Et si les marchés se préoccupaient un peu plus des taux ?

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Vendredi 31 mars 2006
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*** Et si les marchés se préoccupaient un peu plus des taux ?
Philippe Béchade a du mal à se joindre à l’euphorie ambiante…

*** Sommets et vertiges
Eric Fry se demande si la hausse des matières est partie pour durer…

*** Absence d’histoire, absence d’adversité
Bill Bonner médite sur ce qui fait l’Histoire, le changement, la démocratie et le capitalisme moderne…

*** Mille et un millions (2)
Après Warren B*** hier, notre Banquier Central poursuit ses rencontres…

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Bonjour,

*** ET SI LES MARCHES SE PREOCCUPAIENT UN PEU PLUS DES TAUX ?

** Le mois de mars 2006 pourrait s’achever sur une hausse de 5% du CAC 40, ce qui est en soi une performance honorable. Cependant, une telle hausse ne fournit pas matière à réviser profondément le jugement que nous portons sur le marché et ses perspectives d’évolution à court ou moyen terme.

Si la Bourse de Paris affichait ce jeudi la seconde plus belle hausse indicielle depuis les 26 et 27 janvier dernier, nous en retiendrons surtout qu’elle entraîne le débordement de la résistance technique des 5 220 points, avec l’appui d’une spectaculaire amplification des volumes — 7,2 milliards d’euros négociés — après trois séances marquées par un essoufflement de l’activité (moins de cinq milliards d’euros en moyenne depuis lundi).

La bourse de Paris n’est d’ailleurs pas la seule à franchir des sommets annuels : Francfort s’adjuge +1,17% à 5 985 points, Milan s’envole de 1,25% à 38 260 et Londres grimpe de 0,9%, ce qui lui permet de retracer les 6 015 points.
[NDLR : ces derniers jours ont été fructueux pour les marchés... et certains investisseurs ont pu en tirer amplement parti : la dernière fois que nous avons jeté un coup d'oeil au portefeuille du service 100% Warrants, il y a une semaine de cela, nous y avons vu des positions ouvertes ayant engrangé des gains de 102,86%, 132,76%, ou, plus "modestement", 85,71% ou encore 84,38%... Pour en profiter vous aussi...]

** Nous devrions nous montrer pleins d’excitation devant l’ouverture de nouvelles perspectives haussières — qui avaient été mises entre parenthèse au cours des heures qui avaient précédé puis suivi la dernière réunion de la Fed… mais nous sommes saisi d’un doute.

Tout semble trop parfait du point de vue des chartistes, qui savent faire parler, bien mieux que nous, les plus infimes oscillations graphiques du CAC 40 ou du Nasdaq. Nous contemplons sans grande émotion la progression de 0,4% des valeurs françaises depuis vendredi dernier ; les spécialistes nous rétorquent ce jeudi "petites causes mais grands effets".

En franchissant de 0,4% les 5 220 points, le CAC 40 serait débarrassé de la pesanteur d’une zone de congestion des cours d’une centaine de points qui perdurait depuis le 15 mars dernier (et l’ouverture d’un gap au-dessus de 5 117 points).

Si nous vous infligeons cette petite explication de texte qui nous tient provisoirement éloigné des réalités macroéconomiques au sein desquels nous puisons le plus souvent notre inspiration, c’est précisément parce que l’analyse technique permet de justifier sans état d’âme des comportements du marché qui nous laissent perplexes.

Car dans le même temps, les marchés obligataires s’enfoncent : les Bunds dévissent de 0,25% pour afficher 3,81% de rendement. Le baril de pétrole, de son côté, caracole au-dessus des 66,5 $, et plus rien ne semble pouvoir stopper sa course en direction des 70 $ sur le Nymex.

** Il ne vous aura pas échappé non plus que l’or bondit de 2% au-delà des 585 $ l’once, déclenchant une envolée des valeurs minières (+6 à +7% sur nos favorites que sont Harmony et Gold Fields)… tandis que l’argent-métal se retrouve au plus haut depuis un quart de siècle, à 11,5 $/once, et le platine inscrit un plus-haut absolu à 1 100 $/once.

La justification de cette flambée est largement imputée aux craintes de poussées inflationnistes en Extrême-Orient ainsi que dans la région du Golfe Persique — les bourses de cette zone avaient encaissé leur premier krach il y a moins de trois semaines, et elles ne s’en sont pas encore remises.

