L’erreur de Donald Trump

Rédigé le 23 août 2018 par | Banques Centrales Imprimer

La Fed manipule l’économie selon un schéma très précis qui sert bien les politiques en place… mais il semblerait que Donald Trump n’ait pas compris comment jouer le jeu.

On vient d’apprendre que l’homme qui a rendu sa grandeur à l’Amérique en un temps record (18 mois seulement) – le chômage US est à un plus bas de 50 ans tandis que les actions ont atteint un sommet historique – affirme n’être « pas emballé » par la politique de resserrement monétaire de la Fed.

De CNBC :

« Le dollar a baissé mardi après que le président américain Donald Trump a blâmé la Réserve fédérale pour sa décision d’augmenter les taux ; dans le même temps, les marchés boursiers mondiaux ont grimpé, la forte croissance de l’économie et des revenus favorisant les actions dans un environnement relativement calme.

Trump a déclaré lors d’un entretien avec Reuters lundi qu’il n’était ‘pas emballé’ par le fait que la Fed, dirigée par celui qu’il a lui-même nommé, Jerome Powell, avait augmenté les taux, et que la banque centrale américaine devait en faire plus pour stimuler l’économie ».

Donald Trump n’est pas fan des augmentations de taux.

Nous pensons savoir vers quoi tout ça se dirige. A vrai dire, lorsqu’il arrivera ce que nous pensons qu’il arrivera, nous ne serons pas trop fan nous non plus.

L’Erreur n°2

Rappelez-vous que la Fed est en train de commettre l’Erreur n°2 : augmenter les taux pour tenter de réparer les dégâts qu’elle a causés avec l’Erreur n°1 (les laisser trop bas pendant trop longtemps).

Elle en est en fait toujours à l’Erreur n°1, puisque le taux directeur de la Fed est encore inférieur à l’IPC (inflation). En net, la Fed pratique toujours des taux négatifs – près de 10 ans après l' »urgence » qui l’a poussée à paniquer… et alors qu’on approche désormais de la fin du plus long marché haussier jamais enregistré sur le S&P 500.

Mais rien que la pensée d’une hausse des taux (Erreur n°2) trouble le sommeil du président qui s’est décrit comme « un gars à taux d’intérêt bas ».

Les présidents préfèrent l’Erreur n°1. L’argent facile rend les électeurs heureux. La Fed sait toutefois qu’elle ne peut pas s’en tenir éternellement à l’Erreur n°1 – sinon, les marchés vont enfler… éclater… et la Fed devra commettre l’Erreur n°3 (paniquer et baisser les taux) alors qu’elle n’a aucune marge de baisse sur les taux.

Lyndon B. Johnson n’était « pas emballé » non plus par les politiques monétaires strictes du chef de la Fed William McChesney Martin. Johnson était d’avis que la Fed devait contribuer à financer la guerre du Vietnam.

Nixon a fait pression sur Arthur Burns, alors président de la Fed, pour que l’argent continue de couler jusqu’aux élections de 1972.

Jimmy Carter était l’exception. Il n’appréciait pas l’inflation causée par G. William Miller – qu’il remplaça par Paul Volcker, le seul président de la Fed honnête et sensé de ces 40 dernières années.

George Bush a pour sa part accusé la politique de resserrement monétaire d’Alan Greenspan de lui avoir coûté les élections de 1992. Bush avait raison. Mais après que Greenspan (probablement sans le vouloir) eut ruiné les chances de réélection de Bush, il s’associa aux Clinton.

La stratégie de Greenspan

Nous avons déterré un article de 1993 tiré du Washington Post :

« Le livre The Agenda : Inside the Clinton White House, par Bob Woodward, assistant rédacteur en chef du Washington Post, décrit ce que Woodward appelle une réunion cruciale entre Clinton et Greenspan à Little Rock, en Arkansas, en décembre 1992, un mois avant l’investiture de Clinton.

Greenspan décrivit à Clinton une politique économique que Woodward appelle ‘la stratégie des marchés financiers’ : elle était conçue pour envoyer un message à Wall Street, qui réagirait en faisant baisser les taux d’intérêt longs – ce qui permettrait à Greenspan de maintenir les taux courts au plus bas eux aussi. Selon la théorie, l’économie irait alors en s’améliorant, Clinton aurait plus d’argent à consacrer à des programmes nationaux privilégiés lors des années suivantes, et serait en fin de compte réélu ».

Le plan fonctionna. Grâce à l’argent facile, Bill Clinton fut réélu. Et lors de la cérémonie d’investiture en 1998, qui avait la place d’honneur à côté de la première dame ? Nul autre que l’architecte du plan, Alan Greenspan.

Le monde financier dans lequel nous vivons aujourd’hui est principalement le fruit de la stratégie de Greenspan. Il a presque réussi à faire élire Hillary aussi.

Argent facile

Tous les présidents, ou au moins l’un de leurs conseillers clé, savent comment se joue ce jeu. La politique de la Fed est utilisée de la même manière que les conférences de presse présidentielles ou les fake news – pour tromper les électeurs.

Généralement, la Fed commet l’Erreur n°2 au début du cycle électoral. Cela provoque une récession/un marché baissier dont on peut accuser le précédent président. La Fed doit ensuite passer à l’Erreur n°3 à temps pour que le crédit vienne irriguer l’économie, de manière à ce qu’elle soit en pleine forme au moment des élections suivantes.

Dans le domaine, Obama a fait un sans-faute. Le krach/récession de 2008/2009 était clairement de la faute de l’équipe Bush.

