant, en 2000 et 2007.

Illusion maximum des clics et des rêves

De tels sommets marquent l'apogée de l'optimisme humain... des points d'illusion maximum, lorsque les gens imaginent que les arbres montent réellement jusqu'au ciel et que les contes de fées se réalisent vraiment.

Ils sont alors prêts à acheter les actions à des prix qui n'ont aucun rapport avec les bénéfices.

Une action représente la propriété d'une part d'une entreprise. Elle n'a de valeur pour les investisseurs que dans la mesure où l'entreprise en question gagne de l'argent et le partage avec eux.

Les technos, pour leur part, ne gagnent souvent rien du tout. Elles offrent des clics, la vision audacieuse d'un avenir excitant mais fantasmé, des rêves de richesses au-delà de toute imagination... mais pas de cash.

Lors du pic du marché haussier dans les années 20, les investisseurs s'étaient entichés des entreprises qui développaient les merveilles technologiques de l'époque – les automobiles et les appareils électriques, principalement.

A l'époque du président Lyndon Johnson, dans les années 1960, c'est l'électronique qui était au goût du jour. Les entreprises dont le nom finissait en "onics" ou "tech" cotaient bien plus que leurs revenus réels.

Plus récemment, il y a eu le célèbre boom des dot.com, largement surévaluées à la fin des années 1990. Nous avons lancé l'édition américaine de ces Chroniques en 1998, il y a 20 ans.

Nous nous rappelons nous être moqué des chouchous d'internet de la fin des années 1990... et des gourous de l'époque comme George Gilder (qui a depuis rejoint notre très courte liste de héros, pour nous avoir aidé à comprendre le système d'argent factice actuel).

Nous nous rappelons avoir averti que la bulle éclaterait. Et finalement, nous nous rappelons à quel point les lecteurs nous en avaient voulu.

C'était comme si nous avions annoncé à un bambin que son chien venait de mourir et que le Père Noël n'existait pas. Ils ne voulaient pas l'entendre. Ils avaient trouvé leur Messie ; ils savaient que les dot.com les libéreraient du manque... du besoin... de la nécessité d'épargner, de réfléchir ou de satisfaire des clients.

Hélas, on n'a jamais découvert de substitut au travail, à la discipline, à la patience et à la chance. L'être humain a été expulsé du paradis il y a longtemps. Depuis, jamais il n'a pu vivre sans trimer et transpirer, en dépit des gigantesques avancées technologiques.

Les merveilles actuelles ne feront pas exception : les Icare de la technologie chuteront comme tous les autres.
[NDLR : Mieux vaudrait ne pas se trouver en dessous lorsqu'ils s'écraseront... Cliquez ici pour prendre quelques mesures de précaution simples et efficaces en cas de krach.]

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Une prévisible escalade de la guerre commerciale http://la-chronique-agora.com/escalade-guerre-commerciale/ http://la-chronique-agora.com/escalade-guerre-commerciale/#respond Thu, 26 Jul 2018 11:00:52 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47145 guerre commerciale

La guerre commerciale provoque le nationalisme qui lui-même fait sortir les armes. C'est ce que montre l'Histoire.

En représailles, Donald Trump a demandé l'an dernier au représentant au Commerce US, Robert Lighthizer, d'ouvrir une enquête officielle sur les pratiques commerciales de la Chine.

Les droits de douane décidés par Donald Trump sont entrés en vigueur début juillet : 34 milliards de dollars d'importations chinoises seront taxées à 25%.

A y regarder de plus près, la guerre commerciale a commencé il y a déjà plusieurs années. Les Etats-Unis ne font que se défendre, pour une fois.

Les subventions chinoises, les vols de propriété intellectuelle et toutes sortes de politiques mercantilistes ont bien dérobé aux Etats-Unis tout à la fois ses emplois manufacturiers et sa propriété intellectuelle.

Rarement couvert par les médias, le pillage de la propriété intellectuelle des Etats-Unis par la Chine leur coûte 600 milliards de dollars par an. Forbes qualifie cela de "plus gros transfert de richesse de l'histoire".
[NDLR : L'administration Trump s'apprête à prendre des mesures qui pourraient se révéler une formidable opportunité d'investissement que vous dévoile notre spécialiste ici.]

