Evolution économique

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Jeudi 20 avril 2006
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*** L’or est au Zénith… Faisons semblant de rien
De l’art de regarder ailleurs tandis que la maison croule…

*** A la dure en Argentine
La vie dans les hautes plaines n’est pas facile tous les jours…

*** Evolution économique
Que se passera-t-il lorsque les investisseurs étrangers commenceront à se débarrasser de leurs dollars à tour de bras ?

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Bonjour,

*** L’OR EST AU ZENITH… FAISONS SEMBLANT DE RIEN

** La logique des mouvements boursiers depuis 48 heures nous échappe. Nous avons beau tenter de nous convaincre que les "minutes" de la Fed — qui accréditent l’hypothèse d’une interruption imminente du cycle de hausse du loyer de l’argent aux Etats-Unis — constituent la meilleure nouvelle de l’année, nous avons du mal à faire l’impasse sur le dossier nucléaire iranien, la tension des taux qui persiste (5,03% mercredi soir) et le franchissement des 71,5 $ par le baril de pétrole.

Nous ne savons comment analyser la différence d’interprétation du message de la Fed par les marchés d’actions, euphoriques depuis mardi soir, et les marchés obligataires — toujours aussi lourds et proches de leurs planchers annuels 24 heures après le communiqué de la Fed.

Nous ne savons comment expliquer le spectaculaire rebond du CAC 40 entre 16h30 (il affichait +0,6%) et la clôture (+1,23%) après l’annonce d’une nouvelle chute — supérieure aux prévisions — des stocks de produits pétroliers aux Etats-Unis : les réserves d’essence ont diminué de 5,4 millions de barils, celles de produits distillés de 2,8 millions de barils.

Un étonnement renforcé par les hésitations de Wall Street — le S&P consolide de -0,2% –, qui reprend son souffle après le plus gros score positif de l’année établi la veille (+1,7%).

Les opérateurs européens s’étaient pourtant assagis vers 14h30 en découvrant une hausse plus forte qu’anticipée des prix à la consommation au mois de mars aux Etats-Unis, avec notamment un taux central qui s’établit à +0,3% — soit un score nettement moins encourageant que les +0,01% du core rate associé au PPI dévoilé la veille.

La hausse s’établit au final à 1,33% en moyenne sur l’ensemble des places européennes. On peut en remercier Francfort, qui restait largement en tête du peloton avec +1,5%, devançant Amsterdam et Milan qui grimpaient de 1,4%, puis Paris et Madrid avec +1,20%.

Certes, nous pouvons admettre que l’Euro-Stoxx opère un rattrapage purement mécanique au lendemain d’un vent d’euphorie sur les indices américains… mais le contexte géopolitique reste préoccupant, et le dollar qui chute en piqué depuis 48 heures ne cesse de nous alarmer.

Nous ne sommes pas les seuls, d’ailleurs. Face à un billet vert qui a inscrit un plus bas vers 1,2385/euro (plancher annuel enfoncé de près de 0,5%), l’once d’or bat symétriquement un nouveau record à 636 $ l’once (+2%), l’argent pulvérise ses sommets historiques à 4,6 $/once… et les valeurs minières gagnent en moyenne +3,5%.

** Il y a nécessairement une alternative dont les prémices sont fausses : si les marchés obligataires continuent de se dégrader tandis que les métaux précieux flambent, c’est que la menace inflationniste est perçue comme très sérieuse.

Si les indices boursiers s’envolent (en ouvrant un gap comme ce fut le cas mercredi matin), c’est qu’ils estiment que le danger inflationniste est si virtuel — limité à la hausse des carburants — que la Fed peut se permettre de ne pas remonter son taux directeur au-delà de 5%, voire 5,25% au pire.

Mais le véritable défi, pour les tenants d’un scénario haussier sur les actions en Europe, c’est bien la chute du dollar en direction des 1,25/euro ou des 115 yens. Peu importe la cause (le Premier secrétaire Hu Jintao aurait-il promis de réévaluer le yuan à l’occasion de sa visite officielle aux Etats-Unis ? Les pays arabes commencent-ils à arbitrer leurs réserves en faveur de l’euro ?), cela risque de créer de sérieux problèmes aux spéculateurs qui empruntent en yens pour se placer sur des actifs américains plus rémunérateurs.