Ensuite, après son accession au pouvoir, la Fed d’Obama – désormais sous la direction du plus grand idiot à la tête d’une banque centrale depuis Gideon Gono au Zimbabwe – a pu recommencer à commettre les Erreurs n°3 et n°1… avec l’argent le plus facile qu’on ait jamais vu.

A présent, alors que l’économie est encore en pleine forme, c’est au tour de Donald Trump… sauf que les choses pourraient prendre une tournure toute différente.

Il semblerait en effet que M. Trump n’ait pas du tout compris la règle du jeu.

En janvier 2017, il aurait dû insister pour appliquer l’Erreur n°2, engendrant une récession qu’il aurait attribuée (avec raison) à Obama.

Cela lui aurait permis de mettre rapidement fin à la phase douloureuse – suite à quoi il aurait pu mettre en place ses réductions d’impôts… baisser les taux d’intérêt… et s’attribuer tout le mérite de la vigueur américaine en 2019, pile à temps pour les prochaines élections.

Au lieu de cela, M. Trump a imposé sa baisse d’impôts au mauvais moment du cycle… et s’est vanté des résultats de l’Erreur n°1 commise durant l’ère Obama (laisser les taux trop bas pendant trop longtemps).

Au lieu de traverser rapidement la phase douloureuse pour passer à autre chose, il l’a repoussée à plus tard. Et maintenant, il encourage la Fed à s’en tenir à l’Erreur n°1 pendant plus longtemps encore.

Comment la situation évoluera – l’Erreur n°4 – sera le sujet de notre Chronique de demain. [NDLR : Comment vous protéger de toutes ces erreurs – qui finiront tôt ou tard par coûter très cher aux investisseurs particuliers ? Simone Wapler et Philippe Béchade vous donnent toutes les explications ici.]

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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4 commentaires pour “L’erreur de Donald Trump”

  1.  » Il semblerait en effet que M. Trump n’ait pas du tout compris la règle du jeu.
    En janvier 2017, il aurait dû insister pour appliquer l’Erreur n°2, engendrant une récession qu’il aurait attribuée (avec raison) à Obama.
    Cela lui aurait permis de mettre rapidement fin à la phase douloureuse – suite à quoi il aurait pu mettre en place ses réductions d’impôts… baisser les taux d’intérêt… et s’attribuer tout le mérite de la vigueur américaine en 2019, pile à temps pour les prochaines élections.
    Au lieu de cela, M. Trump a imposé sa baisse d’impôts au mauvais moment du cycle… et s’est vanté des résultats de l’Erreur n°1 commise durant l’ère Obama (laisser les taux trop bas pendant trop longtemps).  »

    C’est une chose de faire passer un programme de réduction d’impôts quand le déficit atteint déjà 600 milliards de dollars, s’en est une autre de le faire en pleine récession avec des déficits qui dépasseraient probablement le trillion…il semble donc judicieux de faire passer la baisse d’impôt lorsque l’économie se porte bien, d’autant plus que l’objet d’une réduction d’impôt favorisant l’offre est d’augmenter le niveau de croissance structurelle à long terme et non pas de mener une politique contra cyclique sauce keynésienne visant à booster l’économie à court terme.

  2.  » Rappelez-vous que la Fed est en train de commettre l’Erreur n°2 : augmenter les taux pour tenter de réparer les dégâts qu’elle a causés avec l’Erreur n°1 (les laisser trop bas pendant trop longtemps).  »

    La véritable erreur c’est de laisser les taux en dessous du taux naturel. Si le marché fixait les taux ils seraient largement au dessus du niveau actuel. L’augmentation du taux directeur va dans dans le bon sens.

  3. @Sébastien :
    – Si le marché fixait les taux, l’erreur 1 n’aurait jamais été commise !
    – Par ailleurs, une fois que l’erreur 1 a été commise, y a t’il un moyen de ne pas commettre une erreur n°2 ?
    Dans tous les cas, un éclatement de bulle est obligatoire, l’erreur 2 ne fait qu’accélérer son déclenchement ce qui ne me semble pas totalement inutile.
    Le tout serait par la suite de ne pas commettre l’erreur 3, et là c’est pas gagné !

  4. Dans une interview accordée à Fox News, le président américain a discuté des tarifs américains, de la mise en accusation, de l’enquête de son ancien avocat Michael Cohen et de Robert Mueller:
    « Je ne sais pas comment vous pouvez attaquer quelqu’un qui a fait du bon travail. Si jamais je suis mis en accusation, je pense que le marché va s’effondrer, je pense que tout le monde sera très pauvre. Sans cette réflexion, vous verriez des chiffres que vous ne voudriez pas crois,  »

    Trump a également mentionné ses réalisations économiques, affirmant que l’économie aurait décliné s’il n’avait pas été élu: « Je me suis libéré, je me suis débarrassé de la réglementation, la réduction des impôts était une chose formidable. Mais même avant la réduction des impôts, dès le premier jour, je me suis débarrassé des règlements. J’ai approuvé les pipelines, 48 ​​000 emplois. beaucoup de choses « ,

    Il a également parlé de son ancien avocat, Michael Cohen, accusant ce dernier de l’avoir lié à l’affaire pour obtenir un meilleur accord avec les procureurs, affirmant que son ancien avocat «fait mieux lorsqu’il m’utilise».

    Ce que je retiens, c’est que le Deep State a trouvé le bouc émissaire parfait en la personne de Donald Trump. Qu’il échoue ou non, qu’il soit démis de ses fonctions ou non, si l’économie et le marché s’effondrent ce sera de sa faute. Il a le mérite au moins d’en être conscient.

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