L’Europe populiste et protectionniste sur la question des travailleurs détachés

Rédigé le 13 novembre 2017 par | Liberalisme Imprimer

Au lieu de lutter contre le protectionnisme, l’Union européenne succombe au populisme et oublie sa vocation : défendre la liberté du commerce.

Le Conseil de l’Union européenne est parvenu à un accord le 24 octobre 2017 pour durcir les conditions de détachement des travailleurs : obligation d’aligner la rémunération des travailleurs étrangers au minimum sur celle des travailleurs locaux, limitation à une période de 12 mois… Des mesures symboliques pour flatter les instincts protectionnistes de l’opinion publique d’Europe occidentale.

Comme l’explique la Commission européenne sur son site*, « un travailleur détaché est un salarié envoyé par son employeur dans un autre Etat membre en vue d’y fournir un service à titre temporaire ».

Ce système laisse place à une maigre concurrence règlementaire et fiscale dans la mesure où les travailleurs détachés sont assujettis aux charges sociales de leur pays d’accueil, et non à celles du pays dans lequel ils travaillent.

Ce phénomène est resté relativement inaperçu du public jusqu’à l’arrivée médiatique en France du mythique « plombier polonais ».

le problème du mythique Plombier Polonais

Il faut dire que les boucs émissaires polonais tombaient à pic. Dans une France rongée par le chômage de masse depuis plusieurs décennies, l’histoire éternelle du voleur d’emploi étranger fait toujours mouche. Les gouvernements européens se sont donc sentis obligés de faire quelque chose. Vite ! Il faut organiser des dizaines de réunions et de sommets inter-gouvernementaux pour un phénomène qui ne concerne que 0,9% de l’emploi total européen !

Les bénéfices toujours incompris de la concurrence

Les arguments pour ces restrictions relèvent de l’incompréhension classique des bénéfices de la concurrence. Les travailleurs détachés venus d’Europe centrale et de l’est (voire d’Espagne et du Portugal) feraient peser une concurrence déloyale sur les salariés français. En quoi consiste la déloyauté ? A avoir des prétentions salariales plus faibles qui correspondent au niveau de vie de leur pays d’origine (quoiqu’un travailleur de l’est qui migre en France gagne beaucoup plus par rapport à une même tâche dans son pays d’origine).

Faisant le jeu des revendications protectionnistes, la plupart des médias ont relayé cette « victoire » d’Emmanuel Macron. N’est-ce pas là le signe que notre jeune Président est capable de faire plier les pays d’Europe de l’est que l’on croyait impossible à convaincre ? Bien sûr, les aménagements et les tentatives d’harmonisation sont symboliques, quoi qu’ils risquent de nuire à la compétitivité des travailleurs de l’est qui opèrent sur les marchés occidentaux. Mais la communication est préservée : l’Europe n’est pas cet infâme Cheval de Troie d’une mondialisation incontrôlée qui broierait la vie des travailleurs. Elle se soucie des petites gens et elle protège effectivement contre les dérives de la libre-prestation de services.

Cet accord est une défaite symbolique pour l’intégration européenne. L’Europe a longtemps été perçue comme la gardienne de l’unité du continent face à la tentation des replis nationaux. Mais cette époque est révolue. Au lieu de lutter contre les protectionnismes, l’Union européenne s’en fait désormais le relais, quitte à verser dans une forme de politique spectacle, donnant l’illusion de régler une situation prétendument problématique et qui, rappelons-le, est anecdotique au regard des véritables enjeux qui pèsent sur le marché de l’emploi.

A vouloir construire une Europe politique, on politise ce qui ne devrait pas l’être. L’Europe ne recherche plus la justice et l’efficacité économique par la conservation d’un espace de libre-échange. Elle succombe elle aussi au populisme à la mode, quitte à saboter l’objectif qui constitue sa raison d’être officielle : la liberté du commerce.

