Encerclé de tous côtés…

Rédigé le 7 mai 2018 par | Bill Bonner, Inflation, dettes et récession Imprimer

Nous continuons notre exploration des mythes, utiles et inutiles, en faisant un petit détour par l’Irlande – longtemps le sujet de mythes et d’intérêts contradictoires.

Peu de nouvelles de la part du monde financier. Il ne se passe pas grand’chose.

Mais lorsque l’actualité redémarrera, nous prédisons que les nouvelles seront mauvaises.

En attendant…

Nous vivons de mythes

Rappelez-vous que nous vivons de mythes. Nous hésitons à laisser un sou par terre, ou bien nous évitons de marcher sur les lignes des trottoirs.

Nous pensons que la démocratie est une bonne chose, et que voter est « une responsabilité civique ». Certains pensent même que nous devrions essayer d’exporter notre démocratie dans d’autres pays, qu’ils le veuillent ou non.

Nous pensons que le meurtre et le vol sont mauvais. Nous pensons qu’il faut « contribuer à la société »… et qu’il y a des « terroristes » contre lesquels nous devons nous défendre.

Souvent, nous croyons à des mythes qui se contredisent. Nous pensons que « les déficits n’ont pas d’importance ». Mais nous pensons aussi qu’il faut « mettre de côté pour les mauvais jours ».

Nous sommes d’avis que les gens devraient être directs et honnêtes ; mais nous apprécions les gens qui ont la bonne grâce de ne pas nous dire ce qu’ils pensent vraiment de nous.

Les enfants devraient être spontanés et « naturels » mais il faudrait leur apprendre à dire s’il vous plaît et merci.

Et bien entendu, il faudrait « faire aux autres ce que tu voudrais qu’ils te fassent ».

Mais notre générosité d’esprit cède bien vite.

Nous votons pour un homme qui promet de « riposter 10 fois plus fort » quand on l’attaque… d’assassiner les familles de terroristes… de déporter les Mexicains… et d’exécuter les gens qui vendent des drogues illégales.

Nous ne pourrons jamais prouver qu’aucun de ces mythes est « vrai ». Pourtant, en dépit de toutes leurs incertitudes, leurs ambiguïtés et leurs contradictions, nous prenons nos décisions en nous basant sur ces notions.

Elles donnent à nos vie une signification… et une direction.

Mais lesquelles d’entre elles — comme une parabole gravée sur une pierre antique — offrent des instructions utiles, un concentré de sagesse et un distillat d’expérience ?

Et lesquelles ne sont que des sottises bien commodes… des slogans électoraux… et des mensonges flatteurs, jetés en pâture comme du pain rassis à une foule affamée ?

Nous avons promis de vous le révéler.

On ferme les sorties

Aujourd’hui, toutefois, nous faisons durer le suspense ; au lieu d’attaquer directement notre proie, nous allons l’encercler… explorant à la fois le sacré et le profane… en fermant les sorties à mesure que nous avançons, de manière à ce qu’elle ne puisse pas s’échapper.

Les mythes ont fait deux célèbres victimes à Youghal, en Irlande, au 17ème siècle. Nous avons parlé de la pauvre Florence Newton ; elle a été jugée pour sorcellerie (et probablement exécutée… les archives sont incomplètes.)

La deuxième est Dominic Collins : soldat, aventurier et enfin… frère jésuite. C’est dans ce dernier rôle qu’il a été pendu en 1602.

Selon l’un des principaux mythes de cette époque, les catholiques et les protestants ne pouvaient pas vivre en paix les uns avec les autres. Les uns mijotaient des tours pendables. Les autres devaient se protéger.

A cela était lié un autre mythe important : l’Irlande catholique, située comme elle l’était à l’arrière de l’Angleterre, représentait une menace.

Ces deux mythes ont généré des invasions, des guerres, des batailles, des soulèvements, des exécutions, des massacres et ainsi de suite… un peu comme l’Afghanistan aujourd’hui. Ou la Syrie.

Mais les mythes étaient utiles… pour certains.

Et là, la différence entre un mythe utile et un mythe pernicieux commence à se préciser.

Le siège de Dunboy

Pour un Anglais ambitieux, les terres et la main-d’oeuvre irlandaises étaient trop attirantes pour passer à côté.

Des « plantations » anglaises ne tardèrent pas à faire leur apparition dans toute l’Irlande, un peu comme dans la Virginie coloniale aux Etats-Unis. En Virginie, les Indiens indigènes ont été repoussés, marginalisés ou exterminés. En Irlande, ce sont les Irlandais qui bloquaient le chemin des Anglais.

C’est ainsi que Dominic Collins s’est retrouvé dans le château de Dunboy, soi-disant pour s’occuper des besoins spirituels de 143 soldats irlandais encerclés par 4 000 soldats anglais.

Cela allait mal finir. Les forces irlandaises, menées par Red Hugh O’Donnell et Hugh O’Neill, avaient été battues lors de la bataille de Kinsale plus tôt la même année.

Red Hugh O’Donnell avait fui en Espagne dans l’espoir d’obtenir de l’aide de la part des Espagnols. Il mourut peu de temps après, âgé de 29 ans, sans jamais revoir son Ulster natal.

Aucun renfort n’arriverait pour les Irlandais à Dunboy.

Les Anglais ne tardèrent pas à capturer le château. Ils pendirent tous les soldats irlandais. Pour Collins, ils avaient d’autres projets. Ils le ramenèrent dans sa ville natale.

L’idée était que, là-bas, il renoncerait à sa foi catholique devant les villageois. En retour, les Anglais le laisseraient vivre.

Qu’est-ce qui a mal tourné ? Impossible à dire. Mais lorsque Collins s’est adressé à la foule à Youghal, il s’est exprimé en gaélique.

Les Anglais ont dû être perplexes, d’autant que les spectateurs semblaient devenir de plus en plus hostiles. Le bourreau s’enfuit, craignant la violence de la foule.

Puis Collins expliqua joyeusement, en anglais, qu’il n’avait aucune intention d’abjurer sa foi et qu’il serait heureux de mourir pour elle.

Les Anglais ordonnèrent à un pêcheur local de se mettre au travail. Il passa la corde autour du cou du jésuite et fit basculer le tabouret qui le soutenait.

Collins fut proclamé martyr par le pape Jean-Paul II en 1992.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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