La Fed va faire éclater la bulle des actions

Rédigé le 1 mars 2018 par | A la une, Banques Centrales Imprimer

Jerome Powell a hâte de relever ses taux avant l’éclatement de la prochaine crise. Il veut une marge de manoeuvre pour revenir à la première erreur : baisser les taux.

Cette semaine, Jerome Powell s’est exprimé devant le Congrès US pour la première fois en tant que chef de la Fed.

Reuters était là :

« Durant son témoignage, Jerome Powell, président de la Fed, s’est engagé à maintenir l’équilibre entre le risque d’une économie en surchauffe et le besoin de maintenir la croissance sur les rails. Mais la remarque de Powell sur le fait que l’inflation s’est renforcée depuis décembre a fait grimper les rendements et baisser les actions.

Le rendement du bon du Trésor US à 10 ans, la référence mondiale pour les prêts commerciaux, a dépassé les 2,9% et les marchés actions en Europe et à Wall Street ont pris le chemin de la baisse, l’indice de performance des bourses mondiales MSCI chutant de près d’1%. Les trois indices majeurs de Wall Street ont chuté de plus d’1% ».

Terminé, l’argent gratuit

Oui, cher lecteur, la Fed donne – et la Fed reprend. Nous avons passé les 30 dernières années à regarder la Fed donner ce qui paraissait être de l’argent gratuit à l’industrie financière.

Elle semble désormais le reprendre. Selon M. Powell, la Fed prévoit de récupérer quelque 2 000 milliards de dollars sur les trois prochaines années.

En apparence, tout est exactement comme durant ces trois dernières décennies.

La Fed pense toujours pouvoir gérer l’économie. Elle pense savoir quels taux d’intérêt devraient être appliqués… à quel cours les actions devraient se vendre… et combien d’inflation des prix à la consommation est suffisante.

Toutes les preuves et les théories sensées sont contre elles. La probabilité que quelques universitaires parviennent à déterminer exactement les prix dont l’économie a besoin est minuscule.

Les Soviétiques ont prouvé qu’ils ne pouvaient pas le faire. Les Chinois n’y sont pas parvenus non plus. Le Prix Nobel Friedrich Hayek a expliqué pourquoi personne n’y arrive.

Le pouvoir de l’ignorance

C’est bien là la beauté d’une économie de marché : elle n’a pas besoin de charlatans qui affirment pouvoir faire des choses impossibles. Une économie « guidée » ne fonctionnera correctement que si les guides en question savent ce que diable ils sont en train de faire.

Une économie libre, une économie de marché, en revanche, peut fonctionner correctement dans l’ignorance la plus totale.

Les marchés découvrent les bons prix tous les jours. Personne n’a besoin de connaître les réponses à l’avance.

Les génies de la Fed nient cela farouchement, toutefois. Ils affirment pouvoir faire ce qu’aucun mortel n’est parvenu à faire – imposer leur jugement aux marchés et rendre l’économie meilleure qu’elle n’aurait été sans eux.

Les loups de Wall Street

De leur côté, les investisseurs ne remettent pas cela en question.

Ils continuent de croire que la Fed est là pour eux, comme elle l’est depuis plus d’une génération. Et « acheter pendant les creux » semble encore être un très bon moyen de gagner de l’argent.

Jusqu’à ce que ça cesse de fonctionner, bien entendu.

Et ça cesse de fonctionner quand la Fed change de cap. Ou se retrouve à court de sottises.

Oui, c’est le revers de la médaille. C’est ce qui a changé.

Les cerveaux de la Fed pensent désormais qu’ils ont fait du bon boulot : ils ont mené l’économie dans des pâturages bien verts… si bien qu’ils peuvent désormais se permettre un peu de repos sans se soucier des loups de Wall Street.

Ils ont annoncé au monde entier qu’ils vont faire une pause… aller au bar… et boire un pot.

Au lieu de soutenir les actions et les obligations avec des rachats d’actifs et des taux bas, la Fed a renoncé à son programme de QE et a commencé à relever elle-même les taux.

D’une manière ou d’une autre, elle avait déterminé avec certitude que le monde serait un endroit meilleur avec des taux plus bas. Désormais, d’une manière ou d’une autre, elle a déterminé avec certitude que monde serait un endroit meilleur avec des taux plus élevés.

La Fed est aussi sotte que faillible

Qu’en pensent les investisseurs ?

Que la Fed ne pense pas vraiment ce qu’elle dit ? Qu’une hausse des taux n’affectera pas les prix de leurs actifs ? Ou qu’elle n’appliquera pas sa stratégie jusqu’au bout ?

Nous ne pensons pas non plus que la Fed appliquera sa stratégie jusqu’au bout, mais elle ne reviendra pas à son poste – pour faire grimper les marchés et l’économie – tant que les loups n’ont pas emporté quelques brebis et que le reste du troupeau court se mettre à l’abri.

C’est ainsi que ça fonctionne. La Fed n’est pas seulement faillible ; elle est aussi sotte.

Premièrement, elle fait des erreurs. Deuxièmement, elle tente de corriger ses erreurs. Et troisièmement, quand elle voit le bazar qu’elle a engendré… elle revient à sa première erreur.

Elle baisse les taux… et les maintient à un niveau trop bas pendant trop longtemps.

Ensuite elle les augmente… et l’économie entre en récession. La Fed réduit à nouveau. Ré-augmente. Puis elle doit à nouveau réduire…

… Ou du moins tenter de le faire.

Les bons du Trésor US enregistraient un rendement de près de 10% lors du Lundi noir de 1987. Ils étaient à 6% lorsque la bulle des dot.com a éclaté en 2000. Et ils étaient encore à près de 5% lorsque la crise de 2007 a commencé.

Aujourd’hui, ils sont à 2,9% : la Fed n’a guère de marge de manoeuvre.

Le président Powell commet donc sa seconde erreur maintenant. Il a hâte d’accumuler quelques points de base avant qu’arrive la prochaine crise. Il aura ainsi de quoi commettre l’erreur suivante.

Mais augmenter les taux ne pourra que déclencher la prochaine récession/krach. Notre Indice de la Ruine donne des signaux d’alerte extrême, comme nous l’avons vu hier.

La situation pourrait basculer à tout moment… dès que les investisseurs réaliseront que Powell se dirige vers la bulle à pas de velours… une épingle à la main. [NDLR : Pour prendre des mesures de protection contre le prochain krach, c’est maintenant qu’il faut agir : cliquez ici pour en savoir plus.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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2 commentaires pour “La Fed va faire éclater la bulle des actions”

  1. C’est l’argent gratuit la véritable erreur, vive la hausse des taux.

  2. Ce quil ne comprends pas cest que ses graphiques ne lui indiquent pas que ceux dans lombre gèrent le krach et le déclencheront quand ils le veulent et que la surprise risque dêtre là pour ceux qui se fient quaux graphiques du : ça va.

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