Est-ce que nous avons faux sur toute la ligne ?

Rédigé le 15 juin 2018 par | Banques Centrales, Bill Bonner, Desinformation Imprimer

L’économie dépend désormais des marchés boursiers qui eux-mêmes dépendent des largesses de la Fed. Mais si la Fed ferme le robinet ?

Eh bien, on dirait que nous avons faux sur toute la ligne. Toute.

La Fed. Donald Trump. Les marchés boursiers. L’économie. Et même la météo.

Hier, nous avons regardé le ciel et prédit de la pluie. Le soleil est apparu.

Ensuite la Fed a augmenté les taux.

Donald Trump a été proclamé excellent homme d’Etat.

On a appris que l’économie était en plein boom.

Et les marchés boursiers ne se sont pas effondrés.

Les Etats-Unis ne sont plus les mêmes

« Le problème », nous sommes-nous plaint auprès d’un neveu venu nous rendre visite… « et nous le rencontrons tous les jours en lisant notre courrier… ce n’est pas que nous avons changé… mais que l’Amérique a changé.

« Nous n’avons jamais aimé que les gens nous disent quoi faire, et nous leur rendons la pareille avec plaisir. A domicile ou à l’étranger… nous sommes contre les empêcheurs de tourner en rond. Les gens qui veulent vous forcer à suivre leurs idées sont toujours les mêmes que ceux dont les idées sont idiotes.

« Autrefois, nous pouvions compter sur les conservateurs à l’ancienne pour être d’accord avec nous. Mais les grincheux adeptes du ‘je vous l’avait bien dit’ et les grognons partisans du ‘ça ne marchera jamais’ ont disparu.

« Les démocrates sont encore partisans d’un grand gouvernement. Mais maintenant, les républicains aussi. Ils ont leur homme à la Maison Blanche et il est paré de toutes les vertus, à leurs yeux. Si nous osons faire remarquer que c’est un crétin, ils se mettent très en colère ».

Mais qui est le crétin ?

Soudain, nos lecteurs pointent le doigt dans notre direction. Trump est un héros, disent-ils ; il pourrait gagner le Prix Nobel de la Paix pour avoir détourné Kim Jong-un de l’Axe du mal.

En dépit de nos prédictions moroses, l’économie semble être en plein boom. Nous avons déjà « plus que le plein emploi ». Comment faire mieux ? Et la Fed « normalise » sa politique monétaire.

Peut-être est-il temps pour nous de prendre notre retraite. Ou de revoir notre position. Ou d’aller boire un verre.

Un impossible retour à la normale

Mais prenons toutes ces choses une à la fois. Comme le savent ceux qui nous lisent depuis longtemps, nous avons fait une prédiction hardie :

La Fed ne reviendra jamais de son plein gré à des taux normaux.

Notre raisonnement est le suivant : l’économie dépend désormais des marchés boursiers… et les marchés boursiers dépendent désormais de l’argent facile de la Fed. Supprimez-le… et tout l’édifice tombe en morceaux.

La Fed devra ensuite régir… comme elle l’a fait en 1987… en 2001… puis en 2008. C’est-à-dire qu’elle devra revenir à des taux anormaux pour tenter de réparer la panne que ses taux anormaux ont eux-mêmes provoquée.

Rappelez-vous, nous avons dit que la politique de la Fed pouvait être décrite comme une série d’erreurs.

Premièrement, les taux d’intérêt sont maintenus à un niveau trop bas pendant trop longtemps, menant à une économie pleine de bulles. Deuxièmement, la Fed tente de laisser échapper un peu d’air… et augmente les taux… ce qui déclenche un krach et une récession.

Troisièmement, la Fed panique et revient à ses taux de prêt ultra-bas.

Nous sommes désormais au début de la deuxième de ces erreurs… et la Fed pense pouvoir s’en sortir parce que l’économie est extrêmement vigoureuse.

Reuters nous en dit plus :

« La Réserve fédérale guide une économie américaine quasi-idéale, dont elle n’aurait pas même pu rêver il y a une décennie, lorsque les jours les plus sombres de la récession l’avaient forcée à prendre de gros risques pour protéger les travailleurs, les banques et les économiques du monde entier contre de nouvelles dévastations.

Les cauchemars qui ont hanté tant les faucons que les colombes pendant si longtemps ne se sont pas matérialisés, alors même que la Fed maintenait les taux proches de zéro pendant des années et rachetaient quelque 3 500 milliards de dollars d’obligations dans un effort extraordinaire pour stimuler la reprise. Les prix ne se sont pas envolés en réaction aux immenses relances monétaires, pas plus que le marché de l’emploi ne s’est refroidi depuis 2015, lorsque la Fed a commencé sa politique de resserrement ».