L'Union européenne elle-même est un dispositif de guerre commerciale. Elle a été fondée sur la mise en place de fortes barrières commerciales et de nombreuses subventions conçues pour lutter contre la puissance économique américaine.

La création de l'Union européenne avait pour objectif de fonder un bloc commercial pour concurrencer les Etats-Unis et la Chine.

Les leaders chinois réagissent à tout cela en déclarant que Trump a raison. La guerre commerciale n'est pas nouvelle. Mais Trump ne remonte pas assez loin dans l'histoire. Pour la Chine, les guerres commerciales actuelles ont commencé avec les guerres de l'opium au XIXème siècle.

A cette époque, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avaient ravagé la Chine pour combler leur propre déficit commercial – par la force militaire et en empoisonnant la société chinoise avec une substance addictive. La politique de la canonnière était utilisée pour maintenir les ports de commerce ouverts et pour que l'opium envahisse ainsi la Chine.

Les Britanniques envoyaient leur substance dérivée du pavot depuis l'Afghanistan, les Américains depuis la Turquie. En retour, ils obtenaient beaucoup d'argent-métal pour rééquilibrer leur déficit commercial. Les Chinois connurent un problème national de dépendance à l'opium, à tel point que cela provoqua une révolte.

De nos jours ce sont les Etats-Unis qui souffrent d'une dépendance aux opioïdes. Ironique de constater comment les situations peuvent se retourner...

L'histoire est assez semblable pour le Japon, mais sans l'opium. Sous la menace des armes occidentales, les Japonais ont ouvert leur économie à l'Occident.

Mais peut-être ne remonte-t-on pas encore assez loin, peut-être faut-il aller au-delà des guerres de l'opium du XIXème siècle et de l'ouverture du Japon.

La création des Etats-Unis a également été déclenchée par une guerre commerciale. L'East India Company (EIC) avait obtenu l'autorisation du parlement britannique de vendre du thé asiatique directement dans les colonies, sans plus devoir passer par des intermédiaires.

Ces derniers, ainsi que des contrebandiers du thé menacés par la nouvelle route commerciale, se faufilèrent, déguisés en Indiens, dans les trois premiers bateaux de l'EIC qui devaient entrer dans le port de Boston et jetèrent le thé par-dessus bord. Le reste appartient à l'Histoire.

Comme vous pouvez le constater, les guerres commerciales sont le fondement même de nos nations (et de l'Union européenne).

La question de la légitimité des guerres commerciales revient à celui qui a la mémoire la plus longue.

Des alliances dans la guerre commerciale

L'Histoire peut souligner l'absurdité de l'actualité, vous ne devez néanmoins pas cesser de veiller à en tirer bénéfice et à protéger votre argent.

Selon Reuters, les Chinois ont approché l'Union européenne pour publier une déclaration conjointe contre les guerres commerciales de Trump. Le vice-Premier ministre chinois a déclaré être prêt à détailler les concessions que pourrait faire la Chine dans les échanges commerciaux avec l'UE.

Cette partie du rapport de Reuters m'a beaucoup fait rire :

"Les médias d'Etat chinois ont fait passer le message que l'Union européenne est du côté de la Chine, mettant les Européens dans une position délicate. Les deux derniers sommets, en 2016 et 2017, se sont terminés sans déclaration, du fait de désaccords à propos de la mer de Chine méridionale et du commerce.

'La Chine veut que l'UE se positionne aux côtés de Pékin et contre Washington, qu'elle prenne parti,' explique un diplomate européen. 'Nous ne le ferons pas et nous le leur avons dit.'

Mercredi dernier, le média officiel chinois Xinhua a déclaré que la Chine et l'Europe 'devraient résister de concert au protectionnisme commercial.'

'La Chine et les pays européens sont des partenaires naturels. Ils croient fermement que le libre-échange est un moteur puissant de la croissance économique mondiale.'"

Mais, selon des responsables interrogés par Reuters, les Européens ne sont pas intéressés.

Remarquez l'effet qu'a provoqué Trump. Je l'ai souligné à maintes reprises dans mes chroniques.

