Comment la Fed finance les inondations au Texas

Rédigé le 31 août 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

L’expansion démesurée de Houston est née du crédit facile et du développement du pétrole de schiste. Elle s’est faite en zones inondables au mépris des règles d’urbanisme

« L’Eternel dit à Noé : Entre dans l’arche, toi et toute ta maison ; car je t’ai vu juste devant moi parmi cette génération.

Tu prendras auprès de toi sept couples de tous les animaux purs, le mâle et sa femelle ; une paire des animaux qui ne sont pas purs, le mâle et sa femelle ;

Sept couples aussi des oiseaux du ciel, mâle et femelle, afin de conserver leur race en vie sur la face de toute la terre ;

Car, encore sept jours, et je ferai pleuvoir sur la terre quarante jours et quarante nuits, et j’exterminerai de la face de la terre tous les êtres que j’ai faits. […]

Tout ce qui se mouvait sur la terre périt, tant les oiseaux que le bétail et les animaux, tout ce qui rampait sur la terre, et tous les hommes.

Tout ce qui avait respiration, souffle de vie dans ses narines, et qui était sur la terre sèche, mourut ;

Tous les êtres qui étaient sur la face de la terre furent exterminés, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles et aux oiseaux du ciel : ils furent exterminés de la terre.

Il ne resta que Noé, et ce qui était avec lui dans l’arche. »

Genèse (7)

Et une pluie violente s’abattit sur la Terre… Elle se déversa à torrents.

Comme jamais depuis le Déluge.

A Cedar Bayou, au Texas, plus de 1 200 mm d’eau seraient tombés… soit un volume jamais enregistré auparavant en Amérique continentale.

« Comment les cieux peuvent-ils transporter autant d’eau ? » les gens se sont-ils interrogés. Par quel miracle était-elle restée dans les airs jusque-là ? Et pourquoi s’est-elle soudain déversée sur la tête des pieux Texans ?

Quel péché avaient-ils commis ? Quelle souillure devait être lavée par un tel déluge ?

Au fil des 1 000 mots suivants, nous avons l’intention d’y réfléchir. Nous lançons un avertissement : à Houston, les problèmes ne sont pas terminés.

Où vont les liquidités excédentaires ?

Le problème immédiat, ce n’est la pluie qui tombe, mais ce qu’il faut en faire.

Où toute cette eau peut-elle aller ?

A une époque, elle s’écoulait dans les marécages, les prairies et les bayous… pour finir dans le Golfe du Mexique. Mais c’était avant que l’Etat ne fournisse des assurances-inondation bon marché et n’assure des sauvetages financiers.

Avec les contribuables de tout le pays derrière eux… et l’argent falsifié de l’Etat fournissant ce qui avait tout l’air de financements illimités… les promoteurs du Texas ont bâti sur toute la zone inondable, tout comme ils l’avaient fait à la Nouvelle-Orléans.

Un système complexe de réservoirs, de fossés de drainage et de financements publics a permis à Houston de s’étendre.

Comme pour tant de choses rendues possibles par la planification centrale et l’argent falsifié, les effets secondaires et tertiaires ont été ignorés. C’est bien beau de bétonner un parking et d’envoyer les ruissellements vers le bayou. Mais en cas de véritable déluge, le bayou déborde. Le réservoir, que vous avez créé pour contenir le trop-plein d’eau déborde lui aussi.

C’est d’ailleurs ce qui s’est produit le mardi 29 août. Pour la première fois de l’histoire, le Réservoir Addicks, à Houston, a débordé. Selon le Washington Post :

« Le Corps des Ingénieurs de l’armée américaine a confirmé mardi matin que l’eau s’échappait de la partie nord du bassin de retenue Addicks, lequel a été submergé par les chutes de pluie intenses provoquées par la tempête Harvey. Les responsables ont déclaré qu’ils pensaient que le bassin de retenue Barker, au sud de l’Addicks, commencerait à déborder de la même manière dans la journée de mercredi. »

Jouer la peau et l’argent des autres

L’eau, comme l’argent, doit bien aller quelque part. On peut la détourner. On peut la contenir avec des digues. On peut la contrôler… mais uniquement jusqu’à un certain point.

Tout le monde aime observer les bienfaits qu’apporte l’argent : les vacances, le luxe, une assurance contre les caprices de la nature. Ici, à la Chronique, nous observons l’autre facette : les conséquences en aval… les boucles de rétroaction néfastes qui inondent votre lotissement.

C’est ce qu’il s’est produit à Houston. Trop d’argent fabriqué pour construire démesurément dans trop d’endroits situés trop bas.

Cela a pu se faire car l’Etat a subventionné les assurances-inondation… réduit le coût du crédit… et dopé l’économie de Houston.

Comme le dirait notre ami Nassim Taleb, les gens qui ont pris ces décisions ne « jouaient pas leur peau ».

Oui, l’argent courait un risque. Mais la peau était celle que l’on avait prélevée sur le dos de gens vivant dans l’Oregon, le Kentucky, et dans tous les Etats-Unis… des gens qui vivaient à des dizaines de mètres au-dessus du niveau de la mer, qui n’avaient aucun intérêt particulier à subventionner des centres commerciaux et des maisons dans les basses plaines du littoral texan.

Une expansion sur un déluge de 15 000 Mds$

Houston a la caractéristique d’être la première ville pétrolière des Etats-Unis. L’or noir a été découvert dans la région en 1901.

