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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mardi 20 Juin 2006
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*** Grave sécheresse annoncée du cote des liquidités
Et c’est pour l’été 2006…
*** Eloge de la paresse
Une petite leçon d’investissement de la part de la reine d’Angleterre…
*** Crime et bâtiment (3)
Notre Banquier Central a rédigé un scénario en vue du prochain Festival de Cannes. Nous en avons laissé les protagonistes en bien mauvaise posture hier…
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La chute des marchés n’est pas le seul facteur menaçant votre patrimoine
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Bonjour,
*** GRAVE SECHERESSE ANNONCEE DU COTE DES LIQUIDITES
** Le second semestre vient de s’enclencher pour la plupart des gérants ayant recours aux marchés dérivés — autrement dit l’écrasante majorité d’entre eux ; le souvenir des 12,5% à 13% de gains perdus en l’espace de quatre semaines est encore bien présent dans les esprits.
Les plus chanceux auront réussi à engranger 25% ou plus en se laissant porter par la vague puis son reflux. Ils peuvent envisager l’avenir avec optimisme, car la volatilité est de retour : sans entrer dans les détails, elle a plus que doublé en un mois sur les puts et les calls.
Les membres les plus éminents de la Fed ou de la BCE semblent se relayer à la tribune pour entretenir la nervosité des marchés. Axel Weber, président de la Bundesbank, affirme que le niveau d’inflation actuel demeure supérieur à l’objectif fixé par les autorités monétaires européennes ; Jack Guynn, de la Fed d’Atlanta, souligne le "niveau insoutenable" des déficits américains — même si le commerce extérieur a connu une dérive moins importante début 2006 qu’au cours de la période correspondante de 2005.
** Des mises en garde qui n’ajoutent pas grand chose à ce que les opérateurs savent déjà : le cycle de resserrement monétaire n’est pas achevé de part et d’autre de l’Atlantique. Cependant, le phénomène le plus alarmant pourrait se situer du côté des flux de liquidités, qui se tarissent tous azimuts.
La bulle des matières premières semble avoir explosé, comme le démontre le plongeon du métal précieux : -20% en moins de huit semaines, avec une once qui dévisse sous les 570 $ contre 725 $ début mai… et c’est pire encore pour l’argent-métal, qui, de 15 $, vient de rechuter sous les 10 $.
La Chine avait relevé son taux directeur de 27 points de base début mai, de 5,58% à 5,85%. Un coup d’épée dans l’eau, selon nombre de spécialistes : cela n’aurait épongé que 25 à 30 milliards de dollars de liquidités en Chine — l’équivalent de deux mois d’excédents commerciaux avec les Etats-Unis — alors que la masse monétaire croît à un rythme deux fois supérieur à celui du PIB local (+10,20% officiellement).
Pékin se hâte trop lentement aux yeux des Occidentaux, mais semble être résolu à calmer le jeu. La Banque centrale chinoise exige à présent un relèvement des réserves de sécurité des banques commerciales. Cela équivaut effectivement à casser les reins au surinvestissement et à la spéculation sur les marchés de capitaux — la bourse est considérée en Chine comme un vaste casino, au même titre que les salles de jeu du début du siècle dernier, souvent dépeintes dans les productions cinématographiques hong-kongaises ; les paris semblent faire partie intégrante de la culture tri-millénaire de l’Empire du Milieu…
** Une autre forme de coûteuse folie est également sur le point de se retourner contre les parieurs : la spéculation immobilière aux Etats-Unis a vécu, et seul l’aveuglement des emprunteurs américains, décrit par Bill Bonner dans son éditorial de mardi dernier, permet au système de ne pas partir en vrille comme le moral des professionnels du secteur, qui, eux, savent de quoi il retourne.
Selon un sondage publié lundi soir, l’indice de confiance de l’association des constructeurs de maisons individuelles a dévissé de quatre points, à 42 au mois de juin 2006. Un chiffre à comparer au sommet historique de 72 points enregistré en juin 2005 (et aux 68 du mois d’octobre de la même année, six semaines après le passage de l’ouragan Katrina).