Trump pousse ses adversaires dans la direction opposée à celle qu'il veut les voir prendre. Il veut du libre-échange ? Il pousse donc vers une guerre commerciale, ce qui dans ce cas incite la Chine à militer pour encore plus de libre-échange – précisément ce que veut Trump.

Mais j'ai peur que cette fois-ci, il n'ait fait un mauvais calcul.

Du libre-échange au nationalisme

Les économistes en faveur du libre-échange débattent souvent avec leurs détracteurs par une suite très prévisibles d'arguments :

Le libre-échange est bon parce qu'il augmente la taille du "gâteau" du PIB. Les produits sont fabriqués là où ils sont le moins cher, ce qui nous permet d'en avoir plus.

Les détracteurs ripostent en soulignant que cela laisse beaucoup d'entre nous sur le carreau. Cela a récemment été le cas de l'industrie en Occident. Le gâteau total est peut-être plus grand, la part que chacun retire de ce gâteau ne l'est pas pour autant.

La réponse des économistes pro-libre-échange sur ce point est la véritable divergence : oui, les prétendus effets au sein d'un pays en raison de l'ouverture du commerce peuvent nuire à certaines parties de l'économie. Mais pourquoi favoriser les habitants de son propre pays plutôt que ceux qui vivent là où le boom industriel a lieu ?

Nous envoyons d'énormes quantités d'aides à l'étranger mais nous ne les laissons pas nous concurrencer commercialement...

L'idée est que les gens ne devraient pas se plaindre des nuisances du libre-échange simplement parce que les bénéfices ne profitent pas à leur pays. C'est nationaliste – ce qui est une terrible accusation pour les gens de gauche généralement anti libre-échange.

Naturellement, les pays ne se font pas une concurrence commerciale équitable. Mais que l'Etat chinois subventionne les appareils électroniques que nous achetons et que l'UE subventionne notre fromage préféré n'est pas vraiment un problème. A moins que notre argent n'aille dans le budget de l'UE.

Lorsque le nationalisme dépasse l'intérêt personnel

Si vous vous demandez en quoi tout cela vous concerne, la réponse est simple. Le nationalisme est l'une des rares ferveurs qui peut dépasser l'intérêt personnel économique.

Les gens agissent de manière stupide lorsqu'ils sont amoureux, ivres et patriotes. Selon un proverbe allemand, "il y a une raison pour laquelle chauvin rime avec crétin."

La prospérité économique mondiale et nos marchés financiers reposent sur le fait que l'intérêt personnel économique est l'émotion dominante. Ils reposent sur une guerre économique qui est un paradoxe. Toute guerre est intrinsèquement coûteuse. Toute guerre est un gâchis – à moins d'être keynésien et de penser que la guerre mène à la prospérité.

Par conséquent, si le nationalisme prend le dessus, faire du tort aux économies des uns et des autres et provoquer l'effondrement des marchés financiers est logiquement l'étape suivante.

Trump parie que les leaders européens et chinois attachent une plus grande valeur à l'économie qu'au nationalisme. C'est vrai pour le Japon et la Corée du Sud, qui ont déjà intégré le côté guerre commerciale. Mais l'Union européenne se cherche désespérément un élan patriotique. Et pour les Chinois, la politique passe avant l'économie.

Trump a déjà fait comprendre clairement que les bénéfices sur le long terme de la guerre commerciale surpassent les chocs sur le court terme que subissent les marchés boursiers. Mais il part de l'hypothèse que la victoire est au bout du chemin.

Jusqu'ici, il ne s'est pas trompé. Le marché américain tient le coup. Le marché européen a eu fort à faire avec la crise du marché obligataire italien en mai. Quant au marché chinois, il est dans une véritable tendance baissière.

Si la guerre commerciale monte en puissance et que la Chine fait passer le nationalisme avant l'économie, les choses pourraient empirer sur les marchés occidentaux également.

L'Histoire montre que les guerres commerciales ne prennent fin que par les armes. C'est là le but de l'Etat-nation – l'une de ses origines les plus profondes. Il ne faut s'attendre à rien d'autre.

