Les entreprises du XXIe siècle posent un problème

Rédigé le 7 novembre 2017 par | A la une, Bill Bonner, Richesse Imprimer

Amazon et Tesla ne dégagent pas de profits. Ces entreprises survivent grâce à un afflux de capitaux bidon mais ne participent pas à la création de richesse.

Nous sommes venu au Nicaragua pour prendre la parole devant un groupe d’analystes et de rédacteurs de sociétés de publications financières.

Les membres du Deep State qui conseillent Donald Trump ont choisi l’homme idéal pour piloter la Fed : Jerome Powell, la quintessence de l’initié.

Nous détaillerons ce point ultérieurement.

En revanche, nous nous sommes demandé pourquoi Tesla et Amazon sont si populaires bien qu’elles perdent de l’argent depuis si longtemps.

Ce sont des entreprises très différentes. L’une fabrique des voitures électriques ; l’autre vend toutes sortes de choses sur internet. Elles ont à peu près une chose en commun : ni l’une ni l’autre ne gagne de l’argent, et ce sont toutes deux des entreprises vaguement « technologiques ».

Tesla perd de l’argent de façon assez classique. Elle est dirigée par un personnage charismatique qui siphonne l’argent des investisseurs. Mais son business model n’a pas de sens.

Certes, Tesla fabrique des voitures. Mais beaucoup de sociétés disposant de beaucoup plus de savoir, d’argent et de compétences marketing le font également.

Il est plus que probable que si Elon Musk a découvert qu’il existait un marché porteur pour ses voitures 100% électriques, les autres constructeurs le lui prendront.

Tesla n’est pas rentable, et ce dans une très large mesure. Mais elle ne fait pas ce que fait Amazon : détruire les bénéfices de tout un secteur. A cet égard, Amazon est exceptionnelle.

Est-ce que ce ne serait pas un indicateur… quelque chose d’emblématique… et de révélateur ? Autrement dit, cela pourrait-il nous apprendre quelque chose de ces nouveaux secteurs du XXIe siècle… et nous dire pourquoi ils ne semblent pas alimenter le PIB de la même façon que le faisaient les anciens secteurs ?

La réponse est « oui ».

Aucun rempart

Traditionnellement, le secteur de la vente au détail est chiche en profits.

C’est une activité qui n’offre pas beaucoup de marge. Le magazine Fortune a étudié le secteur il y a quelques années et conclu que le bénéfice moyen réalisé sur le chiffre d’affaires n’était que de 3,2%. Dans le secteur de l’alimentation et des médicaments, c’est encore pire : il n’est que de 1,5%.

Comme le dit Buffett, le secteur n’a pas de « rempart » ou « barrière à l’entrée » pour se protéger de la concurrence. Donc, lorsqu’une nouvelle entreprise comme Amazon débarque et commence à s’emparer d’une part du chiffre d’affaires, la première chose qui disparaît, ce sont les bénéfices. [NDLR : vous recherchez des entreprises dégageant des bénéfices et en croissance exponentielle ? Nous avons ce qu’il vous faut… mais elles ne sont pas accessibles aux investisseurs « ordinaires ». Découvrez ici notre cercle d’investissement privé et comment engranger des plus-values à 3 ou 4 chiffres.]

Environ 200 Mds$ ont été dépensés en achats en ligne l’an dernier, sur le total d’environ 5 000 Mds$ que représente le secteur de la vente au détail. Cela représente donc 4% du total des achats, dont près de la moitié revient à Amazon.

Il n’est pas étonnant que le secteur du détail « à l’ancienne » soit en faillite. Les bénéfices réalisés sur le chiffre d’affaires ne représentaient que 3% environ… et 4% du chiffre d’affaires est parti dans la vente en ligne.

Les clients viennent toujours voir les marchandises ; les lumières doivent toujours être allumées ; les vendeurs doivent toujours être à leur poste. Les boutiques ne peuvent augmenter leurs prix pour compenser la perte de chiffre d’affaires. Si les prix augmentent, elles perdront encore plus de ventes.

