La Fed relève les taux, les marchés baillent

Rédigé le 20 mars 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

Selon le courrier des lecteurs, nous sommes certainement la personne intelligente la moins patriotique de tout le pays. Un gauchiste planqué…

« S’il est si intelligent et qu’il a réponse à tout, il devrait se remuer et nous aider à sauver notre pays. Si c’était facile, n’importe qui pourrait le faire. Voilà pourquoi nous avons besoin de Donald J. Trump ! »

Nous agaçons nos chers lecteurs. Ils ont élu « Le Donald » pour qu’il guérisse le pays de tout ce qui peut bien l’affliger, selon eux.

Ils se demandent pourquoi nous ne nous montrons ni serviable ni révérencieux, à son égard. Apparemment, nous pourrions contribuer à sauver le pays, si seulement nous faisions un effort.

Le « relèvement » des taux… tant que cela n’a pas d’importance

Mais intéressons-nous aux dernières nouvelles…

La Fed nous a accordé un nouveau relèvement des taux d’un quart de point, la semaine dernière. C’est le troisième relèvement de ce type en 10 ans !

Holà ! Une minute… C’est plus d’émotions que nous ne pouvons en supporter.

Mais attendez… La Fed a également indiqué qu’elle pourrait renoncer à sa position, consistant à agir « en fonction des données », et prendre les choses en main.

Au lieu de réagir aux informations… cela pourrait ramener le niveau des taux d’intérêt à la normale, sur le plan mondial, indifféremment de ce que racontent les gros titres.

Mais voilà, cher lecteur, vous savez déjà que cela n’arrivera pas. La Fed ne pourra jamais revenir volontairement à une monnaie saine et à des taux fixés par le marché.

Elle anime la plus grande bulle boursière et obligataire que le monde ait jamais connue. Sans un coût du crédit sous-évalué, tout l’édifice s’effondrerait.

Voilà pourquoi la Fed ne peut qu’avancer à tout petits pas vers la normalisation… et seulement tant que cela n’a pas d’importance.

Nous entamons une neuvième année de taux d’intérêt proches de zéro. Durant cette période, des entreprises, des investisseurs, des spéculateurs et des consommateurs se sont adaptés à ce crédit extraordinairement bon marché.

Des spéculateurs s’en sont servis pour refinancer leurs dettes… et faire grimper le cours des actions. Ils s’en sont servis pour vendre des voitures et acheter des maisons.

Les grands acteurs se sont habitués à jouer avec de l’argent qui est presque gratuit. Et s’ils se trouvent en difficulté, ils peuvent en emprunter davantage.

Si ce système du crédit bon marché devait s’achever – ou si les gens pensaient qu’il touche à son terme – tout l’édifice financier s’écroulerait en deux minutes.

Les entreprises ne pourraient plus se refinancer. Les obligations s’effondreraient (sauf les bons du Trésor américain… qui seraient recherchés, temporairement, pour leur nature de « valeur refuge »).

Les actions reproduiraient leurs mouvements de 2008-2009, mais en pire, probablement.

Des indices criants de surévaluation

Pourquoi en pire ?

Parce qu’elles sont bien plus surévaluées. Selon certaines estimations, elles sont plus chères actuellement qu’elles ne l’ont jamais été auparavant.

Comparé aux ventes, à la vitesse de vélocité monétaire (le rythme auquel chaque dollar est dépensé au sein de l’économie), et à la croissance du PIB, le S&P 500 est plus cher qu’il ne l’était en 1999 ou en 2007, dates auxquelles des pics majeurs ont précédé des krachs majeurs.

Les indicateurs de marché privilégiés par Warren Buffet situent également le marché actions bien au-delà des limites du spectre de la « surévaluation ».

Buffet compare les « valorisations boursières » du S&P 500 (la valeur totale de toutes les actions) avec la dimension de l’économie qui les soutient, telle que mesurée par le PIB.

Chaque fois que le ratio dépasse 1/1, les actions sont surévaluées.

Actuellement, le PIB américain se rapproche des 19 000 Mds$. Quant à la valorisation totale des actions, elle est d’environ 22 000 Mds$. Cela situe le ratio à 1,2/1. A titre de comparaison, il n’était que de 1,1/1 avant le krach de 2008.

Nous ne pouvons prédire l’avenir. Mais le risque de krach ne doit pas être écarté.

Et lorsqu’il se produira – cela arrivera tôt ou tard – la Fed et Yellen abandonneront en cinq minutes leur rôle de leader pour se transformer en moutons « dépendants des données ».

A la lecture des données résultant d’un effondrement boursier, la Fed abaissera à nouveau les taux.

Elle déroulera un QE4 (le quatrième volet de son programme d’assouplissement quantitatif, pour acheter des obligations, voire même des actions, avec de l’argent sorti de nulle part) assorti d’autant de bêtises qu’elle le jugera nécessaires.

Il n’y a pas de secret…

Mario Draghi, ex-salarié de Goldman, actuellement à la tête de la Banque Centrale Européenne (BCE), a entonné l’hymne de toutes les banques centrales du monde il y a deux ans.

Interrogé sur ce que ferait la BCE pour protéger ses banques membres, les bonus des banquiers et la fortune des riches, il a répondu « tout ce qu’il faudra ».

Nous ne savons pas « ce qu’il faudra » peut-être faire, lors de la prochaine crise, pour maintenir à flot ce système de l’argent falsifié. Mais quoi que ce soit, nous sommes sûr que la Fed le tentera. [NDLR : parmi les armes de la Fed, il y a la manipulation du dollar sur les marchés des changes. Notre spécialiste, Jim Rickards, a élaboré une stratégie exclusive pour vous permettre de profiter de cette Guerre des devises. Une stratégie qui a déjà porté ses fruits pour ses abonnés, avec +530% en huit mois sur le dollar, +848% sur l’euro en sept mois et même 2 196% en 10 jours sur le franc suisse. Il ne s’agit pas de don de divination suspect mais d’un algorithme développé pour la CIA elle-même. Tout est expliqué ici.]

Réformateur ou fripouille ?

En attendant, Donald. J. Trump est apparu…

Est-ce un sauveur ou bien une crapule ? Un réformateur ou bien une fripouille ? Un docteur héroïque ou un charlatan prétentieux ?

Le mal qui afflige les États-Unis, c’est la « fièvre du marigot » : trop de programmes, trop d’argent et trop de réglementations qui profitent aux compères du Deep State, mais qui pénalisent l’économie du quotidien.

Elle s’appuie sur trois choses, principalement. A présent, le président les a évoquées toutes les trois.

L’armée : il dit qu’elle va être renforcée. Dans sa proposition budgétaire préliminaire pour 2018 figure une manne de 54 Mds$ pour les secteurs de la défense et de la sécurité.

Wall Street : M. Trump n’en a pas parlé. A la place, il a confié des postes clés à des ex-salariés de Goldman Sachs, tels que Steve Mnuchin et Gary Cohn, indiquant ainsi que le système de l’argent falsifié de Clinton-Bush-Obama ne subirait aucun changement.

Et les prestations sociales : la semaine dernière, le président a déclaré qu’il était « fier » des réformes proposées par les républicains pour produire une « version allégée de l’Obamacare »

Nous ne savons pas si ces programmes sont meilleurs ou pires que les anciens. Mais une chose est sûre : du point de vue du Deep State, il n’y a pas beaucoup de différence.

L’armée… Wall Street… les prestations sociales… Tout le reste est insignifiant.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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