De « l’utilité sociale » des entreprises

Rédigé le 1 juin 2018 par | Liberalisme, Politique et vie quotidienne Imprimer

Laxisme budgétaire dans ses propres affaires mais brillantes idées pour gérer celles du privé, voici la marque de fabrique de ce gouvernement qui se revendique pro-entreprise.

Lors de l’épisode de la « cagnotte fiscale », l’exécutif n’a pas succombé aux revendications dépensières d’une partie de sa majorité à l’Assemblée. Malheureusement, le laxisme budgétaire règne toujours dans la plupart des hauts lieux de la vie publique française.

Commençons au niveau local. Emmanuel Grégoire est adjoint aux finances de la ville de Paris. Début mars, il a expliqué au journal Le Parisien qu' »on s’en fiche de savoir si la dette de Paris est de cinq ou six milliards […] La dette va sans doute continuer d’augmenter dans les années à venir… C’est sain. »

dette de Paris

Explications : « taux d’endettement extrêmement faible au regard des autres collectivités » + « faiblesse des taux d’emprunt » = « c’est sain et tout à fait soutenable de recourir à l’endettement, et même responsable », vu qu’il s’agit d' »investir »dans les écoles, les crèches, le logement social, les équipements sportifs et culturels et que sais-je encore.

S’endetter à faible coût pour « investir » avant que les taux ne remontent, voilà la logique. C’est naturel lorsque l’on parle gestion de patrimoine. Mais en matière de dépense de l’Etat et des collectivités locales, j’ai tendance à considérer que cette logique sert surtout à financer de nombreuses dépenses dont la légitimité est pour le moins discutable.

Sachant que la dette de la ville de Paris est passée de 1 Md€ en 2001 à 6 Mds€ fin 2018, au vu du budget prévisionnel (9,5 Mds€ en 2018), sachant également que l’argent frais sert de plus en plus à financer des dépenses de fonctionnement, à partir de quel taux d’endettement Emmanuel Grégoire considérera-t-il qu’il deviendrait sage de voter un budget en équilibre, voire de rembourser une partie de la dette contractée, plutôt que de continuer à la creuser ?

Lorsque le politique refuse le débat budgétaire

Tablant sur une dette à 10 Mds€ à horizon 2020, l’adjoint explique :

« Il y aura une réflexion politique à mener sur le rythme des investissements. Mais ce sera un débat politique avant d’être un débat budgétaire ».

En clair, il n’y a aucun risque de catastrophe budgétaire d’ici aux prochaines élections municipales donc, pour le moment, on s’en fout. Continuons à dépenser suffisamment pour satisfaire un maximum d’électeurs, on reparlera de tout ça après les élections si on est réélus. Et puis les risques afférents à une dette trop lourde, etc. c’est des fantasmes de noircisseurs de papier, au mieux des légendes urbaines.

A la lecture dans Libération d’un témoignage d’une personnalité de terrain, on pourrait croire que la France est en réalité sous-administrée. Je suis certain que si vous y mettez un peu du vôtre, vous pouvez vous aussi le constater chaque jour.

Bercy

Vous aurez remarqué que ce n’est pas n’importe qui qui vous le dit, mais un « commissaire général adjoint » (interdit de rire).

En plus notre gouvernement fourmille de beaux projets pour les entreprises…

Cela pose tout de même un sacré problème, comme le relève Jean-Marc Daniel :

Jean-Marc Daniel

De la start-up nation à l’entreprise en tant que bien commun

Notre président aime les entreprises et il tient à le faire savoir. Il les aime même tellement que sa façon de s’exprimer est imprégnée de tournures de langage qui voudraient coller au plus près de « l’esprit start-up », mais qui sont en réalité aussi fraîches que l’arrivée de Windows 1995 sur les écrans 15 pouces.

macron

Mais plutôt que de nous attarder sur le langage présidentiel, je vous propose de nous pencher sur les projets d’action gouvernementale. J’ai déjà évoqué que la loi PACTE portée par Bruno Le Maire pourrait modifier l’article 1 833 du Code civil qui dispose que « la société doit avoir un objet licite et est constituée dans l’intérêt commun des associés », pour y adjoindre la notion « d’intérêt général économique, social et environnemental ».

Depuis, Bruno Le Maire, a enfoncé le clou en déclarant que la loi qu’il présentera en Conseil des ministres vise à « récompenser les salariés pour leur travail avec plus d’intéressement, plus de participation, plus d’actionnariat salarié, pour que [les salariés puissent] devenir propriétaires en partie du capital de l’entreprise et participer au capital de l’entreprise, moi c’est tout ça que je veux… ».

LeMaire

La CFDT n’a pas manqué de dire tout le bien qu’elle pense de cette merveilleuse avancée sociale.

CFDT

Guillaume Nicoulaud fait remarquer que ce n’est pas forcément l’intérêt du salarié de partager les risques de son entreprise. Son tweet a dû échapper à la CFDT qui n’a pas répondu à cette objection…

Nicoulaud

Idem pour cet autre tweet qui résume bien l’esprit des lois turbolibérales que concoctent nos décideurs.