Ce qui est remarquable, c’est qu’alors que les bénéfices s’évanouissent des magasins de détail ordinaires, ils ne réapparaissent nulle part ailleurs.

Ce que perdent les anciens détaillants, Amazon ne le récupère pas. Or Amazon devrait au minimum récupérer 3% sur ses 136 Mds$ de chiffre d’affaires. Mais non, elle ne récupère rien.

Alors ? Que s’est-il passé ?

Amazon : un afflux de capitaux bidon plutôt que des bénéfices

Il y a deux réponses.

Premièrement, le système de l’argent falsifié a laissé affluer vers Amazon des capitaux bidon presque gratuits.

Tant que cet argent bidon afflue, Amazon n’a pas besoin d’en gagner. Elle a toute la trésorerie qu’il lui faut. Et les actionnaires sont ravis des plus-values qu’ils réalisent.

A quoi bon percevoir des dividendes, si l’action augmente de 20% par an ?

Donc, Amazon peut se permettre de mener ses activités d’une manière nouvelle : sans réaliser de bénéfices.

Deuxièmement, internet n’alimente pas le capital comme le faisaient les anciens secteurs car il n’augmente pas le résultat : il se pourrait même qu’il le diminue.

Nous avertissons les lecteurs – surtout ceux qui viennent de nous rejoindre – qu’il est possible que notre raisonnement soit profondément erroné. Nous n’avons pas encore eu la possibilité de réfléchir à cette question sous tous ses angles. Aujourd’hui, nous testons l’idée, simplement : comme on le fait avec un nouveau manteau, pour voir s’il nous va bien.

Mais nous nous demandons depuis longtemps pourquoi une nouvelle technologie aussi fabuleuse – les communications électroniques essentiellement basées sur internet – est aussi incapable de faire augmenter la croissance du PIB. Elle chute, au contraire.

Voici une réponse rapide : à l’image de la télévision, c’est une perte de temps. Les gens passent désormais 8,4 heures par jour, en moyenne, sur des appareils électroniques. Ils passent surtout ce temps à jouer à des jeux idiots et à regarder des photos de chats.

Il existe une réponse plus complexe qui nous ramène à Amazon.

Il semblerait qu’Amazon simplifie et agrémente la vie de nombreuses personnes… mais elle le fait en réduisant le PIB !

A quoi bon employer des agents de sécurité dans les centres commerciaux, si nous achetons en ligne ? A quoi bon des centres commerciaux, d’ailleurs ?

L’ancienne économie prenait les ressources – surtout l’énergie – et les convertissait en choses que les gens avaient envie d’acheter.

Ces choses rapportaient des bénéfices au fabricant… et alimentaient la richesse du monde.

Cette richesse était partagée entre les employés et les détaillants. Si vous fabriquez un tracteur, par exemple, vous gagnez de l’argent… vos employés gagnent de l’argent… la société qui vend le tracteur gagne de l’argent… et le type qui achète le tracteur l’utilise pour gagner de l’argent.

Amazon ne fait pas ce genre de chose. Pas plus qu’aucun autre type de société axée sur internet.

A la place, elles se contentent de faire circuler des informations…

Vous voulez savoir en quelle année Fats Domino a sorti sa chanson Blueberry Hill ? Vous voulez acheter un billet d’avion pour la Sibérie… ou regarder un porno ? Il suffit d’aller sur internet !

Internet bouleverse les chaînes d’approvisionnement… et réduit les coûts. Mais les coûts sont les revenus de quelqu’un… et ses bénéfices. Et une part de PIB.

Si les consommateurs économisent sur Amazon… comment se fait-il qu’ils n’achètent pas davantage avec l’argent économisé ? Les dépenses totales devraient rester les mêmes.

Et c’est bien le cas, plus ou moins.

