Les Etats-Unis sont le prochain Venezuela

Rédigé le 19 avril 2018 par | Banques Centrales, Bill Bonner, Dette Imprimer

Lorsqu’un Etat dépense trop, il finit par se retrouver à court d’argent des autres (celui des contribuables et des prêteurs étrangers). Alors, il fabrique son argent et le désastre se produit.

« Votre vol a été annulé. »

Ce n’était pas les mots que nous espérions entendre à notre arrivée à l’aéroport international de Washington-Dulles hier soir. Mais Air France est en grève ; nous avons donc rapidement modifié notre plan… et sommes allé à Paris avec United Airlines.

Nous n’étions pas au bout de nos peines… parce que les trains français sont en grève aussi. Vive la France !

Grâce à la débrouillardise de notre assistante, basée aux Etats-Unis, nous avons trouvé un chauffeur qui nous amènerait en Normandie, où notre voiture est garée depuis deux mois, attendant fidèlement le retour de son propriétaire.

Cette voiture est très patiente avec nous. Le Nissan Patrol de 12 ans d’âge reste pendant des mois… parfois une année entière… à nous attendre. Et puis lorsque nous arrivons enfin, la batterie est morte.

Mais ce problème sera réglé plus tard dans la journée – en tout cas nous l’espérons –, et nous serons en route pour l’Irlande sur le ferry de nuit. A suivre.

Expert en désastres financiers

En attendant, comme nous le disions hier, le bitcoin semble être utile. Lorsque les autres monnaies s’effondrent… et que l’or est difficile à obtenir… le bitcoin offre aux gens une manière d’échapper au piège d’une devise papier qui se désintègre à toute vitesse.

Comme le savent les lecteurs de long terme de La Chronique, nous sommes un connaisseur, en matière de désastres.

Prenons un deutschemark de 1922… une excellente cuvée ! Difficile à battre : si vous aviez acheté une maison à Berlin en 1921, vous auriez pu rembourser votre crédit immobilier en 1923 pour le prix d’un café.

Ou peut-être un dollar zimbabwéen de 2006 ? Très belle année. Beaucoup de liquidités. Nous avions un billet de 10 000 milliards de dollarsZ dans notre portefeuille en permanence, simplement pour nous rappeler de ne pas faire confiance à la devise papier.

Mais les crus sud-américains ne sont pas mal non plus.

Tant le Brésil que l’Argentine ont produit de belles catastrophes. En Argentine, l’inflation avait atteint près de 12 000% en 1989. Au Brésil, l’un de nos collègues se rappelle ce qu’était la vie dans les années 80 :

« Papa était payé deux fois par jour. Nous allions le voir à son bureau et nous apportions l’argent directement à l’épicerie. Il fallait y être le plus tôt possible parce qu’ils faisaient grimper les prix tout au long de la journée. Plus on attendait, moins on en avait pour son argent. Et parfois, il n’y avait plus rien à acheter ».

Les meilleurs millésimes de désastres

Il y a de nombreuses sortes de millésimes, en termes de désastres. Il y a les désastres naturels, comme l’explosion du Vésuve qui a effacé Pompéi de la carte au 1er siècle av. J.C.

Il y a des désastres militaires, comme la guerre idiote entre Athènes et Sparte au Vème siècle av. J.C., l’attaque japonaise contre Pearl Harbor en 1941 ou l’invasion américaine en Irak en 2003.

Il y a aussi des désastres politiques – comme la Révolution française ou le coup d’Etat de 1917 en Russie.

Nos préférés sont les désastres financiers… qui mènent souvent à des désastres d’une autre sorte.

Alors même que nous écrivons ces lignes, un exemple-type de catastrophe se déroule au Venezuela. Le bolivar – la devise vénézuélienne – devrait perdre environ 99,99% de sa valeur cette année.

De toute évidence, mieux vaut ne pas stocker sa richesse en bolivars. Au contraire, mieux vaut s’en débarrasser le plus vite possible. Nous expliquions hier que ceux qui pouvaient se le permettre passaient au bitcoin.

Les gens riches peuvent éviter un désastre financier en diversifiant leur richesse en dehors de la devise nationale et en dehors du pays. Ils ouvrent des comptes en banques à Miami ou en Suisse, par exemple. Désormais, ils ont une autre option : les cryptomonnaies.

Mais les gens pauvres n’ont souvent pas le choix : ils n’ont pas de patrimoine à diversifier, si bien qu’ils doivent se diversifier eux-mêmes.

Evolutions comparées du cours dollar au marché noir et du bitcoin

Le Venezuela sera vidé d’ici 2038

Le Financial Times rapporte que 5 000 personnes quittent le Venezuela tous les jours. A ce rythme, le pays sera entièrement vidé d’ici 2038. Ce n’est pas qu’une question d’argent, en d’autres termes.

Un désastre financier mène souvent à un désastre social, politique, militaire et sanitaire. Si ce n’était pas le cas, la crise financière qui se dessine aux Etats-Unis serait simplement distrayante. Après tout, qui se soucie que des riches perdent de l’argent ?

Pour les gens moins aisés, hélas, les enjeux sont plus élevés. Plus de 600 000 réfugiés vénézuéliens vivent déjà en Colombie, où ils vivent en grattant ce qu’ils peuvent trouver.

« Nous mourons de faim », a déclaré un réfugié au Financial Times. « Trois membres de ma famille sont déjà morts de faim ».

La plupart des hôpitaux du Venezuela n’ont pas de médicaments et peu ou pas d’eau courante. Le manque de nourriture, de médicaments et d’hygiène rend les gens plus vulnérables aux maladies – surtout les maladies contagieuses.

Après une chute de 40% de la production, plus de quatre personnes sur cinq seraient sous le seuil de pauvreté.

L' »extrême pauvreté » a triplé ces quatre dernières années. La loi et l’ordre se désagrègent aussi, tant au Venezuela que dans les pays voisins.

Ceux qui réussissent à passer la frontière pour aller en Colombie ou au Brésil n’y sont pas franchement bien accueillis. Ils sont si nombreux que les services locaux sont débordés. Les emplois sont rares. Et peu de gens sont ravis d’avoir autant de réfugiés désespérés à leur porte.

Comment ces crises se déroulent-elles ? Lentement… puis d’un seul coup. Les autorités dépensent trop. Elles finissent par se retrouver à court d’argent des autres. Elles en « impriment » donc plus.

Elles sont alors prises au piège, elles aussi, par la mauvaise monnaie ; le moyen le plus simple de s’en sortir est simplement d’imprimer toujours plus… jusqu’à ce que l’économie toute entière s’effondre.

Le processus est déjà bien entamé aux Etats-Unis. Nous y reviendrons.

C’est parfait pour les connaisseurs… et mauvais pour tous les autres.

Notre conseil : ouvrez un compte bitcoin, au cas où. Et assurez-vous d’avoir un « refuge » – une petite ferme, ou du moins une place dans une communauté stable et largement auto-suffisante – où vous pourrez attendre la fin de la crise. [NDLR : A défaut de fermette dans les Cévennes, vous pouvez toujours acheter quelques bitcoins… et autres cryptos prometteuses : pour savoir lesquelles, comment éviter les pièges du secteur et investir en toute connaissance de cause, cliquez ici.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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