L’autre facteur décisif reste la défiance latente des investisseurs vis-à-vis du dollar, qui retombe sous les 1,2130/euro et les 117,5 yens… mais cette faiblesse pourrait provenir d’un phénomène cyclique récurrent et bien connu des cambistes à 48 heures du début de la nouvelle année fiscale au Japon.

Le billet vert "bénéficie" pourtant en cette fin mars d’une rémunération supérieure à 4,85%, et la courbe des taux a retrouvé une structure classique, avec un 2 ans qui affiche 4,82% tandis que le 30 ans grimpe à 4,90%, au plus haut depuis mai 2004.

** Wall Street a superbement ignoré ce petit détail au cours de la première heure de cotations jeudi, et les investisseurs américains semblaient fermement résolus à transformer l’essai de la soirée de mercredi — le Nasdaq pulvérisant la résistance annuelle des 2 333 points. Cependant, l’indice électronique s’est retourné à mi-séance pour revenir s’appuyer sur le palier des 2 330 points.

A la veille d’une ultime séance du mois de mars qui va se solder par la publication d’une déferlante de statistiques (dépenses et confiance des ménages américains, indice PMI de Chicago), l’annonce d’une révision à la hausse du PIB américain (+0,1% à +1,7% au quatrième trimestre 2005) a été accueillie sans émotion. Nous en tirons une interrogation supplémentaire : d’où les marchés prennent-ils l’optimisme qui les propulse au-delà des meilleurs niveaux observés depuis janvier 2002 en Europe, et au-delà des records absolus de l’an 2000 pour les valeurs moyennes aux Etats-Unis ?

La réponse semble résider dans une sous-composante statistique associée au PIB américain au quatrième trimestre : elle concerne le taux de croissance des bénéfices des entreprises US, lequel serait reparti de l’avant pour atteindre +13,4% d’octobre à fin décembre.

Compte tenu de l’atonie de la consommation et de l’activité économique aux Etats-Unis dans l’intervalle, une conclusion s’impose : tout comme en Allemagne (où le moral des chefs d’entreprises flirte avec des sommets stratosphériques jamais vus depuis 15 ans), la bonne santé des multinationales provient presque exclusivement des profits engrangés en Asie du sud-est.

Nokia vient d’ailleurs de relever jeudi ses estimations de ventes de portables du fait de la demande soutenue de la part des consommateurs de Chine. Le n°1 mondial va y commercialiser dès le milieu cette année une nouvelle gamme de GSM à "bas prix". Réaction immédiate des investisseurs : une ruée sur le titre, qui a bondi de 5% à 17,60 euros.

* A Paris, aucune valeur technologique de type Alcatel ou Thomson ne s’est distinguée ; c’est EDF qui a joué le rôle de locomotive au sein du CAC 40, avec un gain de 6,4% (et +10,5% en 48 heures).

Au lendemain de l’annonce d’un désengagement du Brésil (cession de 80% de la filiale "Light", qui commençait juste à ressortir enfin du rouge), un influent broker new-yorkais a rehaussé son objectif de cours de 38 à 50 euros… Alors que les mêmes analystes ne masquaient pas leur doutes — il y a moins de trois mois — sur la capacité de l’entreprise à maîtriser la croissance de ses profits, dans la mesure où la décision en matière de fixation des tarifs appartient en dernier ressort à l’Etat, toujours actionnaire à hauteur de 80%.

Selon les responsables de l’étude, "des développements favorables incitent à revoir en hausse de 1,5% sa prévision de bénéfice par action (BPA) pour 2006 et la perception plus positive des investisseurs vis-à-vis des avantages à long terme du groupe conduisent à rehausser (de façon ô combien radicale !) les objectifs de cours".

Nous vous laissons juge… mais ce genre de commentaire et de revalorisation à l’emporte-pièce nous semble contenir une forte dose de subjectivité, plutôt que traduire une réflexion argumentée sur les marges et les recettes puis l’impact de la concurrence en Europe. Mais c’est le genre de prose que l’on peut lire chaque fois que les investisseurs sont survoltés par un sentiment d’invulnérabilité concernant la tendance haussière des cours de bourse.

Ce qui nous paraît le plus révélateur du climat d’euphorie ambiante, c’est qu’autant d’opérateurs prennent les conclusions d’une telle d’étude pour argent comptant : ce genre de promesses d’avenir radieux n’engagent que ceux qui y souscrivent ! Compte tenu du niveau des taux d’intérêt au moment où nous achevons la rédaction de ce commentaire, même en nous forçant à dépeindre l’avenir en couleurs chatoyantes, nous avons bien du mal !