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Le début de la fin pour les FAANG ? http://la-chronique-agora.com/facebook-faang/ http://la-chronique-agora.com/facebook-faang/#comments Thu, 26 Jul 2018 10:30:19 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47148 FAANG CHUTE ACTION FACEBOOK BOURSE

Les FAANG assurent à eux seuls la progression des marchés actions américains. Leur chute pourrait provoquer la fin de la "bulle de tout".

Hier, en après-séance, Facebook a chuté de 23%, sa capitalisation fondant de 143 milliards de dollars.

Les raisons de la désaffection des investisseurs sont déjà abondamment commentées. Le chiffre d'affaires (13,2 milliards de dollars) a été un peu plus faible que prévu et Facebook a prévenu qu'il pourrait ralentir fortement dans les trimestres à venir. La moindre déception pèse très lourd lorsqu'une action se négocie 30 fois ses bénéfices...

Une chute de Facebook pourrait entraîner le retournement du marché actions.

Depuis le creux de 2009, les valeurs technologiques (contenues dans l'ETF Powershares Nasdaq Internet, symbole PNQI) ont vu leur capitalisation multipliée par neuf tandis que l'indice S&P 500 n'a fait que doubler.

Les quatre plus grosses capitalisations du S&P 500 – en dehors d'Apple – sont Google, Amazon et Facebook. Le ratio cours sur bénéfice de ces quatre entreprises dépasse 100, soit environ quatre fois plus que le ratio cours sur bénéfice de l'indice qui est lui même à un niveau historiquement très élevé.

En d'autres termes, le marché dans son ensemble peut chuter très lourdement et rapidement si ces valeurs technologiques baissent. Les investisseurs se sont engouffrés dans des fonds indiciels (ETF) et s'ils se précipitent vers la sortie, l'effet sera très sensible sur la totalité du marché.

Sur le premier semestre de l'année, le S&P 500 a progressé de 2,65%, les FAANG (Facebook, Apple, Amazon, Netflix et Google) ont progressé de 3,38% tandis que le reste des valeurs a chuté de 0,73%.

Sans les valeurs technologiques, l'indice phare américain serait en baisse graph FAANG

Aujourd'hui, ces chiffres ont peut-être légèrement bougé mais l'idée est simple : sans les valeurs technologiques, le marché haussier n'existe plus.

Le "secret magique" de James Altucher – révélé !

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Quand Trump menace Google

Juste devant Facebook, Google détient 31% des parts de marché de la publicité en ligne, selon le cabinet d'études e-Marketer.

En avril, Trump a signé un décret qui permet aux fournisseurs d'accès internet (FAI) de vendre l'historique de navigation des internautes directement aux annonceurs. Ceci menace le business model de Google, prévient mon collègue américain Dan Denning.

Cette nouvelle loi permet aux FAI américains de collecter les données (âge, sexe, localisation, fréquence d'utilisation, sites visités, revenus et catégorie sociale), de les stocker, de les partager et de les vendre.

Tout comme Facebook et Google, les FAI pourront promettre aux annonceurs de les diriger vers les profils qui sont les plus pertinents pour eux.

Google et Facebook et même Amazon pourraient donc voir leur position dominante menacée par ces nouveaux concurrents.

Alors, la chute de Facebook marque-t-elle simplement une légère consolidation de parcours ou un début de retournement ? Nous verrons bien. Mais historiquement, des ratios cours sur bénéfice supérieurs à 100 n'ont jamais duré très longtemps.
[NDLR : Marchés actions américains, européens, marchés obligataires, tout est lié et interdépendant. Si la bulle de tout éclate, votre patrimoine est-il protégé ? Découvrez ici quelques précautions simples à prendre et notamment pourquoi vous devriez vus méfier des ETF ou trackers indiciels.]

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Le perdant de la guerre commerciale ? C’est vous http://la-chronique-agora.com/perdant-guerre-commerciale/ http://la-chronique-agora.com/perdant-guerre-commerciale/#respond Thu, 26 Jul 2018 10:00:21 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47140 guerre commerciale

Trump subventionne les agriculteurs pour compenser leurs pertes dues à la Guerre commerciale qu'il a déclarée. Un accord gagnant-perdant de plus.