Labeau

Les salariés sont rémunérés par leur salaire. La participation et l’intéressement existent déjà. Mais le gouvernement ultra-libéral du président Macron préfère ressusciter les vieilles lunes du CNR plutôt que laisser salariés et DRH gérer leurs relations contractuelles…

Pendant ce temps-là, dans le monde réel, quelqu’un qui n’est ni ministre, ni fonctionnaire, ni salarié a récemment été condamné à payer une amende de 3 000 €. Sa faute ? Avoir travaillé tous les jours de l’été passé, vu que le chiffre d’affaires qu’il peut réaliser sur les mois de juillet et août lui permet « de tenir ensuite toute l’année ».

boulanger

Et encore, notre boulanger a de la chance car dans le monde rêvé par Bruno Le Maire et Emmanuel Macron, voici comment les choses auraient pu se terminer pour lui :

Bastiat

Si la loi PACTE est appliquée telle qu’on nous la présente, il sera alors confirmé que la politique économique menée en France a définitivement tourné au délire.

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Nicolas Perrin
Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est l’auteur de l’ouvrage de référence « Investir sur le Marché de l’Or : Comprendre pour Agir ». Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, il est conseiller en gestion de patrimoine indépendant en région lyonnaise et à La Réunion.

4 commentaires pour “De « l’utilité sociale » des entreprises”

  1. Quel triste bilan !!!! des conseils ,des directives,des  » yaka- fautqu’on » à la pelle…pour un résultat nul depuis 40 ans….voir les excellents resultats d’entreprises sous domination de l’Etat que sont areva , edf , sncf , air france etc..etc…..bref vous avez compris : nos dirigeant ne sont rien d ‘autre que des incapables, qui pour la plupart ont pantouflé dans la fonction publique ou politique ,bien à l’abri des vicissitudes des entreprises du secteur privé……Voilà bien le mal qui gangrène la France …..Et le nouveau monde actuellement au pouvoir en France ne change rien à la méthode appliquée…..Pourquoi? et bien parce qu’il mange dans la gamelle de l’ Etat ,la meme gamelle que les prédecesseurs qui se sont gavés d’une bonne soupe savoureuse et bien épaisse……Et tant pis pour les 10% de chomeurs et les 20 millions de pauvres que compte la France….Avec la hausse des impots pour les classes moyennes , la baisses des retraites , la hausse des carburants ,et la suppression ou l’abaissement des allocations et des aides diverses , on va encore rajouter de la misère et augmenter la précarité ; ou en serons nous dans 3-4 ans ??? la réponse sera la suivante : les memes  » Zigotos » seront au pouvoir et ils se gargariseront de leurs résultats et cela risque d’ etre ainsi jusqu’à un coup dur qu’ils ne verront meme pas venir ,tellement ils »planent dans la stratosphère »……..comme en 1789 !!!!!

  2. @Jclaudio : ça c’est une vraie analyse de comptoir, documentée, profonde, pas du tout caricaturale ! je parie que vous et vos proches n’ont jamais profité du système que vous décriez depuis 40 ans et que vous seriez le premier à renoncer à tous les avantages qu’ils ne vous procurent pas, à priori.

    Dédé, remets une bière pour le monsieur, il doit avoir soif après sa tirade révolutionnaire !

  3. Chacun ses opinions cher mr Leovigilde ….vous critiquez mon analyse, car sans doute faites vous partie de la catégorie que j’ai décrite….Eh oui on peut avoir des points de vue différends cher Monsieur, et il faut respecter les opinions des autres,cela s’appelle la démocratie ….je vous invite à faire connaitre vos idées , et à les partager avec les autres plutot que de faire des remarques  » à 4 sous »……,qui pour le coup sont vraiment des relents de comptoir……..

  4. @Jclaudio : c’est parce que mes idées ne sont pas aussi affirmées que les vôtres que je me suis permis de me moquer (gentiment) de votre tirade tranchée.
    Je constate cependant que notre système de santé, loin d’être parfait, est sûrement le plus performant au monde, que notre système de retraite, loin d’être parfait, garantit encore une solidarité entre générations, que notre système de redistribution, loin d’être parfait, limite l’accroissement des inégalités et l’augmentation de la pauvreté.
    Maintenant, je me considère comme un libertarien social, à l’image des thèses de Gaspard Koenig, et je suis assez admiratif des sociétés scandinaves ultra libérales côté économique est très solidaires côté sociétal, lorsque c’est nécessaire.
    Je ne pense pas que les politiques et haut fonctionnaires sont tous pourris, mais je pense que l’on pourrait être plus efficace avec moins de corporatisme assis sur un conservatisme franchouillard et passéiste.
    Je suis un salarié du privé, je ne prétends pas détenir une vérité sur quoi que ce soit, mais je suis curieux du monde et de son évolution, et j’essaie d’éduquer mes enfants avec un discours autre que le « tous pourris ». Je trouve ça facile et réducteur.
    A votre santé 😉

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