Extraordinaires réalités

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La Chronique Agora
Paris, France
Lundi 13 novembre 2006
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*** Entre la Beauce et Waterloo
… telle était la séance de vendredi…

*** Extraordinaires réalités
Une autre tirade "à la Agora"… mais celle-ci est importante !

*** Pourquoi 2006 ressemble beaucoup à 1968 (1)
Trouble bipolaire et bourbier cyclique

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Bonjour,

*** ENTRE LA BEAUCE ET WATERLOO

** Voilà qui est une chose bien rare pour moi, cher lecteur : je n’ai rien à dire. Aucune statistique n’a été publiée vendredi… les marchés n’ont rien fait de notable… pas de catastrophes autres que les désastres ordinaires de la vie sur Terre…

Croyez-moi, c’est à désespérer n’importe quel chroniqueur.

** Egarés dans cette morne plaine tels des grognards napoléoniens ayant perdu de vue leur régiment, notons tout de même que le CAC 40 ne donne pas vraiment de signes de faiblesse : il a dépassé le seuil des 5 400 points, terminant vendredi à 5 447 points. Cela lui fait une petite baisse de 0,02% sur la séance, pour une hausse de plus de 2% sur l’ensemble de la semaine.

Même langueur de l’autre côté de la Manche et du Rhin : à Londres, le Footsie a abandonné 0,35%, tandis qu’à Francfort, le Dax faisait à peine l’effort d’une véritable baisse : -0,01% pour la séance de vendredi.

Chez nos cousins américains, les marchés ont fait preuve malgré tout du dynamisme si louable du "Jeune Continent" : la hausse a été générale, après une semaine à peine agitée par les élections de mi-mandat. En l’absence de chiffres économiques, les investisseurs se sont basés sur les résultats plutôt positifs des entreprises pour faire grimper les cours.

Le Dow Jones a ainsi clôturé à 12 108,43 points, soit un petit bond de 0,04%. Le Nasdaq a terminé à 2 389,72 points, s’adjugeant 0,58% — pendant que le S&P 500 faisait sa petite cuisine de son côté, achevant la semaine à 1 380,90 points, soit +0,19% sur la séance de vendredi.

** Sur les autres marchés, plutôt qu’à Waterloo, on se serait cru dans un omnibus en panne dans les plaines de la Beauce en plein mois de février. Du côté obligataire, les taux se sont très légèrement détendus, le rendement du bon du Trésor US à 10 ans se détendant de trois points de base, à 4,59%.

Le dollar a fait un peu parler de lui, cependant – en atteignant un plancher de deux mois par rapport à l’euro. Les nouvelles économiques de la semaine dernière ont porté quelques coups bas au billet vert, qui a bien du mal à lutter. L’euro a donc terminé vendredi à 1,2849 pour un dollar, repassant le seuil des 1,48.

L’or, quant à lui, semble jouir d’un renouveau de popularité, ces derniers jours… même s’il a terminé la semaine à la baisse : alors que l’once cotait 632 $ au premier fixing de Londres, notre métal préféré a été victime de quelques prises de bénéfices qui l’ont fait redescendre à 629 $ au second fixing.

Enfin, l’or noir est en phase de refroidissement : on peut en remercier l’Agence internationale de l’énergie, qui a revu à la baisse ses prévisions de demande de brut – et ça fait trois mois que ça dure. "L’agence table désormais sur une croissance de 1,1% de la demande pour 2006, à 84,4 millions de barils par jour contre une croissance de 1,2% auparavant", nous apprenait le site Investir.fr.

Cependant, dans la mesure où les pays de l’OPEP songent de plus en plus ouvertement à réduire leur production… le refroidissement n’est pas aussi spectaculaire qu’il pourrait l’être (sans parler des stocks américains, qui n’étaient pas à la hauteur des attentes). A New York, le baril de WTI a terminé la séance à 59,59 $ (contre 61,16 $ jeudi).

Françoise Garteiser,
Paris

PS : Vendredi a été bien morne… mais en est-il de même pour la séance de lundi ? Philippe Béchade nous donne son sentiment sur la journée boursière en cours – et les recommandations qui vont avec – au 089 707 009*
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

—————————– (publ.)

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** EXTRAORDINAIRES REALITES

** Pour commencer, les électeurs ont décidé.

* Puis "Le Décideur" a décidé.

* Et maintenant, c’est à vous de décider… que se passe-t-il après ?

* C’est le monde tel que le voit Ed Yardeni :

* "Je ne pense pas que l’économie [américaine] ‘atterrisse’. Je pense que l’économie se porte tout à fait bien… C’est le plus grand boom mondial de tous les temps".

* A moins qu’il ne s’agisse du monde que nous voyons depuis les divers bureaux de la Chronique dans le monde entier ?

* Nous explorons le lien entre la cause et l’effet… entre les décisions et leurs suites… entre la vérité et les conséquences. Plus grande est la distance, concluons-nous… moins les décideurs souffrent de leurs propres décisions… plus les résultats sont catastrophiques.

* Du moins… en théorie.