Quel été spectaculaire ! Les gens font peut-être cuire des oeufs sur le trottoir à Alger ou luttent contre les feux de forêt en Suède, mais ici, en Irlande, la canicule est délicieuse. Les agriculteurs ronchonnent, bien entendu, mais nous profitons de températures avoisinant les 24°C et de magnifiques ciels clairs.

Les agriculteurs se plaignent aux Etats-Unis aussi. La météo est toujours un sujet de prédilection. Cette année, ils ont une raison supplémentaire de se plaindre – la guerre commerciale.

Or les corps commencent à s'accumuler. Bloomberg :

"Mardi, Harley-Davidson Inc. a réduit ses prévisions de marges, citant les taxes douanières. Le légendaire constructeur de motos a été pris dans le feu de la guerre commerciale le mois dernier lorsqu'il a annoncé son intention de faire passer une partie de la production américaine à l'étranger, s'attirant des attaques de la part de Trump.

Frans van Houten, directeur général de la société d'électronique néerlandaise Royal Philips NV, a déclaré qu'une escalade des taxes douanières pourrait le forcer à répercuter les coûts sur les clients, et Whirlpool Corp. a affirmé que la hausse des prix des matières premières avait nui à ses résultats sur certains de ses marchés au deuxième trimestre".

Renflouage agricole

Dans les grandes plaines américaines, les victimes sont particulièrement nombreuses. Estimation des dégâts à ce stade : 11 milliards de dollars.

Cependant, les agriculteurs américains ne s'entraident pas comme les Londoniens pendant le Blitz, pas plus qu'ils ne réduisent leurs rations comme les Soviétiques durant le siège de Leningrad.

Si quelqu'un doit faire des sacrifices, en ces temps de guerre... ce ne sera pas eux. Ils ont deux sénateurs par Etat... et un parti républicain qui a besoin de leur argent et de leurs votes.

Comme on pouvait s'y attendre, le président américain a proposé hier de renflouer le secteur agricole avec 12 milliards de dollars d'allocations.

Naturellement, le président se sent en partie responsable de l'affaire, puisque c'est lui qui a mis les campagnards dans la mouise. Il anticipe également les élections de mi-mandat, où les propriétaires de tracteurs font grosse impression sur les politiciens.

Le Donald a remplacé les accords gagnant-gagnant par des accords perdant-perdant. Ces 12 milliards de dollars ne sortiront pas de la poche de Trump – pas plus qu'ils ne sortiront du Trésor US. Les autorités US n'ont plus d'argent ; elles sont déjà dans le rouge de 1 000 milliards de dollars pour l'exercice fiscal 2019.
[NDLR : Donald Trump est dans l'impasse, et ses ennuis ne font sans doute que commencer. Cliquez ici pour les transformer en gains pour vous.]

Alors d'où viendra l'argent ? Augmentera-t-on les impôts pour les consommateurs, eux aussi victimes de la guerre commerciale ?

Les sidérurgistes – que ce soit les producteurs... les ouvriers... ou les acheteurs –, qui souffrent tout autant, réuniront-ils la somme ? Quel groupe récoltera les récompenses ? Lesquels seront punis ?

Même les républicains commencent à s'apercevoir que la guerre commerciale menace les profits, les emplois et les revenus. Elle endommage aussi le système gouvernemental dans son ensemble, disent-ils. Politico :

"Les républicains pro-libre-échange étaient déjà furieux contre l'escalade de taxes douanières décidée par Trump à l'encontre des alliés des Etats-Unis et de la Chine – une guerre commerciale sur plusieurs fronts dont ils affirment qu'elle nuit aux agriculteurs et aux industriels américains.

Mais la réaction de l'administration mardi – envoyer 12 milliards de dollars pour soulager la douleur des agriculteurs affectés par les taxes douanières mises en place en représailles – est précisément l'anathème pour l'orthodoxie conservatrice du libre-échange, ont-ils affirmé.

'Cela ressemble de plus en plus à une économie de type soviétique, ici : des commissaires qui décident qui bénéficiera d'exemptions, des commissaires au gouvernement réfléchissant de quelle manière distribuer les allocations', a déclaré le sénateur républicain du Wisconsin Ron Johnson. 'Je suis très exaspéré. C'est grave'.