Et même si le repli du dollar restait sous contrôle, cela ne change rien à la dégradation de la prime de risque sur les actions par rapport aux bons du Trésor ; le coût de l’argent a fait un bond de 100 points depuis la fin septembre 2005 de part et d’autre de l’Atlantique.

Nous jugeons cette configuration explosive… mais nous avons le sentiment que face au danger de faire machine arrière — ce qui reviendrait à valider la menace inflationniste et admettre que la thèse, si populaire, de la Fed en matière "d’équilibre des risques" est une imposture — les investisseurs choisissent la fuite en avant.

** Le mot d’ordre ressemble beaucoup à cette maxime : "faisons preuve d’un optimisme démesuré, la réalité finira bien par suivre le mouvement, au moins partiellement… et si tel n’est pas le cas, nous avons encore la possibilité de la travestir pour la faire ressembler à ce qui nous paraît souhaitable".

La recette a fait ses preuves : cela fait longtemps que cela fonctionne ainsi, et personne n’affecte de s’en plaindre.

Mais ceux qui achètent massivement de l’or doutent que ce genre de stratégie, basée sur l’illusionnisme de la Fed et des médias grand public, tienne la route encore très longtemps.

Philippe Béchade,
Paris

PS : Pour vous y retrouver dans les signaux contradictoires émis par les marchés actuellement, il suffit de composer le 0899 707 009 : vous y retrouverez tous les conseils et recommandations de Philippe Béchade sur la séance en cours.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

—————————– (publ.)

Mini-quizz : Egisthe, c’est…
a) un personnage de la mythologie grecque, amant de Clytemnestre
b) une variété très rare de papillon de nuit amazonien
c) un analyste qui a permis d’engranger 320% de gains cumulés en 2005

Pour la réponse, cliquez ici…

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, en Argentine

*** A LA DURE EN ARGENTINE

** "Wow, un vrai gaucho !"

* Il se tenait dans la salle d’attente de l’aéroport de Salta. Un homme mince, de taille moyenne, au teint mat et au visage en lame de couteau, bordé d’une petite barbe. Sans son costume, on aurait pu le prendre pour un pirate ou un gitan.

* Le regardant de bas en haut, nous avons vu qu’il portait de hautes bottes de gaucho de couleur fauve, d’où sortait une paire de pantalons blancs bouffants, brodés sur le côté. Sa ceinture était presque aussi large qu’un cummerbund, que l’on porte avec un smoking — sauf qu’elle était fait de cuir brun et attachée par deux crochets d’argent assez savamment travaillés. Ses épaules étaient larges mais osseuses, sous un manteau de cuir noir. Sur sa tête, un large chapeau noir au bord droit, orné d’un lacet doré.

* Il ne lui manquait plus qu’un fusil pour en faire un bandit parfait pour un western de Sergio Leone.

* Debout dans le hall, il attendait quelqu’un. Nous avons eu la surprise de découvrir qu’il s’agissait de nous.

* "Je suis Francisco", déclara-t-il en espagnol. "Je vais vous amener au ranch".

* 24 heures plus tard, nous chevauchions dans les hautes plaines, suivant Francisco et Jorge pour aller surveiller le bétail.

** Mais revenons un peu en arrière.

* Tout d’abord, nous décrivons notre voyage au ranch en Argentine parce que c’est là que nous sommes en ce moment — et parce que nous sommes quasiment coupé du monde extérieur. Nous sommes loin de tout, sans téléphone, sans accès internet, sans électricité, sans chauffage, sans télévision.

* "Si seulement il pouvait au moins y avoir une salle de bain", a déclaré Maria.