Philippe Béchade,
Paris

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—————————– (publ.)

Il y a six mois de cela, la donne financière a radicalement changé… et les conséquences commencent seulement à se faire sentir.

Cinq en particulier représentent un danger immédiat pour votre portefeuille… tandis qu’une autre pourrait vous rapporter des profits à trois, voire quatre chiffres.

Pour en savoir plus…

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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** SOMMETS ET VERTIGES

** Des sommets de 22 ans pour l’argent ; des sommets de 24 ans pour le sucre ; des sommets de 25 ans pour l’or ; des sommets de 26 ans pour le platine — des sommets historiques pour le cuivre, le pétrole brut et le gaz naturel… Bienvenue à l’édition 2005-2006 des marchés de matières premières.

- Les prix des ressources naturelles grimpent à de telles hauteurs que les tremblements et les vertiges sont devenus difficiles à contrôler. Rares sont les haussiers qui ne se demandent pas à l’occasion : "cette hausse est-elle sur le point de se terminer ?".

- A la Chronique Agora, nous demeurons d’ardents supporters du secteur des matières premières. Mais nous sommes également perpétuellement terrifiés par la perspective de voir nos ressources naturelles bien-aimées subir de terribles revers sur leur chemin vers des prix bien plus élevés. Nous soupçonnons que les investisseurs feraient bien d’acheter tous les titres de matières premières qu’ils veulent, les mettre bien à l’abri dans leur portefeuille… puis les oublier jusqu’en 2010 et jeter leurs relevés de compte de courtage jusqu’à 2010.

** Mais certains pourraient vouloir placer des paris contre le secteur des matières premières à l’occasion (quand le FOMC de Ben Bernanke assène un bon coup dans la mâchoire dudit secteur en augmentant les taux courts à 4,75% malgré une économie récessionniste et un marché de l’immobilier qui ralentit, par exemple). Ainsi, pour les investisseurs souhaitant parier contre les actions de ressources, nous avons deux suggestions :

- Short Oil & Gas ProFund (SPNIX), un fonds d’investissement visant à produire "des résultats d’investissement quotidiens correspondant à l’inverse de la performances quotidienne de l’Indice pétrole et gaz du Dow Jones US (coûts et frais de gestion non inclus)".

- ProFund offre également un fonds pariant contre les actions de métaux précieux. Le Short Precious Metals ProFund (SPPIX) cherche à produire l’inverse de la performance quotidienne de l’indice des métaux précieux du Dow Jones.

- Les deux fonds ont accompli leurs promesses… et pour faire bonne mesure, la bande de ProFunds a également lancé le Short Real Estate ProFund (SRPIX), qui parie contre le secteur de l’immobilier.

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** ABSENCE D’HISTOIRE, ABSENCE D’ADVERSITE

** L’absence d’histoire, c’est l’absence d’adversité. Rien ne tourne mal. Pas besoin de couverture. Pas besoin d’épargne. Pas besoin d’assurance.

* Nous citons le Grand Mogambo : "hahahaha !" L’ad-ver-si-té ! Nous aurions tendance à penser qu’elle est sous-évaluée et mal appréciée.

* Ce matin, nous faisons une petite pause pour rire de Gilder, Fukuyama, Bernanke et Bush, et nous remercions toute cette équipe de rêveurs et d’intrigants, de mouches du coche et de charlatans, qui rendent notre métier si distrayant.

* D’abord, nous nous tournons vers Paul Ford, de Harper’s Weekly, au sujet du triomphe de la démocratie et des changements qu’elle a apportés en Mésopotamie :

* "Trois corps décapités ont été retrouvés à Baquba, en Irak, et dix autres cadavres ont été découverts à Bagdad, où le taux d’homicide atteint 33 par jour. Les Chiites enlèvent des Sunnites en plein jour, dans la rue. ‘Si les Américains partent’, a déclaré un Sunnite (dont le frère avait été récemment exécuté après avoir été torturé avec des instruments électriques), ‘nous sommes finis’. A Miqdadiya, près de Baquba, des militants ont attaqué une prison, tuant 20 personnes et libérant 30 prisonniers. Un docteur de Bagdad a admis avoir tué 35 policiers et soldats traités dans son hôpital. Les forces américaines et irakiennes ont déclaré avoir tué 17 miliciens chiites dans une mosquée de Bagdad ; la télévision irakienne a montré des cadavres dans une salle de prières."