Serez-vous étonné que Wall Street ait senti un frisson glacial parcourir son échine à mi-séance lundi, puis amorcé une décrue inversement proportionnelle à la hausse des indices de la zone euro (+0,75%) quelques heures auparavant ? Les deux géants de la construction de logements résidentiels — Pulte Homes et Toll Brothers — chutaient respectivement de 2% et 3,5% peu de temps après la diffusion du baromètre sectoriel.
Le revirement à la baisse des indices américains est survenu deux heures après la clôture des places européennes. S’il s’était produit dès l’ouverture, il n’est pas certain que le rebond des indices sur le Vieux Continent aurait permis d’effacer les pertes de vendredi.
Le CAC 40 a certes fini dans le vert (+0,73%) mais sans convaincre. Les valeurs françaises clôturent en effet assez loin des plus hauts du jour. La lourdeur du secteur de l’énergie — avec toujours à l’horizon ce risque de tarissement des pétrodollars qui ont mécaniquement servi de carburant pour la hausse des marchés depuis novembre 2005 — n’a pas permis aux indices parisiens de renouer avec les meilleurs niveaux intraday de la séance de vendredi (4 800 points).
** Nous continuons d’attirer votre attention sur l’impact indiciel du repli de Total (-0,2% dans le sillage d’un baril de pétrole en repli à 69 $ sur le NYMEX), d’EDF (-0,85%) puis Gaz de France (-1,6%). Le n°1 français du raffinage dessine une splendide configuration en "tête/épaules" qui pourrait se solder par un repli supplémentaire de 15% au cours des prochaines semaines ; le CAC 40 pourrait d’ailleurs être plombé à hauteur de -2,5% à -3% par le simple effet de sa pondération.
Mais si nous devions déduire d’un titre en particulier l’évolution globale du marché d’ici l’automne, nous resterions particulièrement attentifs à l’évolution du titre Air France, qui fait office de précurseur de la tendance depuis de nombreux mois. Le récent plongeon d’EADS n’a pas réellement été interprété comme un signal d’alerte majeur dans le secteur aérien, mais nous ne serions pas surpris que le taux d’occupation des "classes affaires" donne d’inquiétants signes de fléchissement dans les toutes prochaines semaines.
Le raccourci pourra vous paraître un peu facile… mais nous pressentons que dans de nombreux domaines qui ne dépendent que des caprices de la mécanique des fluides — et les compagnies aériennes en font partie — les affaires ne s’avèrent plutôt mauvaises, avec le tarissement des liquidités orchestré de concert (et sans fausses notes) par les quatre principales banques centrales de la planète (Chine, Japon, Union européenne et Etats-Unis).
Philippe Béchade,
Paris
PS : Pour retrouver les dernières opinions et recommandations de Philippe Béchade sur la séance du jour, rendez-vous au 0899 707 009. Dernière performance en date : une mise de départ multipliée par 5 sur des puts warrants CAC 40… N’attendez pas pour vous positionner sur les prochaines transactions !
(1,35 euros l’appel + 0,34 euros/minute)
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** ELOGE DE LA PARESSE
** "Tout le monde peut vieillir", a déclaré la reine Elizabeth II à l’occasion de son 80ème anniversaire, "il suffit de vivre assez longtemps".
* Nous aurions formulé cela différemment : le secret de la vieillesse, c’est de ne pas mourir.
* Cela nous fait penser à une chose : bon nombre des meilleures choses dans la vie s’obtiennent simplement en ne faisant rien. La reine a régné avec charme, esprit et intégrité en grande partie en refusant de s’impliquer dans les disputes et les folies qui ont provoqué la ruine de bon nombre de ses ministres et membres de sa famille. Elle a fait mieux qu’eux tous en restant à distance et en se conduisant avec une modération si digne qu’on aurait presque pu penser qu’elle ne faisait pas partie du gouvernement.
