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Fausse reprise et vraie crise de dette

Posted By Bill Bonner On 25 jan 2012 @ 10:21 In Bill Bonner,Inflation, dettes souveraines et récession | 1 Comment

▪ A Baltimore, nous jouissons d’un paysage hivernal… ou du moins de ce qu’il en reste. Mais oubliez la météo : les beaux jours sont de retour.

C’est du moins ce qu’on pourrait penser en lisant les journaux. Aux Etats-Unis, le chômage baisse. La consommation grimpe. Même le marché de l’immobilier semble donner des signes d’amélioration.

L’or avance — les investisseurs semblent penser que les pressions inflationnistes s’accumulent. Le rendement du bon du Trésor US à 10 ans est de retour au-dessus des 2%. Quant aux actions US, elles connaissent leur meilleur mois de janvier depuis 15 ans.

Une fois encore, les commentateurs parlent d’une “reprise” après la Grande Récession.

Autant vous le dire tout de suite, cher lecteur : il n’y a pas eu de Grande Récession, et il n’y aura pas de reprise. On ne se remet pas de ce qui mine l’économie occidentale. On en meurt. Ensuite, une nouvelle économie peut naître.

De nombreuses personnes affirment toutefois voir les signes d’une reprise… qui reste quand même aussi discrète que le monstre du Loch Ness.

Les économistes de Goldman Sachs estiment par exemple que le chômage devrait atteindre 8,5% en moyenne cette année aux Etats-Unis — quasiment le même niveau que l’an dernier. Ce n’est pas une reprise.

Il faut se poser la question… qu’est-ce qui nourrira la “reprise” que les analystes croient voir venir ?

Pas les dépenses des ménages. Ils n’ont pas d’argent à dépenser. Alors quoi ?

Rien. Il n’y aura pas de reprise. L’économie américaine est en train de se zombifier et se scléroser…

… c’est-à-dire ce qui arrive quand les autorités refusent de laisser mourir des industries mortes-vivantes.

▪ Comment les autorités ont pipé les dés
Otmar Issing, de la Banque centrale européenne, nous en dit plus :

“Le problème du [principe du] ‘trop gros pour couler’, c’est qu’il a fait de la société — et plus précisément du contribuable — l’otage de la survie des institutions financières individuelles… Les milliards [d'euros] des contribuables engagés pour secourir des institutions supposées systémiques a porté un grave coup à la confiance dans le système du libre-échange… ce qui s’est à son tour transformé en menace pour les sociétés libres”.

Oui, absolument. Désormais, la partie est truquée. Les zombies ont tous les as. Le reste d’entre nous n’a plus que des cartes faibles.

Mais attendez… Les gouvernements n’ont-ils pas fait des gains par leurs prêts aux banques ? Les banques n’ont-elles pas remboursé l’argent ? Les contribuables ne sont-ils pas sortis gagnants ?

Oh, arrêtez, s’il vous plaît… C’est le fou rire ; nous risquons un claquage.

Imaginez un barman. Il réalise que ses clients ont distribué des reconnaissances de dette un peu partout en ville — y compris à lui. Il sait aussi que ses clients ne peuvent pas payer. Les gens commencent à se poser des questions… Ils commencent à dévaluer les reconnaissances de dette. Une crise se prépare…

Que fait notre barman ? Il prête plus d’argent à ses clients et rachète les reconnaissances de dette des autres marchands ! Naturellement, la valeur de ces titres grimpe. Parce que les détenteurs savent désormais qu’ils vont récupérer leur argent. La valeur des dettes détenues par le barman grimpe elle aussi. Merveille des merveilles, cette affaire lui a même rapporté de l’argent !

Les beaux jours sont de retour.

Ce qui nous rappelle la conversation écrite par Hemingway entre Bill Gorton et Mike Campbell dans Le soleil se lève aussi.

Bill demande : “comment avez-vous fait faillite ?”

Réponse de Mike : “de deux manières. Progressivement. Puis tout d’un coup”.

Nous sommes encore dans la phase “progressive”. Restez à l’écoute.


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