Cet élixir en a fait une ville en pleine expansion. Mais au cours de ces dernières années, comme partout ailleurs au sein de l’économie américaine, l’expansion a pris un air de succédané… comme un chapeau de cow-boy planté sur la tête d’un citadin.

L’argent doit bien aller quelque part. Au cours de la période de 2010 à 2014, la Fed ainsi que d’autres banques centrales en ont provoqué tout un déluge : environ 15 000 Mds$.

La majeure partie de cet argent est allée dans le principal secteur de Houston : le pétrole. Le cours du baril était tellement supérieur à 100 $ que les analystes ne pouvaient imaginer qu’il se négocierait à nouveau, un jour, au-dessous des 57 $… et à plus forte raison au-dessous des 50 $. C’est dire s’ils ont été horrifiés lorsqu’il a chuté à 29 $ en janvier 2016.

Mais il y avait une bonne nouvelle. Ou du moins c’est ce qu’ils ont dit. Le secteur pétrolier bénéficiait d’un crédit bon marché permettant de révolutionner la production américaine.

Les ingénieurs, machinistes et travailleurs journaliers, en particulier, qui remplissaient les banlieues de Houston, les centres commerciaux et les parkings, avaient revitalisé le secteur du pétrole de schiste. A présent, ils produisaient tellement de pétrole que non seulement l’Amérique deviendrait auto-suffisante mais qu’elle pourrait également en exporter.

« Ensemble, nous allons amorcer une nouvelle révolution énergétique » a annoncé le président Trump, en début d’année. Elle sera « à la gloire d’une production américaine sur le sol américain ».

Cette révolution était bidon.

Depuis la crise de 2007-2009, une grande partie de l’Amérique a vacillé et s’est effondrée, dans un contexte de faible reprise réelle. L’argent a dévalé les montagnes, traversé les plaines et descendu les rivières… jusqu’à Houston.

La ville a fourni au secteur pétrolier des derricks, des forages, des tuyaux et des réservoirs. Puis elle a chargé les produits pétroliers sur des navires, dans ses ports.

Le montage Ponzi du pétrole de schiste

Le pétrole, qu’il soit bon marché ou coûteux – et un crédit bon marché – ont permis à Houston de poursuivre son expansion. En 2014, le magazine Forbes y a dénombré 14 milliardaires.

Puis les effets secondaires et tertiaires sont apparus. Lorsque l’économiste Chris Martenson a étudié le secteur du pétrole de schiste, il a découvert qu’il n’était jamais rentable… ni lorsque le baril était à 100 $… ni lorsqu’il était à 40 $.

C’était un secteur créé par un crédit artificiel dont le coût était artificiellement faible. Il produisait une activité artificielle qui ne génèrerait jamais un sou de profit. Selon Martenson :

« Voici ce qu’il faut retenir : le secteur du pétrole de schiste ressemble bien plus à un montage Ponzi frauduleux, qu’à n’importe quel type de ‘miracle’.

Comment est-ce que je le sais ? Parce que, collectivement, les compagnies américaines de pétrole de schiste ont perdu de la trésorerie chaque année de leur existence. Elles ont ‘brûlé’ du cash lorsque le pétrole était à 100 $, et à nouveau lorsqu’il était à 90 $, 80$, 70 $, 60 $, 50 $, 40 $, et 30 $ le baril. Elles ont brûlé de la trésorerie en 2008, en 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016. »

Evolution des valeurs du secteur des services pétroliers depuis 8 ans

Inutile d’être un génie de la finance pour se rendre compte, ou comprendre, que tout secteur qui brûle continuellement sa trésorerie n’est pas une bonne affaire. Surtout si son principal produit, les puits de pétrole de schiste, se vide pratiquement (-85%) en près de trois ans.

Si vous êtes dans cette activité depuis neuf ans, à forer des puits qui se tarissent en trois ans, et que vous n’avez pas réussi à produire une véritable trésorerie à moment donné, alors il est temps d’admettre que votre business model ne fonctionne pas, tout simplement.

Contrairement aux galeries d’art et aux studios de design, vous ne retirerez aucun profit des taches de pétrole qui maculent votre bleu de travail.

Vous pouvez vous attendre à ce que les compagnies pétrolières de Houston soient balayées. Les producteurs marginaux partiront. Quant aux travailleurs marginaux – attirés à Houston dans l’espoir de gagner un salaire plus important – ils déménageront.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

3 commentaires pour “Comment la Fed finance les inondations au Texas”

  1. Canaliser, endiguer, détourner et bétonner les cours d’eau est une idiotie phénoménale. Car il faut des berges inondables qui sont capitales non seulement pour la faune mais également pour la formation de la troisième ressource utilisée au monde après l’air et l’eau, à savoir le sable… gaspillé dans le bétonnage anarchique. Le sable manque partout et les inondations augmentent sans parler de la disparition de la faune aquatique que le limon génère. C’est toute la chaîne alimentaire aquatique qui est menacée. il faut des milliers d’années pour fabriquer du sable.

    L’être humaine est la seule espèce au monde non seulement à détruire son environnement mais également à produire des déchets. La disparition de l’Humanité serait un bienfait pour la Nature terrestre. L’homme est assez irresponsable pour s’éliminer volontairement.

  2. Amora n’a qu’a donner l’example.

  3. HarryC que voilà une excellente idée! Venez pour le grand saut. Plus on est de fous plus on rit!

    Autre commentaire plus cérébral et.. « constructif béton » avec jeu de mot? 😉

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