* Tout ça a l’air d’une autre tirade "à la Agora"… mais elle est importante. Lorsque vous faites un investissement, cher lecteur, vous vous souciez de ce qui se passe vraiment. Si vous avez raison — c’est-à-dire si vous voyez correctement la réalité — vous réussirez. Si vous vous trompez, vous échouerez.

* Bien entendu, c’est vrai de toutes choses… et pas uniquement pour les investissements. Si un plombier ne connaît pas ses tuyaux, son travail ne ressemblera à rien. Si un écrivain ne comprend pas le sens de ses mots, son œuvre n’aura aucun sens. Si un futur époux se trompe sur la vertu ou les intentions de sa promise, leur mariage risque d’être troublé. Réussir dans la vie, c’est une question de comprendre ce qui se passe — ou d’être simplement bête et chanceux. Dans la mesure où nous ne pouvons compter sur la chance — complètement hors de notre contrôle — nous devons faire de notre mieux pour comprendre la réalité et en tirer le meilleur parti possible.

* Dans la vie privée, le lien entre "le décideur" et "les résultats" est en général très serré. Un homme décide de descendre du trottoir ; s’il ne réalise pas ce qui se passe devant lui dans la rue, il pourrait se faire renverser par un bus. De même, lorsque vous investissez, vous obtenez ce que vous méritez.

** La vie publique, par contre, est un peu différente. Il suffit de lire un commentaire de notre éditorialiste préféré, Thomas Friedman. C’est à peine s’il s’écoule une semaine sans que le journaliste ne harcèle ses lecteurs — nous devrions faire ceci… nous devrions faire cela… Mais le "nous" des éditoriaux de Friedman est plutôt douteux.

* Les exhortations de Friedman sont censées pousser les masses à agir. Les gens sont censés écrire des lettres à leurs représentants au congrès ; ils sont censés s’organiser pour des campagnes politiques, et ils sont censés voter… mais pour qui ? Pour les mouches du coche, bien évidemment !

* Ce "nous" ne concerne pas uniquement les citoyens individuels perdant volontairement leur temps, mais également le gouvernement américain, qui — en utilisant le pouvoir policier de l’état-nation — est censé se lancer dans toutes sortes de programmes crétins… dont, très récemment, la guerre en Irak. Friedman peut donc plaider nuit et jour pour ses projets, sachant qu’il ne devra ni les payer, ni en souffrir.

* Dans le cas particulier de Friedman, notre homme est immunisé contre la majeure partie des dommages causés au "lumpen-nous". Friedman est sans doute le journaleux le plus riche des Etats-Unis — étant donné que son épouse provient d’une famille milliardaire, et qu’il a lui-même fait fortune grâce à ses livres et articles insipides. Les augmentations des impôts et du prix de l’essence ne l’affectent guère. Et lorsqu’il conjure le Pentagone d’envoyer plus de troupes dans un trou perdu à l’autre bout du monde, vous pouvez être certain que Thomas L. Friedman n’en fera pas partie.

* Mais nous n’écrivons pas aujourd’hui pour critiquer l’éditorialiste du New York Times, ni pour faire entendre un autre "on vous l’avait bien dit" au sujet de la guerre en Irak. La guerre, bien entendu, est un désastre dans tous les sens du terme… et pour tout le monde — sauf bien entendu pour les terroristes islamistes, qui ont du mal à croire leur bonne fortune.

* Non, aujourd’hui, nous parlons de vos investissements. Après tout, la Chronique Agora est un service financier, dans son genre. Et le service que nous offrons, c’est d’exaspérer nos lecteurs jusqu’à ce qu’ils réfléchissent plus profondément au monde qui les entoure.

* Donc quelle est la "réalité" des marchés ? La réalité, c’est que la majeure partie des actions sont très chères… et qu’on n’a jamais autorisé la correction commencée en janvier 2002 à devenir la correction MAJEURE dont les marchés avaient besoin. La force d’une correction est égale et opposée à la tromperie qui l’a précédée ; vous nous avez déjà entendu le dire. Le marché haussier géant de 1982-2000 a multiplié les cours par 11. Nous pensons qu’une gigantesque correction attend encore son heure.

* Autre grande réalité : les sentiments entourant le marché sont cycliques. Les investisseurs ne sont pas toujours haussiers. Et ils ne sont pas toujours baissiers. Au lieu de cela, ils tendent à faire des allers-retours, au cours de cycles très très longs, qui durent quelques décennies dans chaque direction. Par conséquent, si les investisseurs étaient très découragés et baissiers en 1982 — rappelez-vous, c’est à ce moment là que le magazine Business Week annonçait "La fin des valeurs boursières" — le prochain gouffre de désespoir ne devrait probablement pas être atteint avant 2022. Et si c’est bien le cas, vous devriez vous attendre à une dégringolade lente, douloureuse et frustrante des espérances et des attentes dans les 16 années qui viennent.

* En plus de ces réalités normales, il y a les réalités extraordinaires de 2006 — la Chine, l’Iran, la Corée du Nord, les matières premières, les déficits commerciaux… et le plus important, l’explosion du crédit basé sur les dollars US. Il est très difficile de déterminer ce que toutes ces réalités veulent vraiment dire. Le monde n’a vraiment jamais rien vu de tel.