* Maria exagère. Il y a une salle de bain. Simplement, elle ne fonctionne pas. Pour obtenir de l’eau chaude, il faut s’y prendre en avance et allumer un feu sous un énorme réservoir d’eau. Si l’on entretient le feu assez longtemps, l’eau finit par devenir tiède.

* Nous n’avons pu envoyer cette note qu’en allant chez un voisin doté d’une antenne satellite, à une heure de route de chez nous. Et dans la mesure où il n’y a pas d’électricité, nous doutons de pouvoir écrire encore bien longtemps.

* Notre moral a connu des hauts et des bas depuis que nous avons quitté Buenos Aires. Tout avait assez bien commencé : pour une raison ou une autre, nous avons été surclassés, en classe affaires. Mais après avoir quitté l’aéroport de Salta, nous avons eu un choc. Le temps n’était pas celui que nous attendions. Salta est la capitale d’une vaste région au nord-est de l’Argentine. Il y a des jungles au nord. Dans la région de Salta et vers le sud, où nous allions, il fait en général chaud et sec. Le tropique du Capricorne est juste au nord de la ville.

* Du point de vue topologique et climatique, l’endroit nous rappelle le Nouveau Mexique et l’Arizona. Mais cette semaine, il faisait froid et pluvieux.

* Pour nous rendre là où nous devions aller, nous avons dû passer une montagne. Plus nous montions, plus les nuages se faisaient épais — jusqu’à ce que nous ayons du mal à distinguer la route devant nous. Ce n’était pas seulement déprimant, c’était dangereux.

* Il y avait des pentes abruptes et des falaises escarpées tout le long du chemin. A de nombreux endroits, on aurait dit que la route avait été emportée par les eaux. A d’autres, on aurait dit qu’un malheureux était passé au travers de la barrière de sécurité et chuté jusque dans la rivière. Nous avons regardé la température : 1°C.

* "Papa, comment les gens peuvent-ils vivre dans une maison sans chauffage ?" voulut savoir Maria.

* "Je ne sais pas, mais on ne va pas tarder à le découvrir".

* La réponse arriva dès le lendemain : mal.

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Des plus-values de 350%… 273,28%… 234,19%… 281,12%… 401,22%… 521,52%… 771,17%…

et 36,34% de gains par an en moyenne depuis 14 ans !

Découvrez un outil indispensable à vos investissements…

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*** La Chronique Agora présente ***

Que se passera-t-il lorsque les investisseurs étrangers — si amicaux jusqu’à présent — ouvriront les yeux sur l’état réel de l’économie américaine… et commenceront à se débarrasser de leurs dollars à tour de bras ? Justice Litle pense qu’à mesure que le dollar baissera, les gens se tourneront de plus en plus vers notre métal jaune préféré…

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EVOLUTION ECONOMIQUE, 1ère PARTIE
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Par Justice Litle (*)

Lorsqu’on envisage le retour de l’or en tant que monnaie au 21ème siècle, deux "fils rouges" constituent la structure de la discussion : les concepts d’évolution et de sélection naturelle. Il ne s’agit pas là d’évolution sous sa forme actuellement en débat — nous ne parlerons pas des origines biologiques, de la main de Dieu ou de la soupe primordiale. Non, nous parlerons de l’évolution sous sa forme non-controversée, le processus de changement et de croissance dont nous voyons des preuves tous les jours.

Mon dictionnaire définit "l’évolution" comme suit : "un processus graduel par lequel quelque chose change pour trouver une forme différente, en générale meilleure ou plus complexe".

Cela caractérise bien ce qui se passe dans l’économie mondiale, les systèmes financiers de la planète et les marchés en général. De nouvelles technologies, des innovations, de nouveaux liens et de nouveaux participants signifient que les choses changent sans arrêt. Parfois pour le meilleur… et parfois pour le pire.