'On va demander aux contribuables de signer des chèques pour les agriculteurs au lieu d'avoir une politique commerciale qui ouvre et développe plus de marchés. Il n'y a là rien que quiconque devrait apprécier', a déclaré le sénateur John Thune, du Dakota du sud, et n°3 du parti républicain. Il a suggéré que cette nouvelle dépense pourrait devoir être compensée par des réductions dans d'autres domaines de financement.

Le sénateur républicain du Nebraska Ben Sasse a affirmé que Trump donnait aux agriculteurs des 'béquilles dorées'. Et les sénateurs républicains Jeff Flake (Arizona), Bob Corker (Tennessee) et Pat Toomey (Pennsylvanie) ont déclaré que leur législation pour entraver l'action du président quant aux taxes douanière devrait prendre de la vitesse maintenant que l'administration Trump fausse le marché.

'C'est ce que nous craignions depuis le début, que ces marchés soient remplacés par des allocations', a déclaré Flake. 'Quand on perd certains de ces marchés, on les perd pour de bon, ou pour longtemps'."

Bienvenue dans l'ère du gagnant-perdant

Nous voyons là comment une économie fonctionne lorsque les accords gagnant-perdant remplacent les accords gagnant-gagnant.

Les agriculteurs, les sidérurgistes, les secrétaires et les vendeurs de voiture se détournent de leur établi... de leurs clients... de leurs livres de comptes et de leurs champs... pour se tourner vers cette corne d'abondance infinie – Washington.

Sauf que Washington n'a pas d'argent. Contrairement à Dubuque ou à Las Cruces, Washington est dans le secteur du gagnant-perdant. Chaque centime de renflouage, subventions, gabegie et distribution doit venir de quelqu'un, ailleurs.

Vous vous rappellerez que nous avons terminé notre chronique de mardi par un commentaire provocateur : la pauvreté qui s'annonce ne sera ni douce ni digne. Ce ne sera pas une veste élimée de chez Savile Row... ou de l'argenterie Christophle défraîchie.

Ce ne sera pas un oncle excentrique traduisant des fragments d'araméen pendant que la fortune patriarcale s'épuise. Ce ne sera pas non plus une vie idyllique à la campagne, à labourer la ferme familiale pendant l'été avant de passer l'hiver assis devant un feu de cheminée.

Non, ce sera une pauvreté vicieuse, brutale et rude... les autorités pressurant l'économie de toutes leurs forces... tandis que les groupes se battent entre eux pour avoir quelques gouttes de jus.

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Les marchés actions pourraient décrocher, même sans récession (4/5) http://la-chronique-agora.com/marches-actions-decrocher-recession/ http://la-chronique-agora.com/marches-actions-decrocher-recession/#respond Wed, 25 Jul 2018 11:00:33 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47126 récession

Le dernier rapport "In Gold We Trust" que nous épluchons examine les raisons pour lesquelles le marché actions américain pourrait craquer même si les marges sont plus élevées que jamais.

Pour Ronald-Peter Stöferle et Mark J. Valek (S&V), l'économie Boucles d'Or a fait long feu. Les Etats-Unis se dirigent a minima vers une récession qui affaiblira le dollar et renforcera l'or. Mais rien n'interdit aux marchés actions de décrocher avant qu'un tel scénario ne se produise...

L'appréciation des marchés actions constitue le frein le plus déterminant à la hausse de l'or. Par conséquent, ils estiment qu'il n'y aura pas de cassure à la hausse sur le métal jaune sans que les marchés actions ne commencent à stagner ou à s'affaiblir.

Après cinq années de surperformance des marchés actions vis-à-vis de l'or, la situation pourrait bien être en passe de se retourner...

Ratio or / S&P 500, moyenne mobile à 50 jours et moyenne mobile à 200 jours

L'ensemble des matières premières se négocie à un plus bas de 50 ans vis-à-vis du S&P 500. Cela en fait d'excellentes candidates à l'investissement de long terme si vous jouez le retour à la moyenne, avec une espérance de gain de 115%.