* Nous pensons que tout cela sous-entend qu’il y a une augmentation du risque. Non pas les "inconnues connues" de Rumsfeld, mais les choses dont nous savons que nous ne le connaissons pas. Et parmi les nombreuses choses que nous savons ne pas connaître, il y a des choses que nous sommes condamnés à apprendre. Nous aurions tendance à penser que la leçon sera plus coûteuse que les investisseurs n’y sont préparés. Le risque est sous-évalué, selon nous.

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*** La Chronique Agora présente ***

Qu’il s’agisse de politique, de marchés financiers ou de polarisation, les Etats-Unis de 2006 ressemblent beaucoup à ceux de 1968. Susan Walker explore les marchés financiers pour voir quelles fractures s’y sont installées, et en quoi elles reflètent les fractures du monde politique.

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POURQUOI 2006 RESSEMBLE BEAUCOUP A 1968 – 1ère PARTIE
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Par Susan C. Walker (*)

Voilà une chose qui n’était pas une surprise lors des dernières élections de mi-mandat aux Etats-Unis : les électeurs américains sont toujours polarisés, comme ils l’étaient en 2000 (Bush contre Gore) et en 2004 (Bush contre Kerry) — divisés en deux, entre la républicains et les démocrates, avec très peu d’indécis au milieu. Il ne faut pas accuser les slogans politiques ("tenir le cap" contre "sauve qui peut") ou les surprises d’octobre de cette polarisation. Au lieu de cela, jetons un coup d’œil aux marchés financiers pour observer les fractures qui s’y sont développées, reflétant les fractures du corps politique.

D’une manière générale, les marchés grimpent et l’économie est solide lorsque les Américains sont heureux. Leur humeur positive crée une harmonie alors même que les points de vues politiques, sociaux et religieux varient largement. Aujourd’hui, cependant, alors que les nouvelles économiques semblent de bon augure, les Américains sont en colère à cause de la guerre en Irak ; ils sont furieux à cause de l’immigration illégale ; ils ne supportent pas ce qui se passe au Congrès — et plus de 60% d’entre eux n’aiment pas la manière dont le président fait son travail.

Le Dow lui-même pourrait être un reflet de cette humeur négative. Comment est-ce possible, puisqu’il monte, vous demandez-vous — cela devrait refléter une humeur positive, non ? La réponse est simple : même si le Dow nominal (mesuré en dollars US) a atteint un nouveau sommet historique au-delà des 12 000 points, le Dow estimé en onces d’or est en fait notablement en baisse par rapport à son sommet de l’an 2000. Il en va de même si l’on mesure le Dow en termes de matières premières. Cela signifie qu’un dollar gonflé porte le Dow plus haut qu’il ne serait s’il était mesuré en termes réels, ajustés à l’inflation.

Des électeurs si polarisés sont l’exemple d’un sentiment divisé — ce qui peut également justifier la fracture entre ce que le marché boursier semble être et ce qu’il est vraiment. Les électeurs sont divisés entre ceux qui croient aux bonnes nouvelles (dont les portefeuilles se portent bien), et ceux qui ont des inquiétudes concernant les marchés et l’économie même devant de bonnes nouvelles (dont les portefeuilles ne vont pas si bien).

En général, lorsque le sentiment est positif, le marché boursier grimpe, l’économie semble en bon état et les hommes politiques en exercice gagnent. Tout semblait donc bien parti pour le parti républicain lors des élections. Cependant, la popularité d’un président en exercice prédit en général la victoire ou la défaite de son parti. Le sentiment positif rend un président populaire, tandis qu’un sentiment négatif le rend impopulaire. Dans la mesure où le degré de popularité du président Bush était inférieur à 40%, le résultat des élections n’a rien de surprenant.

Alors, que quoi s’agit-il ? En fait, les marchés et les sondages politiques reflètent une autre époque de l’histoire des Etats-Unis où les gens étaient divisés au sujet d’une guerre et d’énormes changements dans la société. Il s’agissait de l’année 1968, lorsque le vice-président de Lyndon B. Johnson, Hubert Humphrey, s’est présenté à la présidentielle contre le candidat républicain Richard M. Nixon. Cette année-là, les étudiants des campus américains ont manifesté contre la guerre au Vietnam ; Robert Kennedy a été assassiné après avoir remporté les élections primaires démocrates en Californie — et des policiers ont tabassé des manifestants anti-guerre lors de la convention démocrate à Chicago.

Nous verrons cela plus en détails dès demain…

Meilleures salutations,

Susan Walker
Pour la Chronique Agora

(*) Susan C. Walker est rédactrice pour Elliott Wave International, une société de prévisions boursières et d’analyse technique. Diplômée de l’université de Stanford, elle a travaillé au sein du magazine Inc.. Elle a également été journaliste, s’est occupée de relations avec les investisseurs et a écrit des discours pour la Réserve fédérale d’Atlanta.

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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