*http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=471&langId=fr

Ferghane Azihari
Ferghane Azihari
Coordinateur pour Students for Liberty

Ferghane Azihari est journaliste et analyste indépendant spécialisé dans les politiques publiques. Membre du réseau European students for Liberty et Young Voices, il collabore régulièrement avec divers médias et think tanks libéraux français et américains pour promouvoir une culture favorable à l’économie du marché. Ses centres d’intérêt portent plus précisément sur les politiques publiques européennes et nationales qui touchent au commerce et à la concurrence.

5 commentaires pour “L’Europe populiste et protectionniste sur la question des travailleurs détachés”

  1. La décision d’Emmanuel Macron concernant le détachement des travailleurs étrangers est une décision juste ,depuis longtemps attendue en Fance (et il y a d’autre pays concernés),et c’est tant mieux….Personne n’est opposé à la venue de main d’oeuvre étrangère en France, à condition que les règles du jeu soit les memes pour tout le monde…On parle de 500.000 travailleurs détachés en France : ce n’est pas rien,à comparer aux 3.500.000chomeurs, et c’est à mettre en parallèle avec le déficit de la sécurité sociale,car tous gens là ne cotisaient pas dans la caisse française….Contrairement à ce que vous affirmez ce n ‘est pas succomber au « populisme »,ni au protectionnisme ,et l’Europe ne pourra se faire que si elle respecte les particularités de chaque pays et que si elle applique des règles sociales et fiscales communes à tous les pays membres…Quelle idée ont donc eu nos dirigeants européens,de faire une bonne soupe en mélangeant des fruits au sirop avec des cornichons au vinaigre……….

  2. @jclaudio:Quelle idéé?Il faut remonter a Bolkenstein,ce haut fonctionnaire européen ne payant pas d’impots et qui voulait encore économiser sur son personnel de maison sans payer de charges sociales ni de salaire minimum…Voila a Bruxelles ça ne vole toujours pas très haut.

  3. Le problème c’est que les travailleurs Français, eux, sont obligés de s’affilier à la sécurité sociale.

  4. Le problème de l’Europe est surtout de vouloir assembler des peuples, des synthèmes sociaux, politiques et économiques beaucoup trop nombreux et hétérogènes pour pouvoir fonctionner ensemble correctement.
    Leur histoire,leur société et leurs cultures n’ont souvent rien en commun: quel lien entre un portugais et un polonais?
    Résultat: les peuples n’en veulent pas, et ils ont raison en ceci que toute leur souveraineté et toute leur démocratie se perd dans une structure incompréhensible qui s’impose à eux, même lorsqu’ils se sont exprimés « contre » par référendum.
    Le problème des travailleurs détachés en est l’exemple parfait, cette « grande » et « glorieuse » idée européenne, est on le voit bien, une manipulation grossière pour supprimer toute rémunération correcte du travail: qui va embaucher un chauffeur routier au SMIG lorsque des polonais ou des roumains sont disponibles à 350€ par mois?

  5. Le probleme est que vos arguments ne tiennent pas et sont de l’Ideologie dominante degoulinante de poncifs « anti populisme » etrangement promue par la meme Elite que l’on critique pour son communisme de riche , et avec les resultats que l’on constate .
    N’y a t il pas de concurrence deloyale possible sur un marché du travail? N’y a t il pas d’offre (d’emploi) face a une demande (de travail) , le nombre de travailleurs (immigration incontrolée , pas de limite , frontieres a ce marché et au reste) donc un apport de travailleurs toujours plus excessif? les taches de ces travailleurs ne peuvent elles pas realisé par des chomeurs nationaux?
    Bref si seulement cette Ideologie fonctionnait quelquepart!
    Il n’y a plus « populiste » et replié sur eux memes que ces pays qui seuls fonctionnent correctement que sont la suisse , la coree du sud , l’australie , la new zelande, et que dire de la croissance de la hongrie et de la pologne qui n’ont pas l’euro?
    bref , n’importe quoi …desolé mais cette ideologie anti populiste , anti nationale commence a sentir le perimé .

Laissez un commentaire