Il est facile d’oublier que tout notre système financier, tel qu’il existe aujourd’hui, n’est en fait rien d’autre qu’une série d’expériences à partir desquelles les règles, la législation et les standards ont évolué au cours du temps. Les monnaies fiduciaires sont encore relativement nouvelles ; elles sont nées lorsque Nixon a fermé la fenêtre de l’or en 1971. Même la Réserve fédérale américaine est relativement récente en termes d’histoire monétaire. La première banque centrale date peut-être de la Riksbank suédoise au 17ème siècle, mais le concept d’une Réserve fédérale active a été appliqué à une économie industrielle pour la première fois il y a moins de cent ans. La Fed fait des erreurs et mène sa politique à l’aveuglette depuis qu’elle existe. Nous pensons qu’il s’agit d’une assemblée immémoriale composée d’hommes pleins de sagesse qui ne peuvent pas se tromper uniquement parce que c’est précisément là l’image de stabilité et de certitude qu’ils veulent projeter.

Le processus de sélection naturelle, quant à lui, est celui par lequel des animaux bien adaptés survivent, tandis que ceux qui ne le sont pas meurent. Dans un troupeau, les gazelles les plus lentes se feront attraper plus souvent par les guépards et les lions qui les guettent — tandis que leurs consoeurs plus rapides et plus agiles tendront à survivre et procréer.

Ce processus de sélection naturelle s’applique aux idées aussi bien qu’aux animaux. Dans le monde des entrepreneurs et du capital-risque, les bonnes idées se répandent et prospèrent, tandis que les mauvaises idées connaissent une fin rapide. Ce n’est pas toujours le cas, bien entendu. Parfois, des idées pleines de mérite ne parviennent pas à maturité à cause d’une mauvaise mise en œuvre, ou par malchance… et parfois, de mauvaises idées obtiennent bien plus de financement et d’attention qu’elles ne le méritent. Mais dans l’ensemble, la règle de sélection naturelle est évidente.

La "destruction créative" est un terme qui a été utilisé pour la première fois par l’économiste Joseph Schumpeter en 1942 — une expression pittoresque pour décrire l’évolution et la sélection naturelle à l’œuvre dans le monde économique. C’est le processus par lequel de meilleures idées et de meilleures méthodes remplacent celles qui les précédaient. Au cours du temps, globalement, la Destruction créative rend la vie meilleure — parce que tout est constamment en voie d’amélioration.

Mais, assez bizarrement, la Destruction créative souligne la valeur de l’ancien comme du nouveau. Si une idée ou une manière de faire jouit d’une période de vie extrêmement longue et que rien n’est venu la remplacer, il s’agit probablement d’une assez bonne idée. Les bonnes choses restent. Prenez par exemple une fourchette — que vous n’allez peut-être pas tarder à utiliser pour déjeuner. La raison pour laquelle la fourchette n’a guère changé au cours des siècles, c’est que son modèle original était vraiment très pratique !

Dans les années et les décennies à venir, nous réaliserons quelques petites choses. Pour commencer, nous verrons que la monnaie fiduciaire telle que Nixon l’a présentée était une vraie mauvaise idée — la Destruction créative l’a menée dans une impasse. Ensuite, nous verrons que l’étalon-or, qui a subi l’épreuve du temps, était une très très BONNE idée qui mérite d’être réintroduite — et qui SERA réintroduite, même si ce sera graduellement et par étapes. Nous verrons que non seulement les monnaies fiduciaires, mais également le concept de devise de réserve mondiale, s’avéreront être une mode du 20ème siècle qui n’a pas duré, un sous-produit de la Révolution industrielle qui passera dans l’Histoire à mesure que l’âge de l’information s’épanouira.

La suite dès demain…

Meilleures salutations,

Justice Litle
Pour la Chronique Agora

(*) Justice Litle, rédacteur de la lettre Outstanding Investments, possède des connaissances uniques qui lui ont bien servi sur les marchés. Justice a étudié la littérature et la philosophie dans des endroits aussi divers qu’Oxford, en Angleterre, l’université Pulacki (Olomouc, République Tchèque) ou l’université Macquarie (Sydney, Australie). Alors qu’il se destinait à une carrière universitaire, sa vie a pris un tout autre chemin après qu’il ait découvert "The Investment Biker", la chronique de Jim Rogers sur l’investissement macro-économique… et la moto.

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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