Ratio Indice GSCI Goldman Sachs des matières premières / S&P 500 : les actions sont chères et les matières premières bon marché

S&V donnent plusieurs raisons pour lesquelles les actions US pourraient s'effondrer en dépit du fait que les marges sont effectivement "plus élevées que jamais". Je me cantonnerai à évoquer les deux causes potentielles qui me semblent les plus importantes.

Tout d'abord, les cours de très nombreuses actions sont maintenues en lévitation par les rachats d'actions (par les sociétés elles-mêmes). Comme le précisent les auteurs :

"A 3 800 Mds$, les rachats de leurs propres actions par les entreprises constituent l'élément de demande le plus important pour les actions américaines depuis 2009. En l'absence de ce stimulus, un facteur crucial cesserait d'exister."

En somme, ces entreprises préfèrent réduire le nombre de leurs actions, ce qui n'a jamais été la meilleure façon de développer son activité, plutôt que d'investir en vue de créer de la valeur.

Ensuite, la dette corporate des entreprises américaines se situe à un niveau historiquement élevé. "De 2007 à 2016, la dette nette détenue par les entreprises américaines a augmenté de 158% pour atteindre 4 900 Mds$", comme le relèvent S&V.

La situation des sociétés américaine est assez allégorique de l'économie mondiale depuis 2008 : des problèmes de trésorerie sont résolus par des tombereaux de dette qui permettent de financer des activités loin d'être toujours rentables.

Changement des composantes dette et liquidité au bilan des entreprises américaines

En somme, si l'on définit les entreprises zombies comme les entreprises dont les intérêts d'emprunt sont supérieurs à la moyenne de leur bénéfice avant intérêts et impôts (EBIT) sur les trois dernières années, on se retrouve devant "la plus grande proportion d'entreprises mal financées depuis au moins 20 ans."
[NDLR : Oubliez les entreprises zombies. Investissez dans de jeunes entreprises rentables, capables de croissance sur des marchés concurrentiels. Découvrez comment notre spécialiste sélectionne celles avec lesquelles vous pouvez viser de décupler votre mise sans vous exposer à un krach des marchés actions : cliquez ici pour tout savoir.]

Les zombies pullulent sur les marchés actions

Si vous avez oublié le terme technique décrivant une situation où des entreprises zombies, confrontées à une hausse des taux et à une baisse de l'appétit pour le risque, sont forcées de liquider leurs actifs pour payer les intérêts de leurs dettes, je vous le donne en mille : c'est ce que l'on appelle un moment Minsky.

S&V précisent que "l'effet prix pourrait être pire à la baisse qu'à la hausse", c'est-à-dire que dans une pareille situation, les cours pourraient s'effondrer dans une proportion bien plus importante que les taux d'intérêt faibles ne leur ont permis de monter.

La stagflation : la tempête parfaite pour le déchaînement du cours de l'or

Un autre scénario qui verrait sans doute le cours de l'or fortement augmenter est celui d'une récession dans un contexte d'accroissement d'inflation. S&V n'excluent pas un tel scénario.

Cette citation de John Beggs résume bien la position de S&V :

"Il y a l'imprévisible, et il y a l'ordre. Et juste entre eux, il y a la phase de transition."

Pour les auteurs, tous les éléments sont réunis pour que nous nous situions à un tournant vers un marché haussier sur l'or.

Vous vous interrogez sans doute au sujet du potentiel de gain sur le métal jaune si l'hypothèse des deux Autrichiens est juste. Voici la réponse en graphique avec l'or exprimé en dollars.

L'or durant ses marchés haussiers et baissiers

Comme le relèvent S&V :

"Même dans sa période d'augmentation la plus faible, l'or a gagné plus de 70%."

Sans pour autant promettre à leurs lecteurs une explosion du cours de l'or telle que le métal jaune l'a connue à la fin des années 1970, S&V font le rapprochement entre la période actuelle et cette période-là.

"On peut voir que la dépréciation en cours [du dollar US] est encore nettement plus modérée qu'elle ne l'était dans les années 1970. Cependant, nous n'avons pas encore vu l'accélération de tendance finale qui s'est produite dans les années 1970 (marquée par un cercle sur le graphique). La vigueur éphémère du dollar américain nous rappelle la période de 1974 à 1976, au cours de laquelle, pendant une phase désinflationniste, l'or a été survendu et le dollar américain s'est considérablement apprécié. Pour nous, les similitudes entre l'évolution actuelle et la correction de milieu de cycle sont frappantes."