Et si la Fed ne faisait pas d’erreur, en réalité ? Si les génies pouvaient réellement guider l’économie ? Reuters continue :

« ‘La Fed mérite d’être largement félicitée pour avoir su guider l’économie vers des eaux plus calmes, soutenant ce qui est probablement l’expansion la plus longue de l’histoire américaine, tout en atteignant les objectifs d’inflation et d’emploi’, a déclaré Stephen Gallagher, chef économiste US à la Société Générale ».

Oh là là… Nous sentons le sol trembler sous nos pieds. La tête nous tourne. Nos genoux s’entrechoquent.

Est-ce que nous nous trompons aussi à ce sujet ? Est-ce que 12 mortels quasiment payés par l’Etat — qui ont même des diplômes d’économie — peuvent faire du meilleur travail que des millions d’emprunteurs et de prêteurs qui jouent leur propre peau ?

En utilisant leur « modèle stochastique dynamique », les gouverneurs de la Fed pourraient-ils vraiment trouver le taux d’intérêt exact dont l’économie a besoin, au moment exact où elle en a besoin ?

C’en est fini de nous

Si oui, c’en est fini de nous. Nous jetons l’éponge. Ce n’est pas le monde que nous connaissons. Le bas est devenu le haut. Le haut est devenu le bas. Le temps recule. Et les idiots finissent par retrouver leur argent.

Si oui… nous nous rétracterons, hypocritement, et nous quitterons notre petite scène aussi discrètement qu’une goutte de pluie glisse sur un pare-brise.

Et M. Trump, alors ? Est-il vraiment le génie instinctif dont nous parlent nos lecteurs ? A-t-il le don de faire exactement la chose dont le monde a besoin, exactement quand il en a besoin ?

L’économie ralentissait… et il a mis en place une réduction d’impôts de 1 000 milliards de dollars. Le PIB américain croît désormais de plus de 4% par an, dit-on. Reuters à nouveau :

« Pour l’instant, la Fed d’Atlanta estime que l’économie US fonce au taux de 4,6%, un niveau qu’elle n’avait atteint qu’à deux reprises depuis la récession. Les économistes s’attendent généralement à ce que la croissance reste au-delà des 3% jusqu’à la fin de l’année, tandis que les responsables de la Fed ont légèrement augmenté leur prévision à 2,8% ce mercredi ».

La péninsule coréenne était sous la menace d’une guerre nucléaire, et M. Trump a amené le petit gros à la table des négociations.

A présent, les voilà aussi potes que Jules César et Cnaeus Pompée (selon des rumeurs malveillantes, M. Kim a offert sa fille en mariage au fils de M. Trump pour cimenter leur nouvelle amitié).

Et les marchés boursiers ? Peut-il y avoir signe plus clair ? Un buisson ardent ? Une croix dans le ciel ?

Après avoir chuté en janvier, le Dow a repris une bonne partie de ses pertes. Il est désormais à 1 000 points environ de son sommet historique.

Avec autant de bonnes nouvelles — le chômage US est à un plus bas de 50 ans ! — le Dow pourrait-il s’envoler à la hausse, dépasser son précédent sommet… et reprendre son ascension ?

Les tendances primaires — en politique, géopolitique, économie et finance — pourraient-elles toutes évoluer à la hausse ?

Bien entendu, tout est possible.

Tandis que nous discutions, le ciel s’est assombri. Une pluie légère s’est mise à tomber.

« Oncle Bill », nous a dit notre neveu. « Courage ! Il y aura forcément quelque chose qui tournera mal ». [NDLR : Mieux vaudrait prendre vos précautions avant que ça tourne mal… Voici comment faire.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Est-ce que nous avons faux sur toute la ligne ?”

  1. Errare humanum est, perseverare diabolicum !

  2. L’erreur n’est pas dans la volonté de normaliser les taux mais dans la décision de les avoir abaisser en premier lieu. La politique actuelle de la FED est donc positive pour l’économie à long terme. Pour le moment la hausse est suffisamment graduelle et la demande de crédit à long terme suffisamment solide pour que la politique de la FED n’entraine pas de retournement de la courbe des taux. Espérons qu’ils ne fassent pas l’erreur de revenir à des taux trop bas lors de la prochaine crise.

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