* Nous supposions que la campagne irakienne serait un vrai pétrin. Si nous étions meilleur, peut-être ne tirerions-nous aucun plaisir pervers à avoir raison. Mais nous ne sommes qu’humain. Et comme tout être humain, nous glissons dans le péché et l’erreur aussi facilement qu’on enfile un pull-over. Voilà pourquoi le dollar est condamné — ainsi que la guerre contre la terreur et l’empire, cher lecteur. Nous conduisons peut-être des Mercedes, et nous regardons peut-être le câble, mais nous sommes malgré tout les héritiers des bêtes visqueuses qui ont rampé hors du tiède océan originel — avec des coeurs si faibles qu’elles ont été bannies du jardin d’Eden.

* Pendant ce temps, sur le front de l’argent, nous revenons à l’idée ridicule de George Gilder selon laquelle des niveaux de dette record n’ont aucune importance — parce que nos maisons valent plus. Il est vrai que la dette ne serait pas un problème si l’histoire s’arrêtait vraiment. Mais le problème, avec la dette, c’est qu’elle ne supporte pas l’adversité.

* Le magazine The Economist a publié les chiffres suivants concernant la croissance de la masse monétaire dans divers pays ces 12 derniers mois :

* Australie +9,1%, Grande-Bretagne +11,7%, Canada +7,7%, Danemark +14,7%, USA +8,1%, Euroland +7v3%.

* Partout où l’on regarde, la masse monétaire augmente deux à trois fois plus rapidement que le PIB. Où va tout cet argent ? La liquidité, comme l’eau de pluie, doit aller quelque part. Qu’est ce qui augmente deux à trois fois plus rapidement que le PIB ? L’immobilier ! En d’autres termes, la prétendue "richesse" supplémentaire dont profitent les Américains n’est pas du tout de la richesse. Ce n’est que l’inflation du prix des actifs. Dommage que les autorités monétaires n’aient pas augmenté la masse de 20% par an, ou 100%. Peut-être auraient-ils pu s’inspirer de l’Argentine des années 80, ou des banquiers centraux de Weimar dans les années 20 ; ils auraient pu rappeler tous les dollars existants et ajouter trois ou quatre zéros. Pensez combien nous serions plus riches aujourd’hui !

* Non, cher lecteur, ce n’est pas si simple. On ne peut pas s’enrichir simplement en imprimant de l’argent. Et l’on ne peut s’enrichir en s’endettant. Plus vous vous endettez, plus vous êtes exposé à l’ad-ver-si-té. Une petite marée, et vous êtes complètement sous l’eau. Même un fonds de couverture géré par des prix Nobel — Long Term Capital Management — a été noyé comme un chaton après que ses gérants se sont trop endettés. Toutes leurs études leurs disaient que les obligations russes reviendraient à un canal normal. Et elles avaient raison. Les obligations sont revenues à la moyenne. Mais les pauvres génies de LTCM n’ont pas pu attendre. Ils avaient emprunté trop d’argent. La plupart des ménages ne sont pas gérés par des génies. Ils sont gérés par des gens ordinaires ayant une ligne de crédit limitée. La famille moyenne dépense ce qu’elle gagne… et un peu plus. Elle est déjà endettée jusqu’au cou.

* Mardi, la Fed a augmenté ses taux de 0,25%. L’eau monte…

** "Pas fameuse", telle est probablement la meilleure manière de parier sur l’issue de la crise actuelle en France. Là aussi, nous voyons l’Histoire tirée de son sommeil, prête à botter quelques trains.

* Ce que nous voyons, c’est une illustration de ce qui arrive aux institutions, et même à la démocratie moderne. En théorie, la démocratie est la fin de l’Histoire. Les gens peuvent voter les réformes nécessaires. Ils peuvent se débarrasser des incompétents. Il n’y a donc plus besoin de révolutions pour renverser des gouvernements rigides et égoïstes.

* Mais ce n’est pas comme cela que ça fonctionne. A mesure qu’une institution vieillit, de plus en plus de gens trouvent le moyen de l’exploiter — de truquer le système. Ces gens n’ont aucun intérêt à perturber le status quo. En fait, ils s’arrangent pour prendre le pouvoir et trouvent le moyen d’empêcher le changement en contrôlant les médias, en faisant du tripatouillage électoral et ainsi de suite. Lorsque vous lisez les journaux, par exemple, vous ne lisez pas "ce qui s’est vraiment passé". Vous voyez ce qui s’est passé tel qu’interprété par une certaine classe de gens, ayant un profil particulier et un cheval spécifique dans la course. Quasiment chaque gros titre ou éditorial reflète le point de vue inconscient de l’institution existante et de ses partisans.