Dollar exprimé en or : sommes-nous à la fin de la correction de mi-parcours ?

Sommes-nous à la fin d'une correction de milieu de cycle qui propulserait le cours de l'or vers de nouveaux plus hauts historiques ? S&V estiment que "la prochaine crise viendra plutôt tôt que tard (et ne sera pas nécessairement systémique)".

Nous avons vu l'effet qu'une telle crise pourrait avoir sur le cours de l'or physique. Prochainement, je vous rapporterai le point de vue de S&V sur les conséquences qu'elle pourrait avoir sur les actions minières.

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Le mystère des salaires aux Etats-Unis http://la-chronique-agora.com/salaires-etats-unis/ http://la-chronique-agora.com/salaires-etats-unis/#comments Wed, 25 Jul 2018 10:30:19 +0000 http://la-chronique-agora.com/?p=47129 salaires

La politique monétaire de la Fed a acheté une prospérité factice. Les salaires n'ont pas retrouvé leur niveau d'avant 2008 et chutent encore.

Tout va très bien aux Etats-Unis. Les marchés financiers sont au zénith, la croissance est retrouvée, l'inflation est maîtrisée. Le déficit commercial est en passe d'être jugulé par la Guerre commerciale déclarée par Trump.

Quant au déficit budgétaire, ce ne sera qu'un problème de court terme puisque les baisses d'impôts vont produire leurs effets. Tout ceci vous est relaté chaque jour par les grands médias. Gloire à la Fed, gloire à Trump, gloire à l'économie administrée.

Le cours de l'or... multiplié par SEPT ?

C'est en tout cas l'objectif fixé par Jim Rickards si cet événement se produit : cela mettrait le prix de l'once à... plus de 8 700 $.

Ce n'est pas tout : Jim a identifié deux autres manières de profiter d'un bouleversement qui est en train de se produire au moment même où vous lisez ces lignes. Pour tout savoir, cliquez ici.

Il y a simplement un petit os... Les salaires chutent.

Depuis la crise financière, les salaires réels ont diminué de plus de 9% aux Etats-Unis et les baisses d'impôts des entreprises n'ont pas été utilisées pour augmenter les salaires.

L'argent généreusement imprimé par la Fed a-t-il alors été employé à des investissements augmentant la productivité ? Non plus : selon une étude du FMI (1), les gains de productivité ont ralenti depuis la période 2000 – 2007.
[NDLR : Malgré tout, chaque jour qui passe, les Insiders de la Silicon Valley deviennent plus riches. Découvrez leurs ficelles et comment vous aussi en profiter avant même toute introduction en bourse.]

Mais vous savez, vous, cher lecteur fidèle, à quoi la fausse monnaie a été utilisée : à des rachats d'actions par les entreprises – ce qui explique le niveau actuel des marchés actions ; à prévenir la faillite de zombies, ce qui explique que les défauts se font rares sur le marché obligataire.

Par conséquent, les taux ne montent pas, les actions sont hors de prix, l'épargne et la prise de risque sont punies au lieu d'être justement rémunérées.

Concernant les achats d'actions à crédit, la "dette sur marge" rapportée à la taille de l'économie comme à la capitalisation des entreprises est à un niveau jamais vu depuis... la bulle de 1929.

Cette dette sur marge représente actuellement 3,27% du PIB et 2,17% de la capitalisation (2).

20 000 milliards de dollars plus tard, la baisse des salaires réels, malgré des statistiques d'emploi et de chômage flatteuses, nous révèle bien que les politiques monétaires sont incapables de créer une vraie prospérité.

Les politiques monétaires créent une croissance factice, une économie Potemkine mais pas plus. La vraie prospérité se mesure en PIB par habitant, en salaire par habitant en pouvoir d'achat. Pas en fausse monnaie.

1-Abdih and Danninger, WP/18/138, Understanding U.S. Wage dynamics

2- https://www.moneyshow.com/articles/tradingidea-49009/

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