Il est difficile de savoir ce qui se passe. Mais bien que Donald Trump martèle que les chiffres de l’emploi n’ont jamais été aussi bons, les consommateurs semblent avoir moins d’argent à dépenser.

Historiquement, il n’y a jamais eu autant d’hommes adultes, et en âge de travailler, sans emploi.

Que font-ils de leur temps libre ? Ils vont sur internet, bien sûr.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

8 commentaires pour “Les entreprises du XXIe siècle posent un problème”

  1. Je ne suis pas d’accord avec une partie de cet article.
    Ce que que je pense :
    les entreprises de service Internet, comme Amazon, sont très utiles du fait qu’elles facilitent grandement les contacts entre les offres et les demandes (ou les besoins).
    Des cas concrets comme l’optimisation de l’utilisation des ressources disponibles. un exemple, vous avez acheté un tracteur que vous utilisez rarement, une entreprise de service internet peut vous permettre de le louer à certains de vos voisins et le tracteur ne restera pas rouiller dans le garage.
    Certes, cela va générer des chômeurs , c’est inévitable, il faut leur trouver autre chose. dans tous les cas, avec les progrès techniques actuels et futurs, le chômage ne pourra qu’augmenter.

  2. Cher Monsieur Bonner,
    Vous posez des questions on ne peut plus passionnantes dans votre article. mais je vous trouve bien sévère avec Internet et trés à l’étroit dans votre nouveau manteau!
    Internet, une perte de temps, n’est-ce pas horriblement réducteur comme assertion?
    Dois-je comprendre que je perds du temps en lisant vos news-letters ?
    Et qu’en est-il des bénéfices de la Chronique Agora.com ainsi que de ses « satellites.com » ?
    Feriez-vous uniquement oeuvre de bienfaisance?
    Internet n’est-il pas pour vous un extraordinaire outil de communication dont vous savez « tirer profit », tout en nous permettant de ne pas être dupe des manipulations du Deep State?
    J’attends avec impatience des analyses sur le sujet dignes de votre talent!

  3. La pression fiscale directe et indirecte pèsent sur le pouvoir d’achat.Les gens ont moins d’argent a dépenser ,mais ce phénomène est ralenti grace au commerce internet.La consommation baisse mais cette baisse est ralentie par les possibilités d’économies grace au commerce en ligne.C’est ce qui se passe dans le monde.Amazon ne gagne pas d’argent car elle a décidé de réinvestir ses profits.Amazon n’a que très peu d’incidence sur la fermeture des commerces de détail,surtout si elle pèse pour 4% des ventes

  4. Faire 20 km en voiture polluante pour se rendre dans un centre commercial, trouver une place de parking, chercher un produit particulier que l’on ne trouvera peut-être pas, est une perte de temps et d’argent, sans compter les risques physiques d’un trajet sur route.
    Allez sur le site Amazone, trouver le produit à un prix défiant toute concurrence et le faire livrer en quelques clics, est efficace et sans risque. Que Amazone soit un gouffre financier n’est pas le problème du client, sauf si cette Société fermait ses portes et ne livrait plus, bien sûr.
    Concernant les acheteurs de l’action Amazone, puisqu’il y en a toujours, il est paradoxal qu’ils soient informés de l’absence de bénéfices, signe d’une faiblesse fondamentale du modèle, mais qu’ils agissent comme si de rien n’était, comme si « les arbres montaient jusqu’au ciel », comme s’ils n’achetaient pas ces papiers- actions à quelqu’un qui les vendait, le pdg notamment, pour réaliser, maintenant, un bénéfice.
    Il est vrai que cela fait des années que ça dure et que malgré le manque de racines, l’arbre Amazone monte, monte.. que ceux qui ont vendu trop tôt et s’en mordent les doigts, rachètent, pour gagner encore un peu.. au casino de la bourse.