* "Une léthargie frôlant la paresse", déclare Warren Buffett au sujet de son style d’investissement. Il est préparé à attendre, attendre et attendre jusqu’à ce qu’il trouve quelque chose qui lui convienne.
* Quel est le secret de l’épargne ? C’est simple, il suffit de ne pas dépenser. Quel est le secret de la perte de poids ? C’est simple, il suffit de ne pas manger.
* La reine attend. Un jour, elle s’est rendue incognito dans un magasin de vêtements, afin d’y jeter un coup d’œil. Un des clients s’est tourné vers elle et a déclaré :
* "Vous ressemblez à la reine comme deux gouttes d’eau".
* "C’est bien pratique", a répondu Sa Majesté.
** Les investisseurs font rarement preuve de ce genre de calme. Ils semblent incapables d’attendre. C’est comme si leur argent avait la lèpre ; ils sont impatients de le sortir de leur poche pour le mettre dans celle de quelqu’un d’autre. Et ils n’ont pas tout à fait tort, dans certains cas. L’argent, ces jours-ci — sous forme de dollars — est atteint d’une maladie mortelle ressemblant à la lèpre. Jour après jour, des petits morceaux disparaissent, et petit à petit, il s’éteint.
* Voilà bien le problème. Vous mettez votre argent dans des bons du Trésor à court terme, vous ne faites pas d’erreur, vous ne faites rien — et malgré tout, le dollar peut chuter de 20%, 30% ou plus. Vous pensiez être 100% assuré contre les pertes. Mais vous n’aviez pas compté sur le fait que la monnaie elle-même puisse s’éroder. C’est la difficulté avec le dollar ; c’est une devise basée sur la confiance, qui flotte sur un océan de foi. Lorsque cette foi diminue, il en va de même pour votre capital.
* Mais que peut-on y faire ? Si l’on met son argent dans l’or, on a toujours un problème. Comme nous l’avons vu récemment, le prix de l’or peut chuter lui aussi — de plus de 20% en trois semaines seulement.
** Ne rien faire n’est pas facile. Les Chinois de l’antiquité le savaient ; ils ont parlé du wu wei, la voie de la non-action. Ils ne s’agissait pas vraiment l’inaction, mais d’une sorte de flux ; spontané, sans lutte, sans coins aiguisés.
* "Le Tao demeure dans la non-action, Et cependant rien ne demeure non-accompli", a écrit Lao Tsou.
* Et de la même manière ou presque, le secret du succès de l’investissement ne consiste pas simplement à ne rien faire du tout : on fait toujours quelque chose avec son argent, même lorsqu’on fait de son mieux pour rester inactif.
* Mais le secret, c’est que vous n’avez pas à faire grand’chose. Parce qu’à moins de faire beaucoup de recherches, à moins d’avoir beaucoup de chance, ou encore à moins d’avoir des informations "d’initiés", vous avez peu de chances de dénicher l’action qui grimpe alors que toutes les autres baissent. Pas plus que vous n’avez beaucoup de probabilités d’acheter des matières premières lorsqu’elles sont à un plancher de trois mois, puis de les revendre pile lors de leur sommet de trois mois. Quelques traders y parviennent. Peut-être. Mais pour la plupart des gens, entrer et sortir d’un investissement au bon moment est affaire de chance. Et peu de gens ont assez de chance pour y parvenir souvent.
* Voilà pourquoi la plupart des gens s’en tirent probablement mieux en pensant "qu’on ne peut pas chronométrer les marchés". C’est comme de croire qu’on ne peut pas tromper sa femme et s’en tirer ; ce n’est pas nécessairement vrai, mais il vaut probablement mieux pour vous d’en être convaincu.
* Et nous, que faisons-nous en ce moment ? Ravi que vous nous posiez la question. Nous achetons juste de l’or ; nous pensons que le prix va revenir au-dessus des 700 $. Nous espérons simplement vivre assez longtemps pour le voir.