* Tout comme il est quasiment impossible de défaire un membre du Congrès, il est impossible de réformer un système dans lequel tant de gens ont un intérêt actif. C’est ce que les Français sont en train de découvrir. Les Français jeunes, agressifs et voulant entreprendre partent souvent à l’étranger ; on en compte plus de 100 000 rien qu’à Londres. Ceux qui restent, ce sont des gens qui ne veulent pas changer le système ; ils veulent en faire partie. Un sondage paru mercredi montre que trois jeunes Français sur quatre veulent travailler pour le gouvernement.

* Tout se décompose, se dégrade, dégénère et finit par mourir, cher lecteur. Même la démocratie moderne et le capitalisme moderne. Nous sommes navré d’avoir à vous le dire. Mais dans quel genre de monde vivrions-nous si ce n’était pas le cas ?

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*** La Chronique Agora présente ***

Après avoir rencontré hier Warren B***, notre Banquier Central voit aujourd’hui son songe se poursuivre…

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Le Journal d’un Banquier Central
MILLE ET UN MILLIONS — 2ème PARTIE
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Deuxième rencontre
Je remerciai Warren B*** avec les plus extrêmes effusions ; et m’éloignant, je songeais déjà à mettre à profit ses recommandations lorsque je rencontrai Bill G***, Commandeur des Milliardaires pour la douzième année de suite (PIB du Maroc). Celui-ci s’entretenait avec le cadi de Bruxelles, qui l’accusait d’enfreindre les lois anti-trust européennes, et auquel il répondit par ces patientes paroles : "Agis avec moi selon les principes que te dicteront la générosité et la grandeur d’âme !" Après l’avoir beaucoup salué (et fourni, à sa demande, mon nom, mon e-mail et mes préférences d’achat), je le questionnai à son tour.

"Souhaites-tu, me répondit-il, que Bill devienne ton navigateur financier par défaut ?
- Ce serait trop d’honneur, ô Lumière de mon moniteur dix-sept pouces. Un topo rapide sur ta vision de l’Europe me conviendrait amplement.
- Hélas ! se désola Bill G***. Une erreur inattendue est survenue sur ton vieux continent : l’innovation ne répond pas et va maintenant être arrêtée. Veuille refermer les fenêtres d’opportunité et redémarrer l’application de croissance.
- Faut-il croire, ô Contribuable des Contribuables, que l’heure a sonné de sous-pondérer les valeurs européennes ?
- Les mouvements récents sur les taux ont semblé fragiliser les marchés européens, surtout dans un contexte de faible croissance, et alors que le premier trimestre s’achève. Béchir, mon Analyste technique, attendait des pauses de marché qui ne se sont pas vraiment produites. Mais la circonspection reste de rigueur, car lequel des indices croire ? Le CAC 40, qui a dépassé son sommet de 2002 (4 720 points) ? Ou bien l’Eurostoxx 50, qui est encore sous sa propre résistance, à 3 865 ?"

"Dans tous les cas, reprit-il, c’est la première fois depuis le début de la hausse, en 2003, que des divergences majeures apparaissent sur les indicateurs mathématiques. Cela augure un affaiblissement de la dynamique, mais pas encore un retournement. Note qu’il existe, sur le CAC 40, une résistance intermédiaire aux environs des 5 200 points, qui pourrait correspondre à celle de 3 865, inviolée sur l’Eurostoxx. Je conclurai en te disant que ce seuil des 5 200 points, qui correspond à un ratio classique de projection en Elliott, est un point donné par de nombreux commentateurs ; et que des réactions me semblent probables à son approche.
- A l’heure des versements de primes, faut-il s’épouvanter d’une correction ?
- Non pas ! Souvenons-nous de ces vers entre mille : ‘Sème généreusement les grains de ta bonté, même sur les terres qui te semblent stériles !’ Au reste, le risque est davantage à une pause de marché. Mais il faudra s’intéresser à ces versements de dividendes. Avec près de 31 milliards d’euros à verser pour 2005, les entreprises du CAC 40 — Total et France Télécom en tête — ont choisi de gâter leurs actionnaires : ont-elles fait le bon choix ? L’engouement récent pour Carrefour, malgré des résultats sans éclat, semble montrer que les opérateurs reviennent à nouveau vers les investissements de croissance. Je note que le taux de redistribution du CAC 40 (38,5%) est inférieur à celui de l’Eurostoxx (43%) ; et je regarderai dans quelle mesure ces paramètres pourraient affecter les performances de l’un et l’autre indice."