  5. M.Bonner
    Il est curieux en effet que ces entreprises ne gagnent pas d’argent alors que l’argent-bidon du créditisme entre à flots. Pourtant, et c’est ce que soulignent les commentaires, internet permet des économies certaines.
    A moins que le but, soit de comprimer les dépenses pour favoriser la consommation et par delà favoriser certains groupes sociaux aux dépens d’autres. Le but serait donc politique avant tout, et à court terme. Il me parait clair que mondialisation – favoriser la consommation et complicité politique sont liés. Même si à terme tout finit en catastrophe économique.

  6. Moumni, l’exemple de votre tracteur qui rouille est peu pertinent. Vous ne devez être ni paysan ni agriculteur pour croire qu’un tracteur est plus utile en location sur le net sinon « il rouille dans le hangar ».. Non les agriculteurs ou les paysans se prêtent leur matériel et travaillent en proximité déjà bien avant l’existence d’Amazone ou du Net. Nul besoin d’Amazone, car allez chez son voisin est plus rapide sans aucun intermédiaire pour emprunter un tracteur et bordel, le contact humain vous en faites quoi?!

    Même remarque pour gérard qui nous postule que « Les gens ont moins d’argent a dépenser ,mais ce phénomène est ralenti grâce au commerce internet »! NON pas « grâce » mais « à cause » d’Internet que les gens ont moins d’argent car le commerce en ligne est bel et bien la cause avec la robotisation ou automatisation du chômage de masse. Regardez les petits commerces disparaître! Amazone réinvestit dans une fausse technologie comme la livraison à domicile par drone! Faut vraiment être idiot pour croire cette absurdité. Imaginez juste 100 drones livrant des colis dans un quartier populaire… Bonjour les dégâts. Déplacer la circulation des voitures au ciel est une ineptie sans nom. Imaginez juste les bouchons en l’air…Ils seront tous mortels!

    Daniel Roux votre exemple aussi est une fuite en avant! Les centre commerciaux ont été créés par les lobbies automobile et autoroutiers. Sans eux tous ces centres n’auraient jamais existé. Avoir créé ces monstres de la consommation, des intermédiaires qui font des marges de 40% sur le dos des paysans et des agriculteurs, est une aberration totale qui a fait disparaître petits commerces, épiceries, artisans qui étaient les vrais producteurs de richesses. Une masse de chômeurs au social ou sans travail. Tout cela pour consommer des produits de masse formatés dans la monotonie et le gaspillage inutile des ressources. L’arbre Amazone ne montera pas jusqu’au ciel, croyez-moi.

  7. Si, il est clair que Tesla n’a aucun espoir et que le titre va continuer de chuter… pour Amazon c’est peut-être un peu différent Amazon concurrence le Leclerc du coin, et tous les magasins… toutefois après avoir utilisé ses services et eu des soucis de livraisons, je ne commanderai plus jamais quoi que ce soit sur internet rien ne vaut de bons achats dans de vrais magasins, affaire à suivre !

  8. Je compare le commerce sur Internet un peu comme un confessionnal: Il y a toujours une barrière entre le prêtre confesseur et le confessé(con fessé?) . Le confessé voit toujours son confesseur dans l’obscurité, donc il ne peut que l’imaginer… Le confesseur l’absout de ses péchés, mais c’est le confessé qui en fin de compte doit faire le boulot! il doit prier pour être absout sans certitude du résultat. Pour Internet c’est pareil, on croit voir le produit convoité mais on ne peut ni le toucher ni l’observer ni le sentir, mais vous devez faire tout le boulot pour l’obtenir et quand il arrive chez vous vous êtes souvent déçu de la qualité du produit. Internet ne remplacera jamais une vente en direct sans aucun intermédiaire. Et la qualité s’en ressent grandement via Internet où les arnaques pullulent. Dans un commerce en direct, vous voyez et jugez votre vendeur comme votre produit. Vous savez ce que vous achetez dès le départ. Ce qui n’est jamais le cas par Internent où vous savez toujours à la fin de la transaction payée ce que vous avez acheté.

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