Des souvenirs douloureux et des erreurs connues

Rédigé le 16 mai 2018 par | Banques Centrales, Indices, marches actions, strategies Imprimer

Le rendement du S&P 500 est maintenant inférieur à celui des bons du Trésor. Les grosses mains ne vont pas tarder à lâcher les actions et la Fed à commettre une nouvelle erreur.

Lundi, nous avons franchi un petit seuil. Un tweet nous est parvenu hier :

« Pour la première fois depuis la crise financière, le rendement du T-Bond à trois mois a dépassé le rendement du S&P 500 ».

Les petits investisseurs visent de gros gains risqués. Les gros investisseurs visent des petits gains sûrs. Tant que les grosses mains pouvaient gagner plus grâce aux dividendes du S&P qu’avec les rendements des bons du Trésor US de court terme, elles s’en tenaient aux actions.

Aujourd’hui, elles doutent.

Ce n’est pas nouveau. C’est le retour d’une ère qui était aux abonnés absents depuis près d’une décennie – lorsqu’on pouvait gagner un rendement décent sur son épargne sans prendre le risque de posséder des actions.

Tandis que les investisseurs refont connaissance avec ce vieil ami, ils se remémoreront sans doute les moments passés… notamment ce qui arrive lorsque les taux retournent à un canal « normal ».

Compenser une erreur par une autre

Ils se rappelleront combien les actions ont plongé la dernière fois que la Fed a commis sa fameuse Erreur n°2 – augmenter les taux après les avoir maintenus trop bas pendant bien trop longtemps – en 2005-2007. Ils se demanderont si la Fed n’est pas en train de refaire la même chose, avec son programme de resserrement quantitatif… aussi timide soit-il.

Ils penseront, tout comme nous, que la Fed volera à leur secours avec son Erreur n°3 : inverser le resserrement quantitatif pour se remettre à l’assouplissement quantitatif. Et ils se demanderont, tout comme nous, si les baisses de taux sont efficaces alors qu’il y a si peu de marge de baisse.

Des souvenirs douloureux – réprimés depuis que le marché haussier a commencé en mars 2009 – referont surface. Ils se rappelleront que la valeur des actions a été divisée par deux en septembre 2008… comment ils ont tenté de refinancer les prêts immobiliers sans pouvoir trouver de prêteur… et combien ils auraient souhaité avoir vendu en 2007.

« As-tu déjà vendu, toi ? » se demanderont les vétérans les uns aux autres, alors que le taux du T-Bond à 10 ans dépassera les 3%, en route vers 4%.

« Tu devrais », conseilleront-ils. [NDLR : Vous aussi, prenez vos précautions avant que les choses tournent mal… Cliquez ici pour tout savoir.]

Un problème d’échelle

Mais laissons les marchés un instant pour nous concentrer sur un phénomène trop souvent ignoré et mal compris : l’échelle.

Certaines choses fonctionnent bien à petite échelle. A grande échelle, elles ne fonctionnent pas du tout.

Si vous êtes parent d’adolescents, par exemple, vous pourriez accepter qu’ils invitent quelques amis pour une petite fête. Ce pourrait même être relativement agréable. Mais n’essayez pas d’en inviter des centaines. Nous pouvons quasiment garantir que ce serait un désastre.

De même, vous aimez peut-être votre épouse tendrement et avec bonheur. Mais n’essayez pas d’aimer d’autres épouses en même temps – cela ne ferait que causer des problèmes.

Nous remarquons les effets de l’échelle en Irlande. C’est un petit pays sur une île aux proportions limitées, dont la population représente moins de la moitié des habitants du comté de Los Angeles. Le rythme de vie est différent. La qualité de vie est différente. Et l’actualité est différente.

« Nous ne savons pas la chance que nous avons ».

Nous prenions un verre avec un ami irlandais, à la terrasse du Cliff House Hotel, lorsque ce commentaire a déclenché nos cogitations. Le Cliff House Hotel est perché sur le flanc d’une colline escarpée donnant sur la baie d’Ardmore. De l’autre côté, à distance, on peut voir des prés verdoyants, nettement encadrés par des haies et des rangées d’arbres.

Il faisait environ 18°C. Le soleil brillait en cette fin d’après-midi, ponctué de temps à autre par un nuage de passage.

« Oui, c’est très joli ici ».

« Ce n’est pas ce que je veux dire… je pense qu’il est difficile, pour les Américains, de croire qu’il y a des endroits comme celui-ci, où vous n’avez pas peur de vous faire assassiner.

« Quand je vais aux Etats-Unis, je suis toujours un peu nerveux. Bon, je suis toujours dans une grande ville. Comme Baltimore. Il y a des sirènes de police en permanence. Il faut garder l’oeil ouvert et s’assurer qu’on reste dans les quartiers sûrs. Et lorsqu’on ouvre le journal, on est stupéfié par le nombre de choses épouvantables qui se passent.

« Ici, le pire qui puisse arriver, c’est que quelques gars de Dublin boivent un coup de trop et emplafonnent leur voiture dans un mur de pierres à 2h du matin. Et c’est un scandale national. »

Ligotés sur un banc et couverts d’huile de vidange

Récemment, les journaux irlandais ont parlé pendant plusieurs jours d’un couple de pervers en liberté. Tous deux avaient un casier judiciaire long comme le bras, notamment pour détournement de mineurs, et étaient recherchés par la police.

La police avait averti qu’ils avaient été repérés dans le comté de Donegal. On a également appris qu’ils avaient été vus dans plusieurs villes au nord du pays.

A un moment, les locaux semblent avoir pris l’affaire en main. Les deux hommes ont été retrouvés ligotés sur un banc public dans un parc, couverts de ce qui semblait être de l’huile de vidange.

Nous transmettons cette information de manière parfaitement neutre. Nous notons simplement que c’est une approche de la loi très différente de ce que l’on pourrait trouver dans le comté de Los Angeles. Ou à Baltimore.

Une partie de cette différence s’explique probablement par l’échelle bien plus vaste de la société américaine…

… Que nous explorerons bientôt plus en détails.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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