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*** La Chronique Agora présente ***
Notre Banquier Central a rédigé un scénario en vue du prochain Festival de Cannes. Nous en avons laissé les protagonistes en bien mauvaise posture hier…
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Le Journal d’un Banquier Central
CRIME ET BATIMENT — 3ème PARTIE
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(*) Par le Banquier Central
Ellipse
… Nous retrouvons nos deux personnages principaux un peu plus tard. Le Jeune a mis de l’eau dans son vin ; le Vieux lui apprend le métier, les hommes, la stratégie. Arrive le "coup fumant" des autoroutes ASF. L’action de l’entreprise caracole toujours en bourse. Mais les stock-options du PDG suscitent un commentaire maladroit de l’adjoint ; l’autre le remet à sa place d’un ton cassant. Humiliation du Petit, premières défiances… Par la suite, le Vieux tente de l’amadouer, en révisant à la hausse sa rémunération ; trop tard ("Tu ne m’achèteras pas !", etc.). Le ver est dans le fruit.
Chasseur de primes
La Bourse toussote, les actionnaires frémissent, notre intrigue s’accélère : les critiques du Jeune sur les primes du PDG (173 millions virtuels de stock-options) resurgissent, plus vives. Colère de l’autre ("J’ai fait cette entreprise ! Comment oses-tu me juger ?"), sûr de sa force et de son bon droit. Dilemme du Jeune et premiers doutes : agit-il par sens de la justice, ou bien par pure ambition ? (Note : ici, une scène entre le Jeune et sa fiancée).
Puis c’est la lettre fatale aux membres du conseil d’Administration ("Il a bâti sa fortune sur le dos du groupe… ") — meurtre symbolique qui soulève la fureur du patron. Ce dernier réclame la tête de son adjoint : on est soudain passé de la complicité virile à la haine implacable.
… Je la sens bien, cette histoire, cher Journal ! Je la sens bien !
Bon, je prends ensuite quelques libertés avec les faits, pour plus d’impact. Juste avant le conseil d’administration, les deux ennemis se croisent dans le couloir. Echange de regards et de propos assassins… Soudain, le Vieux confesse qu’il a connu la mère du Jeune, des années plus tôt : et là, coup de théâtre ! "Je suis ton père, Xavier !"… Le conflit intérieur !
Puis le conseil a lieu, haletant, implacable. Malgré la bouleversante révélation, le Jeune tient bon : il regagne l’appui des indécis, l’un après l’autre. L’éviction du Père est votée : une page se tourne. Le Jeune a triomphé — mais, comme dans les meilleurs drames américains (Sur les Quais), il a dû, pour cela, se compromettre. A son tour, il a les mains sales. (Note : le montrer réparant lui-même son moteur). C’en est fini de son innocence.
Epilogue
… Quelle intrigue, bon sang ! Rien qu’à la résumer, j’en ai le frisson. Reste à reprendre en main le développement du groupe. Quelques plans cut nous suggéreront son avenir : la société avait largement misé sur les services aéroportuaires au sol, en acquérant en 2005 le n°1 français France Handling. L’opération ne s’est guère révélée rentable jusqu’à présent. Mais il faut peut-être se fier au flair du vieil Antoine… Qui sait si le jackpot ne tombera pas avec la privatisation prochaine du groupe Aéroports de Paris (dont l’Etat français attend quelque 600 à 800 millions d’euros) ?
Post-scriptum
… Je viens de recevoir les réponses des éminents producteurs auxquels j’avais adressé mon synopsis. Je ne suis pas étonné, cher Journal ; mais triste, tout simplement. Je la tiens donc, la preuve que dans ce milieu, comme partout ailleurs en France, mauvaise foi et népotisme règnent en maîtres.
Eh bien, soit. Je suis un homme de parole : j’ai ressorti mon carnet d’autographes, et pris contact avec l’agent de l’insipide Mlle Tautou.
… Mais quand même, sa signature, après celle de l’immense Chelo Alonso ! Quelle pitié ! Grand Dieu, où va le monde, et son cinéma ?
Meilleures salutations,
Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora
(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !
Pour découvrir toutes les analyses et recommandations du Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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