Avez-vous quelques milliards en trop ?

Rédigé le 24 avril 2017 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Les marchés ont reculé. Ils devraient perdre beaucoup plus encore.

Bien sûr, les marchés en savent plus long que nous. Peut-être savent-ils une chose qui justifie ces prix élevés.

En ce qui nous concerne, nous voyons des raisons de vendre, pas des raisons d’acheter.

D’un salaire à l’autre

Près de la moitié de toutes les familles américaines vivent « d’un salaire à l’autre », selon des recherches.

46% d’entre elles seraient incapables de réunir 400 $ sans emprunter, en cas d’urgence.

C’est au moins en partie pour cela que les ventes au détail ont chuté pour le deuxième mois consécutif en mars aux Etats-Unis. Malgré sept années de « reprise » économique, des millions d’Américains n’ont pas beaucoup d’argent.

Selon les chiffres du Bureau du recensement, 110 millions d’Américains touchent des allocations liées aux niveaux de leurs revenus — bons d’alimentations, handicap, etc.

Et selon le Bureau des statistiques de l’emploi, environ 125 millions d’Américains ont un emploi à plein temps (tandis que 112 millions d’autres sont sans emploi).

Ce qui signifie qu’il n’y a que 125 millions de travailleurs à temps plein pour financer l’intégralité de l’économie américaine et sa population totale de 323 millions.

A ce taux, chaque travailleur à temps plein soutient 2,6 personnes… dont une ou presque touche de l’argent des autorités.

Il finance aussi une dette gouvernementale de 20 000 Mds$ et une dette privée de 40 000 Mds$ supplémentaires environ. Ce qui met le ratio dette/travailleur à temps plein à 480 000 $.

Le salaire moyen pour un travailleur à plein temps n’est que de 48 000 $. Avec un modeste taux d’intérêt de 5%, sa part de la dette lui coûterait 24 000 $ par an.

Il n’aurait que les 24 000 $ restants pour s’occuper de 1) sa propre famille… et 2) tous les tire-au-flanc, compères et zombies qui reçoivent de l’argent de l’Etat.

De toute évidence, ces chiffres ne fonctionnent pas. Mais ils expliquent une bonne partie de la faiblesse de l’économie US.

Le crédit bon marché des autorités fait circuler l’argent (majoritairement sous la forme d’augmentation du prix des actifs) vers les plus riches… tandis que le budget du citoyen moyen se fait de plus en plus serré.

Niveau de crise

La fréquentation des chaînes de restaurants chute aussi. Elle a baissé de 3,4% le mois dernier par rapport à l’année précédente.

Partout aux Etats-Unis, les magasins de détail ferment leurs portes et barrent leurs fenêtres comme si une tempête s’annonçait.

C’est peut-être bien le cas…

La dette des ménages US dépasse à nouveau les 14 000 Mds$ — le seuil qui a déclenché la crise de 2008-2009. A ce niveau, les consommateurs ont du mal à dépenser. [NDLR : Si la crise de 2008 se reproduit… votre épargne est-elle prête ? Cliquez ici pour découvrir un « Plan de Sauvetage » complet pour votre argent.]

En dépit de ces avertissements, la Fed continue de s’auto-congratuler. Bloomberg :

« L’économie a continué à se développer aux Etats-Unis à un rythme modéré ces récentes semaines, un marché de l’emploi étroit contribuant à élargir les augmentations de salaires, même si les dépenses de consommation ont été mitigées, selon une étude de la Réserve fédérale publiée mercredi ».

Non seulement ça, mais elle parle encore de réparer les dommages qu’elle a infligés ces huit dernières années… espérant descendre de sa montagne de dettes sans se casser un seul os. Bloomberg à nouveau :

« Après s’être lancées dans le territoire inconnu de l’assouplissement quantitatif, les banques centrales de la planète commencent à préparer leur voyage dans les eaux inexplorées du resserrement quantitatif.

La manière dont la Réserve fédérale, la Banque centrale européenne et — tôt ou tard — la Banque du Japon gèreront la transition pourrait faire la différence entre une redite mondiale de la crise du taper qui s’est produite en 2013 ou la réaction quasi-indétectable des marchés aux ventes de bons du Trésor US par la Chine des dernières années.

Pris ensemble, les bilans des trois banques se montent désormais à 13 000 Mds$ environ, soit plus que l’économie de la Chine ou de la Zone euro. »

Facile !

Voyons voir…

Les banques centrales ont commencé à acheter de la dette il y a huit ans. Elles en possèdent désormais pour 13 000 Mds$.

Hé, on s’est bien amusé, non ?

Il n’est rien arrivé de grave. Ils peuvent donc se débarrasser de la dette désormais… et il n’arrivera rien de grave là encore, n’est-ce pas ?

La Fed a acheté la dette — ajoutant de l’argent dans l’économie… surtout les parties les plus riches. Maintenant, tout ce qu’elle a à faire, c’est vendre. Facile !

Beaucoup de gens ont quelques milliards qui traînent ici ou là. Ils considéreront que c’est un honneur d’aider la Fed à descendre de son perchoir… et d’acheter des obligations au moment où le marché obligataire tourne mal.

La gueule de bois sera aussi amusante que de s’enivrer.

Le divorce sera aussi exaltant que l’adultère qui l’a causé.

Être pendu pour meurtre sera tout aussi satisfaisant que tirer une balle dans la tête de son ennemi.

Si, si.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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