A ces sages paroles, je fus à la limite extrême du contentement et témoignai au milliardaire les égards les plus soigneux, baisant à de nombreuses reprises le green à ses pieds. Puis je le priai de me donner congé. "Tu peux arrêter cet entretien avec Bill en toute sécurité", me salua-t-il d’un gracieux sourire.

Troisième rencontre
J’entrai ensuite dans un hammam de la dernière perfection, aux murs de marbre incrustés de perles éclatantes et de pierreries, et sur les bancs duquel étaient des plateaux en or chargés de boissons, de fruits, de fleurs odorantes et d’autres bonnes choses. J’y reconnus le Français Bernard A***, septième Feuille d’impôts d’entre les Feuilles d’impôts (PIB du Liban). M’étant fait connaître de lui (et ayant acquis, sur sa prière, un ensemble de dix-huit malles gigognes aux motifs Vuitton), je le suppliai de me révéler les vérités cachées et le mystère des choses, à quoi il consentit. Que Dieu soit content de lui pour l’abondance de ses bontés !

"Si tu as des fonds à emprunter, m’apprit Bernard A***, garde-toi de recourir aux crédits-ballons et autres produits à taux variable ! Car un cycle de normalisation de la courbe des taux semble désormais s’engager tant aux Etats-Unis qu’en Europe et au Japon (hausse des taux, baisse des obligations). C’est la grande nouveauté de la quinzaine. La BCE poursuit son programme de redressement avec détermination ; le Bund à dix ans — tout comme Sindbad, mon Analyste technique, l’anticipait — dessine une correction notable. Sindbad vient de me le confirmer : les parties courtes des taux européens (par exemple, le Shatz à deux ans) ont déclenché un retournement de tendance durable et s’inscrivent désormais à la tension.
- J’écoute et j’obéis ! Lumière de la Finance, le cours de ton action, perle incomparable du grand luxe français, a jusqu’ici, grâce à Dieu, souri à mon Analyste technique. Sur quels autres secteurs du CAC 40 ta stupéfiante intelligence des marchés me préconise-t-elle d’investir ?
- Le Très-Haut me garde de recommander un concurrent !" se récria Bernard A***.

A ces paroles, je devinai ce qu’il avait en tête et poursuivis : "Veux-tu parler de PPR, le groupe de François P***, soixante-quatorzième luminaire de votre étincelante constellation ?
- … Le PIB du Gabon ! cracha-t-il avec mépris. Ce traître maudit, tel le renard dans le poulailler, a soustrait la vierge Gucci à ma sollicitude paternelle : puisse ce trésor se changer en poison dans le ventre puant de sa holding ! Mais l’honnêteté me force à te le dire : soutenu jusqu’ici par l’envolée du luxe, le groupe PPR pourrait trouver un relais de croissance dans son volet distribution. C’était l’un des derniers secteurs du CAC 40 à la traîne. Le rebond des indices de confiance européens (par exemple, l’influent baromètre IFO1) et la reprise de la consommation privée ont réveillé les ténors du secteur depuis quelques semaines.
- Tu miserais donc un grain de ta prodigieuse fortune — dont la langue se dessècherait à dire le compte — sur le secteur de la distribution ?
- Je veux, fils de mon frère, et t’incite à faire de même.

Dring
Après quoi Bernard A*** me quitta pour aller se faire masser. Et moi, porté à la limite de l’émerveillement par ces rencontres successives et les conseils excellents que j’en avais retirés, je ne voulus pas différer davantage le moment de les mettre à exécution.

Je courus donc à une conque-satellite et composai le numéro de mon subtil banquier — dans l’intention d’augmenter, avec l’aide de Dieu, mon avoir selon des proportions prodigieuses. Mais à peine avais-je appelé le salut de mon subtil banquier que surgit devant moi une houri aux grands yeux, flanquée de six eunuques armés jusqu’aux dents, qui m’apprit que l’autorisation de débit de ma carte bancaire venait d’être refusée. Une sueur froide m’inonda — et c’est à ce moment-là, cher Journal, que le réveil a sonné.

… On fait de ces rêves, des fois.

Meilleures salutations,

Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora

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