Emile Moreau, un banquier comme on n’en fait plus

Rédigé le 19 août 2016 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

Aujourd’hui, nous devions préciser notre concept du « choc des mythes« .

Mais hier, nous avons été en contact avec un autre événement historique tout aussi important que le 15 août 1971 — date à laquelle Nixon a mis fin au lien entre l’or et le dollar.

Nous avions été invité à un « cocktail en blanc » chez un voisin.

Les gens se rassemblent pour marquer la fin de l’été (le temps se gâte généralement après le 15 août… et en effet, il pleut aujourd’hui). Et tout le monde porte du blanc en hommage à la Vierge Marie.

L’événement avait lieu dans un relais de chasse du 19ème, au sud de notre ferme. Nous avons roulé une demi-heure sur de petites routes de traverse pour y parvenir ; nous n’avons pas croisé une seule âme… ni une seule voiture.

Sur place, environ 150 personnes — toutes vêtues de blanc — étaient réunies sur la pelouse, cocktails et petits fours à la main.

A mesure que la soirée avançait, la foule se déplaçait dans le sens des aiguilles d’une montre, d’une table à l’autre.

Les boissons avaient été servies à 15h ; les entrées arrivèrent à 18h. Nous avons flâné jusqu’à 21h, moment où vinrent les plats principaux, plus substantiels… et il était près de minuit lorsque nous sommes parvenu aux desserts.

Chacun des participants avait apporté quelque chose. Le soir était tombé vers 22h ; même avec des bougies sur les tables, on ne pouvait pas vraiment voir ce qu’on avait dans son assiette. Chaque bouchée était une surprise.

C’est en chemin pour cette soirée que nous avons rencontré l’Histoire…

Nous avons passé un virage, et là se trouvait la maison d’Emile Moreau, une demeure à colombages dans le style normand, inhabituel dans notre région.

Une réunion des plus importantes

Nous nous sommes rappelé une anecdote — contée dans le livre Les Seigneurs de la France, de Liaquat Ahamed : en 1926, Moreau participait à la plus importante réunion de banquiers centraux de l’Histoire. L’économiste britannique John Maynard Keynes était là. Benjamin Strong représentait la Fed. Moreau était l’homme de la Banque de France.

Ils tentaient de résoudre le problème posé par les réparations de guerre allemandes, qui plongeaient la République de Weimar dans la dépression… et entraînaient peut-être le reste du monde avec elles.

Au milieu des discours pompeux, Moreau se leva simplement et annonça qu’il partait.

Pourquoi ?

La saison de la chasse venait d’ouvrir. Il ne voulait pas manquer ça.

En 1936, Moreau était président de la banque Paribas. Un gouvernement socialiste et dépensier était désormais aux commandes de la France ; naturellement, il avait besoin d’emprunter pour financer ses dépenses déficitaires. L’Etat s’adressa donc aux banques.

Aujourd’hui, les grandes banques sont pratiquement des services publics. Elles achètent volontiers le fragile papier gouvernemental, sans poser de questions. Après tout, les obligations d’Etat sont « le crédit le plus sûr au monde ».

Qui plus est, ce n’est pas comme si les fonds des banques étaient en danger. Les autorités leur donnent la permission d' »imprimer » de l’argent… et elles sont protégées de leurs erreurs par ces mêmes autorités.

Elles ne vont donc pas résister aux demandes des gouvernements. « Il faut rendre à César… « , doivent-elles se dire.

Un banquier honnête

A l’époque de Moreau, les choses étaient différentes.

Un banquier honnête pouvait encore s’opposer aux autorités… et même abattre un gouvernement.

Puisque l’étalon-or était encore en place à l’époque, les fonds à la disposition de Moreau provenaient d’épargnants qui avaient placé leur argent à la banque, sous bonne garde.

Moreau refusa de le prêter au gouvernement, arguant qu’il ne considérait pas le gouvernement de Léon Blum comme un placement sûr pour l’épargne de ses clients.

D’autres banquiers suivirent l’exemple de Moreau. Le gouvernement se retrouva donc incapable de financer ses programmes. Il s’effondra l’année suivante.

C’est cette expérience qui poussa le gouvernement Mitterrand, en 1982, à nationaliser les banques.

Emile Moreau comprenait ce que devait être un banquier. Non pas un activiste, un empêcheur de tourner en rond, une mouche du coche, un manipulateur de la devise mondiale… et certainement pas le moyen de financer les dépenses exorbitantes d’un gouvernement.

Un bon banquier devrait plutôt être aussi muet qu’une salle des coffres… et aussi solide que le béton qui l’entoure. Il devrait s’assurer que l’argent de ses clients est protégé — et c’est tout.

S’il a accompli tout ça, il peut partir à la chasse !

La semaine prochaine, sans faute, nous reviendrons à Donald et Hillary… au mythe de « l’homme fort »… au mythe du « héros déchu »… et plus encore !

Mots clé :

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Emile Moreau, un banquier comme on n’en fait plus”

  1. Comme quoi le socialisme a énormément besoin de la finance pour exister et se propager…

Laissez un commentaire